.
… CHAPITRE 18 …
Le contrecoup
C'était sûr les dieux de l'humiliation étaient en train de danser peu élégamment ce soir.
Bella était abasourdie. Pendant un moment elle resta dans l'entrée, fixant la porte. Celle-là même par où Edward était parti. Celle qu'il avait claquée. Le silence subit rugissait dans les oreilles de Bella. Elle se détourna de l'entrée et alla dans le salon qui n'était pas éclairé, près de la fenêtre puis referma les rideaux pour la nuit mais aussi pour regarder son voisin redevenu un complet étranger s'éloigner.
L'autre côté de la rue n'était plus dans l'obscurité mais bien éclairé. Elle pouvait clairement voir la silhouette longiligne d'Edward avancer à longues enjambées dans la rue. Son corps était légèrement voûté, ses mains serrées en poings à ses côtés. Un de ses bras se leva et sa main passa dans ses cheveux dans un geste d'exaspération totale. Il le faisait souvent. Mais ce soir elle réalisa qu'il l'avait fait encore plus. C'était compréhensible.
Il s'arrêta aux deux tiers de la rue et se retourna brusquement pour regarder dans la direction qu'il quittait. Bella recula plus loin dans l'ombre alors qu'Edward se tenait là, figé, regardant dans sa direction. Ou du moins vers sa fenêtre parce que c'était impossible qu'il puisse la voir dans le coin sombre et reculé du salon.
Pense-t-il que je le regarde?
Le sait-il?
Elle se demanda ce qu'il pensait de tout ça.
Mais ensuite ça la frappa en plein visage. Il pensait qu'il vivait près d'une harceleuse psychopathe. Il pensait qu'elle l'espionnait, là, maintenant, épiant son moindre geste juste comme le ferait un harceleur. Bien sûr que c'est ce qu'il pensait.
Et c'est ce qu'elle était, bien sûr.
Il devait se sentir violé.
Bien sûr qu'il ressentait ça, tu es une idiote bavarde, une intruse!
Elle se sentit horrible en le voyant là. Elle pouvait voir le mouvement de sa respiration qui lui montrait qu'il était encore en colère. Ensuite il secoua la tête et se dirigea vers son allée, tournant sur le trottoir. Elle le vit ouvrir sa porte d'entrée. La lumière s'alluma à l'intérieur et quelques secondes plus tard la porte se referma et il avait disparu.
Bon boulot, effrayante Bella.
C'est sûr tu as merdé au-delà de toute prévision.
Elle avait juste voulu être honnête. Elle aurait pu mentir mais elle mentait horriblement mal, elle avait dit la vérité de façon crue, spectaculaire. Tout cela s'était désormais éparpillé en enfer et lui revenait en pleine figure.
La vérité n'était-elle pas censée nous libérer?
Malheureusement elle ne l'avait pas libérée, tout lui avait éclaté au visage et maintenant elle allait être forcée de rester prisonnière à l'intérieur de sa maison pour éviter à tout prix l'homme trahi et en colère qui vivait de l'autre côté de la rue. Bien sûr qu'il était en colère, elle l'avait prévu. Mais il était encore plus en colère que ce à quoi elle s'était attendue. Elle aurait de la chance s'il ne la faisait pas condamner par le juge à rester loin de lui.
Putain de merde… tu es la fille d'un flic! Et professeur! Tu es censé connaitre la différence entre le bien et le mal! Des parents vont te confier leurs enfants!
Bella se rendit compte qu'elle était toujours debout dans le coin de son salon. Elle attrapa le cordon et ferma les rideaux, se retirant du monde extérieur. Le monde de l'autre côté de la rue était une fois de plus aux antipodes du sien.
En plus du sentiment de gêne extrême, elle ressentait aussi des élancements de déception et de tristesse.
La soirée n'avait pas très bien commencé, elle s'était évanouie et quand elle était revenue à elle, elle s'était retrouvée sur ses genoux. Tout cela avait été extrêmement embarrassant et quand elle avait voulu se dégager de lui, elle l'avait blessé dans ce qui était le plus important pour lui, dans son pantalon. Et bien sûr la soirée avait pris fin de façon fabuleusement horrible avec la preuve par neuf qu'elle avait trahi sa confiance à tel point qu'il s'était mis à crier et était parti furieux. Et il l'avait plus ou moins traitée de menteuse quand il avait refusé de croire qu'elle n'était pas allée dans son lit.
Mais le milieu de la soirée… le dîner… aux chandelles… ça avait été la meilleure soirée qu'elle avait passée depuis un long moment.
Edward n'était pas simplement un connard. Et il n'était pas simplement un prédateur. Et il n'était pas ridiculement beau, le sosie d'un acteur britannique à la renommée mondiale. Non il y avait plus en lui qu'elle n'avait pensé. Il était aussi un homme sympathique et intelligent, avec un sens de l'humour inattendu. Leur conversation avait été intéressante et il avait même plaisanté un peu avec elle. Il avait pris soin d'elle, aussi, il l'avait attendue et l'avait servie. Elle n'avait jamais imaginé qu'il avait ce côté doux et ça l'avait vraiment surprise.
Mais maintenant elle devait oublier tout ça. Peu importe l'amitié naissante qui s'était révélée pendant ces moments, elle l'avait irrémédiablement détruite de ses propres mains… ou plutôt de sa conscience débridée et de sa grande bouche.
Il ne lui parlerait plus jamais. De cela elle était certaine.
Le téléphone portable de Bella se mit soudainement à sonner, la faisant sursauter et la ramenant à ici et bizarrement solitaire maintenant.
Elle retourna dans la cuisine pour récupérer son téléphone au bout du comptoir… à côté des plateaux sur lesquels les bougies étaient posées et qu'Edward avait abandonnés là, dans sa fuite. Elle remarqua aussi le tire-bouchon et le sac en tissu. Il avait tout laissé derrière lui.
Y compris sa vie privée.
Mais son téléphone sonnait encore. Il fallait qu'elle oublie ça pour l'instant. Elle attrapa le téléphone et vit que c'était Angela qui l'appelait.
"Hé Angela," soupira-t-elle lourdement dans le téléphone, en le collant à son oreille.
"Bella?" Elle avait entendu la préoccupation d'Angela dans ces deux syllabes.
"Oui, salut."
"Tout va bien? Tu ne sembles pas dans ton assiette."
"Tout va bien." Elle s'appuya contre le comptoir, passa sa main sur son front, se repliant sur elle-même.
"Vraiment?" demanda Angela gentiment.
"Oui… Non… Merde… je ne sais plus… Si je sais… tout est simplement si horrible."
"Bella? Quel est le problème? Est-ce quelque chose en lien avec ton travail?" La voix d'Angela était douce et réconfortante.
"Non ça va au travail… c'est génial. Je pense que je vais adorer travailler à Fawkes. C'était une bonne journée aujourd'hui et j'ai rencontré des personnes vraiment sympas."
"Eh bien alors… que s'est-il passé? Qu'est-ce qui te rend si triste?"
"C'est… c'est Edward Cullen…"
"Ton abruti de voisin? Qu'est-ce qu'il a encore fait?" La voix d'Angela était devenue très protectrice tout à coup.
Elle sortit de la cuisine pour aller au salon, le téléphone toujours contre l'oreille. Elle s'installa sur le canapé… celui-là même où Edward l'avait allongée après quelle se soit réveillée de son évanouissement.
Son corps se réchauffa en se souvenant de la sensation de ses bras autour d'elle tandis qu'il la portait facilement. Elle se souvint de la sensation de ses doux cheveux sur sa nuque qui avaient chatouillé son poignet et son bras qu'elle avait passé autour de ses épaules comme il le lui avait demandé.
La voix de Bella était calme et défaite quand elle lui répondit.
"Il a réagi comme l'aurait fait n'importe qui en apprenant que j'avais farfouillé chez lui."
Angela resta silencieuse pendant un moment essayant de comprendre ce que Bella venait de dire.
"Bella? Je ne comprends rien… quelqu'un est entré chez lui?"
"Oui… et c'est moi."
"Quoi? Oh mon dieu! Bella qu'est-ce que tu racontes? Qu'as-tu fait?"
Bella attrapa le patchwork derrière elle. C'était sa mère qui l'avait fait comme cadeau pour son diplôme à la fin de ses études secondaires. Elle s'y enroulait chaque fois qu'elle avait besoin d'être réconfortée. Et c'était la seule mais la meilleure chose qu'elle avait actuellement. Elle s'étira et se coucha puis prit une grande inspiration.
"Bella," l'incita doucement la voix d'Angela.
"Tu as du temps pour écouter la confession la plus gênante et terrible que tu aies jamais entendue?" Elle rougit juste en pensant à comment sa vie était devenue infernale.
Angela ricana. "Bien sûr que j'ai le temps, B. même avec ce genre de préface ça ne peut pas être si terrible que ça."
"Oh si et pire peut-être. Je vais te dire comment rendre fou ton voisin en cinq jours… et potentiellement écoper d'une ordonnance de restriction."
"Eh bien il a été un abruti envers toi? Quelle différence cela fera-t-il si tu ne peux plus le voir?"
"Je ne pense pas qu'il soit aussi abruti que je le croyais au début. Il semblerait qu'il possède des qualités et qu'il puisse même être très aimable. Et il s'avère que je suis une fouine effectivement peu digne de confiance."
"Oh bon sang… mais qu'as-tu fais B…?"
"Promets-moi que tu ne souffleras jamais mot de tout cela à quiconque … jamais?"
"Bien sûr… je tiendrais ma langue, tu le sais."
"Angela je suis vraiment une putain de pauvre fille et pas qu'une seule fois et ce n'est même plus drôle."
Angela était surprise. Bella n'était pas ce genre de personne… elle était Bella tout simplement. Et Bella parlait rarement mal.
"J'en jugerai moi-même… vas-y raconte-moi. Dis tout à Angie. Attends. Laisse-moi m'installer confortablement avec un verre de vin. Tu veux prendre quelque chose à boire toi aussi?"
"Non… ça va j'ai partagé une bouteille de chardonnay avec Edward tout à l'heure."
Silence à l'autre bout de la ligne.
"Angela?" appela-t-elle.
"Attends… tu as partagé en bouteille de vin avec Edward ce soir?" Angela était plus que surprise.
Bella entendit le bruit d'une porte de placard qui s'ouvrait puis celui du cliquetis d'un verre pendant qu'Angela se servait le vin.
"Oui au cours du diner. Nous avons diné ensemble."
"Merde… tu sais faire durer le suspense! Que s'est-il passé entre vous pendant ces deux derniers jours? Il t'a amené dîner dehors? Ça ne parait pas très pénible, ça ressemble plutôt à un rendez-vous!"
"Oh non, non, non! Paradis interdit! Ça serait mal pour plusieurs raisons. Non il ne m'a emmenée nulle part. Je suis sûre que l'enfer aura gelé le jour où ça se produira. Non en fait j'ai fait à dîner et je l'ai invité à partager parce qu'il y a eu une panne d'électricité et qu'il n'avait rien de prêt."
"Et bien c'était facile à faire. Pourquoi ça l'aurait contraint? Tu es vraiment une bonne cuisinière."
"Oh… ce n'était pas ma cuisine. Il a vraiment apprécié le repas. Sauf au début quand je me suis évanouie et suis tombée sur le sol de la cuisine."
"Attends… je pensai que tu parlais d'une panne d'électricité."
"Oui les deux. La panne d'électricité et puis la mienne."
"Tu t'es évanouie?" haleta Angela.
"Oui. Je ne sais pas… c'est comme si j'avais été dépassée et je suis devenue nerveuse et je n'avais pas beaucoup mangé et je pense que j'ai oublié de respirer. Ce dont je me souviens ensuite c'est de m'être retrouvée sur ses genoux. Et après quelques minutes il s'est relevé et m'a portée sur le canapé."
"Attends… laisse-moi attraper la bouteille de vin. Il me semble que je vais avoir besoin de plusieurs verres pendant cette conversation. Et reviens en arrière. Raconte-moi ce qu'il s'est passé les jours avant. On ne s'est pas parlé depuis samedi soir et tu n'as rien mentionné de particulier dans tes emails. Raconte-moi ce qu'il s'est passé depuis la dernière fois que nous avons parlé. Nous en arriverons au dîner de ce soir et à tout ce fiasco pour lequel tu parais tellement en colère."
Et Bella se mit à tout lui raconter en commençant par le dimanche matin… la casquette Bitch à la porte, Jake avec le camion, puis Jake allant faire un tour dans la Bitmobile, Edward venant aider avec les meubles et Jake faisant peu semblant d'être son petit-ami.
Ensuite elle passa au lundi, expliquant la faveur qu'Edward lui avait demandé, le courrier et les journaux, pendant qu'il était absent et qu'elle avait accepté.
"Alors tout ça est vraiment réel?" l'interrompit Angela. "C'est dans ton histoire mais j'avais pensé que c'était fictif, pas réel."
"Oh non c'est bien vrai. Il avait oublié de demander à quelqu'un d'autre alors il m'a demandé si Jake ou moi pouvions. Je lui ai dit oui et c'est ce qui m'a mis dans la situation horrible dans laquelle je me trouve actuellement."
"Comment?" demanda Angela évidemment perplexe.
"Eh bien le lundi s'est bien passé. J'ai récupéré son courrier et l'ai posé sur le comptoir de la cuisine. Mardi un de ses amis est passé et c'est là que les choses ont commencé à dégénérer pour moi."
Angela rigola. "Pourquoi? Que s'est-il passé avec son ami?"
Elle commença à lui raconter ce qu'Emmett lui avait dit de son voisin mystérieux, il l'avait invitée à entrer et à regarder le match des Mariners chez Edward, lui avait offert de la bière, lui avait fait faire le tour des placards et du frigo et lui avait dit qu'elle pouvait regarder ses livres." Et qu'est-ce qui est si mal?" demanda Angela en sirotant son vin.
"Ça m'a rendu curieuse! Angela, tu devrais voir ce qu'il lit… et, oh… ses très nombreux livres! Un mur entier de bouquins!"
"Eh bien il lit… je ne vois pas où est le problème."
"Le problème c'est que je n'arrivais pas à arrêter de penser qu'il n'était pas comme je le croyais. Je veux dire s'il lit autant, il est intelligent, il a d'autres intérêts, pas vrai?"
"Ouais… et ?"
"Donc j'y suis revenue hier et j'ai passé sa maison sous mon microscope."
"Oh non!" murmura Angela.
"Oh, si je l'ai fait," répliqua Bella avec morosité.
Elle emmena Angela pour un tour dans la maison d'Edward, la réplique de la Tour Eiffel, le grand piano et ses compositions, la terrasse et le reste, la salle de gym, les salles de bain et sa chambre. Et bien sûr tout l'équipement varié qu'Edward avait pour satisfaire la gent féminine : le bain à remous, la douche aménagée, le coin avec le coussin, les bougies, l'immense miroir près du lit… tout. Elle lui dit qu'elle était chez lui quand il était rentré à l'improviste. Elle n'était pas simplement chez lui, elle était dans sa chambre et plus précisément…
Sur. Son. Lit.
Angela rigola et haletait à chaque nouveau détail. Elle en était maintenant à son deuxième verre de shiraz et elle s'étouffa à ce dernier passage.
Bella expliqua comment elle s'en était sortie tandis qu'il était devant chez elle, l'attendant pour lui donner la casquette Asshole de remplacement. Elle lui dit comment elle se sentait après avoir espionné et abusé de sa confiance puis menti, en ne lui disant rien et même comment elle avait pleuré quand il lui avait expliqué pour quoi il avait voulu lui racheter cette casquette.
Ensuite elle lui parla du frère de sa' vraiment charmante collègue prof de français de l'autre côté du couloir' qui lui avait amené la réplique de la tour Eiffel. Elle répéta la conversation avec Alice, sa sœur, qui l'avait avertie de ne pas s'approcher d'Edward.
Elle en arriva enfin aux événements de la soirée : la panne, l'invitation à dîner, le vin et les bougies, plus précisément la bougie abimée, son évanouissement, le fait qu'il se soit si bien occupé d'elle et qu'il ait servi leur repas.
Elle raconta à Angela ce qu'elle avait appris sur Edward au cours de leur conversation et ce qu'elle lui avait dit d'elle. Et bien sûr elle conclut avec l'exposé détaillé de ce qu'elle lui avait révélé au sujet de son incursion dans son royaume et sa réaction violente à cette information après qu'il ait posé la question très importante de son petit-ami imaginaire. "Mais merde enfin Bella! N'as-tu pas pu envisager de garder une partie des informations pour toi?" Angela était atterrée.
"Je t'ai dit que j'étais une abrutie finie," soupira-t-elle, se sentant complètement désemparée tandis qu'elle réajustait le quilt derrière sa tête. "Au moins il ne pourra pas me reprocher de lui avoir menti. Il ne me reste plus qu'à gérer le fait qu'il pensera que je suis complètement bête."
Angela resta silencieuse pendant un moment, pesant tout ce qu'elle venait d'apprendre, et plus particulièrement les plus récents et horribles événements.
"Dis-moi encore, aussi bien que tu t'en souviens, les dernières choses qu'il t'a dites."
Bella changea le patchwork de place et réfléchit un moment avant de lui répéter ce qu'Edward avait dit en dernier.
"Quand je me suis défendue en lui disant que je n'avais pas dormi dans son lit, il a dit 'bien sûr!' Et quand je lui ai dit que je ne ferai jamais ça…. que je me demandais si la couette était glissante, il a dit 'Eh bien personne n'est encore passé par-dessus bord!'" Angela renifla avec dédain. "C'était un coup bas de Monsieur Sexy. Mais avant ça quand il est allé vers la porte. Essaie de te souvenir."
Bella réfléchit un moment en se souvenant de ses mots exacts. Ce n'était pas bien difficile. Elle pouvait encore entendre sa voix en colère.
"Il a dit : C'est simplement ridicule! Je n'ai jamais eu une telle conversation de toute ma vie! Tu dois penser que je suis un idiot! Le plus gros connard! Bien, peut-être que je le suis! Mais tu n'avais pas le droit de faire ce que tu as fait! Regarder chez moi quand je n'y étais pas! Fouiller dans mes affaires et dans ma façon de vivre! Pense ce que tu veux de moi! Je m'en fiche! Au moins je n'ai jamais dormi dans ton lit!"
"Humm…" fut tout ce que dit Angela. Ensuite elle demanda à Bella de répéter ses mots une fois de plus mais plus lentement.
Ce que fit Bella.
"Bon Bella, d'abord tu dois admettre qu'il a raison de bout en bout. Tout ça est vraiment ridicule et la plupart des gens n'ont pas ce genre de conversation dans leur vie, pas vrai?"
"Ouais… tu as raison," accepta Bella à contrecœur. "Mais c'est parce que la plupart des gens n'ont pas été victimes de harcèlement chez eux."
Angela rit. "Oui. Mais selon moi il n'est pas seulement en colère contre toi."
"Je le sais ça, il n'est pas en colère contre moi, il est furieux contre moi!"
"Non Bella, je veux dire… il me semble qu'il est en colère contre lui-même aussi. Est-ce que tu as jugé ce que tu as vu chez lui?"
"Non, bien sûr que non! Il a le droit de vivre comme il l'entend. Qui serai-je pour lui dire comment mener sa vie? Je pourrais penser des choses négatives au sujet de … son activité… mais je ne vais pas lui dire. Je ne veux pas le juger. Ce n'est pas mon rôle."
"Eh bien exactement. Et quelque part, ce qu'il t'a dit et bien on dirait qu'il appréhende la façon dont tu le connais maintenant, après avoir vu tout ça. Je veux dire il a dit que tu dois penser qu'il est un abruti ou un connard fini, mais tu n'as jamais rien dit de cela… il ne veut évidemment pas que tu penses cela de lui."
"Non. Je veux dire, je l'ai fait avant d'en connaitre plus sur lui mais je ne pense plus cela maintenant. Il est tellement plus que ce que j'avais pensé, tu sais? Il a un côté très sensible, un côté créatif et je ne m'y attendais pas du tout."
"Oui, je peux le voir aussi," admit Angela. "Et bien sûr tu n'aurais pas farfouillé mais tu l'as fait… tu étais curieuse et de plus en plus intriguée. Mais on dirait qu'il n'était pas content que tu vois comment il vit… tu sais ce qu'il fait avec ses rendez-vous. Et quand il a dit que tu pouvais bien penser ce que tu voulais de lui, qu'il s'en fichait, je pense que c'était un mensonge. Je pense qu'il ne s'en moque pas. Je veux dire peut-être c'est seulement parce que tu connais sa sœur et que tu es très près de chez lui, mais je pense qu'il s'inquiète de ce que tu penseras de lui. C'est pour ça que je pense qu'il est en colère contre lui-même et pas seulement contre toi. Il était sur la défensive."
"Je ne sais pas Angie. Tu es ma meilleure amie, bien sûr tu essaies de me faire voir les choses autrement et tu essaies de donner un éclairage différent pour que je me sente moins malheureuse. Mais je me sens encore sacrément misérable. Toute cette histoire me rend malade."
"Bon essaie juste d'y réfléchir… Il ne s'en est pas trop pris à toi, il ne t'a pas injuriée, il ne t'a pas menacée et puis il a effectivement fait des commentaires négatifs sur lui-même. Quoi qu'il en soit… espérons que ça passera et que ça ne sera pas malaisé de vivre de l'autre côté de sa rue."
Bella ricana. Elle n'était pas très positive vis-à-vis de tout ça.
"Et peut-être qu'avec le recul il pourra y repenser et peut-être qu'il s'apercevra que tu as été absolument honnête avec lui. Ce n'est pas comme si tu lui avais caché des choses. L'honnêteté est la meilleure chose… peut-être qu'il comprendra ça quand il se sera un peu calmé."
"Peut-être qu'il se rendra aussi compte que je ne l'ai pas critiqué et c'est un plus."
Angela rit. "Ouais… ça aurait été le bouquet!"
Après une pause Angela se remit à parler. "Ecoute laisse-moi te demander… qu'est-ce que tu vas faire à propos de l'histoire? Tu vas la continuer?"
"Je ne sais pas…peut-être. Je vais y réfléchir. Plus tôt ce matin, je pensais que je travaillerai sur le deuxième chapitre ce soir. Mais pour l'instant je n'ai pas le cœur à ça."
"Oh! De toute façon pour autant que tes lecteurs le sachent ce n'est qu'une œuvre de fiction. Tu peux lui faire prendre la direction que tu veux."
"Oui tu as raison. Je vais aller dormir et je verrai."
"Alors c'est toujours bon pour demain Bella? Tu veux toujours que je vienne te voir?"
"Oh bien sûr. Il me tarde que tu sois là et que tu voies ma maison."
"Bien, il me semble que tu vas bien profiter de ma compagnie. En même temps nous pourrons espionner M. Sexy et voir combien de filles il emmène dans son lit ce week-end."
Bella sourit mais pour une raison quelconque, la pensée d'espionner Edward avec ses bimbos, était en fait plutôt désagréable et inquiétante.
"Quand est-ce penses-tu arriver ici?" demanda Bella pour changer de sujet de conversation.
"Je partirai après le travail…. Avec la circulation ça devrait être vers dix-huit heures trente. Nous irons dîner, j'ai envie de manger mexicain. Je vais regarder ce qui est bon près de chez toi afin que tu n'aies pas à t'en inquiéter. Et… les margaritas seront pour moi."
Bella ne put que sourire. "D'accord Angie. Ça me parait bien. Désolée j'ai monopolisé ton appel avec tous mes drames."
"Pas de problème B. Ta vie est assez agitée cet an-ci. Chez moi c'est plus calme. Mais je vais vivre par procuration à travers… ton enthousiasme et toi."
Bella souffla. "Ouais, j'ai de l'enthousiasme à revendre. Bon Angela. Merci de ton attention. On se voit demain. Oh tu as besoin d'explications peut-être…?"
"Non j'ai l'adresse, je vais Map-chercher Bella. A demain!"
Et sur ce elles raccrochèrent.
Bella s'assit sur le canapé pour quelques minutes de plus méditant sur son sort. Quand elle finit par se lever elle alla au comptoir de la cuisine et se mit à ranger les affaires qu'Edward avait apportées dans son sac en tissu.
ooo O ooo
Pendant ce temps de l'autre côté de la rue… il y avait encore plus de causes d'humiliation. Les pensées d'Edward partaient en spirale. Son esprit avait été dans la tourmente depuis qu'il était rentré chez lui deux heures plus tôt.
Il avait battu précipitamment en retraite, marchant à grands pas hors de la maison après le récit de Bella. Depuis l'autre côté de la rue il avait senti ce picotement dans son dos, cette sensation sur sa nuque, celle qui l'avait conduit à se demander si on l'épiait, une fois de plus : 'un voisin' bizarrement curieux. Il s'était retourné furieux, lançant un regard vers sa maison en regardant fixement la fenêtre de devant, là où il pensait qu'elle se cachait. Il ne pouvait pas la voir. Mais il la sentait. C'était cette même nervosité qu'il avait ressentie auparavant.
Pourquoi l'affectait-elle ainsi? Ça défiait toute logique. Elle lui embrouillait totalement les idées.
Il se retourna et reprit le chemin de sa maison, il se remit à penser à cette citation célèbre. Maintenant elle le concernait elle semblait tellement à propos et son esprit la prit pour la pousser à l'extrême. Isabella Swan était un paradoxe… une devinette… enveloppée dans un puzzle, emballé dans une énigme, un mystère dans un burrito, caché sous une sauce secrète et servi avec perplexité.
Il serait incapable de la trouver sous toutes ces couches. Pas qu'il le veuille. Pas après ce fiasco de confiance. Il n'y avait pas moyen que quelqu'un lui fasse confiance. Et pourquoi quelqu'un voudrait-il le faire? Quel serait l'intérêt? Peut-être si on considérait que ça valait la peine de faire cet effort. Comment ça pourrait valoir la peine? C'était un tourment. Elle était le tourment.
Comme il s'approchait de sa porte d'entrée il se rendit compte qu'il avait laissé ses affaires chez elle.
Putain de merde!
Pendant une seconde il pensa avoir laissé ses clés aussi, s'enfermant à l'extérieur… une fois encore. Et d'avoir à encore emprunter son échelle.
Putain de merde!
Ensuite il se souvint qu'il avait mis la clé dans sa poche, sa clé de rechange plutôt que de prendre tout son trousseau. Il la trouva au fond de sa poche et ouvrit la porte d'entrée puis la claqua et la lança de colère et de frustration à travers la pièce, abimant le mur opposé du salon tandis qu'il hurlait dans sa maison vide.
Quelqu'un aurait des retouches de peinture à faire ce week-end.
Putain de merde!
Il n'allait pas y retourner pour récupérer ses affaires. Pas ce soir. Non monsieur. Pas moyen. Peut-être ne les récupérerait-il jamais. Il avait d'autres bougies… d'autres plateaux pour les disposer et… un autre tire-bouchon… et d'autres sacs d'épicerie. Elle pouvait tout garder en souvenir. Qui pouvait dire qu'elle n'avait rien pris lors de son incursion chez lui hier?
Elle n'a rien pris.
Comment diable peux-tu le savoir?
Elle n'est pas comme ça.
Comme je l'ai déjà dit, comment peux-tu savoir?
Tu sais bien, comme moi, qu'elle ne l'aurait jamais fait.
Parfait … maintenant j'ai des conversations schizophrènes dans ma tête.
Edward traversa le salon pour aller ramasser la clé qu'il avait lancée et la rangea à sa place dans le tiroir de la cuisine. Puis il revint dans le séjour.
Il continua à arpenter, allant d'une pièce à l'autre, repensant à des bribes de leur conversation de ce soir.
"Tu es venu chez moi ce premier jour, me surprenant près de ma voiture, me faisant peur, dans l'état où tu étais... de la façon dont tu l'as fait."
Qu'est-ce que ça voulait dire? Comment j'étais?
Edward alla dans la salle de bain et il se regarda dans le miroir.
Qu'est-ce qui ne va pas avec mon apparence? A quoi croit-elle que je ressemble?
Le miroir ne lui donnant aucune réponse alors il recommença à marcher du salon au séjour et ainsi de suite continuant à se repasser les choses.
"… pour couronner le tout, tu étais dans cet état, dans ce pantalon fin… j'ai pensé que tu étais … une sorte de pervers du quartier!"
Le voisin pervers? Un putain de voisin pervers?
"Merde!" hurla-t-il. "C'était juste une érection putain! Parfois la bite est incontrôlable!"
Et c'est bien là le problème… tu as été une bite incontrôlée depuis trop longtemps.
Putain fais chier.
Il continua à marcher en pinçant l'arête de son nez.
"Et tu as agi comme un abruti envers moi! J'ai pensé que si tu croyais que Jake était mon petit-ami tu serais moins con."
Elle a pensé qu'il lui fallait un petit-ami imaginaire pour se protéger de moi? Quel genre de monstre croit-elle que je sois?
Celui que tu es, traitant les femmes sans pitié ou avec indifférence. Et évidemment ça l'a effrayée dans une certaine mesure.
"Mais je ne veux pas être comme ça!" cria-t-il de nouveau. "Je me suis excusé!"
"Comme tu t'es excusé, j'ai pensé que je pouvais te rendre service!"
"Ce n'est pas pour ça que je me suis excusé! Quel genre de con crois-tu que je sois?"
Elle n'avait pas répondu à cette question. Ça l'avait fait réfléchir et se sentir faible. Elle avait manifestement pensé qu'il était un pauvre type. Il ne savait pas quel genre de pauvre type.
"Mais je ne suis pas un pauvre type! Putain… je m'inquiète pour elle! Pendant les dernières douze heures j'ai pensé qu'elle était dans une sorte de relation abusive!"
Ouais tu n'es pas un pauvre type. C'est pour ça que tu l'as piégée avec son shampoing fraise et ta tactique boucle d'Or. Ça, ça n'était pas con.
Non c'était débile. Pas con. Bon boulot Cullen!
Va te faire voir.
Oui, toi aussi…. Tu n'aurais pas pu faire ça un peu plus intelligemment? On aurait dit qu'elle allait faire une crise cardiaque. Ou alors s'évanouir à nouveau. Mais ça aurait sûrement été une belle récompense de la voir s'écrouler au sol pour pouvoir ensuite lui arracher le cœur.
Va te faire voir.
Toi aussi!
"Putain!" hurla-t-il en tirant durement sur ses cheveux.
Eh bien au moins nous sommes d'accord.
Il gémit quelque chose d'inintelligible et se mit à arpenter plus vite.
"J'étais curieuse."
Pour quoi, pour quelle raison? Les autres voisins n'ont pas fait ça.
Seigneur… Mary et Charles Jansen ne l'ont pas fait par le passé, quand je leur ai demandé de récupérer mes journaux et mon courrier, si?
Non probablement pas. Ce serait vraiment effrayant… ils ont plus de soixante-dix ans.
Il fronça les sourcils en se souvenant des mots de Bella, expliquant pourquoi elle avait été curieuse.
" …Tu as une vie sauvage et excitante, dans ton pyjama en soie, conduisant ta belle voiture de sport, avec des femmes magnifiques qui entrent et sortent de chez toi. C'était comme regarder un personnage, de roman ou de film, qui prendrait vie, de l'autre côté de ma rue et de mon existence ennuyeuse."
Ouais, tu es un personnage Cullen. De dessin animé. Tu es un baiseur purement et simplement.
D'accord.
Sa vie est ennuyeuse? Pourquoi le serait-elle? Elle a beaucoup de choses à offrir et c'est une fille magnifique.
Ouais, comme toute cette merde là. Tu ne peux pas aller par là.
Va te faire voir.
Edward tourna sur ses talons et s'arrêta en haut de l'escalier pour trouver son short. Un bon bain chaud lui ferait du bien. Il était tendu et stressé et il avait mal à la tête, il pouvait sentir la tension dans les muscles de son dos jusqu'à sa nuque, dans ses épaules et entre ses omoplates.
"J'ai commencé à me demander comment tu vivais. Et puis… j'ai été surprise par tous les livres que tu as. Ça ne correspondait pas avec ce que je pensais savoir de toi."
"Ça t'a étonnée que je lise? Que je puisse être intelligent?"
" Je ne pensais pas que tu aies autant d'intérêts variés en menant la vie que tu sembles avoir. Tu ne sembles pas du tout être quelqu'un de superficiel comme je l'ai pensé au début."
Elle avait pensé que j'avais une vie louche?
Tu as une drôle de vie.
"Je ne veux pas avoir une drôle de vie!" Il se rendit compte qu'il avait encore hurlé et il se tut, se sentant simplement très agité. En se repassant ses mots, il réalisa que ce commentaire était positif et pour une raison quelconque ça comptait pour lui.
Elle soupçonne donc qu'il y a plus … derrière toutes ces apparences.
Edward n'arrivait pas à trouver son short. Il n'était pas dans son tiroir. Pendant une fraction de seconde il pensa que Bella l'avait pris. Il était sur le point de crier un aha quand il se souvint qu'il l'avait laissé à la salle de bain.
Je te l'ai déjà dit, elle ne ferait pas ce genre de chose.
Oui je suis un idiot. Va te faire voir.
Il se souvint avoir rincé son short et l'avoir étendu après le dernier samedi qu'il avait passé sur le Queen of Andaman avec Irina Denaliskaya.
Il se sentit rougir.
Oui … je ne ferai plus ça dorénavant.
Voilà un pas dans la bonne direction. Encore beaucoup d'autres dans la bonne direction et un jour tu seras moins abruti.
Il délaça et retira ses chaussures puis enleva ses chaussettes. Il traversa le couloir pieds nus pour aller à la salle de bain des invités, déboutonna sa chemise et l'enlevant chemin faisant. Il la mit sur son épaule et prit le short. Il se dirigea vers sa chambre et tira sur sa ceinture en y allant, ensuite il déboutonna son pantalon et descendit la fermeture. Il laissa tomber son pantalon et le poussa avec ses pieds tout en rangeant sa ceinture. Il enleva son boxer puis mit le tout dans la corbeille à linge et enfila le short, accrochant le velcro et serrant le lacet.
En descendant il attrapa une serviette et s'arrêta à la cuisine pour prendre une bière, une bouteille fraîche de New Moon. Ce qui lui semblait approprié. En même temps il n'y avait plus d'Arrogant Bastards.
Pourtant le con arrogant est toujours là.
Il roula des yeux en entendant son ennuyeuse voix intérieure et alla vers la terrasse.
Il rentra dans le bain à remous avec précaution et s'installa dans l'eau chaude, les jets massaient le bas de son dos. Il inclina la new moon et en prit une longue gorgée avant de la reposer sur le bord. Il ferma les yeux et laissa les jets masser le bas de son dos. Après plusieurs minutes il ouvrit les yeux et regarda les petits scintillements. Des mots lui revinrent en mémoire.
"J'ai vu ton bain à remous Je ne savais pas ce que c'était au début donc j'ai jeté un coup d'œil à l'intérieur. La guirlande de petites ampoules doit être jolie la nuit, jolie et séduisante."
Il avait vu son rougissement, la façon dont elle mordillait sa lèvre en détournant ses yeux. Elle avait probablement imaginé combien le bain à remous pouvait être agréable pour son invitée et lui. Il le savait et ça l'avait énervé.
Elle a vu ce qu'il y avait à voir… tout… le bon et le mauvais. Elle n'a pas jugé mais j'ai pu voir ce qu'elle en pensait.
Pendant une seconde il se remit droit. Il secoua l'eau en excès et se pencha pour éteindre les lumières, ces putain de lumières séduisantes. Les lumières à l'intérieur de bain éclairaient encore. Il s'affala pour se détendre, faisant bouger l'eau dans l'obscurité presque totale et se laissa finalement complètement submerger.
Il avait été un total abruti avec Bella, il avait utilisé sa taille pour l'intimider. Il l'avait vu dans ses grands yeux bruns quand il s'était approché d'elle pour sentir ses cheveux. Il avait entendu sa voix timide et fragile. Il l'avait incitée, il avait joué avec elle, la mettant mal à l'aise pour le simple fait que c'était elle qui le mettait mal à l'aise.
"Eh bien, alors… que diable faisais-tu chez moi? Pourquoi mon oreiller sent comme ton shampoing? Explique-moi!"
"J'essaie! Tu crois que c'est facile!"
Non ça ne devait pas l'être. J'ai rendu cela aussi difficile que possible.
Tu dois te sentir très satisfait maintenant.
Va te faire voir!
Non, toi, va te faire voir!
Il se redressa et passa sa main dans ses cheveux mouillés, les repoussant de son front en repensant à sa confession. Elle avait été honnête. C'était surréaliste. Personne ne se jetterait sous le bus comme ça, pas vrai? Mais elle si. Elle avait répondu à chacune de ses questions honnêtement. Il ne pouvait imaginer personne d'autre être aussi franc.
Il repensa à ce qu'il avait dit tandis qu'il était parti furieux avec elle sur ses talons jusqu'à la porte.
C'est simplement ridicule! Je n'ai jamais eu une telle conversation de toute ma vie! Tu dois penser que je suis un idiot! Le plus gros connard! Bien peut-être que je le suis! Mais tu n'avais pas le droit de faire ce que tu as fait! Regarder chez moi quand je n'y étais pas! Fouillant dans mes affaires et dans ma façon de vivre! Pense ce que tu veux de moi! Je m'en fiche! Au moins je n'ai jamais dormi dans ton lit!
Le fait est que toute cette conversation avait été bizarre et qu'il était très certainement un abruti et un con et qu'elle n'avait vraiment pas le droit d'espionner sa façon de vivre. Mais la vérité était que ce qu'elle pensait de lui l'intéressait. Et il savait par sa réaction de colère et son indignation qu'elle n'avait pas dormi dans son lit. Elle avait été juste curieuse de voir si sa couette était glissante.
"Qui se pose ce genre de question?" s'exclama-t-il, exaspéré, dans l'obscurité. Il tapa sur le rebord du bain faisant presque tomber sa bouteille de bière.
Elle le fait. Et elle serait probablement la seule à glisser sur le satin.
Ne va pas par là… Sors-la de ta couette immédiatement.
Va te faire voir. Juste pour dire.
Bon, au moins tu lui as montré qui était le patron. "Eh bien personne n'est encore passé par-dessus bord", ce qui est vrai. Pour quelqu'un qui ne veut pas être un crétin tu as vraiment réussi. Bon boulot Cullen!
Edward fronça les sourcils pour lui-même et attrapa sa bouteille et la vida. La tension était toujours là dans sa nuque et ses épaules mais son mal de tête s'était un peu apaisé. Il sortit, attrapa la serviette, s'essuya les bras, le dos, la poitrine avant de passer sur son short de bain et ses jambes. Il délia le lacet et ouvrit le velcro, enroula la serviette autour de ses hanches puis la coinça. Il ramassa le short, l'essora puis passa ses mains sur la serviette pour sécher un peu plus ses hanches, ses fesses avant de rentrer dans la maison.
En retournant dans sa chambre pour prendre une douche, il repéra un mouvement dans la rue. C'était Bella, elle se dirigeait vers chez lui les bras enroulés autour d'elle, tête baissée elle marchait lentement, abattue mais apparemment résolue.
Il jeta rapidement la serviette et sortit un pantalon de survêtement. Il attrapa un t-shirt, le passa en descendant rapidement l'escalier. Il ne voulait pas aller ouvrir la porte pour lui faire savoir qu'il l'espionnait. Il attendit, au milieu du couloir entre le séjour et le salon dans le couloir, il attendit.
Et attendit.
Mais rien. Pas de coup. Pas de sonnette. Rien. Quelque chose n'allait pas. C'était trop long.
Où était-elle passée? Elle ne s'était pas évanouie au moins?
Il alla vers la porte et l'ouvrit doucement juste au cas où elle serait là. Il ne voulait pas lui faire peur. Mais elle n'y était pas. La seule chose qu'il y avait c'était son sac, le sac qu'il avait pris de chez lui avec le vin, les bougies, le tire-bouchon et le plateau pour les bougies. Il prit le sac. Tout était là sauf la bouteille de vin,. Il regarda dans la rue et puis il la vit, elle rentrait chez elle, silhouette solitaire et désespérée, les bras enroulés autour d'elle signe qu'elle avait besoin de réconfort.
Il recula à l'intérieur, ferma doucement la porte, se tourna et s'appuya contre elle. Il ferma les yeux et tapa sa tête doucement contre la porte à plusieurs reprises. Il était au-delà de la frustration et ce qu'il venait de voir le déchirait.
Elle avait eu la gentillesse de lui ramener ses affaires mais elle n'avait pas eu le courage de le faire directement. Bien sûr qu'elle ne l'avait pas. Il l'avait tuée très soigneusement. Cette pensée le déprimait, tout ce qu'il venait de voir pendant qu'elle rentrait chez elle, comme une voleuse.
Elle ne lui parlerait probablement plus jamais. Et il le méritait.
Et il se sentit soudain à bout de nerfs.
Comme elle l'avait fait plus tôt dans la soirée, il se laissa glisser le long de la porte et s'assit sur le sol, posant ses bras sur ses genoux pliés, les pieds nus posés sur le carrelage froid, le sac entre ses jambes.
Il repensait aux observations qu'elle avait faites. Bien sûr, elle avait rougi aux mêmes choses qui l'avaient fait grincer des dents. Mais ce qu'elle avait remarqué le fit réfléchir.
"Tu n'as pas grand-chose dans tes placards, je suppose que tu ne manges pas là régulièrement."
Il mangeait souvent à l'extérieur, souvent avec des femmes, c'était l'une des raisons qui avait rendu le diner de ce soir particulièrement agréable. Il avait apprécié la nourriture et la conversation. Du moins au début.
"Ta salle de sport explique pourquoi tu es aussi en forme…"
Il passa un doigt sur sa lèvre inférieure à ce commentaire, se demandant s'il fallait comprendre autre chose.
"J'ai imaginé… t'écouter jouer du piano. Tu es musicien. Je ne m'y attendais pas… Quand j'ai vu que tu avais du papier à musique, je ne suis pas allée voir plus loin. La création fait partie de ton intimité… c'est une chose très personnelle… tu dois être celui qui décide si tu veux partager ça et avec qui."
C'était une façon de voir les choses. Edward se demandait si elle n'était pas en train de lui dire quelque chose d'elle-même à cet instant. Il se mit à réfléchir…. Elle écrivait. Et elle a partageait ses créations sous un pseudonyme.
"Et puis je suis allée dans la première salle de bains… la baignoire est incroyable… très accueillante… ne t'inquiète pas… je ne me suis pas baignée… je ne suis pas folle…"
Il souffla un petit grognement amusé à ce souvenir.
Et ensuite il repensa à ses errances : la cabine de douche avec ces satanées poignées qui servaient de levier… le miroir incliné qui permettait de voir toutes les activités qui se jouaient dans son lit…. sa chambre, le lit à baldaquin et le fucking coussin.
Oui … ce vraiment fucking coussin dans tous les sens du terme.
Il soupira. Il ne verrait probablement plus jamais les choses de la même façon, il les imaginerait à travers ses yeux. Maintenant il allait passer en revue chaque détail de ses observations.
Pour couronner le tout elle avait regardé dans ses tiroirs.
Les tiroirs de la salle de bain peu lui importait, il n'y avait rien d'intéressant. Et elle n'avait pas regardé dans le tiroir et lui, il lui avait donné toutes les explications concernant cette énorme chose… et Emmett et sa farce.
Elle avait dit qu'elle avait regardé dans le premier tiroir. Il fit l'inventaire de son contenu : préservatifs, lubrifiant, un masque pour dormir, des menottes ringardes, un livre érotique.
Fantastique putain.
Oh ne t'en fais pas! La plupart des tables de chevet contiennent probablement ce genre de choses. De plus elle doit en avoir vu auparavant.
Après quelques instants il se releva et porta le sac à la cuisine. Il le vida sur le comptoir et là il réalisa quelque chose.
Il avait lui-même avait espionné chez elle. En fait il connaissait déjà le contenu de sa maison.
Ou presque.
Certes il ne l'avait pas fait clandestinement mais le jour où il avait aidé Jake il avait tout regardé, curieux, et il avait vu comment elle vivait, il n'y avait qu'à regarder ses affaires. Comme elle l'avait fait pour lui. Elle avait un style plus intime que lui… certaines de ses affaires étaient anciennes et appartenait à sa famille.
Il avait vu le contenu de son salon et de sa chambre. Il savait que le salon et la chambre étaient neufs. Il avait vu les livreurs ce premier et mémorable jour, quand elle s'était montrée dans le quartier et avait perturbé sa matinée… et peut-être toute sa vie.
Ils avaient amené les meubles pour la chambre d'amis à l'étage. La deuxième chambre servirait de bureau…. Un bureau, des étagères, il savait qu'elle aimait lire…. Il y avait plusieurs cartons marqués livres ainsi que plusieurs sacs remplis de livres.
Ce soir il avait vu sa cuisine et son frigo, comme elle l'avait fait chez lui. C'était évident qu'elle aimait cuisiner. Il n'avait pas fouillé dans ses placards mais il avait supposé qu'ils étaient aussi bien garnis que son frigo.
Son séjour était aménagé avec des choses qu'elle avait ramené de chez elle ou de ses années d'université, peut-être d'appartements, comme il l'avait fait lui-même.
Aujourd'hui il était allé sur son lieu de travail, sans l'avoir prémédité mais quand même… La salle de classe était nue sauf deux affiches pathétiques donnée par Dorky. Elles étaient posées sur le bureau, enroulées, ils les avaient déroulées er regardées. Il avait jeté un coup d'œil aux sacs derrière son bureau. L'un était rempli de livres et dans l'autre il y avait des bouteilles d'eau, des mouchoirs, une brosse, un miroir, de la crème, des pansements, de l'aspirine, un bocal, un pull noir et des pantoufles en peluche roses.
Est-ce si différent que de regarder dans la maison de quelqu'un quand il t'a confié les clés?
Non. Et ce n'est pas de sa faute si c'est toi qui as rendu tout cela aussi embrassant. Il suffit donc de te comporter en adulte. C'est juste le karma qui revient, efface tout ça!
Il était tout à fait incontrôlable pour tout ce qui concernait Bella. Elle n'avait pas observé sa vie avec malice. Oui, elle avait envahi son espace personnel mais selon elle, elle voulait en apprendre plus sur lui. Elle avait été candide et incroyablement honnête… et son innocence l'avait amené à la croire maintenant qu'il s'était calmé.
Il repensa à la jeune fille qu'il avait tenue sur ses genoux, évanouie, ce soir. Cette petite silhouette solitaire qui avait ramené ses affaires devant sa porte. Elle était douce mais assez déroutante aussi. Elle était pleine de bonté malgré la façon dont il l'avait traitée. Elle l'avait invité pour le dîner et il avait apprécié son intelligence et son sens de l'humour discret. Et elle avait appris tout un tas de choses sur lui rien qu'en allant chez lui. Il pensa qu'elle était assez innocente encore, en particulier à cause de ses rougissements fréquents bien qu'elle l'ait invité chez elle pour le dîner. Elle avait laissé une chance à leur amitié, le bénéficie du doute en dépit de tout ce qu'elle savait et du fait qu'elle désapprouvait probablement ce qu'il faisait.
Et toi, tu ne lui donnes même pas une chance. Tu l'as faite se sentir comme de la merde.
"Putain seigneur qu'est ce qui ne pas avec moi?"
