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CHAPITRE 17 …

Confidences et indiscrétions

Putain quoi… hein?

Le cerveau d'Edward buggait.

Ou alors était-ce ses oreilles qui fonctionnaient mal?

De toute façon quelque chose n'allait pas parce qu'il pensait qu'il venait d'entendre dire que Bella et Jake avaient rompu il y avait neuf ans et ça n'avait pas de sens. Les mots n'avaient rien à voir avec la réalité… au moins pas avec celle qu'il connaissait, qu'il avait pu observer un peu, leurs conversations et tout ce que son cerveau avait envisagé pendant les cinq derniers jours.

"Quoi?" Sa bouche forma le mot mais aucun son n'en sortit.

Parfait, à présent ma voix ne fonctionne plus.

Bella hocha la tête, elle était devant lui et regardait la confusion inscrite sur son visage. Elle se serrait dans ses bras, tordant ses doigts sur le tissu de son sweat. Elle avait une sensation étrange de mort imminente ou tout au moins d'une très grande gêne.

Edward remarqua que ses doigts devenaient blancs tandis qu'elle serrait le tissu de son sweatshirt. En fait elle avait le visage pâle aussi. Il se mit à penser qu'elle allait à nouveau s'évanouir et ses yeux se tournèrent vers les siens pour voir, ils étaient clairs et concentrés. Ils étaient grands, bruns, doux et… résignés à quelque chose de désagréable. Les siens s'écarquillèrent en réponse à son regard consterné.

Qu'est-ce qu'il se passe avec cette fille?

"Oui nous avons rompu il y a neuf ans," redit-elle calmement après avoir vu l'expression d'incompréhension sur son visage. "Nous avions quatorze ans alors."

"Il y a neuf ans…" Ces quelques mots avaient du piquant, la même chose que les fraises arrosées de cointreau … Un peu différent cependant ça ressemblait à cet état dans lequel vous étiez quand vous tombiez soudainement et que vous aviez le souffle coupé, ce qui venait d'arriver à Edward, il se décida à inspirer profondément pour demander des éclaircissements.

"Ce n'est pas ton petit-ami?" Son visage était grave. "Je veux dire, il n'était pas ton petit-ami?" Il lutta pour donner du sens à ce qu'il pensait avoir reconnu et apparemment il n'y parvenait pas.

Bella soupira. "Eh bien c'était … il y a neuf ans…"

"Neuf ans… je comprends. Alors évidemment … dimanche."

Bella secoua la tête. "Non, nous sommes de très bons amis à présent, il est comme un frère pour moi, il n'est pas mon petit-ami. Il n'y a pas de petit-ami."

Pourquoi devrais-je avoir un petit-ami? Qui veut une imbécile pour petite-amie?

Bella ne prit pas la peine d'ajouter qu'il n'y avait jamais vraiment eu de petit-ami. Edward n'avait pas besoin de connaitre l'inexistence de sa vie amoureuse. Elle avait déjà admis avoir eu zéro vie sociale à l'université. C'était assez dur à admettre devant un prédateur qui pouvait gérer deux soirées avec deux belles femmes différentes en vingt-quatre heures.

Tu es une perdante Bella Marie Swan! Tu le sais et maintenant il vient de le découvrir.

"Je ne comprends pas… je pensais que lui et toi …" Edward s'arrêta et fronça les sourcils, changeant de position et posant une main sur le comptoir de la cuisine, comme s'il avait besoin de quelque chose pour le soutenir. "Ne m'avez-vous pas dit…?" Il s'arrêta à nouveau essayant de mettre de l'ordre dans ses pensées. "Je veux dire… il ne vient pas habiter ici?" Il regarda Bella d'un air interrogateur.

Elle soupira encore plus longtemps cette fois-ci. "Non il vit à Forks. Il m'a simplement aidé à déménager." Elle essaya de sourire mais c'était très faible et elle sembla juste un peu plus malade.

"Seigneur… j'aurais pu jurer…" La voix d'Edward s'affaiblit et sa main passa dans ses cheveux merveilleusement en désordre.

Il réfléchit à ces cinq derniers jours, repassant rapidement chaque conversation qu'il avait eue soit avec Jake soit avec Bella depuis qu'elle était arrivée avec son vieux camion le samedi.

Leur première conversation avait vraiment été épouvantable, devant l'allée de Bella. Il rougit en se souvenant de son idiote tirade courroucée alors qu'il était en érection et en simple pyjama de soie.

Non… elle n'avait mentionné aucun petit-ami à ce moment-là.

Bien sûr que non. Tu lui as tout juste laissé placer un mot, te comportant la plupart du temps comme un fou furieux.

Une façon spectaculairement embarrassante, vraiment affreuse et stupide de rencontrer une fille!

Le lendemain, le dimanche, il avait vu l'arrivée de Jake avec le camion de déménagement. Il les avait vus s'étreindre quand il était parti ramener Irina chez elle. Il en avait déduit que Jake était son petit-ami ou son mari, et avait même vérifié si Jake portait une alliance quand il était venu voir la Vanquish.

Et il y avait eu aussi cette menace non dissimulée, pendant le trajet dans la Vanquish, quand Jake lui avait dit qu'il ne tolèrerait pas que quelqu'un fasse du mal à Bella ou lui fasse passer un mauvais moment parce qu'elle était très douce.

Mais il ne l'avait pas appelée 'sa chérie'.

Quand il avait aidé Jake à déplacer les meubles dans la maison, ils n'avaient pas beaucoup parlé, sauf les commentaires nécessaires quand on déplace des meubles ou pour répondre à des questions concernant le voisinage. Il avait supposé que ces questions les intéressaient tous les deux, pas juste Bella.

Edward se souvint aussi de les avoir vus quitter la maison de Bella plus tard cet après-midi-là, pendant qu'il allait manger avec ses parents. Le bras de Jake était passé autour de Bella mais maintenant qu'il y repensait ça lui avait paru complètement platonique.

Edward n'avait pas de relation platonique avec les filles, alors c'était difficile pour lui d'en juger. Il n'avait pas non plus d'amies filles. Il n'avait que des conquêtes, des bimbos ou des femmes qui n'imprimaient pas sur son radar parce qu'elles étaient trop vieilles, trop jeunes, trop prises, ou trop mal pour diverses autres raisons. Il avait quelques amis, des hommes et il n'aurait certainement jamais pu les embrasser comme Jake l'avait fait à Bella, il ne passait pas son bras autour d'eux quand ils marchaient même si ça aurait pu être amusant comme l'enfer de le faire à Emmett.

Le troisième jour, le lundi, c'était quand il était parti à Chicago. Il n'avait vu ni Jake, ni le camion de déménagement ce matin-là. Il se rappela la conversation qu'il avait eue avec Bella avant de partir quand il lui avait demandé si elle ou lui pouvait récupérer son courrier.

Et ça le frappa!

Elle ne l'avait pas corrigé!

C'était ça!

"Pourquoi ne m'as-tu rien dit quand je t'ai demandé si Jake ou toi pouviez récupérer mon courrier pendant que je serai absent? Pourquoi ne l'as-tu pas dit à ce moment-là?"

Elle fronça les sourcils repensant à leur conversation de ce lundi matin. "Tu as eu un coup de fil… et quand ça a été fini…" elle haussa les épaules, " … je t'ai dit que je le ferai."

"Oh…" Edward sourcilla continuant à retourner les choses dans sa tête.

Sa réponse était logique maintenant qu'il y repensait. Il lui avait demandé une faveur et elle avait dit qu'elle le ferait, puis elle avait été un peu énervée aussi. Elle n'avait pas vu l'utilité de donner des détails concernant Jake, qu'il n'était pas son petit-ami, qu'il ne vivait pas là et que ce n'est pas lui qui s'occuperait de son courrier. Ça n'aurait pas eu beaucoup de sens et ça aurait paru déplacé d'en parler à ce moment-là.

Edward se frotta la nuque un instant et ensuite il jeta son autre main en l'air avant de la reposer sur le comptoir avec un petit bruit, renonçant à rassembler toutes les pièces et donner un sens à tous ces faits. Il était perdu de s'apercevoir qu'il s'était fait autant d'idées fausses.

Le reste du lundi il était resté à Chicago puis le mardi aussi, il était rentré hier, un jour plus tôt que prévu. Et quand il était arrivé il avait parlé avec Bella devant chez elle, lui avait donné la casquette de remplacement, elle avait été bouleversée, elle avait même pleuré. Il avait supposé qu'il avait fait quelque chose de mal en lui offrant cette casquette parce qu'elle avait pensé qu'il la traitait d'abrutie. Mais finalement il avait décidé que ça devait être Jake… une probable rupture. Maintenant il savait que c'était une hypothèse erronée. Il n'y avait pas eu de rupture parce que Jake n'était pas son petit-ami… pas dans le sens ordinaire.

"Bella, tu étais bouleversée hier, au début j'ai pensé que tu m'en voulais. Ensuite j'ai cru que tu t'étais disputée avec Jake… qu'il avait rompu ou qu'il t'avait fait du mal. J'ai pensé que tu étais perturbée à cause de quelque chose qui s'était passé entre vous." Il la regarda attendant une clarification.

Bella déglutit. Ça devenait vraiment inconfortable mais elle ne pouvait pas rester muette.

"Non il ne s'est rien passé entre nous, pas de dispute, ni de rupture." Bella baissa les yeux, évitant le regard d'Edward mais sa voix était calme. "Tu étais censé supposer croire… qu'il était … mon petit-ami."

Edward la regarda avec surprise.

Quoi?

Il réalisa qu'il n'avait pas posé la question à voix haute.

"Quoi?"

Elle hocha la tête, se demandant pourquoi diable elle lui avait donné cette information inutile, ça allait la conduire là où elle ne voulait pas aller.

"J'étais supposé penser que c'était ton petit-ami'?" Les yeux verts brillants d'Edward se plissèrent alors qu'il la regardait, essayant de comprendre la raison logique derrière tout ça. Ça n'avait pas de sens. Etait-il supposé être jaloux de quelqu'un qu'il ne connaissait pas, qui venait d'emménager et qui avait un petit-ami? Cette fille était complètement insensée. Elle était un puzzle qu'il ne pouvait pas assembler. Il était abasourdi.

Bella s'appuya contre la porte du placard, juste pour avoir la sensation de quelque chose de solide contre elle. Cette conversation la faisait se sentir détraquée et déséquilibrée. Elle allait probablement admettre des choses qu'elle ne devrait pas mais pour une raison quelconque, elle ne put s'en empêcher. Elle voulait être honnête avec lui.

"Je lui ai dit de faire semblant d'être mon petit-ami, comme ça tu croirais que je n'étais pas seule."

"Pourquoi, je ne comprends pas? Pourquoi aurais-je dû penser qu'il était ton petit-ami?" Edward semblait à la fois irrité et dérouté.

Bella souffla, se sentant indignée et irritée. N'était-ce pas évident?

Ça ne va pas du tout.

Vraiment … pourquoi se préoccupait-il autant de Jake? Quel est le problème que je prétende que j'aie un petit-ami. J'ai mes raisons.

"Tu es venu chez moi le premier jour, me surprenant dans mon camion, hurlant des insanités et me faisant peur, on aurait dit un fou. Tu portais seulement ce pantalon si fin. Et pour couronner le tout, tu étais… euh…tu étais dans cet … état et dans ce pantalon si fin."

Elle rougit au souvenir d'Edward et de son érection. Elle continua à parler et commença à se sentir moins gênée, sa voix fut plus forte, elle prenait de l'assurance pour défendre son stratagème de faux petit-ami.

"Edward je ne te connais pas! J'ai pensé que tu étais une sorte de pervers! Et tu as agi comme un abruti avec moi. J'ai pensé que si tu croyais que Jake était mon petit-ami tu pourrais être un peu moins con."

Edward resta bouche bée de surprise.

"De pervers?"

Bien sûr que tu y ressemblais! Et tu as agi comme un abruti!

Mais ce n'était pas intentionnel! Je le lui ai expliqué!

"Mais je me suis excusé pour mon comportement! Et pour ma réaction physique complètement déplacée…" Edward était énervé à présent… et bien embarrassé.

"Tu ne l'as pas fait avant lundi! Et j'ai pensé que puisque tu t'étais excusé je pouvais te rendre service!"

"Ce n'est pas pour que tu me rendes service que je me suis excusé! Quel genre de con crois-tu que je sois?"

Bella le regarda mais ne répondit pas parce qu'honnêtement elle ne connaissait pas Edward… ou quel genre de con il pouvait être. En se basant sur ce qu'elle en avait vu et sur ce qu'Alice lui avait dit, il était un con. Puis à nouveau après avoir partagé un repas avec lui, elle pensait qu'il était plutôt sympa et drôle et doux. Il avait été attentif et protecteur quand elle s'était évanouie. Il lui avait même servi le repas qu'elle l'avait invité à partager. Mais qui sait? Il pouvait très bien avoir joué un rôle. Peut-être que c'était sa façon d'être, ce qui expliquerait pourquoi il avait une foule de bimbos… du moins selon Alice…. Bella en avait vu deux, pas toute une foule.

Edward la regarda. Il était en colère qu'elle le considère si mal. Pourquoi ne pouvait-elle pas lui laisser le bénéfice du doute? Il n'était pas vraiment une horrible personne. Pour l'amour de dieu… Il lui avait laissé le bénéfice du doute! Il avait supposé qu'elle était allée chez lui parce qu'il s'était passé quelque chose d'horrible dans sa vie personnelle!

Et c'est cela qui le dérangeait vraiment à présent.

Il avait assumé la partie la plus dérangeante alors il pourrait assumer le reste. Mais il s'était trompé. Et pour cette raison une chose lui revint en tête maintenant.

Son lit.

Putain… qu'est-elle allée faire dans mon lit?

Hier soir quand il avait téléphoné à Emmett ils avaient discuté des raisons possibles pour lesquelles Bella s'était retrouvée dans son lit. Il en était arrivé à une conclusion logique basée sur des faits qu'il pensait connaître. Elle s'était cherché un refuge pour échapper à son copain. Elle n'avait eu nulle autre part où aller pour se mettre à l'abri après une dispute orageuse. Il avait pensé qu'elle était bouleversée, en pleurs peut-être et qu'elle reste chez lui avait paru étrange mais bon en tenant compte de tout ça…

Mais toutes ses conclusions étaient erronées, tout cela était faux. Pas de dispute, pas de raison de se réfugier chez lui.

Alors pourquoi diable y était-elle allée?

Il n'en avait aucune idée mais dans un petit coin de sa tête il se demandait si elle avait dormi habillée ou si elle avait enlevé ses vêtements, peut-être dormi en sous-vêtements. Quelque chose de fin en dentelle. Ce même coin jouait avec cette idée qu'elle avait été complétement nue dans son lit. Il dit mentalement à ce coin de sa tête de la fermer et de rester concentré. Il se reprit, se demandant pourquoi elle avait eu l'audace de dormir dans son lit.

Putain! Demande-le-lui tout simplement. C'est ton lit après tout. Tu ne veux pas que tous tes voisins viennent dormir dans ton lit!

Alice dirait que probablement qu'ils l'ont déjà fait.

Alice est agaçante quand elle fait ça.

Arrête de divaguer et demande-lui! Fais-le et fais-le maintenant!

Edward se racla la gorge et regarda Bella qui avait les yeux plissés.

"Tu te sers toujours de ce shampoing à la fraise?" Sa voix était douce mais déçue.

Elle cligna des yeux. Puis elle cligna une deuxième fois.

Quoi? D'où ça sort ça? Enchainement très bizarre, Edward.

"Hein… désolée?"

Un petit V se forma entre ses sourcils tandis qu'elle les fronçait. Elle était complétement perdue. Edward se sentit mieux de la voir ainsi aussi.

Seigneur… ils étaient deux. Tu es aussi perdue que moi.

Edward s'éloigna du comptoir. Il fit deux pas lents vers Bella en ne quittant pas ses yeux bruns, réduisant la distance entre eux. Avant que Bella ne comprenne ce qui allait se passer, il se pencha près d'elle et saisit une mèche de ses longs cheveux entre ses doigts fins. Au début Bella pensait qu'il allait ranger sa mèche derrière son oreille mais le prédateur la porta à son nez et respira, analysant le parfum, cherchant des réponses aux questions qu'il se posait.

Bella écarquilla les yeux tandis qu'il se tenait là, tout près, à respirer le parfum de son shampooing sur ses cheveux.

C'était vraiment très étrange de faire cela.

Mais en même temps, la chaleur et l'odeur de son corps l'engloutit. Elle se sentit rougir d'embarras et de quelque chose d'autre d'indéfinissable… à cause de sa soudaine proximité. Son estomac se serra. Elle était prisonnière et le prédateur jouait avec elle avant de la tuer.

"Fraises," souffla-t-il en expirant. "Comme hier… comme hier soir." Il pinça les lèvres en reculant sa tête et en la regardant attentivement.

Bella écarquilla les yeux.

C'est bizarre on ne s'est pas vu la nuit dernière.

Hier il a senti cette odeur et il a demandé.

Pourquoi s'intéresse-t-il à mon shampooing?

Il n'est pas un peu fétichiste?

"Je ne comprends pas," la voix de Bella était timide et fragile tout à coup.

"Non, moi non plus Boucle d'or," admit Edward doucement, en reculant légèrement et en la regardant froidement.

"Boucle d'or?" Elle fronça les sourcils, se sentant partir à la dérive et vers la mer. Ses cheveux étaient bruns après tout, pas blonds comme ceux du personnage du conte qu'il venait de mentionner. Il devrait l'appeler Boucles chocolat ou Châtaigne d'or ou Boucle noisette.

Boucle noisette serait tout à fait approprié… noisette lui était tout à fait applicable.

Mais Edward hocha la tête lentement et sans humour en réponse à sa question.

"Pourquoi tu m'appelles Boucle d'or?" demanda-t-elle.

"J'ai pensé que tu aurais goûté à mon porridge entre autres choses." Edward croisa ses bras sur son torse, la tête penché de côté, la fixant avec ses yeux verts perçants.

Bella ne s'était jamais senti aussi perplexe. Maintenant il parlait par énigmes. Ou par conte pour les enfants. Ou d'un conte pour enfant.

Porridge? De quoi diable parle-t-il? Prédateur a perdu la raison!

"Je ne comprends rien à ce que tu racontes." Elle avait loupé quelque chose mais elle eut soudainement un mauvais pressentiment ce sujet. Un très mauvais pressentiment. Il ne plaisantait pas. Elle avait la nette impression qu'il voulait lui faire dire quelque chose, elle se sentait acculée et il n'y avait aucun endroit où aller se cacher.

"Ce que je suis en train de dire c'est que je sais que tu étais chez moi… pas juste quand Emmett y était aussi… et pas simplement pour rentrer le courrier et les journaux sur le comptoir de la cuisine…"

L'estomac ce Bella se contracta. Le repas allait remonter et Edward la regardait intensément, ses yeux verts lançant des éclairs.

"Je sais que tu t'es assise dans mon salon, les coussins sur le canapé avaient changé de place, je suis un peu un obsédé du rangement alors je remarque ces choses. Alors je me demandais si tu avais essayé mon porridge… parce que je suis presque sûr que tu as essayé mon lit…"

Oh! Nooooooon! Noon, non, non, non, nooooooooon!

Bella était horrifiée. Complètement mortifiée. Et prête à vomir ce qu'elle venait de manger, le riz, le poulet, la salade, les fraises qui s'agitaient dans son estomac, quelque part près de ses chevilles. D'autre part, son cœur battait furieusement dans sa gorge. C'était incroyable où pouvait aller se loger des organes quand on était terrifiée.

Edward poursuivit de sa voix basse, douce, déçue, calme et sexy.

"… tu sais Gianna ma femme de ménage, vient tous les lundis. Elle est venue le matin où je suis parti pour Chicago. Elle a tout nettoyé et elle a changé la literie et fait la lessive. Mais pour une raison quelconque… la nuit dernière… la première fois que je dormais dans mon lit depuis que les draps avaient été changés… mon oreiller… sentait la fraise. Et je me suis souvenu d'hier… quand on parlait dehors, j'ai senti cette odeur de fraise. Tu as dit que c'était ton shampoing. Et mon oreiller sentait la fraise. Exactement comme ton shampoing."

Bella haleta. Elle était faite. Ses mains se levèrent sur son visage dans un essai naïf de se cacher. Son cœur battait comme celui d'un animal qui serait pris au piège. Et pour une raison quelconque son corps choisit de ne coopérer et de ne pas s'évanouir, ce qui aurait été l'échappatoire parfaite. Mourir de gêne serait aussi un excellent choix mais ça ne semblait pas vouloir arriver pour l'instant.

Elle était sur le point d'expirer d'embarras mais pas encore prête à rejoindre l'au-delà. Non… elle était définitivement coincée ici et maintenant, avec un magnifique, fascinant, intelligent, plein d'esprit, de compassion, de protection, maintenant étonnamment perspicace, glacial et sans humour Edward Cullen. Elle savait qu'elle était une folle, violeuse de confiance, envahisseuse, fouineuse alors qu'elle n'en avait pas le droit.

Putain.

De Bordel.

D'enfer.

Elle pouvait seulement prier pour qu'une amnésie se produise juste après cette conversation.

"Oh mon dieu," marmonna-t-elle.

Ses mains changèrent de place et passèrent sur ses joues, se posant sur la chaleur de son rougissement. Elle s'appuya de nouveau contre la porte du placard et dans son état misérable, ses genoux flanchèrent et elle se laissa tomber en un petit tas humilié aux pieds d'Edward sur le sol de la cuisine. C'était comme si elle avait voulu disparaitre dans un trou sous le carrelage.

Oh aidez- moi… Il sait tout!

Cette conversation ne pouvait plus être évitée, il allait falloir qu'elle vive avec ça et qu'elle se souvienne toujours de ce mauvais moment… cette conversation mortifiante….

A moins que la fameuse amnésie n'apparaisse.

Ce qui était peu probable.

"Eh bien?" incita Edward de sa voix basse et exigeante. Son sourire en coin avait disparu. Son sens de l'humour avait disparu. "Explique! Je suis complètement perdu. J'ai pensé que tu avais cherché refuge chez moi, pour t'éloigner de ton petit-ami avec qui tu aurais eu une dispute… mais maintenant que je sais que ce n'est pas le cas… je ne comprends simplement pas. Mais pas du tout."

"Hum… c'est compliqué," commença-t-elle d'une petite voix.

"Je suis sûr que je peux comprendre," répondit-il d'une voix éteinte. Il ne semblait pas y avoir la moindre once d'indulgence dans sa voix ni dans sa mâchoire contractée.

Pouvait-elle lui en vouloir? Elle avait fouiné dans sa vie privée sans y avoir été invitée.

Merde, tout ceci était si incroyablement épouvantable.

Elle prit une profonde inspiration tremblante avant de parler.

"J'étais… curieuse…"

Edward cligna des yeux, ne s'attendant pas à cette réponse mais il se reprit rapidement.

"Alors tu as pensé que coucher dans mon lit t'apporterait des réponses," rétorqua-t-il.

"Non… Je veux dire… oui… non enfin. Je ne sais pas," répondit-elle lamentablement.

"Eh bien moi non plus, je ne te connais pas et c'est pour ça que j'essaie. Je t'ai donné la clé de chez moi pour que tu récupère mes journaux et mon courrier et que tu les laisses sur le comptoir de la cuisine mais pour une raison qui m'échappe tu es allée dans mon lit. A présent je peux voir que ce n'était pas pour une bonne raison. Ça défie ma compréhension." Edward croisa ses bras sur sa poitrine et la fixa.

Bella baissa la tête, posa son front dans sa main, toujours assise en un petit tas sur le sol, pour éviter le regard pénétrant d'Edward à tout prix.

Bon allez… tu es allée fouiner… maintenant il faut payer. C'est de ta faute. Il ne te parlera plus jamais après ça, ce sera donc ta dernière conversation avec lui. Dis-lui. Fais-le et ce sera fini. Et ensuite c'en sera fini de toi.

"J'étais simplement… vraiment curieuse… après ce premier week-end," admit-elle gênée, sachant qu'à la fin il comprendrait que c'était une harceleuse.

"Tu te conduis d'une façon…" Elle haussa les épaules, cherchant ses mots. "Je ne sais pas, tu as une vie sauvage et excitante, dans ton pyjama en soie, conduisant ta belle voiture sportive, avec des femmes magnifiques qui entrent et sortent de chez toi. C'était comme regarder un personnage de roman ou de film, qui prendrait vie, de l'autre côté de ma rue et de mon existence ennuyeuse."

Les sourcils d'Edward s'agitèrent au fait qu'elle l'admette. Ça le dérangeait pour plusieurs raisons mais il ne l'interrompit pas pour qu'elle continue.

"Et puis cet après-midi-là quand Emmett est venu et est resté regarder le match chez toi…" Elle le regarda un instant pour voir s'il savait qu'Emmett était resté mais apparemment il n'était pas surpris. "Quoi qu'il en soit, il était là et il farfouillait dans le frigo, il m'a offert une bière et m'a montré le contenu de tes placards… et j'ai commencé à me demander de quelle façon tu vivais. Ensuite tes livres... tu en as tellement… Je les ai regardés… il a dit que je pouvais… et j'ai été surprise par tous les différents livres que tu as. Je ne sais pas. Ça ne correspondait pas avec l'idée que je me faisais de toi."

"Ça t'a étonnée que je lise? Que je puisse être intelligent?" Il semblait gêné et perturbé.

"Bon… dans un certain sens oui," admit-elle timidement.

Il souffla d'agacement mais Bella expliqua rapidement.

"Je veux dire… je suppose que je ne pensais pas que tu ais autant d'intérêts variés en menant la vie que tu sembles avoir. Tu ne sembles pas du tout être quelqu'un de superficiel comme je l'ai pensé au début."

Edward tourna les talons, se dirigeant hors de la cuisine, secouant la tête d'irritation, laissant Bella là où elle était, sur le sol de la cuisine. Les choses qu'elle disait le dérangeaient. Il ne pouvait pas décider s'il voulait le prendre comme un compliment ou comme une insulte. Après un instant, il fit demi-tour et revint dans la cuisine.

"Alors que s'est-il passé ensuite… tu as attendu qu'Emmett s'en aille et tu es retourné chez moi et a dormi dans mon lit pour avoir une meilleure idée de ce qu'était ma vie?" demanda-t-il vivement.

Bella le regarda dans les yeux. "Non! Ce n'est pas ce qu'il s'est passé!" Les mots sortirent seuls de sa bouche. Elle était choquée par sa supposition.

Ah oui! Putain! Ce serait drôlement effrayant, putain de merde!

Edward se calma en voyant sa réaction, surpris par sa véhémence et il regarda vers ses yeux écarquillés. Il lança ses deux bras en l'air.

"Eh bien, alors… que diable faisais-tu chez moi? Pourquoi mon oreiller sent comme ton shampoing? Explique-moi!"

"J'essaie!" cria-t-elle, maintenant sur la défensive. "Tu crois que c'est facile?" Elle le regarda avant de commencer à résumer.

"Je suis allée chez toi le jour suivant… hier… avant que tu ne rentres… et je…" sa voix s'affaiblit, elle était presque inaudible. "J'ai fait un tour chez toi… en haut et en bas."

Les yeux brillants et verts d'Edward montrèrent une expression de surprise. Il les plissa puis fronça les sourcils.

Seigneur… c'était tellement horrible mais elle était déterminée à en finir. Et ensuite il en finirait avec elle et partirait et ils pourraient s'éviter pour le restant de leurs vies. Cependant vivre l'un en face de l'autre présentait un problème. Mais bon … ce ne serait pas insurmontable.

Elle garerait son camion dans le garage, entrerait et sortirait de la maison par le portail du garage. S'il fallait qu'elle sorte, pour le courrier ou chercher le journal - le sien - elle porterait des lunettes de soleil et une casquette avec une grande visière. Avec Bitch ou Asshole écrit dessus, celles qu'il lui avait achetées. Peut-être qu'elle pourrait les mettre toutes les deux ça donnerait Asshole bitch.

Allez arrache ce sparadrap et passe à autre chose!

Bella soupira résignée.

"Tu as une maison magnifique. Et ce n'est pas ce à quoi je m'attendais," dit-elle spontanément. "Tout est décoré avec soin comme une de ces maisons que l'on voit dans les magazines…"

"C'est ma mère qui a fait ça," l'interrompit-il. "Elle est architecte d'intérieur. J'ai eu le dernier mot mais c'est elle qui m'a fait des propositions."

Bella le regarda avec surprise. Il fronça les sourcils et secoua la tête, énervé contre lui-même de se laisser distraire par ses commentaires.

"Continue," ordonna-t-il brutalement, en agitant sa main pour mettre ses compliments de côté. "Tu as dit que tu as fait le grand tour. En quoi consiste-t-il exactement?"

Elle prit une profonde inspiration puis raconta tout.

"J'ai regardé dans ton frigo et dans ton congélateur. Il n'y a pas grand-chose, j'ai supposé que tu ne mangeais pas souvent ici," observa-t-elle, plus pour elle-même que pour le jeune homme perplexe devant elle.

"Je me suis assise sur ton canapé… j'ai bougé le coussin et me suis imaginée là, t'écoutant en train de jouer au piano. Le piano et les guitares m'ont surpris aussi. Tu es musicien. Je ne m'y attendais pas non plus. Au départ je voulais regarder sous le banc me demandant quel genre de musique tu jouais mais quand j'ai vu que tu avais du papier à musique vierge ça m'a semblé trop personnel et je ne suis pas allée plus loin."

"Pourquoi?" demanda-t-il étonné. Ses sourcils se touchaient presque au-dessus de son nez.

Mon papier à musique vierge c'est trop personnel mais mon lit non?

"Pourquoi quoi?" demanda-t-elle en lui jetant un coup d'œil et s'apercevant qu'il massait l'endroit entre ses deux sourcils comme s'il voulait chasser un mal de tête.

"En quoi la feuille blanche est-elle trop personnelle?" demanda-t-il complètement dérouté. Il essayait de comprendre sa façon de penser mais c'était clairement impossible. Son esprit ne travaillait pas comme celui de la jeune fille. Elle n'était pas seulement difficile à comprendre… elle était illisible et incompréhensible… comme un code étrange et inhabituel qui ne pouvait être décrypté.

"Bon si tu as du papier à musique vierge ça signifie que tu écris de la musique… que tu composes. Ce genre de création est une part de toi-même, c'est très personnel, intime, je pense. Tu devrais être celui qui décide si tu veux partager et avec qui." Elle le regarda et détendit ses jambes sur le sol. Elle commençait à avoir des crampes d'être assise par terre, repliée sur elle-même. Mais à présent elle se dépliait, s'ouvrant un peu.

Edward la regarda. Une fois de plus elle l'avait surpris. Sa décision de ne pas aller plus loin dans l'exploration du banc du piano était en fait un geste attentionné et prévenant. Ce qui était à l'opposé de se coucher dans son lit sans y être invitée, ce qui était un geste présomptueux et mystificateur.

Edward grogna à cette contradiction puis la regarda en haussant les sourcils alors qu'il attendait qu'elle continue.

"Puis j'ai vu ton bain à remous. Je ne savais pas ce que c'était au début donc j'ai jeté un coup d'œil à l'intérieur." Bella se mordit la lèvre et le regarda avec anxiété.

"Evidemment," murmura-t-il mais il lui fit signe de continuer.

"La guirlande de petites lumières doit être très jolie la nuit jolie et séduisante." Elle hocha la tête en parlant comme si elle était d'accord avec ce qu'elle voyait dans sa tête. Ensuite elle rougit et détourna les yeux parce que bien sûr que ce serait séduisant… telle était l'intention évidente et la vision dans son esprit l'avait confirmé.

Edward ferma les yeux et gémit intérieurement.

Bella s'éclaircit la gorge et reprit sa confession, évitant tout contact visuel avec lui.

"En fait c'est quand j'ai arrosé tes plantes sur la terrasse… plus tard, lorsque tu es rentré. J'ai un peu menti." Elle inspira difficilement, mécontente de sa confession mais apparemment soulagée.

"J'ai débattu pour savoir si j'allais monter pour voir les chambres mais j'ai perdu cette bataille contre ma curiosité."

Elle haussa les épaules en admettant sa défaite. Il savait déjà qu'elle était folle. Il savait qu'elle était allée dans sa chambre… tout ça devenait plus facile. Il n'avait pas encore appelé la police et c'était positif. Elle devait pouvoir tout dire. Mais tout à coup quelque chose la fit repenser à sa décision d'aller voir là-haut.

"Quel est ton deuxième prénom?" lui demanda-t-elle en le fixant.

Edward faillit s'étrangler.

Quoi? Mon prénom?

Pourquoi ça ne me surprend même pas? Bien sûr, c'est bien le moment de me demander ça? Ce n'est pas comme si nous parlions tout à fait d'autre chose.

"Pourquoi?" demanda-t-il soupçonneux, dès qu'il put refaire fonctionner sa langue.

"Le livreur qui a amené ce colis pendant que j'étais là. L'adresse c'était Edward A. Cullen. J'essayais de savoir à quoi correspondait ce A."

Edward resta sans voix un moment, la regardant incrédule, arrivant à faire fonctionner sa langue une fois de plus.

"J'ai deux prénoms, Anthony et Masen. Comme mon oncle. Il est mort quand il avait dix-sept ans. Quelques années avant que je naisse." Il fronça les sourcils, se demandant pourquoi il lui avait donné cette information sans nécessité.

Bella écarquilla les yeux. "Oh je suis désolée." Elle s'arrêta un instant avant d'ajouter. "Mais c'est bien que tu aies son prénom. Edward Anthony Masen Cullen. Je m'étais bien dit que ça pouvait être Anthony." Sa voix était devenue murmure. Ensuite elle retourna à son récit des événements passés.

"Donc je suis allée à l'étage. J'ai vu ta salle de gym. Ça explique pourquoi tu es en si belle forme… si en plus tu es propriétaire d'une salle de gym ça a sûrement quelque chose à voir avec ça. Et puis j'ai regardé la salle de bain des invités… j'aime que toi, ou ta mère, ayez choisi d'utiliser les mêmes matériaux partout."

Edward ne put qu'acquiescer, en essayant de suivre le cours de ses pensées, attendant qu'elle en arrive à la partie la plus importante.

"Bien sûr je ne suis pas allée dans la pièce fermée là-haut… évidemment c'est verrouillé pour une raison quelconque et je n'allais pas essayer de l'ouvrir avec un pied de biche ou quoi que ce soit. " Elle le regarda mais il ne laissait rien paraitre, choisissant de soutenir son regard mais de ne pas répondre.

"Ensuite je suis allée dans ta chambre… bon, je suis d'abord allée dans ta salle de bain. Le lavabo en verre bleu est magnifique et très élégant… la baignoire incroyable… très accueillante… mais ne t'inquiète pas… je ne me suis pas baignée… je ne suis pas folle…" Elle déglutit parce qu'au fond d'elle, elle se demanda s'il la croyait… alors qu'elle était allée fureter chez lui.

"Et la douche est immense… bien plus grande que la mienne…"

"Tu as regardé dans ma douche?" l'interrompit-il, il parut avoir avalé quelque chose de bizarre et avait maintenant un mauvais goût dans sa bouche.

Bella pinça ses lèvres avant de répondre très tranquillement. "Oui je suis même rentrée dedans…"

"Oh bon Dieu," chuchota-t-il. Il semblait perdre l'équilibre.

Il avait chuchoté très bas mais Bella avait entendu. Il pensait probablement à ces poignées… qui n'avait d'autre usage que de faciliter le sexe dans la douche. Et bien qu'importe? Ce n'était pas comme s'ils allaient se reparler après ce soir. Ils s'éviteraient à tout prix l'un l'autre à partir d'aujourd'hui. Zut Edward voudrait déménager aussi vite que possible, quelque part loin dans les collines, celles-là même vers lesquelles il allait s'enfuir, maintenant, en criant.

Bella soupira, se résignant à son sort. Edward était peut-être un prédateur mais elle faisait peur aux gens. C'était encore plus étrange à cause des petits éclairs de camaraderie qu'elle avait ressentis plus tôt dans la soirée avec Edward.

"Ta chambre est incroyable," dit-elle, pour résumer son discours fou, "… accueillante, reposante, très masculine mais bien sûr tu sais déjà tout ça. Je suis sûre qu'on te l'a déjà dit."

Elle baissa les yeux, consciente de sa position. Espérons que le canon qui avait été invité l'autre soir dans le repaire de Prédateur avait apprécié l'ambiance agréable ou au moins l'avait remarquée avant qu'ils ne soient trop occupés.

"Et les bougies au bois de santal sont une gentille attention… un parfum exotique, je dois avouer que j'ai fait tomber cette bougie, ce n'était pas ta femme de ménage, non c'était moi, la maladroite fouineuse, la harceleuse, je l'ai laissée tomber j'ai bien essayé de la rattraper mais j'ai seulement réussi à la cogner contre la commode…. Et cette énorme miroir au-dessus de la commode à côté du lit il est merveilleux… tellement grand…"

Bella rougit furieusement, réalisant pourquoi le miroir était positionné près du lit, tout simplement pour qu'Edward puisse regarder dans le miroir, peu importe la position dans laquelle il se trouvait dans le lit. Elle déglutit. Et elle regarda Edward qui se frottait les yeux avec la paume d'une de ses mains, les dents serrées, pendant qu'il se massait les tempes. Evidemment qu'il avait compris où les pensées de Bella l'avaient mené. Et évidemment elle avait raison. Et évidemment c'était une grande source d'irritation et de gêne pour lui en ce moment.

"Hum… oui… et ton lit à baldaquin est très imposant… avec son beau bois sombre et ses poteaux solides…"

Edward parut mal à l'aise une fois de plus et commença à arpenter la pièce pour s'en aller. Il pinçait l'arête de son nez.

"Tu as des problèmes de dos?" demanda-t-elle innocemment, en pensant à quelque chose qu'elle avait vu.

"Non pourquoi?" lui demanda-t-il. Il s'arrêta brusquement tandis qu'il retirait ses doigts de son nez. Il resta là immobile, expirant et se demandant d'où sortait encore cette question et où allait-elle les mener.

"Je me le demandais parce que j'ai vu ce coussin dans un coin. Je connais des kiné qui les recommandent pour une meilleure posture." Bella tira un fil sur son sweat tandis qu'Edward la regardait bouche bée, titubant et se demandant quoi répondre ou si elle n'avait pas vraiment compris l'utilisation de cette cale. Et puis alors qu'il la regardait, elle couvrit son visage avec ses mains mais pas assez vite. Il vit la rougeur se répandre sur ses joues, son cou et jusqu'à ce qu'il pouvait voir de sa poitrine, au-dessus de son chemisier à la limite de son sweat.

Elle venait de réaliser exactement pourquoi il était là.

Edward reprit ses cent pas en secouant la tête et se demandant pourquoi il avait accepté cette invitation à dîner. Il se demanda pourquoi il y avait eu une panne d'électricité et souhaita pouvoir revenir en arrière et juste rester seul chez lui pour manger. Ou alors aller encore plus loin et ignorer simplement le jour où Bella avait emménagé et avait commencé à rendre sa vie désagréable voir insupportable.

Tout cela semblait avoir commencé le jour où elle était arrivée.

C'était mauvais car ça reflétait bien la façon dont il avait vécu jusque-là. La dernière chose dont il avait besoin c'était qu'elle le juge, qu'elle observe ses allées et venues, les tenants et les aboutissants ainsi que ses loisirs.

Mais pour l'instant il devait mener tout ceci vers sa fin amère.

"Alors pendant que tu étais là-haut, à admirer ma chambre et ma salle de bain, as-tu fouillé dans mes placards et mes tiroirs aussi?" demanda-t-il vivement, en la regardant, espérant la mettre dans l'embarras.

Cette fois-ci elle devint toute pâle. Elle déglutit. "Non pas tes placards," murmura-t-elle.

Edward stoppa brusquement et se plia en deux comme si on lui avait donné un coup de poing dans l'estomac. Il se pencha, saisit ses cheveux à deux mains et tira dessus, totalement abasourdi et au bord de la rupture. Après un moment il se releva le visage rouge.

"Tu as fouillé dans mes tiroirs!"

Bella ne pensait pas qu'il apprécierait le double sens. Elle n'avait regardé que dans un seul de ses tiroirs, pas dans les autres. Elle rougit en envisageant cette autre façon d'espionner.

Edward remarqua son rougissement et s'attendit au pire.

"Tu l'as vu pas vrai?" demanda-t-il, tout à coup troublé et titubant.

Il se remit à arpenter, marmonnant quelque chose dans sa barbe à propos d'Emmett et de son sens de l'humour stupide et quelque chose à propos d'écouteurs. Bella pensa que ce n'était pas le moment de poser une question.

"Euh j'ai vu … certaines choses." Le visage de Bella rosit de nouveau quand elle se souvint du coup d'œil rapide qu'elle s'était permis de jeter dans le tiroir du haut de sa table de chevet. Des préservatifs, du lubrifiant, le Kama Sutra moderne : Guide ultime pour les secrets du plaisir érotique, et elle pensait avoir même vu un bandeau.

"Tu as regardé dans le tiroir de ma table de chevet?" dit-il la voix rauque. Son visage était blême. Il recommença à se masser les tempes avec ses longs doigts. Bella ne pouvait pas savoir qu'il priait pour que sa réponse soit non.

"Euh … oui."

Ça avait été presque impossible à entendre. Mais il avait bien clairement entendu.

"Oh seigneur Bella! Tu as vu ce toy géant vibrant, vivant?" Il se tourna vers elle mortifié, dégoûté, incrédule.

Bella haleta profondément choquée.

"Quoi? NON!" Ses yeux s'étaient écarquillés comme des soucoupes réalisant à quoi il faisait allusion, le vibroziminator qu'elle avait entendu se tordre quand elle avait poussé le tiroir du haut un peu trop rudement…

Edward la regarda choqué puis du choc il passa à l'horreur en réalisant ce qu'il venait juste de lui dire.

"NON? Seigneur tout-puissant!" Il leva les yeux au ciel se référant à quelque chose de plus grand. "Putain alors tuez-moi maintenant!"

Il tourna son regard vers elle.

"Tu veux dire que tu n'as pas regardé dans le tiroir du bas?" Il semblait à bout de souffle.

"Euh, non, simplement celui du haut … et les deux petits tiroirs de la salle de bains," répondit-elle docilement.

Elle s'arrêta un instant s'apprêtant à poser la question à un million de dollars.

"Tu as un gode géant, vibrant?" Sa voix semblait craintive… choquée et sauvagement curieuse.

"NON! Enfin SI! Attends! NON! C'est Emmett! Il n'est pas à moi! Bon il l'est pour l'instant… et Merde! Je veux dire… il n'est pas à nous! Lui et moi on ne …! Pas cette idée fausse! C'est une plaisanterie horrible qu'Emmett m'a fait là! Je n'utilise pas cette chose, aucun de nous d'ailleurs… ne l'a jamais fait non plus. Oh merde. Peu importe! Il l'a caché dans ma table de chevet et dès qu'on y touche il se met en route, j'ai trouvé ça aussi en rentrant."

"Seigneur je n'arrive pas à croire que je t'ai parlé de ça! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi?" Il recommença à se frotter le front une fois de plus, se massant les tempes à cause du mal de tête qui s'installait là.

Il recommença à marcher en grommelant. Il fallait qu'il sorte d'ici. Il ne s'était jamais senti aussi confus et agité. Il était dans une situation inhabituelle et complètement épuisé. Il était en colère contre elle et encore plus contre lui-même. Il avait laissé échapper des choses qu'il ne disait jamais et n'avait toujours pas obtenu la réponse au mystère du lit et de Bella.

Il s'arrêta finalement et regarda Bella, il respirait difficilement quand il cracha ses derniers mots.

"C'est simplement ridicule! Je n'ai jamais eu une telle conversation de toute ma vie! Tu dois penser que je suis un idiot! Le plus gros connard! Bien peut-être que je le suis! Mais tu n'avais pas le droit de faire ce que tu as fait! Regarder chez moi quand je n'y étais pas! Fouiller dans mes affaires et dans ma façon de vivre! Pense ce que tu veux de moi! Je m'en fiche! Au moins je n'ai jamais dormi dans ton lit!"

Il sortit de la cuisine et passa par le salon. Bella se leva brusquement et le suivit.

"Oh. Mon Dieu! " Sa voix le suivait visiblement en colère.

Qui croit-il donc être?

Ça n'est pas arrivé!

Je n'ai pas fait ça!

"Je n'ai pas dormi dans ton lit!" lâcha-t-elle à sa silhouette qui s'enfuyait.

"Bien sûr !" cracha-t-il par-dessus son épaule en atteignant la porte d'entrée.

"Non je ne l'ai pas fait! Je ne ferai jamais ça! Je me suis couchée sur la couette deux minutes. Je voulais savoir… si le tissu … gris et satiné… Je me demandais si c'était … glissant. Je me suis demandé si on pouvait glisser dessus!"

Edward s'arrêta se tourna vers elle brusquement tandis qu'elle continuait à avancer. Elle le heurta presque tandis qu'il se léchait les lèvres sournoisement et la regardait en faisant un sourire méchant y mettant tout ce qu'il pouvait d'effronterie.

"Eh bien personne n'est encore passé par-dessus bord!"

Sur ce il se tourna et ouvrit la porte d'entrée et la claqua derrière lui.

Bella se tenait là regardant la porte fermée, en état de choc.