Mal, Jay, Evie et Carlos
Amitié/Tranche de vie
L'après-midi touchait à sa fin. Ce n'était pas encore l'heure du repas mais à l'extérieur, le soleil commençait tout doucement à décliner alors que l'air se rafraîchissait. Dans la chambre des garçons, Carlos et Evie étaient installés à même le sol, plongés dans leurs manuels de cours pour prendre de l'avance sur leurs devoirs. Ne pas travailler sous pression était agréable et leur permettait de discuter en même temps, échangeant des informations, des anecdotes ou simplement des explications. Ces petits moments d'études en tête à tête étaient l'un de leur rituel préféré, un moment où ils n'avaient à avoir honte de rien, où ils pouvaient poser leurs questions et dévoiler leur curiosité sans crainte.
Le ventre de Carlos gargouilla subitement, brisant le calme ambiant, et le garçon rougit. Sans le moindre commentaire et relevant à peine la tête de son cahier, Evie plongea sa main dans son sac et en sortit une barre chocolatée qu'elle tendit à son ami.
— Comment tu fais pour toujours en avoir ? demanda le garçon en s'en emparant avec gourmandise.
Elle se contenta de répondre avec un sourire énigmatique, et le garçon n'eut pas l'occasion d'insister car la porte de la chambre s'ouvrit avec fracas.
— On est le dernier jour du mois ! s'exclama Jay en faisant son entrée dans la pièce.
— Vous savez ce que ça veut dire ! ajouta Mal en le suivant, refermant la porte d'un coup de pied.
Evie roula des yeux face à leur exubérance et se mit à rassembler les feuilles et cahiers étalés par terre pour leur faire de la place.
— Oh déjà ? s'étonna le plus jeune. C'est passé vite.
Il mordit dans sa barre au chocolat, pensif, alors que les nouveaux arrivants les rejoignaient, se laissant tomber à leurs côtés avec entrain. Ils avaient des lits, des chaises et des coussins à volonté, mais il y avait quelque chose de familier et d'habituel dans le fait de s'asseoir à même le sol. C'était leur manière de se regrouper, comme ils le faisaient autrefois dans leur repère, sur l'île de l'Oubli.
— Bon, lança Mal en tapant dans ses mains avec l'impatience d'une enfant qui allait recevoir un cadeau. Qui commence ?
— Honneur à notre princesse ! décida Jay.
Tous les regards convergèrent vers Evie qui sourit, amusée.
— Vous savez que vous allez être déçus, n'est-ce pas ?
— Tu ne nous déçois jamais, princesse, la taquina Jay avec un clin d'œil.
— Bon allez je veux savoir, s'impatienta Mal. Combien ?
— Aucune.
— Aucune ? Allez Evie, ce n'est jamais drôle avec toi !
L'adolescente aux cheveux bleus leva les yeux au ciel, pas du tout impressionnée par la déception de sa meilleure amie.
— Si ça peut te consoler, j'ai eu trois avertissements. Les trois fois à cause de toi, d'ailleurs.
Mal lui offrit un sourire aussi innocent que diabolique avant de se tourner vers Carlos, qui terminait tranquillement de manger sa barre chocolatée.
— J'espère que ton score est plus honorable, lui lança-t-elle. Combien ?
— Sept.
— Sept ? répéta Jay, visiblement impressionné. Tu as presque battu ton record !
Il tendit la paume de sa main en direction de son camarade, qui tapa dedans avec un petit sourire fier.
— Il s'est passé quelque chose de particulier ? s'inquiéta Evie, les sourcils froncés.
— Non, c'est juste que...il y a ce nouveau jeu vidéo qui est sorti ce mois-ci, alors j'ai passé un peu trop de nuits à jouer et de cours à m'endormir. Les profs n'étaient pas super contents.
Son sourire devint penaud alors qu'Evie lui lançait un regard réprobateur. Mais ils n'eurent pas le temps de s'attarder davantage sur les mauvaises habitudes de sommeil de Carlos que Mal reprit le contrôle de la conversation.
— C'est entre toi et moi, Jay.
— Toujours, répondit celui-ci avec une expression arrogante. Combien ?
— Non non, toi d'abord.
— Je ne dirai rien tant que t'as pas donné ton score.
— Bras de fer pour se départager ?
— Ah non, intervint Evie. La dernière fois que vous en avez fait un, ça a dégénéré en bagarre.
— C'est pas ma faute s'il avait triché !
— J'avais pas triché !
— Ne recommencez pas !
— On peut vous tirer à la courte paille ?
Les trois autres se tournèrent vers Carlos qui avait le poing tendu devant lui. Serré entre ses doigts se trouvaient deux petits morceaux d'aluminium, résidus de l'emballage de sa barre au chocolat, qu'il avait pliés et placés de manière qu'aucune différence de taille n'apparaisse.
— Ce qui prend le plus court donne son score en premier, décida Mal.
— Ça marche ! accepta Jay tout en s'emparant du premier morceau à sa portée.
Dommage pour lui, cela s'avéra être le plus court des deux, et Mal le regarda avec un sourire triomphant.
— Alors, combien ?
Mais l'expression arrogante du garçon ne disparut pas le moins du monde alors qu'il croisait les bras avec satisfaction.
— Trente.
— Trente ? s'exclamèrent les trois autres à l'unisson.
— C'est impossible !
— Comment tu t'es débrouillé pour...
— Jay !
— Alors ? enchaîna le garçon sans lâcher Mal du regard. Toi ?
L'adolescente fit la moue, contrariée.
— Vingt-deux, bougonna-t-elle en croisant les bras. Comment t'as pu en avoir trente ? C'est une par jour !
— La bagarre avec Chad pendant l'entraînement m'en a rapporté six d'un coup. Et tu te rappelles la fois où tu as passé toute l'heure à agacer le prof mais où c'est moi qui me suis fait virer de la classe simplement parce que je me balançais sur ma chaise ? J'en ai eu quatre ce jour-là.
— Tu fais chier Jay. J'étais sûre de gagner ce mois-ci.
— La prochaine fois peut-être, la taquina-t-il en lui mettant une tape dans l'épaule.
— Vous savez, commenta Evie d'une voix amusée. Je ne pense vraiment pas que c'était ce que Marraine la Bonne Fée avait en tête quand elle a suggéré qu'on fasse une compétition amicale pour réguler notre nombre d'heures de colle.
