Chapitre 3 - Troisième leçon
20 avril 2008
Hannah transplana à trois rues de la maison de son père. Elle avait décidé de s'habiller simplement : pull, jean, baskets et manteau en tweed. Elle portait un sac à main noir et un autre sac qui contenait un cadeau pour sa belle-mère, Margaux.
Elle avait appris à aimer Margaux au fil des années. Son père s'était remarié vingt auparavant avec cette jeune femme de 23 ans et avait eu deux garçons : Elliot, 17 ans et James, 13 ans. Malgré sa différence d'âge avec ses frères, elle les aimait bien. Pendant les vacances, elle avait souvent été leur baby-sitter.
Au début, elle n'avait pas beaucoup apprécié que son père se remette en couple avec quelqu'un. Elle était jeune, elle ne comprenait pas pourquoi ses parents ne s'aimaient plus et ne vivaient plus ensemble. Et puis, cette femme était arrivée dans la vie de son père. Elle l'avait souvent boudée. Pourtant, Margaux avait toujours été patiente avec elle et avait tenu à ce qu'elle ait une place dans leur famille. Hannah avait eu sa propre chambre et sa belle-mère n'avait jamais levé la voix sur elle, laissant son mari s'occuper de ses "punitions".
Elle s'était rapprochée de sa belle-mère quand son père avait eu un grave accident quand elle avait treize ans. Son frère Elliot était encore petit. Ce fut à ce moment qu'elle s'était rendue compte de l'amour de Margaux pour son mari. Celle-ci avait été très soucieuse. Pourtant, pendant tout ce temps, elle avait continué à s'occuper d'Hannah et de son frère sans se plaindre une seule fois. Elle avait vu sa belle-mère pleurer dans le salon alors que cette dernière pensait les enfants couchés. Hannah fut touchée et décida ensuite d'aider Margaux du mieux qu'elle pouvait, en faisant les tâches ménagères ou en s'occupant d'Elliot. Sa belle-mère lui en fut très reconnaissante. Depuis, elles s'appréciaient beaucoup. Hannah l'appelait même de temps en temps pour prendre de ses nouvelles.
Elle sonna à la porte rouge de la maison de son père. Elle entendit du bruit derrière la porte, puis, un grand adolescent blond aux yeux marrons lui ouvrit.
- Salut Elliot ! lança-t-elle en le prenant dans ses bras.
- Salut Hannah ! répondit ce dernier.
- Tu vas bien ?
Son frère hocha la tête et la fit entrer dans le couloir. Elle entendait des bruits de discussion en provenance du salon. Elle ne semblait pas la première arrivée. Elle suivit Elliot qui se dirigeait vers la grande pièce de vie. Hannah y trouva son père, un homme âgé d'une cinquantaine d'années, les cheveux grisonnants mais encore doté d'une fière allure. Il était assis à côté de sa femme, une châtain claire d'une quarantaine d'années, légèrement enrobée au sourire avenant, ainsi que de la mère de Margaux, Gran, qui avoisinait quant à elle les 70 ans. Son autre frère James était présent aussi. Il était la quasi copie de son aîné, sauf qu'il lui restait encore quelques traces de l'enfance avec son visage un peu rond et il y avait un couple d'amis de son père et de sa belle-mère qu'elle avait de temps en temps vu lors de fêtes d'anniversaire.
- Bonjour, dit-elle en embrassant chacune des personnes présentes.
Puis, elle donna le sac qu'elle avait à la main à Margaux.
- Tu n'aurais pas dû, s'écria sa belle-mère, néanmoins contente du geste. Qu'est-ce que ça peut bien être ?
Elle ouvrit le sac immédiatement et en sortit une boite en carton. Celle-ci contenait un pull d'une marque que sa belle-mère aimait bien. Hannah fut contente car son cadeau avait l'air de lui plaire.
- Merci beaucoup, Hannah chérie ! lui dit Margaux en la prenant dans ses bras.
- Mais de rien ! 25 ans, ça se fête !
- Tu as raison, rit cette dernière.
Elle lui offrit un verre de champagne qu'Hannah prit avec plaisir.
- Comment se passe ton travail à la maison de retraite ? demanda Gran. Comment elle s'appelle déjà ?
- La Maison Saint Andrews. Oui, cela se passe bien.
Hannah avait raconté un mensonge à sa belle-famille afin d'arrêter d'être harcelée par leurs questions insistantes. Son père, bien sûr, savait qu'elle était guérisseuse et travaillait dans un hôpital sorcier mais elle ne pouvait pas confier cette information à sa famille. Elle leur avait donc dit qu'elle était une aide-soignante qui s'occupait de personnes âgées. Elle ne voulait surtout pas dire qu'elle était infirmière ou même médecin au risque de voir débarquer sa belle-famille dans son hôpital pour un vaccin ou une consultation. En étant "juste" aide-soignante, elle restait dans le milieu médical sans avoir trop de responsabilités. Sa fausse identité avait bien tenu jusqu'ici.
- Et tu as un petit ami ? l'interrogea à nouveau Gran.
- Maman ! s'écria Margaux en la faisant taire. Ne pose pas ces questions à Hannah.
Mais cette dernière semblait tout aussi curieuse que sa mère, étant donné le long regard qu'elle lança à sa belle-fille. Hannah se sentit gênée.
- Hum… pour l'instant, rien de sérieux, répondit-elle simplement.
- Cela signifie qu'il y a quelqu'un ? s'exclama sa belle-mère, oubliant qu'elle avait elle-même admonesté sa mère quelques instants auparavant.
Elle avait un air malicieux sur le visage. Finalement, Margaux avait très envie de connaître son statut amoureux.
- Non, pas vraiment !
- Hum… tu me caches quelque chose !
Cette dernière lui lança un regard plein de sous-entendus. Hannah devait vraiment apprendre à mieux contrôler ses émotions. Elle changea de sujet.
- Alors, qu'est-ce que Papa t'a offert cette année ? demanda-t-elle.
Elle sourit vers son mari qui lui prit la main.
- George m'a offert un weekend à Paris !
- C'est vrai ?
- On prendra l'Eurostar et il a réservé un hôtel à Montmartre.
- J'adorerais visiter Paris.
- On y est allés il y a vingt ans, avec Margaux, dit son père, d'un air embarrassé.
- Mais Papa, je ne te savais pas aussi romantique ! s'écria Hannah.
Son père rougit, sous les éclats de rire de sa famille.
- Et si on allait plutôt déjeuner, lança-t-il, toujours rouge de honte.
Ils se levèrent tous et mangèrent un repas préparé par son père. Ce dernier était un très bon cuisinier et ils se régalèrent de sa tourte à la viande, de ses frites maison, de ses légumes cuisinés ainsi que de son pudding au chocolat, dont raffolait sa femme.
Le temps étant clément en cette fin de mois d'avril, ils se posèrent tous dans la véranda après le déjeuner, en buvant un thé avec des biscuits secs. Pendant que Gran et le couple d'amis de ses parents inspectaient le potager et que son père jouait au foot avec ses fils dans le jardin, Margaux la prit à part.
- Alors, raconte-moi ! lui intima-t-elle.
- Te raconter quoi ? s'écria Hannah.
- Eh bien, ton nouveau petit ami !
- Il n'y a vraiment rien à dire sur lui. Ce n'est pas vraiment mon petit ami. Cela ne fait que trois semaines que nous nous voyons et pour l'instant, ce n'est pas très sérieux.
- Il est mignon au moins ?
- Oui, plutôt !
Margaux sourit. La belle-mère d'Hannah adorait écouter les histoires de cœur de sa belle-fille. Hannah sentait qu'elle avait besoin de ses moments croustillants pour égayer sa vie de famille parfois monotone. Pourtant, Hannah l'enviait. Margaux n'avait pas encore 45 ans, elle avait deux fils qui étaient gentils comme tout et ne posaient pas de problème, avait un mari aimant, ne manquait de rien financièrement et vivait dans un beau pavillon dans la banlieue de Londres. Hannah, à 28 ans, était bien loin d'avoir accompli ce qu'avait fait sa belle-mère à son âge. Néanmoins, elle sentait que Margaux avait besoin de se retrouver en Hannah, comme si elle vivait sa vie par procuration.
- Il n'a rien de fabuleux, tu sais, reprit Hannah. Il travaille à la City et est plutôt bel homme mais c'est vraiment loin d'être l'homme de ma vie. Je peux te le garantir. De toute façon, pour l'instant, je n'ai pas envie de me poser.
Margaux regarda sa belle-fille avec un air de bienveillance.
- Je souhaite vraiment que tu trouves un homme qui te corresponde, ma chérie. Cela ne me plait pas de te savoir toute seule à Londres.
- Tu n'as pas à t'inquiéter ! Je vis en colocation. Je ne suis pas seule.
- Oui mais ton amie va bientôt partir, non ?
- C'est vrai. Je trouverai bien quelqu'un d'autre pour la remplacer.
- Fais attention à toi quand même. J'ai entendu des histoires sordides sur des filles qui faisaient venir des étrangers chez eux et…
- Ça va aller, Margaux ! la coupa Hannah, légèrement excédée.
Ce n'était pas la première fois que sa belle-mère lui racontait ce genre de récits et Hannah n'avait franchement pas envie de parler de cela. Les seules personnes qui pouvaient être dangereuses pour elle étaient des sorciers malveillants et bien heureusement, ces derniers étaient assez rares. Elle n'avait jamais eu un seul problème avec un moldu. Et si cela lui arrivait, sa baguette cachée dans sa chemise la protégeait de toute agression.
- Quand allez-vous partir à Paris, Papa et toi ? demanda Hannah en changeant de sujet.
Conclusion de la troisième leçon :
Hannah : Là, je sèche, j'ai rien appris !
*bruit de buzzer*
Hannah : Euh… toujours faire plaisir à sa belle-mère pour la mettre dans sa poche !
*bruit de buzzer et cri indigné de Margaux "Tu n'es pas de mon sang, mais je ne te permets pas de dire ça, Hannah !*
Hannah : Mon père est le plus romantique des hommes.
*bruit de buzzer et applaudissements dans le public, George se lève et remercie le public*
Hannah (dubitative) : Euh… (long silence) Trouver un homme qui me mérite et éviter de fréquenter des gens louches ?
*bruit de trompette triomphante, Margaux et George se lèvent et crient "Ça, c'est notre fille !"*
