Lorsque Yasopp entra dans le salon avec les deux tasses de chocolat chaud, il ne fut pas surpris de voir son fils qui faisait encore les cent pas devant le canapé. Il soupira et se posta devant lui en lui tendant sa tasse pour le forcer à se stopper.

-Si tu continues, on va avoir une tranchée dans notre séjour.
-Désolé, je suis vraiment inquiet. Ça fait plusieurs fois que j'essaie de l'appeler, mais ça me dit que son numéro n'est plus disponible.
-Peut-être que son téléphone est tombé et s'est cassé.

Usopp gémit et se laissa tomber sur le canapé en buvant une gorgée de sa boisson chaude.

-J'aurais vraiment pas dû m'emporter...il doit tellement m'en vouloir...
-Allons, ce n'est rien, ça arrive de temps en temps de se disputer dans un couple.
-Mais il n'avait vraiment pas besoin de ça en ce moment !
-Ne t'en fais pas, ça va s'arranger, tu verras.

Le téléphone fixe sonna, les faisant sursauter. Yasopp s'excusa auprès de l'adolescent, et alla décrocher. Usopp l'attendit en finissant son chocolat d'une traite. Celui qui avait dis que le chocolat remontait le moral était un gros menteur, ou bien un chocolatier. Soudain, il entendit un gros bruit, celui de quelque chose que l'on brise, et il rejoignit son père en courant. Il avait laissé tomber sa tasse, le téléphone toujours à l'oreille, et il tremblait.

-Papa ?
-U...Usopp, il faut qu'on aille tout de suite à l'hôpital !
-Qu'est-ce qu'il se passe ?
-C'est Sanji...

Ni une ni deux, Usopp fonça se préparer à partir. Et pendant que son père se préparait à son tour, il nettoya rapidement la tasse brisée. Puis ils partirent à l'hôpital, et pour être tout à fait honnête, Yasopp n'a pas vraiment respecté les limitations de vitesse.
Ils arrivèrent en trombe dans le hall et se présentèrent à l'accueil dans l'espoir de pouvoir parler à un médecin. La secrétaire leur indiqua un homme un peu plus loin, qui était déjà en pleine discussion avec Judge et ses enfants. Usopp hésita à y aller, mais son père le traîna, bien décidé à avoir des informations. Et il se moqua bien du regard que lui lança le père Vinsmoke.

-Docteur, comment va Sanji ?
-Eh bien, comme je le disais à Monsieur, il a reçu plusieurs coups à la tête, et a été drogué, heureusement à faible dose. Ses blessures sont superficielles, et il devrait se réveiller dans peu de temps.
-Dieu merci...
-En revanche, les examens sont plutôt formels, et...

Il referma son dossier d'un coup sec et planta son regard dans celui de Yasopp.

-Il a eu un rapport sexuel hier soir.
-Vous...vous voulez dire que...
-Étant donné que c'est la police qui nous l'a apporté, j'en conclus qu'il s'agit d'un viol. Nous avons malheureusement pas mal de cas en ce moment.
-Oh non, murmura Usopp.
-J'ai lu dans son dossier qu'il était un Oméga. Je vais faire quelques tests en plus pour savoir s'il y a des risques qu'il soit tombé enceint.

Une infirmière l'appela, et il s'excusa avant de s'éclipser. La secrétaire leur indiqua une salle d'attente vide où ils pourraient patienter en attendant de pouvoir aller voir Sanji. Usopp reçu de nombreux messages de ses amis, lui annonçant qu'ils étaient en route et qu'ils arrivaient bientôt.

-Je peux savoir pourquoi vous êtes là, demanda Judge en grognant.
-Parce qu'on s'inquiète pour Sanji, répondit Yasopp en le fusillant du regard.
-Qui vous a prévenu ?!
-L'hôpital.
-Tss...cet abruti vous a mis en personne à appeler en cas d'urgence...

Yasopp ricana avec fierté et s'apprêta à répliquer à nouveau, mais Usopp l'arrêta d'une main sur le bras. Il secoua la tête, et son père se tut.
En face d'eux, Ichiji fronça les sourcils en les regardant. Il avait du mal à comprendre ce qui avait attiré son frère chez ces gens. Reiju lui donna un coup de coude et lui ordonna de garder ses remarques pour lui. En temps normal, par esprit de contradiction, il lui aurait délibérément désobéi. Mais il se foutait totalement de ce que ressentait Sanji, et il ne voulait pas perdre son temps à essayer de le comprendre, alors il garda le silence.

Bientôt, tous les proches de Sanji entrèrent dans la salle, et posèrent des questions à Usopp, espérant qu'il avait eu des nouvelles. Il leur raconta ce que le médecin leur avait dis, et en silence, ils prirent place sur des sièges à leur tour.
Une heure après, les trois frères de Sanji annoncèrent qu'ils partaient, car ils avaient du travail. Judge ne les retint pas, les bras croisés sur son torse et le visage fermé.

Le silence perdura, jusqu'à ce que Dragon et Sabo arrivent ; ils venaient de quitter le commissariat, et s'étaient dépêchés de se changer avant de venir.

-Y a du nouveau, demanda le blond.
-Le docteur est passé nous prévenir qu'il n'y avait aucun risque de fécondation, mais à part ça, non...
-Oh, c'est déjà ça...

Le père de Luffy ferma la porte, et se positionna au centre de l'assemblée.

-Normalement, je ne devrais rien vous dire, alors gardez ça pour vous. Celui qui a fais ça est la même personne qui s'en est pris à Thatch. Normalement, il tue toujours ses victimes après les avoir violé, mais pour une raison que j'ignore, il a gardé Sanji en vie.
-Comment l'avez-vous trouvé, demanda Reiju en se rapprochant un peu.
-J'ai entendu des gars en parler hier, intervint Franky. Ils ont donné l'adresse de leur QG...
-On est intervenu trop tard pour Sanji, et malheureusement, beaucoup ont fui, dont le chef. On va interroger ceux qu'on a réussi à arrêter pour tenter de savoir où ils se cachent.

Franky serra les poings. Lorsqu'on lui avait annoncé que Sanji était à l'hôpital, il avait vite compris qu'il était la victime dont les deux types parlaient la veille. Lui qui pensait avoir enfin été utile, il n'avait servi à rien. Robin lui caressa doucement le dos pour le réconforter, elle aussi très bouleversée par les événements.

Soudain, un petit son retentit, et tous se tournèrent vers Judge, car c'est de sa poche qu'émanait le bruit. Il en sortit son téléphone portable, le déverrouilla, et regarda le message qu'il venait de recevoir. Son expression devint colérique, et il tapa rageusement du pied.

-Eh bien, grogna-t-il, vous vouliez savoir pourquoi ils l'ont gardé en vie. Voilà votre réponse !

Il donna son téléphone à Dragon, qui le repoussa loin de lui à peine eut-il jeté un coup d'œil.

-Bon sang, c'est pas vrai !
-Quoi donc, demanda Sabo en regardant à son tour.
-Ils l'ont pris en photo et demandent de l'argent, sinon ils les publieront...

Usopp prit le téléphone, et ce qu'il vit lui donna envie de vomir. Il passa l'objet à son père et plaqua une main sur sa bouche, se concentrant pour oublier l'atrocité qu'il venait de voir. Nami le prit dans ses bras pour le réconforter.

-Mon dieu, marmonna Yasopp, c'est affreux...
-Cet imbécile...je vais être obligé de payer pour sauver l'honneur de notre famille.
-Oh, fermez-la, vous, s'il n'y a que ça qui vous intéresse !

Zeff prit délicatement le téléphone des mains de Yasopp pour regarder les photos. Son expression était froide, pas le froid de quelqu'un qui n'éprouve rien comme Judge, mais d'un froid rempli de haine pure dirigée vers ceux qui ont osé faire ça à son petit protégé.

Le médecin arriva pour annoncer que Sanji était réveillé, et que certains d'entre eux pouvaient aller le voir. Pas tous en même temps, vu qu'il émergeait seulement. Ce fut donc Judge, Reiju, Zeff, Usopp et Yasopp qui y allèrent les premiers, les autres patientant dans la salle d'attente. Au moins, ils avaient la satisfaction de savoir que leur ami était sorti de son sommeil.

Mais il y avait autre chose qui les inquiétait : depuis leur arrivée, Luffy était posé sur une chaise, sans bouger ni parler. De temps à autre, il jetait un coup d'œil triste à Zoro, mais sans faire aucun commentaire. Ils comprirent rapidement qu'ils s'étaient disputés la veille, et qu'il leur fallait agir. Alors Nami et Robin emmenèrent le Roronoa hors de la pièce pour l'interroger, prétextant des affaires de grossesse.

-Bon Zoro, qu'est-ce qui arrive à Luffy, menaça la rousse.
-Ça vous regarde !
-Ne joue pas à ça avec nous ! On voit bien qu'il est mal par ta faute, qu'est-ce que t'as fais ?!

N'ayant pas la force de leur tenir tête, et puisqu'il souhaitait lui aussi régler cette histoire, il leur raconta son erreur de la veille.

-Je vois, hocha la tête Robin.
-Quoi ?
-À mon avis, renchérit Nami, tu as ouvert une plaie déjà saignante.
-Comment ça ? Tu peux pas être claire ?!
-Dis-moi, tu lui as déjà dis que tu étais heureux avec lui ?

Le vert se figea, et repensa aux mots de son père au début de sa grossesse, quand ils cherchaient encore une maison pour s'installer avec Luffy. Son regard se voila de tristesse, et il détourna les yeux.

-Pas assez...
-Je pense qu'il doutait, au fond de lui, et qu'il croyait te rendre malheureux. Il faut que tu lui dises la vérité Zoro, et vite !

Il hocha la tête, et elles lui firent un sourire d'encouragement avant de retourner dans la salle. Une dizaine de secondes plus tard, Luffy en ressortit, sans doute pour s'assurer que Zoro allait bien, puisqu'il ne revenait pas avec les filles. Le vert le rassura d'un sourire, se promettant de mettre sa fierté de côté pour régler les choses avec son petit-ami, et ils retournèrent s'asseoir.


À peine fut-il réveillé que Sanji souhaitait déjà se rendormir. Sa tête le faisait souffrir à cause des coups de la veille, et entendre son père lui hurler à quel point il avait gâché sa vie n'arrangeait bien sûr rien.

-Sanji, tu te rends compte de ce que tu vas encore nous coûter ?!
-Euh...là tout de suite, pas vraiment...
-C'est ça, fait le malin !
-Mais laissez-le respirer, marmonna Yasopp.

Évidemment, Judge refusait de se calmer. Il jeta son téléphone sur le lit, les photos bien en évidence. Sanji les repoussa loin de lui et jeta un regard noir à son géniteur.

-Si c'était pour me rappeler ma soirée, tu peux repartir, j'ai pas besoin de toi !
-Très drôle ! Je vais être obligé de payer pour tes conneries !
-Mes conneries, non mais je rêve ! T'as cru quoi, que je me suis baladé avec un panneau "À violer, c'est gratuit" autour du cou ?!
-Ne prend pas ce ton avec moi, Sanji !
-Arrêtez donc de gueuler, intervint Zeff en tendant un verre d'eau au blond. Sanji a besoin de rester tranquille.

Le blond le remercia d'un regard et but d'une traite. Il reposa le verre, quand son regard croisa celui d'Usopp. Le brun semblait triste et fatigué ; de toute évidence, il avait mal dormi cette nuit, peut-être même pas du tout, et ce qui lui arrivait n'arrangeait rien. Il tenta de le rassurer d'un sourire, mais il n'en eut pas le temps, car il avait déjà tourné la tête.
Yasopp avait bien vu la tension présente entre eux, et il fit un pas en avant.

-Je vais payer, moi.
-P...papa ?!
-Combien demandent-ils ?
-Beaucoup trop pour vous, ricana faussement Judge.

Il montra le message annonçant la somme, et Yasopp hocha lentement la tête.

-J'ai économisé pendant des années, je pense avoir assez.
-Yasopp-san, non, s'exclama Sanji. Ce n'est pas la peine de...
-Ces photos te gâcheront la vie si elles sont diffusées. Je refuse de laisser faire ça...
-Mais...
-Ne vous en faites pas, intervint Reiju. J'ai largement de quoi payer.

Elle sourit, et poussa un peu son père pour aller serrer son jeune frère contre elle.

-Je ne peux malheureusement pas faire grand chose pour te protéger, mais je peux au moins faire ça.
-Reiju...
-Il va de soi que je t'interdis de me rembourser. Fais-moi des neveux et des nièces, plus tôt.
-Comme si c'était le moment de dire ça !

Elle lui fit un sourire espiègle et quitta la pièce, non sans préciser à Yasopp et son fils qu'eux-mêmes n'avaient pas le droit de la rembourser. Judge était encore plus énervé par cette intervention ; sa fille avait beaucoup trop couvé le blond depuis sa naissance, ce qui ne l'aidait pas à devenir plus fort. Il reporta son regard sur son fils, qui ne faisait déjà plus attention à lui, et semblait concentré sur Usopp. Alors le patriarche Vinsmoke explosa, et il tapa du poing sur le mur.

-Sanji, tu es trop faible ! Regarde-toi, tu es décevant ! Si tu avais été un Alpha, tu n'en serais pas là ! Depuis le jour où tu es venu au monde, tu n'as pas fais une seule chose de bien pour que je sois fier de toi ! Tu ne mérites pas le nom des Vinsmoke !

Sanji avait mal, mais bizarrement, pas plus que d'habitude. Il savait déjà tout ça, et même si c'était dur de l'entendre à chaque fois, il avait fini par trouver ça normal.
Pourtant, il n'y avait bien que lui pour accepter de tels propos, et Usopp ne parvint plus à se retenir. Il serra les dents, et prenant son courage à deux mains, il poussa Judge loin du lit.

-Si c'est pour l'engueuler, vous pouvez partir ! On s'en contrefout royalement de ce que vous pensez ! Vous croyez que c'est en lui disant ces atrocités qu'il ira mieux ?!
-De quoi te mêles-tu, toi ?!
-VOUS êtes le seul responsable de tout ce qui lui arrive de mal ! Foutez-lui la paix, merde ! Il n'a pas besoin de vous !

Sanji se redressa et se pencha pour attraper la main d'Usopp et l'arrêter, mais le brun en avait assez que Sanji se fasse insulter de la sorte. Alors à nouveau, il poussa Judge, jusqu'à ce qu'il se retrouve contre le mur qu'il avait frappé quelques secondes plus tôt.

-La seule personne ici qui déçoit tout le monde, qui sert à rien et qui mérite notre haine, c'est VOUS ! Vous êtes l'être le plus abjecte que j'ai jamais rencontré, vous me donnez envie de vomir !
-Sale...
-Moi, je sais apprécier la vraie valeur de Sanji ! Moi, j'ai vu quelle personne merveilleuse il est, et à quel point son sourire est éclatant quand il est heureux ! Moi, je l'aime de tout mon être, et MOI, moi je vais lui offrir une vraie famille ! Pas une comme celle qu'il a maintenant !

Ni une ni deux, Judge envoya son poing dans la joue d'Usopp, qui manqua de tomber sur le lit. Sanji sentit son cœur se serrer brutalement, et il tenta de se lever pour s'interposer, mais Zeff le maintint contre l'oreiller.

-Le vieux...
-Tu n'arrangeras rien dans ton état, Sanji.
-Mais Usopp...

Yasopp aida son fils à se lever. La colère montait, et il s'apprêta à cracher toute sa haine à son tour, mais le lycéen l'arrêta, se remettant debout face à son adversaire.

-Héhé...vous me frappez parce que vous n'avez rien à répondre ? À moins que ce ne soit parce que vous avez honte de vous ?
-Saleté de mioche ! Tu prétends aimer mon fils, mais tu ne veux que son corps et son argent, comme tous les autres insectes de ton espèce !
-Si c'était vraiment le cas...je suis un Alpha, et Sanji un Oméga. Si je voulais son corps, j'aurais pu utiliser mon autorité sur lui pour l'obtenir. Mais je ne l'ai pas fais...

Il s'essuya la bouche et jeta un regard empli de fierté à Judge.

-Moi je l'aime vraiment, c'est pour ça que je le défends aujourd'hui. Parce que je sais que lui, il m'a toujours défendu auprès de vous. Mais il se laisse cracher dessus, parce que vous n'avez jamais cessé de lui répéter qu'il était faible. Or ce faible là, il vous a tenu tête pendant tout ce temps. Alors les faibles, en réalité...c'est votre putain de famille.

Le silence tomba, durant quelques secondes. Et puis, un énorme rire retentit. Un rire joyeux et amusé, un vrai rire. Et ce rire, il appartenait à Zeff.

-L...le vieux, bégaya Sanji.
-J'arrive pas à y croire ! Ce gosse n'est même pas majeur, mais il tient tête au grand patron Vinsmoke comme s'il parlait à la caissière du coin !
-Toi, grogna Judge, rouge de honte.
-Vous feriez mieux de rentrer chez vous, je pense que tout a été dis. À moins que vous ne souhaitiez être plus humilié.

Il termina en lui jetant un regard noir. Et Judge s'avoua vaincu. Alors, sans un regard pour son fils, il quitta la pièce.
Usopp soupira, et ses jambes se mirent à trembler. Yasopp lui hurla de ne plus lui faire peur comme ça, et le frappa à l'arrière de la tête. Zeff le félicita pour son cran, et Usopp le remercia en riant. Soudain, il se sentit tiré en arrière, et il tomba sur le torse de son petit-ami.

-Sanji ?
-Baka...ne refais plus jamais ça...

Le brun sentit une goutte s'écraser sur son front, et il devina sans peine que son amour pleurait. Alors, il enroula ses bras autour de son cou et l'attira à lui pour le consoler.
Bientôt, ils entendirent des bruits de pas précipités, et Luffy ouvrit la porte de la chambre en grand.

-Sanji, tu vas bien ?!
-Gueule pas comme ça, idiot, le réprimanda Nami.
-Peut-on entrer, interrogea Brook.
-Bien sûr, venez, sourit Sanji en essuyant ses dernières larmes.

Ils entrèrent tous les uns après les autres. Enfin, presque tous. Avant que Marco n'ait pu faire un pas, il sentit une main serrer sur son épaule. Il tourna la tête et croisa le regard de Sabo, qui semblait déterminé.

-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je dois te parler.
-De ?
-De Ace.

Sans réfléchir plus, Marco ferma la porte de la chambre, et se tourna complètement vers son beau-frère.


Lorsque Sanji se réveilla pour la seconde fois, il n'y avait qu'Usopp dans la pièce. Assis sur une chaise juste à côté du lit, il terminait à la va-vite un devoir qu'il devrait rendre le lendemain. Le blond attendit qu'il finisse pour ne pas le déranger, avant de l'appeler d'une faible voix, n'ayant pas encore totalement émergé. Le son de sa voix fit sursauter Usopp, qui se tourna vers son amant, et immédiatement après avoir constaté qu'il était sorti du sommeil, il lui prit la main et la serra fort dans les siennes.

-Sanji, est-ce que ça va ?
-Oui, la douleur s'estompe de plus en plus.
-Ah, tant mieux. Tu as besoin de quelque chose ?
-Juste un peu d'eau, s'il te plaît.
-Bien sûr.

Il lui servit un verre et l'aida à s'asseoir avant de le lui donner. Sanji le but d'une traite et remercia le brun.

-Où sont les autres ?
-Ils ne voulaient pas t'épuiser plus, alors ils reviendront demain. Zeff est allé au Baratie donner de tes nouvelles aux clients et à tes collègues. Papa cherche une machine à café, et pour ce qui est de ta famille, je sais juste que Reiju compte repasser plus tard.
-Bien.

Très honnêtement, Sanji ne croyait pas une seconde que son père allait revenir, pas après l'humiliation subie. De toute façon, il lui avait dis tout ce qu'il avait à dire, même si au moins, il était venu le voir.

-Sanji...
-Oui ?
-Je suis désolé pour la dispute de tout à l'heure. Je ne voulais pas envenimer les choses avec ton père. Je me rends compte maintenant que c'était stupide...
-Tu as bien fais, Usopp, et je t'en remercie d'ailleurs.
-Mais...
-Je te promets que ça va aller mieux, maintenant. Tu verras...

Usopp allait tout faire pour que ça aille mieux, ce serait sa principale préoccupation. Mais il se sentait si mal pour tellement de choses qu'il doutait de réussir à tout arranger.

-Tout est ma faute...
-Non Usopp...
-Bien sûr que si ! Si je n'avais pas fais ma stupide crise de jalousie, si je ne t'avais pas engueulé, si j'avais réussi à te rattraper, si je ne t'avais pas mis la pression, si j'étais...si seulement j'étais convenable pour ton père, rien de tout cela ne serait arrivé !
-Usopp, c'est pas avec mon père que tu sors, OK ?! L'important, c'est que tu me conviennes à moi, et c'est le cas ! Et je suis la seule personne à blâmer pour mon sort, parce que je n'ai pas vu à quel point tu souffrais ! Parce que j'ai laissé ma famille et mon passé m'empêcher de me donner à toi comme on l'aurait souhaité ! Parce que même en connaissant le risque que je prenais, j'ai préféré te fuir plutôt que de reconnaître à quel point j'étais faible !

Il attrapa le poignet d'Usopp et le tira sur le lit pour se blottir contre lui et sangloter dans ses bras.

-Je regrette tellement Usopp, si tu savais...j'aurais dû te donner cette première fois ! Mais je me bloquais tout seul, comme un con, alors que toi...toi, tu as toujours tout fait pour me rassurer !
-Sanji, je t'en supplie, arrête de pleurer ! Ce que t'as vécu, c'est pas facile, et je ne peux même pas comprendre la moitié des épreuves que tu as dû traverser ! Mais laisse-moi te dire une chose...

Il écarta Sanji de lui et attrapa son visage, plongeant son regard dans le sien.

-Il n'y a pas de raison que la première fois compte plus que les autres, et chaque fois que tu te donneras à moi, je le prendrais comme un honneur. Ce n'est pas important si je ne suis pas le premier, car tout ce qui m'importe, c'est que tu m'acceptes dans ta vie, et comme amant. C'est tout ce qui me rend heureux, Sanji.

Le blond hocha la tête et éclata en sanglots bruyants. Il passa ses bras autour du cou de son amour, en le remerciant à voix basse. Usopp lui caressa le dos, les larmes dévalant aussi ses joues.

-Sanji, quand tu iras mieux, et que tu péteras à nouveau la forme...
-O...oui ?
-Si tu le veux toujours...je te marquerai.

Il rougit en disant ses mots, quand il sentit soudain que Sanji s'éloignait de lui. Il chercha son regard, mais les yeux du Vinsmoke était obstinément fermés. Il voulut alors lui en demander la raison, et son cœur manqua un battement quand il sentit la bouche de son amant sur la sienne. Alors il ferma les yeux à son tour, et passa une main dans les cheveux blonds pour le maintenir contre lui. Ça faisait du bien de l'avoir dans ses bras et de se dire : "C'est vrai...il est là, et tout va bien.". C'était un pur soulagement qu'il savourait, et savourerait, à chaque seconde.


Ace ne s'était jamais considéré comme un génie, mais même le plus parfait des imbéciles pouvait voir que Marco était énervé. Ses doigts étaient crispés sur le volant, et il gardait son regard froid rivé sur la route devant lui. L'atmosphère était lourde, alors personne n'osa parler.

Ils arrivèrent chez eux, il faisait déjà nuit. Haiko s'était endormi dans son siège ; c'est Thatch qui le sortit du véhicule. En entrant dans la petite maison, Marco se tourna vers son ami et lui montra la chambre du petit du doigt.

-Peux-tu aller le coucher, s'il te plaît ?
-Euh...oui, mais tu...
-Ace et moi devons parler.
-Ah je...j'y vais.

Il jeta un regard triste à Ace et s'éloigna avec l'enfant. Quand la porte de la chambre se referma, Marco alla sans un mot dans la cuisine pour se servir un verre de saké. C'est quand il fit ce geste qu'Ace comprit que la discussion n'allait vraiment pas être plaisante. Il le suivit dans la cuisine et ferma la porte derrière lui par mesure de précaution. Son regard se posa sur le journal du matin, qu'ils n'avaient pas eu le temps de lire, puisqu'ils s'étaient précipités à l'hôpital. Son père était encore en première page.

-Quand comptais-tu me mettre au courant, Ace ?

Le brun sursauta et reporta son attention sur son petit-ami. Son ton était calme, mais sec. Il était très en colère.

-De...de quoi tu parles ?
-Oh, de pleins de choses. Tu n'avais pas qu'un seul petit secret...
-Marco...
-Par où pourrais-je commencer ? Par le fait que cet enfoiré t'a presque violé toi aussi ? Que tu faisais une dépression jusqu'à ce que tu me rencontres ? Que tu ne supportais pas la distance avec tes frères ? Que la zone que tu grattes sans arrêt, c'est là qu'il avait apposé sa marque ?

Il but lentement, ses yeux plongés dans ceux d'Ace, ce qui lui permit de constater la petite lueur de colère qui y brillait.

-Après réflexion, tu aurais peut-être dû tous me les dire.
-Comment est-ce que...tu sais tout ça ?
-Sabo me l'a dis, tout à l'heure. Il avait peur que tu ne rechutes.

Ace se mit à trembler ; la situation lui échappait totalement, et il ne savait pas quoi faire pour rattraper le coup. Ce qu'il savait, c'était qu'il ne pourrait pas supporter de perdre Marco. C'était d'ailleurs pour ça qu'il n'avait rien dit jusque-là.

-Je ne voulais pas paraître faible à tes yeux.
-C'est tout ce que tu as comme excuse ?
-Oui ! Oui, c'est tout ce que j'ai ! Mais c'est la vérité !
-À quel moment ai-je même pensé que tu étais faible, dis-le moi !
-Peut-être ne veux-tu pas le reconnaître, mais c'est un fait, Marco !

Le blond hocha la tête et but une nouvelle gorgée, comme pour le mettre au défi de poursuivre. Et Ace n'allait pas se gêner.

-Toute ma vie, j'ai souffert d'être un Oméga ! Si j'étais né Alpha, j'aurais pu toujours protéger mes frères ! Je n'aurais pas été en danger ce jour-là ! Et peut-être même que...si j'étais né Alpha, mon père aurait peut-être fait attention à moi !

Il attrapa le journal et le déchira rageusement. Il jeta les morceaux sur la table, gardant dans son poing serré le bout de papier sur lequel était le visage confiant de son père.

-Pas une seule fois il n'est venu me voir à l'hôpital après ça ! Je n'avais pas confiance en lui, je ne me sentais pas en sécurité le peu de fois qu'il était là ! Et j'ai souffert de ça !
-Ace...
-JE HAIS MA CONDITION D'OMÉGA !
-ET MOI, ALORS ?!

Le verre se brisa sur le plan de travail, et Ace hoqueta de surprise. Il sentit que des larmes avaient commencé à couler sur ses joues. Marco, lui, semblait toujours en colère, mais dans ses yeux, c'était une horrible douleur qui s'y reflétait.

-Et moi, alors ?! Et Haiko ?! On compte pour du beurre ?!
-Ce...ce n'est pas ce que j'ai...
-Si tu avais été Alpha, toi et moi, on ne se serait peut-être bien jamais rencontré ! Je dis pas que ta vie a toujours été facile, Ace, mais regarde ce que tu as aujourd'hui ! Merde alors, tu préférais perdre tout ça ?!

Le silence tomba, seulement brisé par les sanglots d'Ace. En soupirant, Marco nettoya le verre brisé, et jeta tout à la poubelle. Et sans rien ajouter, il quitta la pièce.

De ses mains tremblantes, Ace ramassa tous les morceaux du journal, et les jeta également. Il se saisit d'un bout de verre, et grimaca légèrement quand il se fit une petite entaille. Une goutte de sang tomba sur le visage de Roger, et il la regarda s'écouler quelques secondes avant de remettre le couvercle.

Il se mit à hoqueter à cause de ses sanglots, et plus il essuyait ses larmes, plus ses yeux s'humidifiaient. Il gémissait de douleur, et priait pour que tout ça ne soit jamais arrivé.

En temps normal, lorsqu'il pleurait, Marco venait toujours le consoler. Il le prenait contre lui, le berçait, l'embrassait et lui chuchottait des mots réconfortants. Mais, et si à cause de sa stupide peur, il avait tout gâcher entre eux...

Rien ne parvint à le calmer, et quand Thatch passa ses bras autour de lui pour le guider jusqu'à son lit, il ne le sentit même pas. Cette nuit-là, il dormit contre le châtain, mais c'était comme s'il était resté éveillé toute la nuit, à ressasser son passé, et à maudire les responsables de son malheur : cet imbécile de violeur...son crétin de paternel...

Et bien sûr : lui-même.