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… CHAPITRE 16 …
Eclaircissements
Des femmes étaient déjà tombées pour Edward, bien sûr. Il avait d'ailleurs cultivé ça encore récemment… en rasant et en tonifiant son corps, en faisant travailler ses muscles pour être plus séduisant, évitant de se coiffer ou de se brosser les cheveux pour plus de désinvolture. Il s'était habitué à utiliser une voix basse et séductrice, des contacts doux et sensuels, des regards pleins de convoitise et un physique imposant qu'il était impossible d'ignorer.
Alors les femmes tombaient pour Edward Cullen.
Souvent.
Mais là c'était totalement différent. Ce n'était pas au sens figuré. C'était au sens littéral. Bella Swan était tombée en un petit tas, devant lui sur le sol de sa cuisine. Bella s'était évanouie en plein milieu d'une panne d'électricité. C'était une double panne.
Edward se sentit mal. Il n'avait rien vu venir. Il venait de se rapprocher d'elle pour attraper son verre de vin quand, du coin de l'œil, il avait vu un léger balancement. Il s'était retourné rapidement et elle était en train de tomber, les paupières fermées pendant qu'elle s'écroulait.
"Merde Bella!"
Reposant le verre de vin brusquement sur le comptoir et ne s'inquiétant pas de le briser, Edward plongea immédiatement et enroula sa main sous sa tête lui évitant ainsi de heurter le carrelage.
Ce fut très choquant. Ça lui fit très peur. Les gens ne font pas cela. Eh bien pas beaucoup de gens et rarement. Il était inquiet. Il s'agenouilla par terre, tenant sa tête dans sa main et il sentit battre son pouls sur son artère carotide. Il y avait une pulsation. Elle respirait. Elle venait de s'évanouir, réalisa-t-il se sentant un peu mieux. Ensuite il se demanda pourquoi elle s'était évanouie.
En tant que fils de médecin il avait appris certaines choses au fil du temps. Il savait qu'il y avait de nombreuses raisons pour lesquelles une personne pouvait s'évanouir, en particulier les jeunes femmes et encore plus les adolescentes mais pas les femmes au milieu de la vingtaine - catégorie à laquelle Bella appartenait.
Lorsqu'elle était adolescente il arrivait à Alice de s'évanouir, alors il était familier des possibles causes, les cycles menstruels, c'était ancien maintenant et avant qu'elle soit sous contraceptif pour l'aider à réguler son cycle. Il ne pensait pas qu'Alice se soit évanouie récemment, cependant.
Est-ce que ça arrivait aux femmes qui avaient la vingtaine passée?
Il regarda vers l'abdomen de Bella se demandant si elle était réglée. Puis il décida qu'il n'allait plus penser à ça. Ça dépassait sûrement les limites du bon voisinage et depuis quand les gars réfléchissaient-ils à ce genre de questions? Pas que ce soit un grand mystère… il avait fait de la biologie et son expérience avec de nombreuses femmes avait répondu à toutes les questions qu'il aurait pu se poser. Ça pouvait bien se passer parfois. Alors… il ne pensa pas que Bella voudrait qu'il se mêle de ça.
Il savait néanmoins que d'autres facteurs pouvaient causer cela. Avoir trop chaud. Il ne faisait pas excessivement chaud ici et même si elle portait un pantalon de survêtement et un sweat à capuche elle n'avait probablement pas trop chaud.
Elle n'avait pas hyperventilé donc ça ne pouvait pas être ça la cause.
Peut-être qu'elle n'avait pas mangé depuis un moment… une hypoglycémie alors. Il espérait que ce n'était pas la cause de l'évanouissement, il l'avait forcé à l'attendre avant de manger.
La déshydratation était une autre possibilité. Peut-être il fallait qu'elle boive quelque chose. De l'eau, du jus de fruit. Le vin était assez déconseillé pour le moment.
Il ne pensait pas que Bella ait abusé de boisson alcoolique avant qu'il n'arrive. Elle avait été tout à fait cohérente, conversation normale. Pas de coma éthylique alors.
L'abus de drogue pouvait être une autre raison mais sa position d'enseignante criait seulement 'je ne suis pas droguée'. Et ensuite ça devait aussi dépendre du genre d'élèves qu'on a dans la classe.
Mais bon ça pouvait être tout autre chose, l'anémie, des troubles de l'alimentation, des problèmes cardiaques ou… une grossesse. Il baissa les yeux vers son ventre, il ne devrait même pas envisager cela.
Merde! Elle n'est pas enceinte, pas vrai?
Et Jake qui l'a quittée?
Qu'est-ce… peu importe ce qu'il s'est passé entre eux!
Il se rendit compte qu'il concluait un peu hâtivement et il freina ses pensées sur sa possible grossesse.
Le stress émotionnel pouvait être un autre facteur mais pourquoi Bella serait-elle stressée? Ils n'avaient fait que parler en examinant une bougie abimée.
Qu'est-ce qui pourrait être si stressant à ce sujet?
Non… le stress émotionnel est tout simplement ridicule.
Edward bougea et croisa ses jambes. Le bras qui soutenait sa tête passa sous son torse. Il passa sa main sous ses jambes et la prit dans ses bras, posant son petit corps mou sur ses genoux ainsi elle n'était plus sur le carrelage froid.
Une fois qu'elle fut bien positionnée à l'abri sur ses genoux, il s'étira et installa ses pieds un peu plus haut que sa poitrine, sa main soutenant sa tête. Ses yeux restaient fermés. Sa main libre se posa sur son front. Elle n'était ni chaude ni froide. En fait, sa peau douce de porcelaine était froide au contact.
Il souhaitait que la lumière revienne. Il se retourna vers le comptoir mais la lampe de poche était hors d'atteinte, parmi les débris du verre de vin. Ses yeux se tournèrent alors vers le visage de Bella, il ne la voyait pas très bien mais elle avait un air pâle et fantomatique dans la pénombre.
"Bella?" Il passa ses doigts sur sa joue et il crut voir ses paupières bouger. Il retira sa main brusquement et Bella émit un petit gémissement tandis que ses paupières s'ouvraient enfin. Et même si elle semblait un peu dans les vaps, elle sourit de contentement… ou presque… à Edward.
"Hey? Ça va?" lui demanda-t-il doucement. "Tu t'es évanouie." Il voulait savoir comment elle se sentait et bien sûr quelle en était la cause.
Bella cligna plusieurs fois des paupières puis ses yeux se focalisèrent sur Edward. Son sourire disparut avant qu'elle referme les yeux. Quelques mots murmurés sortirent de sa bouche dans un petit gémissement doux de consternation.
"Oh mon dieu!"
Bien sûr Bella n'avait aucune idée de ce qu'il venait d'arriver. Elle ne savait pas qu'Edward avait cassé son verre pour la rattraper quand elle était tombée. Elle ne savait pas qu'elle était sur ses genoux, contre lui, les pieds soulevés pour que le sang remonte à son cerveau. Elle ne savait pas qu'il avait touché son front pour voir si elle était fébrile.
Mais quelque part dans ce petit moment crépusculaire entre la conscience et l'inconscience, Bella avait entendu sa voix douce l'appeler. C'était un son bas et doux, velouté, qui avait pénétré dans sa semi conscience comme une caresse. Elle avait compris que c'était la voix d'Edward. Et puis elle avait senti le contact de ses doigts légers comme une plume, sur sa joue. C'était si agréable mais ça avait disparu soudainement et elle avait gémi à la perte de cette délicate sensation. Mais ensuite quand elle avait rouvert les yeux, il était là, il la tenait dans ses bras et elle lui sourit parce qu'il n'était pas parti… il était avec elle, après tout. Son visage parfait était juste au-dessus d'elle et il la regardait avec intérêt.
"Hey? Tu vas bien?" Les mots sortaient de sa bouche parfaite, de ses lèvres parfaites, d'une voix parfaite. "Tu t'es évanouie."
La réalité la frappa comme une balle.
Putain! Ce n'est pas un rêve!
Il me tient vraiment!
Je suis dans les griffes du Prédateur!
Oh doux Jésus, je suis sur les genoux d'Edward et il me tient, je me suis évanouie comme une stupide idiote.
Elle ferma les yeux. "Oh mon Dieu!" C'était un cri mortifié.
Elle réalisa qu'elle venait de le dire à voix haute. Espérons qu'elle n'ait rien dit d'autre. Au moins son cerveau recommençait à fonctionner. Elle garda les yeux fermés, espérant que la réalité embarrassante allait disparaitre quand elle les rouvrirait. Quelque chose qui ne ferait pas battre son cœur. Quelque chose de moins embarrassant. Etre dans les bras d'Edward, sur ses genoux imaginant que ce merveilleux Edward avait caressé son visage.
Isabella Marie Swan tu es une putain d'idiote!
Il doit penser que je suis complètement irrécupérable!
Non, il le pensait déjà. Maintenant il en avait la preuve et savait que c'était vrai.
Elle ouvrit les yeux et fit un mouvement pour s'asseoir. Edward grogna et tressaillit, ajustant rapidement la position de Bella pour qu'elle s'éloigne un peu de son aine alors qu'elle mourait encore un peu plus.
Parfait et maintenant tu écrases les bijoux de famille du Prédateur! Qu'est-ce qu'un prédateur sans bijoux?
"Désolé," murmura-t-elle couvrant ses yeux avec sa main et reconnaissante qu'il fasse sombre. Au moins il ne pouvait pas voir son visage dans toute sa rougeur glorieuse.
Il fit un petit bruit, un souffle entre ses dents serrées. "C'est bon, c'est rien." Les mots semblaient eux aussi sortir d'entre ses dents.
"Il faut que je me lève," dit-elle, attendant cette fois-ci qu'il l'aide pour ne pas qu'elle abime son équipement de prédateur.
"Non." Ses mains se resserrent sur elle.
Quoi?
"Non?" Elle le regarda.
"Non." Il secouait la tête. "Tu vas encore avoir le tournis probablement. Tu vas t'évanouir de nouveau. Mets tes bras autour de mon cou." Sa voix semblait plus normale aujourd'hui, moins serrée, moins peinée.
"Quoi?"
"Je vais me lever. Accroche-toi à moi."
"Non, je vais bien. Tu n'as pas à …"
"Allez, accroche-toi!" dit-il en la fixant. Il ne semblait pas vouloir discuter.
Bella passa ses bras autour de son cou et lui autour de ses jambes. Un bras dans son dos et l'autre sous ses jambes. Il la souleva un peu en la serrant contre lui. Il plia les jambes et se leva doucement sans effort.
"Je vais rencontrer des obstacles entre ici et le canapé?" demanda-t-il, en regardant dans l'obscurité au-delà de la cuisine.
Bella tourna la tête pour voir vers où il regardait, abandonnant à contrecœur le merveilleux échantillon de masculinité qui la transportait dans ses bras. "Non, il n'y a rien."
Elle retourna la tête vers lui et son cœur rata un battement à nouveau. C'était absolument surréaliste, elle était dans ses bras et il l'emmenait vers le canapé et il paraissait si fort et si incroyable et il sentait tellement bon…
… et tu es dans les bras de prédateur, idiote! N'y pense même pas! Il doit faire ce genre de choses tout le temps. C'est un stratagème! Les prédateurs sont malins. C'est une seconde nature!
Il la posa doucement sur le canapé en saisissant un coussin pour le mettre sous ses pieds.
"Allonge-toi un peu," dit-il, apparemment satisfait de sa position. "Tu as du jus de fruit?" demanda-t-il en la regarda.
"Du jus?" Elle fronça les sourcils en se demanda pourquoi il voulait du jus de fruit tout à coup.
"Oui ça serait bon que tu boives quelque chose… un peu de sucre dans ton corps."
"Oh. Euh… oui j'ai du jus d'orange dans le frigo."
Elle le suivit des yeux et il disparut dans l'obscurité vers la cuisine. Elle ne put plus le voir quand il s'éloigna du canapé mais elle entendit le clic du briquet et vit la lumière vacillante des bougies suivie par les bruits d'ouverture du frigo et le bruit que fit le jus dans le verre. Un instant plus tard il était de retour et s'assit sur le bord du canapé puis lui tendit un verre à vin rempli de jus d'orange tandis qu'elle se redressait un peu. Il se pencha appuyant ses bras sur ses cuisses et la regardant. Il était très proche.
Tu étais assisse sur ses genoux, tu as même écrasé ses bijoux de prédateur avec ton gros cul et ensuite il t'a amené ici dans ses bras. C'est un petit peu tard pour trouver que ton prédateur de voisin ridiculement sexy est trop proche.
"Merci," murmura-t-elle, en portant le verre à ses lèvres.
"Tu sais pourquoi tu t'es évanouie?" demanda-t-il tandis qu'elle buvait. Elle avala une autre gorgée pour se donner le temps de réfléchir. Elle ne voulait pas lui dire que c'était parce qu'elle avait été profondément troublée qu'il vienne chez elle, enquêter sur sa vie et qu'elle avait été énormément soulagée qu'il ne la blâme pas pour la bougie.
"Euh… je ne sais pas vraiment. Tout d'un coup je suis partie. Je pense que j'ai oublié de respirer." Elle posa le verre et se recoucha.
"Tu as oublié de respirer?"
A la façon dont il dit ces mots elle se rendit compte à quel point cette déclaration était folle mais que pouvait-elle dire d'autre?
"Tu sais la respiration n'est pas vraiment un acte conscient." Il avait l'air un peu amusé. "En principe ça ne demande aucun effort. C'est instinctif et ça se fait tout seul."
Est-il en train de se moquer de moi?
Bien sûr qu'il en a le droit! Je fais le clown!
Une fois de plus Bella posa sa main sur ses yeux, souhaitant pouvoir disparaitre ou s'esquiver sans qu'il s'en aperçoive.
"Ça t'est déjà arrivé?" Il semblait inquiet. Il lui fit passer le verre de jus de nouveau pour qu'elle boive un peu plus.
"Oui c'est déjà arrivé une fois. Rien de grave… je n'ai pas de problèmes cardiaques ou quoi que ce soit. Je ne supporte pas la vue du sang. Je me suis évanouie une fois en cours de biologie quand nous avons fait des travaux pratiques avec du sang. Merveilleux pour l'estime de soi." Elle prit une gorgée.
"Eh bien au moins ça n'affecte pas ton sens de l'humour!" lui sourit-il ironiquement.
Elle regarda son visage et se demanda s'il la trouvait aussi stupide qu'elle se sentait.
"Tu as mangé aujourd'hui?" demanda-t-il après un moment.
"Petit-déjeuner et déjeuner. Mais je ne mange pas beaucoup. Je me sentais nerveuse car c'était mon premier jour au travail et je n'ai pas beaucoup d'appétit."
Il hocha la tête en la regardant. "Tu as probablement besoin de manger. Comment tu te sens à présent?"
"Mieux. Je vais bien il me semble mais j'ai faim. Nous devrions diner avant que le repas soit complètement fichu, ça va être tout sec." Bella s'installa pour se lever mais la main d'Edward se posa sur son épaule pour l'arrêter.
"Non, reste là je vais simplement faire le service, d'accord?"
"Ça va maintenant, je peux le faire."
Vient-il juste de rouler des yeux?
"Bella, reste là. Tu as cuisiné. Je sers. D'accord?" Il se leva et la regarda, les deux mains posées sur ses hanches.
Il est un peu autoritaire.
Il veut juste t'aider! Il veut d'ailleurs se dépêcher de finir de manger pour rentrer chez lui et reprendre le cours normal de sa vie, là où les femmes ne s'évanouissent pas comme les personnages de vieux romans d'amour.
"D'accord, très bien. Fais le service." Bella se résigna à cette idée qu'elle l'avait invité et que c'était lui qui allait servir. Elle était habituée à se sentir comme une folle quand il était à proximité.
"Tu as un gant pour sortir le plat du four?" demanda-t-il en partant avec la lampe de poche.
"Sur un crochet, à gauche, au-dessus de l'évier."
Elle entendit la porte du four s'ouvrir puis se refermer. Elle prit une gorgée de jus d'orange.
"Je déteste te le dire mais j'ai cassé un verre," dit-il. "Je t'ai vu tomber et j'ai essayé de t'attraper avant que ta tête cogne contre le sol. Je suppose qu'un verre brisé est mieux qu'une grosse bosse. Mais je le remplacerai."
"Ne t'inquiète pas pour le verre. Ils sont ordinaires. Et merci de m'avoir sauvé des blessures et d'encore plus d'humiliation."
"Je suis content que tu ne sois pas blessée."
Bella entendit le tintement du verre tandis qu'il ramassait les débris et les mettait à la poubelle.
"Ne te coupe pas," lui dit-elle. "Je suis susceptible de m'évanouir."
Son doux rire la fit sourire. "Je serai prudent."
Elle l'entendit se déplacer dans la cuisine, imaginant son corps svelte et ses mouvements fluides. Elle entendit les tiroirs s'ouvrir, il cherchait une cuillère. Elle était étonnée qu'il soit aussi à l'aise dans une cuisine.
"Tu as dit que tu nous avais fait de la salade, Bella?"
Il a dit nous!
"Dans le frigo sur une étagère!"
Elle entendit le frigo s'ouvrir.
"Il y a de la vinaigrette?"
"Non, comme je ne savais pas ce que tu aimais. Sinon il y a de la ranch, au roquefort ou italienne toutes prêtes."
"Italienne ça te convient?"
"Oui bien sûr, étagère du bas dans la porte."
Qui aurait pu penser qu'Edward Cullen me servirait à dîner ce soir?
Merde… Alice ne doit pas savoir cela! Ce serait terrible de ruiner une relation professionnelle après seulement cinq heures.
"Nous avons de la chance." La voix d'Edward retentit un instant plus tard, interrompant ses pensées. "Ça ne semble pas du tout sec. Le papier a conservé l'humidité. C'est toujours joli et appétissant."
Bella rit presque fort.
Le prédateur a dit joli et appétissant! Je parie qu'il dit ça à toutes ses proies.
Oh grandis un peu!
Bella s'assit et regarda. Elle pouvait sentir l'odeur légère du santal. Elle se leva et rougit en réalisant qu'Edward allait la gronder, à présent il la regardait comme un faucon dans la lumière vacillante qui éclairait ses traits.
"Tu te sens bien?" demanda-t-il?
"Oui vraiment. J'ai le droit de me lever?"
"Vu que tu es déjà debout, je suppose que je dois te dire oui. Tant que tu te sens bien. Mais dis-le-moi si ça vacille, d'accord?"
"D'accord… honnêtement je me sens bien."
Dans la cuisine elle alla rincer son verre et en sortit un autre pour Edward. Elle les posa à côté des assiettes. Edward regarda son verre de vin.
"Tu devrais manger un peu d'abord. Et boire de l'eau aussi avant de goûter le vin."
Elle hocha la tête. "Tu veux de l'eau?" demanda-t-elle en ouvrant le frigo.
"Non merci, je prendrai du vin dans un moment."
Bella attrapa une bouteille d'eau, l'ouvrit et but tout en s'asseyant au comptoir à côté de lui. Edward avait assaisonné la salade, l'avait mélangée et était en train de la servir. Il lui tendit sa fourchette, ensuite il attrapa la grosse cuillère qu'il avait trouvée et servit du poulet, du riz et des légumes dans leurs assiettes.
C'était simplement réconfortant qu'il ait pu s'occuper de ça. Il semblait vouloir qu'elle mange rapidement et ça ne semblait pas le déranger de s'en occuper. Il faisait comme s'il était chez lui, faisant ce qu'il y avait à faire sans trouver d'excuses. Et ça l'impressionna. Il était un prédateur confiant, ça c'était sûr.
"J'espère que tu vas aimer," dit-il. "C'est ma spécialité et j'ai travaillé dur tout l'après-midi," il y avait un sourire dans sa voix.
Waouh. Qui se serait attendu à ça? C'est un prédateur qui aime jouer!
Une compétence de plus pour attirer sa proie!
Rabat-joie.
"Ta spécialité ressemble beaucoup à un plat que je fais aussi. Le mien ne me prend que quelques minutes et demande quarante-cinq minutes de cuisson. Je ne fais pas grand-chose en fait." Elle lui sourit tandis qu'il commençait à rire.
Il haussa les épaules et la regarda. "Ma version doit-être meilleure que la tienne alors," dit-il, en posant sa serviette sur ses genoux.
"Je parie que ça a exactement le même goût," dit Bella en prenant un peu de poulet de riz et de légumes.
Edward fit de même, faisant un ronronnement d'appréciation à la première bouchée.
"Humm c'est vraiment bon," dit-il après avoir avalé.
"C'est vrai," convint-elle. "Il me faudra ta recette."
Edward rigola. "Pas de problème c'est la tienne," dit-il tandis qu'ils piochaient tous les deux dans leur assiette.
"C'est bien ce que je pensais," répliqua-t-elle à son amusement.
Edward versa du vin dans les deux verres et lui en tendit un.
"Santé," dit-il en levant son verre vers elle. "Au chef et au poulet en cocotte."
"Et à toutes les pannes," répondit-elle en touchant son verre du sien.
"Oh pas de mauvaises idées…" la mit-il en garde en la regardant. "Deux dans la même soirée c'est ma limite!"
"A moi aussi," convint-elle, elle leva son verre et en prit une gorgée. "Hum il est bon, un bon chardonnay," remarqua-t-elle en se léchant les lèvres.
"Heureux que tu aimes," répondit-il en se détournant de ses lèvres et de sa langue et en se concentrant plutôt sur son verre. Il s'arrêta un instant en le faisant lentement tourner sur le comptoir. Il voulait lui poser des questions sur Jake et sur son lit mais il soupçonnait que la conversation deviendrait vite inconfortable et il ne voulait pas de ça maintenant. C'était assez agréable, tout à fait inattendu, en dépit de son évanouissent dû au manque de nourriture ... ou d'oxygène ou autre chose. Il se racla la gorge et lui demanda quelque chose de moins gênant.
"Alors Alice m'a dit que c'était ton premier poste?"
Alice et lui ont parlé de moi… Pourquoi?
"Oh oui. J'ai juste fini mes études d'enseignante au dernier semestre. J'ai eu de la chance de trouver un travail comme celui-là."
"Bien, félicitations alors. Fawkes est une école géniale. Alice aime beaucoup être là-bas.
"Merci. C'est vrai que ça semble être une bonne école."
"Comment s'est passée la première journée? Tu as dit que tu étais un peu anxieuse."
Pendant qu'ils mangeaient Bella lui raconta les réunions puis qu'elle avait fait connaissance des personnes les plus jeunes qui étaient amis avec Alice. Edward lui parla de sa salle de classe et elle lui raconta l'histoire de Victor Masen qui avait jeté les affaires par la vitre de sa portière en partant. Elle lui parla de l'odeur d'oignon dans la classe de Tyler Crowley aussi. Ça le fit rire.
"Tu as trouvé quelques posters à afficher?" demanda-t-il, se demandant si le gars dégingandé lui avait donné autre chose. Il espérait que non.
"Seulement deux qu'Eric Yorkie m'a donné, tu sais celui qui est venu dans ma classe?" il hocha la tête. "Mais j'irai en acheter ce week-end. Il doit bien y en avoir dans les librairies et je verrai ce que je peux trouver dans ce délai si court. Il y en a bien sur internet - sur des sites pour les enseignants - mais c'est un peu trop court pour que je puisse les avoir pour le premier jour."
"A qui tu enseignes l'anglais?"
"Deux classes de sophomores et trois de freshman. J'ai de la chance parce que j'ai fait mon stage avec ces mêmes niveaux, je serais plus familiarisée avec ces cours."
Edward regardait son assiette mais sourit et hocha la tête légèrement comme s'il pensait à quelque chose de drôle.
"Quoi? Pourquoi tu souris?" dit-elle en mordillant sa lèvre, se demandant s'il se moquait d'elle pour une raison quelconque.
Il s'éclaircit la gorge et sourit en piquant dans sa nourriture. "Je pensais simplement à ma prof d'anglais quand j'avais quatorze, quinze ans. J'ai d'abord eu Mme Stern*... et son nom la décrit bien, terrible. Et je pense qu'elle frôlait les soixante ans." Il rit à ce souvenir. "Ensuite il y a eu M. Borden… les élèves le surnommaient Monsieur Ennui, il parlait d'une voix monocorde. Honnêtement, je pense que tes élèves font vraiment une bonne affaire. Crois-moi les garçons seront attentifs." Il se tourna et sourit mais elle baissa simplement la tête vers son assiette et commença à ramasser la nourriture avec sa fourchette en mordillant sa lèvre, embarrassée.
Bella se sentit rougir et pour un moment elle ne sut pas quoi dire. Mais ensuite elle se souvint que ce n'était que les mots du prédateur, il devait être habitué à dire ce genre de choses. Ça lui venait facilement, soupçonnait-elle. Ces mots pouvaient paraitre crédibles mais ils ne devaient être pris que pour ce qu'ils étaient des mots…
"Eh bien je ferai de mon mieux pour tous les intéresser… les garçons et les filles," murmura-t-elle, en ramassant sa salade et en se servant. Elle se penchait un peu, ses cheveux tombaient sur le côté et créait une sorte de voile entre eux.
Edward aurait voulu se gifler. Il l'avait gênée. Il ne voulait pas qu'elle se sente mal à l'aise mais visiblement ses mots l'avaient fait. Les vieilles habitudes ont la vie dure, celles d'un séducteur sont difficiles à briser… mais ce qu'il avait dit était l'absolue vérité. Les garçons la trouveraient jolie. Elle était petite et paraissait assez jeune et pourrait faire fondre ses élèves. Elle était fraîche et comme elle commençait tout juste, elle aurait plein d'idées nouvelles ainsi que le désir et la volonté de travailler dur pour être bonne dans son travail. Et à en juger par son apparence aujourd'hui, il savait qu'elle savait être professionnelle et attirante. C'était sûr, elle intéresserait les garçons et les filles. Ce qu'il venait de dire était complètement stupide.
Il devait faire quelque chose.
"C'est vraiment sorti de façon bizarre, je n'avais pas imaginé ça. Je voulais juste dire… la même chose est arrivée à Alice quand elle a commencé à enseigner. Votre jeunesse vous rend un peu plus intéressantes pour les élèves, tu sais? Il leur semble que vous êtes plus proches d'eux et réciproquement."
"Oh bien sûr ça prend tout son sens, bien sûr. Pourtant je dois faire des choses intéressantes et maintenir le calme et l'intérêt. C'est ce qu'un enseignant doit être capable de faire à tout âge, indépendamment de son apparence."
"Tu en veux plus?" demanda-t-elle tout à coup, changeant de sujet et reprenant la cuillère de service.
"Oui bien sûr, merci," dit-il reconnaissant pour la distraction et la regardant tandis qu'elle le servait.
Il se sentait comme un con. Il lui avait plus ou moins dit qu'elle était jolie et ça l'avait gênée à cause de sa manière de le dire, comme si les garçons allaient la mater mais selon toute vraisemblance, ils allaient le faire, les hormones des adolescents mâles étant ce qu'elles sont. Pourtant… il n'avait pas voulu le dire ainsi. Il n'avait jamais connu de femme qui soit mal à l'aise quand on lui disait qu'elle était attirante. Mais une fois de plus Bella l'avait égaré. Elle ne réagissait jamais de la façon à laquelle il s'attendait. Il remplit leurs verres de vin et décida de donner à la conversation une direction différente.
"Alors tu es diplômée en anglais? Littérature, je suppose? Où étais-tu à l'université?" continua-t-il en mangeant pendant que Bella répondait.
"Hum j'ai deux diplômes en fait, l'un en littérature anglaise et l'autre en création littéraire. Je les ai obtenus à l'université de Washington. C'est là aussi que j'ai eu mon diplôme de compétence pour enseigner. Et toi alors? Emmett m'a dit que vous étiez tous les deux à Darmouth. Tu as fait quoi?"
"Oui, Emmett et moi étions colocataires. C'est ainsi que nous nous sommes rencontrés bien que nous soyons originaires tous le deux de l'état de Washington. J'ai étudié les affaires et les finances. J'ai eu ma maitrise en administration des affaires."
Bella acquiesça. C'était logique… Emmett et lui possédaient une affaire ensemble.
"Alors un double cursus hein?" dit Edward. "C'est impressionnant. Et en plus un diplôme d'enseignement. Ça fait huit années d'études tout ça alors tu es probablement un peu plus âgée que ce que j'imaginais."
Bella fronça les sourcils. "Quel âge penses-tu que j'aie?"
Il l'observa un moment et Bella sentit ses joues chauffer sous cet examen. Elle était désolée d'avoir demandé.
"Eh bien je suppose que tu as à peu près mon âge. J'ai vingt-huit ans. Alors peut-être autour des vingt-six, vingt-sept?"
Elle secoua la tête. "Je vais avoir vingt-quatre."
Une fois de plus il était complètement abasourdi. Elle devait vraiment avoir travaillé dur… ou alors elle était brillante. Il décida que ça devait être une combinaison des deux.
"Tu as fait très vite alors."
"Oui, j'ai pris des cours avancés et puis des cours à l'université quand j'étais encore à l'école secondaire, ensuite j'ai suivi des sessions de cours l'été et tout ce que j'ai pu. Quelquefois c'était compliqué avec mes deux cursus."
"Tu n'as pas dû avoir trop de vie sociale à l'université," fit-il remarquer.
Bella ricana. "Mes cours étaient ma vie sociale. Des groupes d'étude excitants et des nuits amusantes à la bibliothèque ou devant l'ordinateur."
Génial! La façon de te faire passer à un petit rat de bibliothèque ennuyeux!
J'en étais un!
Tu l'es toujours! Mais es-tu sûre qu'il ait besoin de le savoir?
Sa réponse le surpris. Bella était une fille magnifique. Il pouvait bien l'imaginer être poursuivie par quelques étudiants. Mais avec sa réponse il réalisa qu'elle devait avoir eu une vie d'étudiante plus calme que ce qu'il avait imaginé. Elle devait avoir eu la vie sociale qu'il aurait eue s'il n'avait pas rencontré Emmett et décidé de changer sa vie.
"Euh," fut tout ce qu'il trouva à dire.
"Que signifie ce "euh"?" demanda-t-elle. Elle prit une autre gorgée de vin et repoussa son assiette vide, posant son bol à salade dedans. Elle le regarda prendre sa dernière bouchée et mâcher en réfléchissant. Il posa son assiette aussi et passa sa main dans ses cheveux en réfléchissant à ce que ce "euh" pouvait bien signifier et ce qu'il voulait en dire. Il la regarda un moment. Bella sentit ses joues chauffer mais la lumière était toujours éteinte.
"Je ne sais pas. Je suppose que tu ne dis jamais ou fais jamais ce à quoi je m'attends."
"C'est marrant… ma mère dit toujours que je suis comme un livre ouvert."
"Bien sûr, elle te connait bien, je suppose. Mais jusqu'à présent tout ce que tu as dit ou fait m'a surpris," il lui fit son sourire en coin.
Elle soupira.
Parce que tout ce que j'ai fait était totalement ridicule.
Un petit pli apparut entre ses sourcils et Edward le remarqua.
"Ce n'est pas une mauvaise chose," la rassura-t-il. "Tu es différente mais pas dans le mauvais sens." Il haussa les épaules et pinça ses lèvres mais le sourire était toujours là. Il ne pouvait pas le cacher entièrement.
Elle était dubitative et se sentait intimidée. Elle quitta le comptoir et alla vers le frigo, l'ouvrit et prit un saladier fermé. Quand elle se tourna face à Edward, il semblait perdu dans ses pensées, regardant les flammes vacillantes des bougies sur le comptoir. La faible lueur éclairait son visage et Bella fut de nouveau frappée par le fait qu'il était probablement le plus bel homme qu'elle ait jamais vu. Elle se demanda à quoi il pensait. Ses yeux rencontrèrent soudain les siens et son regard était interrogateur. Elle réalisa qu'elle le fixait et elle regarda vers le saladier entre ses mains.
"Euh… tu veux du dessert? Ce sont des fruits. Ou j'ai des cookies si tu préfères?"
"Je ne devrais pas manger tes biscuits," il fronça les sourcils au moment où ses mots quittaient ses lèvres. Ça paraissait étrange, comme s'il ne parlait pas des biscuits mais plutôt de quelque chose de plus vulgaire. Ensuite il se rendit compte qu'elle allait penser qu'il n'aimait pas ses biscuits alors il expliqua rapidement. "J'en ai à la maison… ils sont très bons d'ailleurs…mais garde les tiens pour toi. Les fruits iront très bien."
Bella retourna au frigo et ramena de la chantilly et ensuite elle sortit deux petites assiettes du placard.
"Un peu plus de vin?" demanda Edward en prenant la bouteille presque vide.
"Non merci. Tu peux le finir."
Edward versa tout dans son verre et reposa la bouteille puis la regarda. Elle posa une assiette devant Edward et une devant elle. Elle posa le saladier et la bombe de crème entre eux. Elle remonta sur le tabouret et le fit pivoter pour être parfaitement face à lui et lui expliquer le dessert.
"Euh… j'ai triché j'ai fait à la façon des fainéants." Elle leva les yeux vers Edward et sourit à son regard confus. Elle enleva le couvercle du saladier. Edward regarda le contenu et ses yeux s'écarquillèrent.
Des fraises.
Il la fixa.
"Elles sont grosses… de petites prunes," dit-elle. Peut-être que j'aurais dû les couper mais je les ai laissées comme ça pour qu'on puisse les attraper par la… tige." Il sourit à la terminologie. "Quoi qu'il en soit j'ai ajouté un peu de cointreau et du sucre. Pour que ça leur donne un peu de piquant."
"Piquant?" demanda Edward en lui souriant.
"Piquant…euh, tu sais?" Elle le regarda un peu perdu. Il la faisait constamment se sentir bizarre et elle se demanda de nouveau s'il se moquait d'elle.
Il secoua la tête toujours souriant. "D'accord le cointreau et le sucre pour piquant et euh… es-tu en train d'essayer de me souler?"
Merde! Pourquoi je viens juste de dire ça? Pourquoi ne puis-je pas être normal et arrêter de faire des commentaires suggestifs?
Son commentaire n'arrêta pas Bella. Elle roula des yeux. "Tu as eu deux verres de vin au cours du repas et maintenant ce sera… allez, une ou deux cuillères à soupe de cointreau… vu ton poids et ta taille je pense que tu vas absorber ça."
"Oui tu as probablement raison. Mais si je me retrouve à danser sur le comptoir ce sera de ta faute."
Ça paraissait bien non?
Bella rigola. "Tu risques de taper contre le plafond et te t'assommer!"
Edward sourit. "Et ça serait encore un autre incident et là je pense que nous avons déjà atteint notre limite."
Bella hocha la tête toujours souriante. "Je promets de garder les yeux sur toi… et de m'assurer que tu ne te laisseras pas emporter."
Et je vais aussi garder l'œil sur toi parce que ça fait du bien à mes yeux.
"Merci. Tu devras t'assurer que je suis bien rentré chez moi."
Merde. Qu'est-ce que ça signifie?
Au moins tu n'as pas fait de commentaire sur le fait que tu pourrais passer la nuit ici, donc c'est un pas dans la bonne direction, idiot.
Ils étaient assis face à face à présent. Leurs genoux se touchaient presque, les genoux d'Edward étaient écartés et ceux de Bella étaient entre eux.
"Alors comment on fait là," demanda Edward en montrant le saladier entre eux.
"Bon tu choisis ta fraise…" Elle le fit. "Tu t'assures d'avoir un peu de jus…" Elle trempa la fraise au fond du saladier. "Et puis… " Elle prit la bombe de chantilly, en en mit un peu dans l'assiette d'Edward et fit de même pour la sienne. "Tu la trempes dans la chantilly." Elle lui montra. "Et puis… tu manges." Elle amena la fraise à sa bouche, sa langue léchant un peu la crème fouettée et ensuite elle mordit délicatement dedans. Sa langue apparut une fois de plus, elle mâcha puis lécha ses lèvres pour en retirer l'excès de crème. " Et voilà," dit-elle avec un sourire, une fois qu'elle eut avalé. "Rien de plus simple."
Edward était bouche bée. Ça n'avait pas été simple pour lui de la regarder faire. Pas du tout. La pièce était devenue très chaude semblait-il. Et son pantalon plus étroit et serré. Mais au moins il n'avait pas grogné à voix haute et il avait pensé à fermer sa bouche, heureusement. Bella remarqua que sa pomme d'Adam bougeait légèrement tandis qu'il déglutissait. Edward bougea sur son tabouret, se penchant légèrement vers l'avant en raclant sa gorge et en prenant son verre. "Et c'est tout?" demanda-t-il, la voix légèrement rauque.
"Oui. Si tu as plus de temps tu peux faire un petit sirop avec du sucre et du cointreau et tu peux aussi faire la crème toi-même."
Bella remit la fraise à moitié mangée dans sa bouche et lécha la crème fouetté qui était posée sur ses petits doigts. Elle goba finalement tout le fruit, enveloppant ses lèvres autour, une fois de plus, en tirant sur la tige.
Edward resta immobile comme une statue à fixer sa bouche. Enfin il cligna des yeux et prit une profonde inspiration, vida son verre, pivota sur son tabouret et le reposa brutalement sur le comptoir.
"Ça ne te dérange pas que je prenne une bouteille d'eau?"
"Non, vas-y sers-toi."
Il descendit tu tabouret maladroitement et alla au réfrigérateur. Il resta là un moment, lui tournant le dos, scrutant l'intérieur du frigo qui était tout noir et s'ajusta discrètement. La façon que Bella avait de manger les fraises avait un effet certain sur lui. Il avait eu le souffle coupé, il se doutait que c'était complètement innocent de sa part. Des femmes avaient provoqué son désir avant, bien sûr, en mangeant d'une façon suggestive mais là ça semblait totalement innocent. Elle n'avait probablement aucune idée de ce que ça provoquait en lui.
Que provoque-t-elle en moi?
Je pense qu'elle te fait bander, Cullen.
"Deuxième étagère en bas," fit la voix de Bella.
"Ou euh… oui. Elles sont juste face à moi en fait." Il prit une bouteille, la déboucha et en prit une gorgée lui tournant toujours le dos jusqu'à ce qu'il sente qu'il se contrôlait plus, souhaitant que sa bite ne se conduise plus comme … une bite.
Edward retourna à sa place décidant qu'il ferait de son mieux pour ne pas regarder Bella manger ses fraises. Ça faisait ressortir le pire dans son imagination. Il choisit une fraise dans le saladier, la trempa dans le cointreau et suivit ses indications précédentes. Il tenta en vain de ne pas se représenter sa bouche enroulée autour de la fraise… ou d'autre chose… avec de la crème partout sur sa langue et ses lèvres.
Merde c'est juste du lait et un fruit… un fruit et du lait… un fruit et du lait.
Merde… c'était tellement excitant!
"Donc tu es propriétaire d'une salle de gym avec Emmett?" La voix de Bella fit intrusion dans ses pensées. Il fut heureux de cette distraction, il pouvait juste ignorer qu'elle mangeait.
"Ah Emmett t'a parlé de ça? Oui Gymerica Elite est une sorte de club de gym. En fait il offre des services supplémentaires pour attirer plus de clientèle, des hommes d'affaires qui n'ont pas trop de temps dans leur journée."
"Des services comme quoi?"
"Il y a un service esthétique, soins du visage, massages, enveloppement, un salon de bronzage, coiffeur, manucure… tu sais… toutes ces choses que tu peux faire ailleurs. A Gymeria Elite tu peux tout faire sans te déplacer. Emmett gère. Il est vraiment bon dans ce qu'il fait. Pas seulement les affaires… Il est aussi un coach, très bon, il connait extrêmement de choses dans sa branche… et les clients l'adorent. Je suis copropriétaire avec lui.
"Tu ne travailles pas là-bas en fait?"
"Non, c'est plus un investissement pour moi. Mais je vais lui vendre ma part à moment donné."
"Oh alors tu fais autre chose?" commença-t-elle en attrapant une autre fraise.
"Oui… je fais beaucoup d'autres choses. Au départ et surtout je fais des placements à risque."
"Vraiment?" Les yeux de Bella s'écarquillèrent de surprise.
"Tu sais ce que c'est?" lui demanda-t-il en plissant les yeux.
Elle roula des yeux. "Oui… Je ne suis pas stupide."
Il sourit. "Je ne pense pas que tu le sois, du tout. Au contraire en fait. C'est qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui savent vraiment ce que ça implique."
"Tu cherches des entreprises qui ont besoin de capitaux pour commencer leur affaire ou produire ce qu'elles font. Tu as des capitaux et tu leur procures des fonds. Tu investis espérant en obtenir du profit. C'est ça?"
"Exactement." Il sourit.
Elle l'avait surpris à nouveau mais ce n'était pas nouveau, si?
"C'est une sorte de pari n'est-ce pas?"
Il haussa les épaules. "Tu connais le dicton Qui ne risque rien n'a rien?"
"Oui."
"Et bien j'ose et habituellement ça fonctionne." Il lui fit un sourire en coin.
"Tu sembles plutôt sûr de toi."
Edward grogna. "Honnêtement je ne veux pas paraitre arrogant mais je suis assez bon dans mon boulot. J'ai beaucoup appris avec mon grand-père en commençant très tôt. C'était un homme avisé et il semble qu'il ait déteint sur moi."
"Alors dans quoi d'autre investis-tu - si ça ne te dérange pas que je te demande?"
"Eh bien dans l'immobilier et le réaménagement immobilier, les technologies médicales, la recherche mais ça c'est ce que faisait mon grand-père à Chicago. J'ai peu d'intérêt en affaires, en plus du Gymeric Elite je suis partenaire inactif dans une maison d'édition ici à Seattle."
"Tu as une maison d'édition?"
"Oui, je suis lecteur indépendant pour eux. Je lis des manuscrits et les corrige si je pense qu'ils sont dignes d'être publiés."
Bella cligna des yeux. Il avait ses doigts partout.
Edward repensa à ce qu'il avait vu plus tôt dans la journée, le site sur son ordinateur portable. Il ne voulait pas y aller directement et lui demander parce que ça aurait été comme s'il avait fouillé dans sa vie privée. Il devait être discret.
"Tu m'as dit que tu avais un diplôme en création littéraire. Tu écris?"
Peut-être rougit-elle. Il n'était pas sûr, pas assez de lumière. Elle sembla gênée cependant.
"Pas vraiment. Je veux dire… Ce n'est rien de… transcendant."
"Tu as publié?"
Il ne leva pas les yeux sur elle. Il essayait d'être nonchalant. Il prit une autre fraise et la traina dans la chantilly avant de la mettre en entier dans sa bouche et de tirer sur la queue.
"Euh… non… pas vraiment. J'écris pour mon plaisir, la plupart du temps. Ce que j'écris n'aurait probablement pas grand intérêt… j'aime écrire les histoires que j'imagine."
"Tu les fais lire à quelqu'un?"
Bella passa ses bras autour d'elle. Edward avait déjà remarqué qu'elle faisait ça. C'était sa façon de dire que la question la mettait mal à l'aise.
"Oui mais personne ne sait que c'est moi et c'est la seule raison pour laquelle je le fais."
Il devinait la réponse à sa prochaine question mais il la posa quand même.
"Comment ça peut être anonyme si tu le fais lire à quelqu'un?"
"Je le mets en ligne et j'ai un pseudonyme."
"Une sorte de blog? Ou alors un site?"
"Sur un site de fan fiction."
"Lequel?" demanda-t-il la regardant tandis qu'il trempait une autre fraise dans la crème.
"Ça c'est un secret!"
Edward rit. Elle pouvait être tellement secrète, elle savait ériger des murs pour se protéger. Elle était amusante à sa façon, une mignonne façon…
"D'accord, je ne vais pas insister. Mais si tu décides que tu veux essayer, dis-le-moi… je pourrais peut-être t'aider."
Elle hocha la tête, regardant vers le saladier presque vide à présent.
"Un jour peut-être!"
Et sur ce, l'électricité revint. Bella et Edward clignèrent des yeux à cause de la lumière vive dans la cuisine.
"Hourra!" s'écria Bella de surprise.
"Je suppose que nous n'aurons plus besoin de celles-là", déclara Edward en se penchant pour souffler les bougies.
Bella ne savait pas très bien pour quoi elle avait crié hourra. L'ambiance semblait si différente tout à coup, comme si l'atmosphère feutrée et intime de la cuisine dans l'obscurité lui manquait.
Edward semblait être comme elle. L'atmosphère avait changé. C'était comme être soudain projeté sous un microscope. La réalité était de retour pour se venger. Il regarda sa montre.
"Je devrais probablement y aller. Je vais t'aider à ranger." Il se leva, ramassa son assiette et son bol et alla vers l'évier.
"C'est bon je vais quasiment tout mettre dans le lave-vaisselle."
"Eh bien je peux t'aider. C'est le moins que je puisse faire pour te remercier de m'avoir invité chez toi et de m'avoir nourri."
Bella arriva avec le saladier et les dernières fraises.
"Je suis contente que tu sois venu… j'aurais eu à manger la même chose pendant quatre soirs de suite." Elle rougit, réalisant que ça la faisait paraitre solitaire. "Je veux dire je suis heureuse que tu sois venu… pas seulement pour cette raison. J'ai apprécié ta compagnie."
Edward lui fit un sourire. "Moi aussi. Une panne d'électricité tout seul n'est pas aussi intéressante qu'avec quelqu'un… spécialement avec quelqu'un qui a une panne dans une panne." Il sourit et elle roula des yeux. "Et qui sait?" l'éclair dans son œil et son sourire s'intensifièrent, "peut-être qu'un soir je t'inviterai pour manger une pizza surgelée."
Bella rit. "Euh. Je ne crois pas être disponible pour de la pizza surgelée."
C'est vrai… tu ne l'es pas. Et ce n'est définitivement pas possible!
"Eh bien je peux t'inviter pour une vraie pizza. J'ai travaillé dans une pizzeria à temps partiel quand je faisais mes études secondaires. Je peux faire une pizza mortelle."
Bella sourit. "Je pense que je pourrais être disponible pour celle-là alors!"
Mais non! Qu'est-ce que tu racontes? A quoi tu penses? Réfléchis!
Bella rangea les restes dans de petites boites pendant qu'Edward rangeait la crème et le reste des fraises dans le frigo. Ensuite elle rinça les plats dans l'évier et les passa à Edward pour qu'il les mette dans le lave-vaisselle.
Quand ils arrivèrent aux gros plats Bella lava et Edward essuya. C'est à ce moment-là qu'il décida d'avancer et osa demander. Il y avait quelques mystères qu'il voulait éclaircir et il y avait peu de chance de ruiner la soirée puisqu'elle était presque terminée.
"Bella? Je … euh… j'espère que ça ne te dérange pas si je te demande…je veux dire? Je voulais te le demander tout à l'heure… mais je n'ai pas vraiment eu l'occasion… je n'étais pas sûr si je pourrais… je veux dire… je ne veux pas t'embêter mais ça finit par me rendre fou…"
Bella leva les yeux vers lui pendant qu'il cherchait ses mots.
"Quoi?"
Il passa sa main dans ses cheveux et lâcha enfin.
"Où est Jake?"
Oh merde…
Bella se retourna vers l'évier complètement immobile... "Pas ici…"
Il hocha la tête. Puis fronça les sourcils en regardant sa petite silhouette qui restait détournée de lui. "Où est-il?"
Oh double merde…
Elle lui répondit à contrecœur. "Il est … à la Push, près de Forks."
"Près de la côte?"
Bella acquiesça. Sa voix était douce. "Oui."
"Que s'est-il passé? Vous avez… rompu?"
Oh triple merde…
Bella baissa la tête et éteignit l'eau toujours face à l'évier. Elle s'accrocha au plan de travail. Elle pouvait sentir la chaleur d'Edward tellement il était proche d'elle. Elle hocha la tête, trop effrayée de se retourner.
Il y eut un silence pendant qu'il repensait à sa question, espérant une clarification ou plus d'information.
"Vous avez rompu?"
Et merde… il est en train de penser que tu es une imbécile. Et cette soirée a été… tellement agréable…
Elle hocha la tête à contrecœur à nouveau. Elle n'avait pas l'intention d'en dire plus, Edward décida qu'il devait être plus précis.
"Quand?"
"Ça fait… un certain temps."
"Quoi? Qu'est-ce que tu veux dire?" Peut-être ne devrait-il pas être aussi indiscret mais il ne pouvait pas s'en empêcher… il était de plus en plus curieux.
Bella se détourna de l'évier, se forçant à le regarder en face. Elle enroula ses bras autour d'elle fermement et se mordit la lèvre en le regardant inquiète et confuse et répondit honnêtement à sa question.
"Il y a neuf ans."
…
Stern : strict
