Ace et Sabo étaient au parc avec Haiko, assis sur le sol. Le petit riait au contact doux de l'herbe sous ses doigts, ce qui réchauffait le cœur de Sabo, qui était incapable de résister au rire d'un enfant. Surtout son neveu, il avait un puissant pouvoir sur lui. Il ne put s'empêcher de le chatouiller un peu en riant lui aussi.

-À te voir, on ne croirait pas que t'es policier frangin.
-Je fais juste aisément la différence entre le boulot et ma vie privée.
-D'ailleurs, sur quelle affaire es-tu en ce moment ?

Le blond eut un sursaut qui inquiéta Ace. L'officier jeta des regards autour de lui, et comme il n'y avait personne d'assez proche pour entendre leur discussion, il se rapprocha un peu de son frère et lui parla tout bas.

-Tu dois me promettre de n'en parler à personne.
-C'est grave ?
-Plutôt, ouais.
-OK, je te promets, raconte...

Sabo se rapprocha à son oreille et lui raconta brièvement l'affaire des Omégas. Il n'entra pas dans les détails, car c'était vraiment confidentiel, mais Ace n'en eut pas besoin pour être horrifié.

-Mais c'est affreux ! J'espère que t'enquêtes pas tout seul !
-Bien sûr que non, je suis avec Dragon et nos unités.
-Si ces types te chopent à essayer de les retrouver, je ne donne pas cher de ta peau ! Je ne veux pas qu'il t'arrive du mal !
-Ace, calme-toi. Je suis prudent, je te le jure.

Le brun hocha la tête et posa une main sur son cœur, essayant de retrouver son calme. Sabo lui frotta affectueusement le dos, et sentit qu'il était temps d'aborder un certain sujet.

-Ace, je dois te dire quelque chose d'important...
-Quoi ?
-Eh bien...certains Omégas...ne s'en sortent pas. Et, la plupart de ceux retrouvés mort ont...un "B" en peinture noir sur le corps.

Le Portgas se figea, et fronça ses sourcils. Instinctivement, il posa une main sur son bras gauche.

-Alors...il est toujours dans le coin...
-Ace, il ne te retrouvera pas ! On l'attrapera avant, ne t'en fais pas !
-Oui...oui, je vous fais confiance.

Les souvenirs affluèrent à son esprit : quelques années en arrière, Ace était sorti dans un bar avec une bande d'amis pour boire un ou deux verres. Il en était ressorti une heure plus tard, les joues rouges mais le sourire aux lèvres. Cependant, et sans qu'il ne comprenne quoi que ce soit, il s'est fais entraîner dans une ruelle. Un homme le touchait, l'empêchait de s'enfuir, le déshabillait, et si Ace avait vu son visage, il n'avait jamais pu s'en rappeler.
Il avait été sauvé in-extremis par ses frères, qui venaient le chercher.

Il avait été interrogé par la police alors qu'il était à l'hôpital, mais il ne se rappelait pas d'assez d'éléments pour leur être utile. Il était resté convalescent plusieurs jours, et toute sa famille lui avait rendu visite.

Sauf son père.

Et quand il est sorti, il ne supportait plus de se retrouver seul. Il était tout le temps avec ses frères, parfois avec Dragon, Shanks ou bien Garp.
Et puis, il a rencontré Marco, qui a su lui redonner confiance et joie de vivre. Alors il avait enterré cette histoire au fond de lui, jusqu'à aujourd'hui.

-Ace, ça va aller ?
-Oui, ne t'en fais pas. Je serai plus vugilent, ça passera sans problème.
-Écoute, tu sais ce que Luffy et moi pensons de tout ça...
-Je ne dirai rien à Marco, Sabo. C'est du passé, il n'a pas besoin de savoir.

Le blond soupira : c'était toujours la même chose.

-Ce n'est quand même pas rien. Tu aurais pu y passer. Ce type achève toujours ses victimes !
-Ce n'est pas arrivé, inutile de l'inquiéter pour rien.
-Ace...
-Je ne reviendrai pas sur ma décision !

Ils se defièrent du regard, lorsque le téléphone du brun sonna. Il s'en saisit et regarda l'écran, sur lequel s'affichait une photo de Marco avec le nom de "Choupichou". Il décrocha et cala l'objet entre son oreille et son épaule, tout en se relevant et prenant Haiko dans ses bras.

-Marco ?
-Bébé, t'es où ?
-Au parc, avec Haiko et Sabo.
-D'accord. Rentrez à la maison tout de suite, y a urgence !
-Que se passe-t-il ?!
-Je vous expliquerai quand vous serez là.

Le blond raccrocha, signe qu'il était pressé. Les deux frères se jetèrent un regard entendu et retournèrent rapidement chez Ace.


Sabo devina que c'était vraiment important lorsqu'il vit que ce n'était pas une simple réunion de famille. En effet, à l'exception de Roger, tout le monde était là, même leurs plus proches amis, et cela ne fit que l'inquiéter un peu plus.

Ils attendaient Marco, qui était dans le jardin, au téléphone. Il semblait terriblement paniqué. Un coup d'œil dans la pièce lui fit rapidement émettre une hypothèse, et pour une fois, il priait pour avoir tort.

-Tout le monde est là, demanda Marco en arrivant, les yeux rouges.
-Je crois, dit Usopp.
-Bien.
-Ah, il manque encore Thatch, intervint Ace.
-Non, c'est de lui qu'on va parler.

Il posa son téléphone sur la table et dit face à l'assemblée. Il n'avait pas l'intention de passer par des chemins détournés, il allait être franc et direct.

-Thatch a failli être violé.
-Quoi ?!
-Quelle horreur !
-C'est moi qui l'ai trouvé, dans une ruelle non loin du port.
-As-tu vu le violeur, demanda Dragon.
-Non, il a fui en m'entendant arriver.
-Merde !

Il serra le poing. Sabo s'approcha de Marco et lui parla à voix basse de sorte que lui seul puisse l'entendre, alors que les autres commençaient à discuter au sujet de cette horrible nouvelle.

-Marco, quand tu l'as trouvé, est-ce qu'il avait...une marque ou quelque chose du genre ?
-Tu parles du "B" en peinture noire qu'il avait sur la cuisse ?
-Oui...
-Ça veut dire que tu sais qui a fait ça ?
-Pas exactement, mais c'est une piste.

Il jeta un regard à Ace, qui sembla comprendre. Son bras le démangea à nouveau, ce que remarqua Marco. Mais il ne fit aucun commentaire.

-Que fait-on, demanda Nami.
-Ces types sont des fous furieux, déclara Garp. On doit protéger les Omégas, c'est notre priorité.
-Si vous sortez de chez vous, vous devez impérativement être accompagné, ajouta Dragon.
-Dans l'idéal, par un Alpha, précisa Kôshirô.
-Ça fait chier, cette histoire, grogna Sanji.

Il jeta un regard à Usopp, qui secoua la tête.

-Thatch viendra chez nous, déclara Ace en prenant la main de Marco, son autre bras serrant leur fils contre lui. Avec ce qui lui est arrivé, hors de question de le laisser seul à nouveau.

Marco lui sourit et l'embrassa sur le front. Dragon hocha la tête, et se tourna vers Zoro.

-On ne sait pas jusqu'où ils sont capables d'aller. Le fait que tu sois enceint ne les arrêtera probablement pas, alors ne sort pas sans Luffy.
-Entendu, acquiesça le vert.
-Eh moi, je fais quoi, demanda Sanji. Je dois aller bosser, mais Usopp ne peut pas rester avec moi à cause des cours.
-Je peux accorder un arrêt de travail exceptionnel à Yasopp, proposa Shanks. Il pourra rester au restaurant pour te protéger.

Sanji était peu emballé par cette idée, mais décidément, Yasopp le connaissait trop bien, et il réagit le premier.

-Ça me va, s'exclama-t-il. Usopp n'aura qu'à nous y retrouver le soir !
-Je suis d'accord, ajouta ce dernier.
-Oi, c'est trop vous demander...
-Dans ce cas, c'est conclut !

Le Vinsmoke soupira, mais pour une fois, il reconnut sa défaite. Ce n'était pas le moment de se prendre la tête pour ça. Il le ferait regretter à Usopp plus tard, et à sa façon. Voilà de quoi lui remonter le moral.

-Reste Baggy...
-Pas besoin de tergiverser longtemps, je reste avec Shanks. C'est finalement un avantage de vivre et travailler ensemble.
-Soyez vraiment très vigilants. Nous allons devoir redoubler d'efforts, n'est-ce pas Sabo.
-Oui !

Tout le monde s'étant entendu, ils rentrèrent tous chez eux, la menace bien présente dans un coin de leur tête. Et tant que cette histoire ne sera pas réglée, elle restera là, à les surplomber de toute sa fatalité.


Dès qu'ils furent de retour dans leur petite maison, Baggy remarqua un changement chez son petit-ami. Il restait silencieux, tendu, et refusait de le regarder. Il savait que Shanks était déjà inquiet auparavant, il se doutait que ce qu'ils venaient d'apprendre avait empiré les choses.

Sa conversation récente avec Yasopp lui revint en mémoire, et il soupira. Il rejoignit le roux, qui se trouvait déjà dans leur chambre, et décida que même s'il détestait ce sujet de discussion, il devait en parler avec lui.

-Écoute, Shanks...tu sais ce que je pense de la marque...
-La situation est critique, répondit Shanks d'une voix rauque qu'il n'avait que très rarement.
-Je le sais bien. Mais je ne pense pas qu'elle soit pour autant absolument nécessaire, et...
-Désolé Baggy...mais je ne veux pas te perdre...
-Qu'est-ce que tu d...

Sa phrase mourut dans sa gorge lorsqu'il se fit saisir par le poignet et jeté sur le lit. Le temps qu'il comprenne ce qu'il se passait, il sentit un picotement dans son cou, puis une violente douleur. Il geignit et se débattit, mais la poigne de Shanks était beaucoup trop puissante. Là, il voulait vraiment le maintenir en place, et il ne le laisserait pas s'échapper facilement.

-Sh...Shanks, mais enfin !

Il le sentit enfin se retirer, et il s'écarta en vitesse de lui, une main sur son cou. Il lança un regard horrifié à son petit-ami, et se précipita jusqu'à un miroir pour regarder sa gorge. Et ce qu'il vit ne lui plu pas du tout.

-Shanks, tu m'as marqué !
-Je n'avais pas le choix.
-Comment as-tu pu ?! Tu sais ce que ça représente pour moi !

Sentant que des larmes de rage et de tristesse menaçaient de couler, il se précipita dehors, et ignorant les appels du roux, il sauta dans la voiture et démarra en trombe.

Ses larmes lui brouillaient la vue, mais il s'en foutait. Il avait très mal là où les dents de son homme s'étaient plantées. Il commençait déjà à sentir le manque caractéristique de la marque, et cela ne fit que redoubler sa colère.

-J'arrive pas à y croire...c'est un cauchemar...

Jamais il n'aurait cru qu'il était capable de faire une chose pareille. C'était insensé, ce n'était pas lui, ce n'était pas possible. Et pourtant, il avait mal, et ça, ça ne mentait pas.

Ne sachant pas vraiment où aller, il se dirigea vers la maison de la première personne à qui il pensa. Et c'est ainsi qu'il se gara chez Luffy, sans savoir s'il accepterait de l'héberger ou non, s'il avait raison de faire ça ou s'il devrait retourner en arrière. Il était perdu et avait plus que tout besoin de dormir.

Il toqua à la porte, et attendit patiemment, jetant de temps à autre des regards en arrière pour s'assurer que le roux n'allait pas débouler en tentant de se justifier. Des pas traînants lui parvinrent, et Zoro lui ouvrit la porte.

-Hum, Baggy ?
-Est-ce que...je peux entrer ?
-Ouais, viens...

Il se décala, et le clown se précipita à l'intérieur. Après avoir vérifié que personne d'autre n'était là, le vert referma la porte.


-Quelle histoire !
-Ce n'est pas le Shanks que je connais...

Luffy se triturait les doigts, répétant en boucle dans son esprit les mots prononcés quelques minutes plus tôt par Baggy, qui dormait dans la deuxième chambre. Pour le calmer, Zoro posa une main sur les siennes et les caressa tendrement.

-T'inquiète, il a paniqué et a réagi impulsivement, c'est tout. Il viendra bientôt s'excuser.
-Ouais, mais j'espère que Baggy s'en remettra.
-Je suis sûr que ça va aller.

Luffy hocha la tête, et tenta un sourire fort peu convaincant.

-Et toi Zoro, ça va aller ?
-Bah, va bien falloir.

Il soupira, et le cœur du brun se serra, même s'il n'en montra rien.

-Vu que tu es le seul Alpha que j'ai le droit d'approcher, je vais pouvoir sortir encore moins souvent qu'avant. C'est contraignant mais c'est comme ça.

Il haussa les épaules et bailla à s'en décrocher la mâchoire. Il se leva de la chaise sur laquelle il s'était auparavant assise pour écouter Baggy, et s'approcha de Luffy pour l'embrasser sur le front.

-Désolé mon amour, mais je suis vraiment crevé. Je vais me coucher...
-Pas de problème, bonne nuit Zoro.
-Bonne nuit.

Il lui sourit et partit dans leur chambre en fermant la porte derrière lui.
Luffy resta à table, sans bouger, perdu dans ses pensées.

Il avait remarqué que, de plus en plus souvent, Zoro disait qu'il avait hâte que tout cela se termine, se plaignait qu'il ne pouvait rien faire, ni sortir comme il l'entendait, qu'il était fatigué mais ne dormait pas très bien...
En clair, cette grossesse devenait une véritable torture pour lui, et le petit brun commençait à penser qu'il regrettait leur choix de garder le bébé. Et lui, il ne voulait pas perdre Zoro, pas alors qu'il avait vraiment l'impression de vivre une idylle avec lui.

Mais il devait se rendre à l'évidence, son homme n'était pas vraiment heureux. Et lui ne savait pas quoi faire pour l'encourager et le réconforter.

Il se promit de lui en parler dans les prochains jours.


Dragon fixait la photo de Thatch qu'il avait réussi à prendre à l'hôpital. Heureusement, Marco était arrivé à temps pour que rien de grave ne lui soit arrivé, et il allait bientôt pouvoir sortir.

Malheureusement, beaucoup n'avait pas cette chance, et s'ils ne faisaient rien, tous les Omégas ou presque allaient y passer.
Il jeta un coup d'œil à Sabo, qui pianotait sur l'ordinateur depuis un moment.

-Que fais-tu ?
-Une petite recherche...
-C'est ce "B", n'est-ce pas ? Ça t'obsède...
-Je pense avoir une piste...

Il tourna l'écran en direction de son supérieur, qui lut rapidement le rapport affiché par le blond.

-"Barbe Noire" ?
-Un voleur qui commence à se faire connaître en ce moment. Grand-père ne parvient pas non plus à l'attraper.
-Quel rapport avec le "B" ?
-Il se trouve que sur quelques "scènes du crime", on a retrouvé des petits "B" peint en noir, raison pour laquelle on la surnommé ainsi.

Dragon hocha la tête. C'était une poste à explorer, de toute évidence.

-Bien, la prochaine fois, tu accompagneras Garp sur les lieux du vol, et du enquêteras sur ce symbole, entendu ?
-Oui !
-Bien, maintenant, allons nous coucher. On en a bien besoin.

Ils quittèrent la pièce, et même s'ils ne savaient pas que c'était la même chose pour l'autre, ils dormirent mal cette nuit-là.


Il faisait nuit, mais Roger était encore là fenêtre de son bureau. Un verre à la main, il fixait les maisons d'un regard triste.
Des coups à la porte le sortirent de ses songes, et il donna l'autorisation d'entrer.

-J'espère que je ne te dérange pas, geogna Garp en fermant la porte dans son dos.
-Non, je m'apprêtais à ranger pour rentrer chez moi.
-Ah, tu rentres encore chez toi ?
-Très drôle.

Il termina son verre et le posa sur son bureau. Les mains du vieil homme se posèrent sèchement sur la plateforme de bois.

-Je suis sérieux, Roger. Ça fait deux fois en quelques mois qu'on organise une réunion importante, et tu ne viens même pas.
-Je n'ai pas le temps.
-Ah oui ?! Bon sang, mais qu'as-tu de si important ?!

Le noiraud ne répondit pas, se contentant de ranger ses documents dans son sac. Garp soupira et croisa les bras.

-Luffy va être père.
-Quoi ?! Mais...il n'a que 17 ans, non ?
-Eh bien, tu aurais su si tu étais venu quand on te l'a demandé il y a quelques mois ! C'est pour bientôt, je te signale ! D'ailleurs, tu te rappelles que tu es grand-père, toi-même ?!
-Pitié, arrête ça.

Il poursuivit son rangement, mais c'était sans compter sur le chef de la police, qui attrapa ses documents pour le forcer à le regarder.

-Roger, ton fils ne te voit jamais, et il en souffre. Je t'en conjure, commence à réfléchir à ta succession, ralentit sur le travail, et profite de ta famille avant qu'il ne soit trop tard.
-Je sais...
-Tu sais, mais tu continues à faire de la merde ! Je suis sûre que tu as entendu ce qu'il se passe en ce moment ! Réagit, merde !

Il posa violemment son dossier sur le bureau, et quitta la pièce pour clore la conversation. Roger le regarda partir, et soupira. Ses yeux dérivèrent sur l'unique photo posée sur son bureau : un cliché d'Ace, petit, souriant de toutes ses dents, fier du poisson qu'il tenait au bout de sa canne à pêche.

L'homme sourit et se tourna vers la fenêtre à nouveau.

-Il va être temps que j'arrête de fuir, on dirait...