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CHAPITRE 29 …

Traitement de texte

Edward venait juste de quitter le magasin de luminaires. Malheureusement il n'arrivait pas à se débarrasser de la conversation qu'il venait d'avoir avec sa mère concernant une certaine fiction qu'elle lisait. Il était certain que cette malheureuse expérience allait encore résonner dans sa tête pour la fin de la journée… si ce n'était pas pour le reste de sa vie.

Cette conversation dérangeante avec sa mère avait surpassé les deux conversations les plus pénibles qu'il avait eues avec son médecin de père au cours de sa vie : celles concernant le sexe et l'importance de bien s'occuper de sa prostate. Bien sûr il y avait aussi celle 'As-tu bien fait attention?'

Ça serait suffisant pour qu'il envisage d'entrer au monastère.

Mais juste pendant une nanoseconde.

Edward supposait que ces discussions avec son père avaient été nécessaires. Des conversations d'homme à homme avec son père qui ne pouvait pas s'empêcher d'être le bon père et le médecin qu'il était. Mais cette dernière conversation… bon dieu… avait vraiment été la plus terrible. C'était avec sa mère. Il n'avait jamais entendu sa mère faire référence à son pénis avant… même si ce n'était que sous-entendu dans la phrase, "excité physiquement." Elle s'était servie de cette expression codée pour parler de son érection, ce qui rendait ça encore pire.

Quelles sont les putains de chance que ma propre mère lise la fiction de Bella?

Oui… et est-ce vraiment de la fiction?

Si tu avais fermé ta grande gueule le week-end dernier elle n'aurait eu aucune idée que cette histoire te concernait, toi… mais tu ne peux pas t'empêcher de l'ouvrir, hein?

Ils te sollicitaient pour que tu aies une "relation significative" une fois de plus! Ils espèrent encore que je vais enfin rencontrer "quelqu'un de spécial." J'essayais juste de faire dévier la conversation en utilisant ma technique de distraction brevetée. Ils font des commentaires flippants qui ne veulent rien dire.

Et regarde comme ça a bien fonctionné. Tes remarques flippantes t'explosent au visage, Cullen.

Il fronça les sourcils se souvenant des bribes de la conversation avec ses parents dimanche dernier. Il se souvint de leur avoir dit qu'il était heureux de mener sa vie telle qu'elle était, qu'il ne voulait pas plus de responsabilités et qu'il ne cherchait pas une relation sérieuse.

En fait tu leur disais que tu étais heureux d'être un connard de coureur de jupons.

Sa mâchoire se serra et il se regarda dans le rétroviseur. Sa casquette le disait.

Abruti.

Il repensa aux mots de sa mère la semaine dernière. Elle avait dit que la possibilité de rencontrer quelqu'un de spécial au moment où tu ne cherchais pas et où tu t'y attendais le moins existait. Elle pouvait être tellement romantique parfois… mais elle avait raison.

Mais ça avait été quand il avait mentionné l'emménagement de Bella et qu'il lui avait dit qu'il venait de rencontrer cette fille, une nouvelle voisine de l'autre côté de la rue – avec son copain – à l'époque il ne savait pas que ce n'était pas le cas. Mais tout avait été dit dans le stupide but de tranquilliser un peu sa mère. Il ne savait pas que partager cela avec ses parents allait revenir lui mordre le cul…

Ses deux parents avaient semblés préoccupés de savoir que Bella possédait une casquette Asshole. Et le fait qu'il pense qu'elle aimerait une casquette Bitch le préoccupait davantage. Quand il leur avait raconté qu'elle dansait devant sa fenêtre en chantant avec une brosse à cheveux ils avaient paru alarmés.

Peut-être que sa mère déciderait que De la haine à la passion serait une des manifestions amusantes de la personnalité excentrique de Bella… mais pour le moment sa mère ne semblait pas du tout amusée.

Espérons qu'elle croira que ce n'était qu'embellissement de la part de Bella.

Ouais tu peux toujours rêver. Et qui sait ce qu'elle va raconter dans le prochain chapitre de sa fiction réelle d'horreur.

Edward soupira profondément en s'arrêtant derrière une file de voitures qui était stoppée par un feu rouge. Il se dirigeait vers la bretelle de l'autoroute puis le centre commercial en haut à droite. Le trafic était intense et il lui faudrait un certain temps pour arriver au feu vert. Il chercha son téléphone et vérifia sa boite mail pour patienter.

Bien sûr qu'il ne voulait pas admettre pourquoi il voulait vérifier…

Mais quand il regarda l'écran un frisson de nervosité parcourut sa colonne vertébrale au moment où il vit le premier de ses messages.

Elle avait répondu!

Il baissa les yeux sur l'écran et une sensation de vertige commença à le submerger. Ce sentiment lui était complètement étranger. Il était là, à 28 ans, à se sentir tout à coup redevenir adolescent… comme si une jolie fille de sa classe lui avait passé un mot. Puis il renifla un rire… elle était enseignante après tout, donc dans ce sens, elle était la fille mignonne de la classe.

Il ne pouvait pas ouvrir ce message assez vite. Et quand il le fit, il le déroula vers le bas, se demandant si ses yeux lui jouaient des tours. Il enleva rapidement ses lunettes de soleil pour être sur de ce qu'il voyait.

Putain… Elle m'a écrit un roman!

Tu as été trop bavard. Tous les commentaires qu'elle reçoit ne font qu'une ligne ou deux tout au plus, le tien était un assez long paragraphe.

La ferme. Il fallait que je dise certaines choses. Je devais lui en demander d'autres. Pour en éclaircir d'autres, bien sûr.

Ouais c'est ça, peu importe.

Aucune jolie fille ne t'avait fait passer de note comme ça avant. Ces dernières années de très belles filles lui avaient bien griffonné des numéros de téléphone et des adresses avec quelquefois des commentaires concernant ce qu'elles lui feraient s'il les rappelait. Mais il n'avait jamais avant reçu un mot avec de la substance. Il était évident que là il y avait de la consistance. C'était un essai rédigé par un prof d'anglais.

Tu sais… ce n'est pas une note… C'est un mail… juste une réponse à ton commentaire… et rien de plus.

La ferme … tu n'as pas besoin de tout ruiner.

TUUUUT TUUUUT!

Edward sursauta et laissa tomber son téléphone.

Merde!

Il rebondit sur la console entre les sièges et tomba sous le siège passager, hors d'atteinte.

TUUUUT! TUUUT!

Et re merde!

Edward avait complètement oublié qu'il était coincé dans la circulation attendant qu'un feu change. Et apparemment il avait changé parce que les voitures devant lui avaient maintenant une grande longueur d'avance et que la voiture derrière klaxonnait avec impatience une fois de plus.

TUUUT!

Oh va au diable!

Il appuya sur l'accélérateur en signalant son intention de sortir à droite, il regarda rapidement dans le rétroviseur en effectuant cette manœuvre un peu brusquement, ce qui fit crisser ses pneus, pour aller se garer sur le parking d'un centre commercial tout proche.

Le conducteur impatient derrière lui avait klaxonné une fois de plus. Edward se tourna et regarda la voiture passer. Il lui montra sa casquette rapidement laissant l'autre conducteur savoir qu'il était aux prises avec un Abruti.

Réfléchis bien à ça dans ta journée, impatient fils de pute!

Edward lui sourit méchamment.

Quelle satisfaction! C'est d'un pratique cette casquette!

Au lieu d'aller tout droit vers la bretelle d'accès Edward se dirigea vers le petit centre commercial et s'y gara. Il descendit sa vitre, éteignit le moteur et s'étira pour récupérer le téléphone. Il s'installa, prêt à lire la réponse de Bella.

Il était anxieux de savoir ce qu'elle avait à lui dire. Il savait qu'il avait été un peu négatif. Non pas qu'il ait estimé que son histoire l'était mais cet Ethan était douteux… plutôt il l'était lui-même… douteux … dans cette histoire. Il avait pensé qu'il pourrait peut-être orienter cette histoire loin de la direction qu'elle voulait lui donner, lui faire douter de cette possibilité qu'Ethan pouvait devenir une personne intéressante pour Stella… peut-être la convaincre d'abandonner… parce qu'il savait qu'il n'était pas la bonne personne pour Bella si c'était cela qu'elle envisageait.

Il commença à lire, entendant sa voix derrière les mots alors qu'elle lui souhaitait la bienvenue dans l'univers de Star-lighted. Notre univers comme elle l'appelait.

Bon elle avait raison là-dessus… ils étaient rentrés tous les deux dans un autre univers. Un univers parallèle. Ou peut-être une autre dimension. Peut-être étaient-ils rentrés dans la Twilight zone.

Ses yeux s'écarquillèrent et sa mâchoire se décrocha un peu quand il arriva au petit paragraphe suivant. Elle était honorée disait-elle et elle lui promettait d'être gentille avec lui.

Edward bougea légèrement sur son siège.

Il ne pouvait pas s'en empêcher… il avait complètement négligé sa bite et elle s'était ragaillardie avec intérêt à sa terminologie mais il avait réussi à la freiner rapidement. Cette pensée pourrait justifier une continuation mais ce n'était ni le moment ni le lieu. Il fallait qu'il lise pour voir ce qu'elle lui avait écrit.

Ce n'était pas un chapitre qui était écrit pour des milliers de lecteurs.

C'était une réponse pour lui seul.

Bien sûr elle ne le savait pas.

Pourquoi dois-tu toujours être aussi négatif?

Il se réinstalla dans le siège passant son coude par la fenêtre, tenant son téléphone dans sa paume pour lire le reste de la réponse rapidement… comme si la chose pouvait disparaitre s'il prenait son temps.

En lisant ses mots il sourit à l'occasion et même rit fort. Il hocha la tête pour signifier son accord et même fronça les sourcils, commentant à voix haute parfois et levant les yeux à sa stupidité et à son insouciance. Quelquefois il haleta, le souffle coupé par la surprise. Et pour finir il ressentit du soulagement à cette histoire qu'elle écrivait. Et peut-être pour lui-même aussi.

Elle aurait pu donner des informations supplémentaires le concernant dans sa réponse. Elle aurait pu être complètement sincère et aurait pu dire des choses désobligeantes à son sujet. Mais elle ne l'avait pas fait. Elle avait été gentille et indulgente et il se sentait mieux… Il se sentait soulagé et même un peu…

Optimiste?

Ouais… n'y pense même pas…

Ferme-la!

Quand il eut fini il retourna au début. Il commença à relire plus lentement et plus attentivement, murmurant ses mots à voix haute et en les retournant un peu plus dans sa tête.

Elle avait été impressionnée et intriguée par le contenu de son commentaire.

Elle soulignait que son ton était inhabituel et il réalisa qu'il devait être plus prudent pour ne pas se trahir bêtement.

Au moins tu t'es souvenu de ne pas signer avec ton vrai non Cullen, félicitations à toi.

Bella avait aussi écrit que c'était son travail de le convaincre que ce qu'elle écrivait était correct, qu'à la fin elle obtiendrait une fin heureuse pour Ethan et Stella. Il s'arrêta pour réfléchir à ce que cela pourrait signifier… si ça avait un rapport avec la réalité.

Ce n'est pas ça qu'elle veut, si? Elle fait simplement référence à l'histoire, non?

Oh accorde-moi une pause. Bien sûr elle n'a aucune idée qu'elle répond à Ethanward!

Ethanward?

C'est rien. Continue à lire.

Un petit sourire se forma pendant qu'il continuait. Elle l'avait cité dans le paragraphe suivant en disant qu'elle aimait sa phrase concernant le potentiel avenir et peut-être plus. Ça lui plut beaucoup pour une raison quelconque.

Il rigola tout haut en lisant la ligne sur comment les choses ne pouvaient pas être pires et que lui, le lecteur était probablement content de n'être pas là. Il secoua la tête vigoureusement.

"Ouais enfer… j'aurais souhaité ne pas y être. J'aurai souhaité ne pas m'être précipité dehors comme un voisin pervers."

Il plissa le front brièvement pour laisser cette pensée pénétrer dans son cerveau, en se demandant comment les choses auraient évolué si elles n'avaient pas commencé de cette horrible façon.

Tu n'aurais pas appris à la connaître si les choses ne s'étaient pas déroulées ainsi. Elle n'aurait été qu'une autre voisine que tu n'aurais peut-être même pas vue pendant tes allées et venues. Peut-être que c'était censé se passer comme ça.

Edward passa un doigt sur sa lèvre, réfléchissant à l'existence du destin et à la possibilité que certains événements pourraient vraiment être inscrits dans les étoiles.

Puis il ricana.

Tu te transformes en adolescente hein Cullen?

Il continua à lire. Elle lui rappela qu'elle avait averti les lecteurs qu'ils n'aimeraient pas Ethan et qu'il ne serait pas un homme acceptable pour Stella au début de l'histoire. Il avait besoin d'un nouveau départ.

J'ai pris un nouveau départ. Nous verrons bien où ça va me mener.

Peut-être que ça te mènera au bout de la rue devant la porte de Bella?

Immédiatement il leva les yeux au ciel à cette pensée.

"Ne sois pas un putain d'idiot."

Une femme d'un certain âge passa près de la voiture d'Edward et le regarda choquée. Il réalisa qu'il avait parlé à voix haute.

"Oh désolé!" s'excusa-t-il faiblement. "Euh… je téléphone," dit-il en agitant son téléphone pour se justifier.

Il remonta rapidement sa vitre et se retira dans sa bulle, où il pourrait lire tranquillement sans se soucier de choquer quiconque passait par là.

Bella était d'accord pour dire que Stella ne devrait pas envisager de romance avec Ethan pour le moment.

"Eh bien tu vois?"

Attends…"pour le moment?" qu'est-ce que ça signifie? Elle fait référence à Ethan … pas à moi… d'accord?

Peut-être qu'elle se réfère à Methan.

Oh bon sang…

Edward se regarda dans le rétroviseur et fronça les sourcils.

C'est tellement confus!

Il avait suggéré que ce serait mieux s'ils n'étaient pas amis… Eh bien si Stella et Ethan ne devenaient pas amis, mais que c'était déjà peut-être trop tard. Ça avait été un autre faux pas mais heureusement sans conséquence. Bella était d'accord pour dire qu'il était déjà trop tard. Elle disait que l'amitié rendrait les choses plus faciles… que c'était plus facile d'oublier et de pardonner et d'avancer plutôt que de ressasser.

Et nous avons commencé une amitié. Hier soir c'était agréable… sans mentionner drôle… et ensuite je t'ai raccompagné amicalement.

Et c'était amusant aussi.

Edward sourit et hocha la tête en se représentant Bella assise dans le siège à côté de lui, portant fièrement la casquette Asshole II et ses lunettes de soleil.

Admets-le, tu étais content. C'était stupide de suggérer de ne pas être amis. Ça pourrait te servir d'avoir une amie comme elle.

Tu as raison.

Je ne veux pas dire me servir d'elle.

Je sais… je ne le ferai pas. Je ne voudrai pas.

Edward était arrivé à sa partie préférée de la réponse. Ça commençait par les lignes qui disaient qu'Ethan n'était pas un mauvais gars dans le fond. Il espérait qu'elle pense vraiment cela. Il voulait qu'elle sache qu'il était une belle personne à l'intérieur qui n'était pas heureuse d'être devenue ce qu'elle était.

Elle disait aussi qu'il lui semblait qu'elle le connaissait et ça le fit éclater de rire.

Ha ha! Bien sûr qu'elle le connait!

Elle s'était excusée pour son comportement ce premier jour mais dans un certain sens elle avait raison… les choses étaient arrivées tellement vite… même s'il savait que ce qu'il faisait n'était pas bien, il ne pouvait pas mettre les freins et s'arrêter ou fermer sa bouche. Mais elle avait ajouté "Nous faisons tous des choses que nous regrettons," il soupçonnait que ce commentaire ait quelque chose à voir avec la visite clandestine de sa maison.

Donc nous sommes pareils en quelque sorte… nous regrettons tous les deux nos actions.

Tu vas probablement le regretter aussi quand ça se saura - que tu lis secrètement sa fiction - même si elle est secrètement écrite sur toi.

Edward soupira… il n'y avait aucun doute à ce sujet.

Bella semblait penser qu'Ethan pouvait s'avérer être un bon gars, malgré ce premier matin et ce que Stella avait vu.

C'était sûrement une référence aux bimbos.

Bella était d'accord pour dire que Stella devait faire attention concernant toute sorte de sentiments romantiques envers Ethan, garder les idées claires. Mais elle avait écrit aussi qu'Ethan pourrait les surprendre tous et être digne de confiance en amitié et peut-être même pour plus.

Peut-être que tu pourrais avoir un peu plus avec le bon 'un peu plus'.

Il resta assis là perdu dans ses pensées pendant un moment en contemplant cette possibilité. Il commença à imaginer des petits scénarios dans sa vie de tous les jours et comment les choses seraient différentes s'il avait ce plus dans sa vie.

Après un moment il soupira un peu mélancoliquement en regardant son téléphone.

Il secoua la tête à sa presque gaffe concernant "les similitudes" entre bellybeans et Stella. Dieu merci il n'avait rien mentionné plus précisément. En réalité il y avait beaucoup de ressemblances mais en ce qui concernait juste ce premier chapitre et son profil il n'y en avait que trois que le lecteur pouvait voir. Heureusement Bella n'avait pas tiqué.

Bella avait admis être un peu Stella, mais elle avait écrit qu'elle n'essaiera pas de changer Ethan. Il fallait qu'il le fasse lui-même, écrivait-elle. Le désir devait venir de lui, pas de quelque chose d'extérieur. Ça semblait être un conseil avisé. Quand elle disait qu'elle avait vu des relations se défaire pour cette même raison il ne put pas s'empêcher de se demander si elle faisait référence à ses parents. Il ne savait toujours pas si cette partie de l'histoire était autobiographique ou pas mais ça semblait provenir de son cœur et de son expérience personnelle.

Edward comprit qu'il devrait probablement ajouter quelques informations sur son profil. Elle avait admis être curieuse et ça le fit beaucoup rire… il savait parfaitement bien combien Mlle Swan était curieuse.

Il réfléchit à son profil.

Seigneur que pourrai-je écrire?

Que dirais-tu de : Je suis un abruti récemment ex coureur de jupons, correspondant et harceleur, lecteur avide des projets créatifs supposés anonymes de ma voisine sans méfiance? Oh… tu devrais aussi éviter de signer avec ton vrai nom… même si elle va comprendre à force de voir ton pseudo sur son écran.

Il roula des yeux. Il fallait qu'il y réfléchisse.

La réponse de Bella finissait par une invitation à lui écrire à nouveau pour partager des idées parce qu'elle aimait l'interaction et accueillait toutes les suggestions et qu'elle avait aimé réfléchir à ce qu'il lui avait écrit.

Il pencha la tête tout en regardant dehors…

Ces fictions sont une chose merveilleuse. L'écrivain a une connexion avec ses lecteurs qui peuvent lui poser des questions et dire ce qu'ils en pensent tout ça en cours d'écriture.

Ça le rendit curieux en tant que propriétaire d'une maison d'édition… peut-être qu'il pourrait y avoir de la place sur le marché pour quelque chose comme ça, bien qu'il ne sache pas vraiment comment ça devrait fonctionner mais cela valait la peine d'y réfléchir.

Il regarda le téléphone et lut la fin de la réponse. C'était la dernière ligne qui avait eu le plus d'impact… et l'avait fortement choqué quand il avait lue même si, bien sûr, Bella n'en avait pas la moindre idée.

Je pense que nous voulons tous une fin heureuse, nous ne nous attendions pas à ce que ça commence ainsi c'est tout… et peut-être que ce sera avec ce voisin fou de l'autre côté de la rue.

Cette ligne le rendait curieux.

Et ça le faisait réfléchir intensément.

Il essaya de ne pas spéculer.

Il referma son téléphone dans sa main, faisant courir un doigt sur ses lèvres tandis que son regard se perdait sur le parking, envisageant les choses d'une nouvelle manière et pour le meilleur.

Après quelques instants ses yeux se fixèrent sur ce qui était face à lui. C'était un magasin qu'il n'avait pas remarqué avant. Mais à présent c'était peut-être un signe de Dieu.

Et c'était sûrement un changement qu'il pouvait faire.

Il retira sa casquette Asshole et passa ses doigts dans ses cheveux pour les aplatir, sortit de la voiture et se dirigea vers l'entrée du magasin de Linge de Maison de Luxe.

ooo O ooo

"Angie est-ce que tu veux essayer ce club de gym aujourd'hui?" demanda Bella un peu distraitement. Ses yeux étaient rivés sur l'écran du portable devant elle tandis qu'elle s'asseyait.

Angela leva les yeux de son livre.

"Oh euh… Je ne sais pas… Pour être honnête je suis très heureuse de me prélasser dans le canapé. Serais-tu fâchée si nous n'y allions pas?"

Bella se retourna et sourit. Elle semblait soulagée.

"Pas du tout. Je préfère simplement me détendre aussi. J'aimerai travailler sur mon prochain chapitre."

Angela sourit en étendant ses longues jambes et en s'enfonçant plus loin dans le coin du canapé. "Dans ce cas je vais prendre racine ici et lire."

"Que ferons-nous pour dîner ce soir?" demanda Bella un moment plus tard, ses yeux toujours concentrés sur l'écran de l'ordinateur. "Je peux nous faire des raviolis si tu veux juste manger ici."

"Parlons-nous de la sauce aux champignons faite maison par Mama Bella? Parce que si c'est le cas… la réponse est oui," Angela battit des cils ce qui fit rire Bella.

"Bien sûr nous devrons aller faire des courses. Nous devons aller chercher ce qu'il faut pour le barbecue d'Edward demain de toute façon. Ça ira?"

"Molto bene pour moi," sourit Angela.

Bella retourna à son écran. En commençant à lire elle fronça légèrement les sourcils.

"Combien de fois vas-tu relire ça?" demanda Angela.

"Quoi?" Bella cligna des yeux de surprise. Angela tenait son livre.

"La réponse que tu as écrite," Angéla fit un signe de tête vers l'écran. "Quel est le problème? Je pensais que ça allait?"

"Je n'arrive pas à croire que j'ai écrit une aussi longue réponse à une lectrice, je pense que je suis allée trop loin, que je vais paraitre sur la défensive."

"Pas du tout! Tu lui as bien expliqué et tu as répondu à ses questions. Je pense que tu as dit de très bonnes choses concernant ton histoire et ta vie en général."

Angela reprit son livre et Bella retourna à son écran, ne remarquant pas que les yeux d'Angela la regardaient curieusement par-dessus ses lunettes. Bella ne savait pas qu'Angela avait un vague sentiment à propos de ce long commentaire qu'elle avait reçu… celui auquel elle avait donné une longue réponse.

Mais Angela l'avait.

Elle ne savait pas quoi exactement mais ça lui faisait penser… elle ne savait même pas comment ce serait possible… mais elle se sentait tout à fait idiote rien que d'y penser… mais elle avait juste ce sentiment fou que ce commentateur n'état pas un lecteur type de Bella.

Angela n'arrivait pas à mettre le doigt dessus… mais pour une raison quelconque ce commentaire ne semblait pas… féminin. C'était la première chose qui l'avait conduite à ce vague sentiment actuel. Mais le ton du commentaire ne semblait pas masculin non plus… et pour cette raison, il paraissait précautionneux… comme si le lecteur ne voulait pas montrer toutes ses cartes. Et ce n'était pas typique des personnes qui commentaient.

La plupart du temps les personnes qui commentaient ne cachaient rien. Il y avait une sorte de fraternité avec quelquefois, des hommes qui passaient par là. Malgré les grandes différences d'âge, les myriades de situations et des pays d'origine, les obstacles de la langue et tout le spectre des expériences de la vie… il y avait une connexion bien définie entre tous les lecteurs de C'est écrit dans les étoiles. Instantanément il y avait une proximité et un terrain d'entente : un lien cosmique en quelque sorte… comme s'ils se complaisaient tous ensemble dans la souffrance et dans cette obsession.

C'était peut-être dû au fait que ce lecteur était nouveau mais il semblait avoir un manque certain de l'habituelle façon dont les fans parlaient des fics. Et ce commentaire semblait particulièrement poussé… à la recherche d'informations, généralement le lecteur attendait patiemment le déroulement de l'histoire. Ce message sonnait étrangement un peu comme une mise en garde… tenter de prévenir Stella de ne pas aller plus loin dans un possible mauvais choix. Et c'est ce qui avait fait démarrer les neurones d'Angela quand Bella lui avait lu le commentaire.

Bien sûr Angela pouvait partir dans des conclusions ridicules, elle y était déjà selon toute vraisemblance. C'était trop pour le mentionner. Elle ne voulait pas dissuader Bella de continuer à écrire son histoire concernant l'intriguant et ridiculement attirant homme de l'autre côté de la rue si ça impliquait une romance. Bella pouvait se servir de la vraie vie pour changer. Et de ce qu'elle en savait, peut-être qu'Edward Cullen était en train de développer un intérêt pour cette fille qui était drôle et douce, un peu décalée, très terre à terre et complètement à l'opposé des bimbos.

Alors elle n'avait dit que des mots d'encouragement à Bella quand elle lui avait lu sa réponse. Après tout n'était-il pas fou de penser qu'Edward Cullen pouvait être un lecteur de fan fiction?

ooo O ooo

Une fois qu'Edward rentra chez lui il fut bien occupé pour le reste de sa journée. Il avait rempli son frigo dans la cuisine et celui qui était dans le garage avec des bières, du vin, des sodas et de l'eau. Les steaks, le poulet et tout un assortiment de légumes qui pouvaient être grillés attendaient d'être mis en marinade.

Dehors il avait nettoyé le grill du barbecue et les meubles du patio en s'assurant que les coussins étaient propres aussi… Il avait enlevé les lumières dans l'enceinte du spa et les avait remplacées par celles gaies et multicolores qu'ils avaient achetées. Il avait installé deux autres guirlandes au-dessus de la terrasse. Les petites étoiles rendaient vraiment bien. Et elles seraient bien mieux une fois qu'il ferait nuit et que leur lumière brillerait à travers leurs petites formes découpées.

Pour les plus grandes étoiles Edward n'était pas vraiment sûr. Il pourrait les suspendre dans le jardin où il y avait quelques arbres mais elles pourraient s'abimer pendant la nuit. Peut-être qu'il devrait les accrocher à l'intérieur. Il n'arrivait pas à se décider. Il choisit de demander à Alice demain quand elle arriverait. Elle aurait une idée précise, elle adorait toujours faire ça.

Il se lava et alla chercher sa nouvelle literie qu'il avait mise dans le sèche-linge.

Il avait retiré les draps et les avait jeté sans ménagement dans la poubelle du garage, il en avait assez de ces draps et de cette couette en satin. Ce n'était pas qu'ils soient vieux. Ils paraissaient encore neufs. Ils avaient beaucoup servi et en avait vu des choses et ils lui rappelaient sans cesse ce côté sordide de sa vie.

En montant l'escalier la literie lavée dans ses mains, il se remémora ses achats dans la boutique.

Deux jeunes vendeuses s'étaient précipitées pour l'aborder au moment où il avait ouvert la porte. L'une aux longs cheveux, vraisemblablement la responsable, s'était tournée vers la deuxième aux courts cheveux et lui avait dit sèchement "je m'occupe de lui." Edward pensait qu'elle montrait les dents à sa jeune collègue mais en fait c'était peut-être simplement un sourire. La femme aux cheveux courts s'éloigna maussade.

Edward se racla la gorge. "Je cherche une couette et ses draps assortis en pur coton d'Egypte."

"Bien sûr… êtes-vous king-size, je devine à votre taille que vous l'êtes."

Elle n'a pas vraiment dit ça, si?

Edward se retint de rouler des yeux à cette insinuation sexuelle flagrante. Il y avait une semaine, il aurait joué l'arrogant. Au lieu de cela il répondit brièvement.

Quand ils en arrivèrent aux oreillers, Edward décida que des oreillers neufs seraient bien aussi.

"Etes-vous doux, moyen ou… ferme?" Elle ronronna le dernier mot le regardant timidement.

"Pardon?" dit-il irrité. C'est quoi ça Putain?

"Sur le ventre, sur le dos ou sur le côté?" éclaircit-elle en se raclant la gorge de rire et en lui faisant un clin d'œil.

"Oh je dors sur le côté." Et il fut tenté d'ajouter, " A poil d'habitude," juste pour voir si elle allait avoir un orgasme mais il décida qu'il ferait mieux d'éviter qu'elle se jette sur lui.

"Donc king size et ferme," dit-elle à bout de souffle, en attrapant deux oreillers et en se léchant les lèvres.

La conversation concernant les draps et la couette fut tout aussi irritante. La vendeuse réussit à les rendre serrés avec de gros bonnets et doux à la main, elle fit paraitre ça dégoûtant. Si c'était bien des draps qu'il s'agissait.

Edward en eut finalement assez et appela au secours sa fiancée fictive. Il mentionna négligemment comme il serait agréable d'avoir de nouveaux draps et oreillers depuis que sa tigresse de fiancée avait arraché les précédents et qu'il y avait eu des plumes partout…

Rapidement ensuite il sortit de la boutique satisfait de lui-même d'avoir réussi à laisser la vendeuse assommée dans une sorte de stupeur sans voix.

Pendant qu'il allait vers l'épicerie il réfléchit à la possibilité d'avoir des relations sexuelles et d'endommager un lit. Il ne connaissait pas cette expérience… peut-être qu'avec la bonne personne…

Une fois son lit fait avec une literie cent pour cent neuve, en coton d'Egypte il ressentit de la satisfaction. La couette était bleu pâle avec du gris clair, du gris foncé et des cercles noirs éparpillés. Ce n'était ni lisse ni glissant. C'était agréable et naturel.

Agréable et naturel lui plaisait beaucoup ces jours-ci…

ooo O ooo

Tard dans l'après-midi après avoir travaillé sur le chapitre deux de La haine à la passion, Bella et Angela quittèrent la maison pour aller acheter ce qu'il leur fallait pour le dîner et les choses pour amener au barbecue le lendemain. En allant vers le camion Bella attrapa son trousseau de clé dans son sac. Mais en retirant la main elle vit qu'il s'était emmêlé avec un autre porte-clés, celui avec la petite tour Eiffel.

Elle réfléchit à ce qu'il représentait et le remit en sécurité dans son sac à main. Elle pensa aussi à toutes les raisons pour lesquelles Edward le lui avait confié y compris la possibilité d'être enfermé dehors. Les autres raisons voulaient lui montrer autre chose… qu'il essayait d'être gentil avec elle et qu'il lui avait pardonné d'avoir espionné chez lui.

Ça lui fit repenser aux mots qu'elle avait employés pour répondre à ce commentaire, que le changement devait venir de l'intérieur et pas d'une force extérieure. Elle se rappelait du visage d'Edward la nuit dernière quand il lui avait dit qu'il essayait vraiment de changer. Il avait semblé vulnérable et peu sûr de lui.

Le changement devait venir de l'intérieur mais peut-être qu'une force extérieure pouvait être un encouragement.

Et quand elles arrivèrent sur le parking de l'épicerie Bella remarqua un cordonnier à côté avec une enseigne qui disait "Clés" elle décida d'y aller rapidement.

Le reste de la soirée fut plutôt calme. Angela et elle bavardèrent de choses et d'autres en préparant le repas et en le dégustant face à la télévision en regardant une comédie romantique complètement improbable se dérouler sur l'écran.

Ensuite Angela retourna à sa lecture et Bella à son écriture, utilisant parfois son amie comme caisse de résonance tandis qu'elle condensait les événements de la semaine dernière dans le deuxième chapitre de sa fic.

Bella garda secrètement un œil sur la maison d'en face une grande partie de la soirée avant qu'Angela et elle n'aillent au lit. Edward était chez lui, elle pouvait le dire… les lumières avaient été allumées dehors et dans différentes pièces au cours de la soirée. Elle s'était demandé plus tôt s'il avait eu des choses à faire car on était samedi soir mais elle ne l'avait pas vu sortir ni faire une apparition.

Bella n'avait pas repéré de bimbo là-bas depuis dimanche dernier quand la dominatrice Barbie l'avait quitté. Et Edward avait semblé heureux de n'avoir finalement pas eu de rendez-vous le vendredi soir à la Luna Nueva. Il semblerait qu'il n'avait pas non plus de rendez-vous ce soir.

Bella savait que la possibilité que plusieurs de ses bimbos soient présentes demain au barbecue existait. Cette pensée était désagréable. Si c'était le cas, elle ne savait pas combien de temps elle aurait envie d'y rester. Mais elle n'avait plus qu'à attendre et voir.

ooo O ooo

Edward était couché dans son lit, dans des draps frais et sans histoire, qui sentaient bon, il repensa aux dernières vingt-quatre heures depuis qu'il était rentré de la Luna Nueva avec une Bella légèrement éméchée et une Angela assommée.

Il pensa à l'histoire que Bella écrivait et les pensées qu'ils avaient échangées à travers son commentaire et sa réponse. Il continua à y réfléchir comme il l'avait fait pendant toute la journée. Il se demanda ce qu'elle allait penser de ce qu'il avait mis sur sa page de profil ce soir et si elle l'avait déjà lue. Il se demandait aussi ce qu'il en était de la situation avec sa mère et ce qu'elle avait raconté à son père parce qu'il allait de nouveau avoir droit à une autre conversation d'homme à homme concernant son pénis… demain.

Il savait exactement ce qui allait se passer demain… comment tout ça allait se dérouler. Demain ses parents rencontreraient Bella au barbecue. Et alors ils verraient par eux-mêmes…

Ils pourraient voir que c'est une belle jeune fille, tout à fait naturelle et totalement inconsciente de ce fait. Ils verraient son sourire et entendraient son rire et apprendrait qu'elle avait un merveilleux sens de l'humour. Ils la verraient rougir et sauraient que c'est une gentille fille, douce et honnête et parfois un peu timide. Ils lui parleraient et s'apercevraient qu'elle était chaleureuse, amicale, lumineuse et belle.

Et puis ils tourneraient leurs yeux vers lui et se demanderaient ce que diable il attendait.

Edward se tourna sur le côté, la tête sur son oreiller-ferme-pour-dormeurs-sur-le-côté, méditant à quelle réponse il ferait à ses parents.

Il s'endormit peu de temps après.

Et ce fut la première fois qu'Edward Cullen rêva d'Isabella Swan.