Chapitre 2 - Sirius Black, dit Patmol pour les intimes

Rosie s'enferma dans sa cabine et s'affala sur l'un des fauteuils. Elle posa sa tête contre la fenêtre, ferma les yeux et respira un bon coup. Pourquoi avait-elle dû rencontrer Sirius Black, maintenant, alors que sa vie était complètement chamboulée ?

Rosie avait un secret qu'elle n'avait jamais dit à une seule personne : elle était éperdument amoureuse de Sirius Black.

Elle connaissait la famille Black depuis sa plus tendre enfance. Sa mère, Agatha Greengrass, côtoyait Walburga Black aux Soeurs Sorcières de la Charité de l'Hôpital de Sainte Mangouste depuis des années et au fil du temps, ayant de nombreux points communs (comme un sang "extrêmement" pur), elles étaient devenues les meilleures amies du monde. Rosie se rappelait les soirées passées dans la maison des Black quand elle était enfant. La maison, morne et sinistre, n'était pas un lieu où elle se sentait à l'aise... mais il y avait Sirius.

Elle avait toujours été une enfant réservée, un peu à part, qui avait du mal à se faire des amis. Sirius lui ressemblait : peu enclin à se mélanger aux autres, il préférait les jeux solitaires et surtout, il avait toujours l'air triste. Ces traits de caractère attirèrent Rosie. Très vite, elle avait tenté de devenir son amie mais il avait toujours rejeté son amitié préférant la solitude de ses jeux. Pourtant, la petite fille n'avait jamais laissé tomber. Et bien qu'il ne voulait pas jouer avec elle, elle avait toujours été là, à côté de lui et l'avait souvent regardé jouer aux bavboules ou à d'autres jeux sorciers.

Quand elle était enfant, elle ne savait pas comment traduire les sentiments qu'elle ressentait pour Sirius. C'était juste son ami, enfin, c'était ce qu'elle croyait.

Lorsqu'ils entrèrent à Poudlard, elle avait été heureuse de savoir qu'il serait dans la même classe qu'elle, qu'il viendrait à Serpentard, comme toute sa famille, et qu'elle ne serait finalement pas seule.

Pourtant, il avait été réparti à Gryffondor. Cela avait été un choc pour elle, mais aussi pour la famille Black ainsi que toutes les personnes qui les connaissaient. Sa mère lui avait envoyé la semaine d'après un courrier lui interdisant tout contact avec lui. Elle l'avait écoutée et ne lui avait jamais plus adressé la parole. Cela faisait six ans maintenant. En outre, l'appartenance à deux maisons différentes, diamétralement opposées, elle à Serpentard, lui à Gryffondor, leur empêchaient d'avoir un quelconque lien. De toute façon, dès son entrée à l'école, Sirius l'avait royalement ignorée. Du moment où il avait été choisi à Gryffondor, il avait renié son sang. Tout ce qui avait été lié de près ou de loin au nom des Black devait être exclu de sa vie. Rosie en faisait partie. Bien sûr, il ne le lui avait jamais expliqué en ces termes mais sa simple ignorance en avait dit long.

Rosie en avait été affectée. Elle l'était toujours aujourd'hui. Ce simple "Greengrass" prononcé avec une telle froideur avait été un coup de poignard dans son cœur. Il l'avait tout simplement rayée de sa vie, comme s'ils n'avaient jamais été plus que des inconnus.

Pendant toutes ces années, elle n'avait jamais cessé de l'observer, de loin.

Sirius avait complètement changé. Ce n'était plus l'enfant triste et solitaire qu'il était jadis. Il était désormais plein de vie, comme si une vanne longtemps bloquée s'était brusquement ouverte sans pouvoir se refermer. Il avait réussi à se faire des amis, à l'inverse d'elle-même. Sa joie se voyait sur son visage, il s'amusait tous les jours. En plus d'être un garçon doué, il était très populaire auprès de la gente féminine. Il commença à avoir du succès dès sa 3ème année. Rosie se rappela du jour où une fille lui avait demandé de sortir avec lui devant toute la classe.

Quand elle avait assisté à la scène, son cœur avait palpité, sa gorge était devenue sèche et le rouge lui était monté aux joues. Elle avait immédiatement détesté cette fille qui avait eu l'audace de faire sa déclaration. Sirius avait refusé mais lui avait lancé un sourire charmeur. Rosie avait débordé de jalousie.

Ce jour-là, elle avait compris qu'elle était amoureuse de Sirius, indubitablement.

A partir de ce moment, tout changea pour elle. Elle devint encore plus silencieuse et encore plus solitaire, alors que lui devenait de plus en plus rayonnant et populaire.

Elle ressentait divers sentiments : jalousie, tristesse, frustration, colère, solitude… Parfois, elle arrivait à les contenir et à faire comme si de rien n'était, mais d'autres fois, comme aujourd'hui, il lui était difficile de tenir son rôle : celle d'une Serpentard qui haïssait Sirius Black.

"Greengrass", avait-t-il dit d'une voix grave .

Si elle avait pu, elle en aurait pleuré. De honte, de désarroi ou de douleur...

Elle inspira à nouveau profondément.

Que dois-je faire maintenant ? se demanda-t-elle.

Ce mariage que lui imposait ses parents aurait lieu à la fin de ses études. Si elle acceptait ce sort funeste, elle n'aurait plus qu'une seule année de liberté. Si j'acceptais ? Était-elle prête à se marier avec un inconnu ? Elle se souvenait brièvement d'Abel Nott qui ne l'avait pas franchement marqué : elle se rappelait d'un garçon trop grand pour sa taille, ne semblant pas très fin et agile d'esprit. Il n'avait pas vraiment brillé dans ses études à Poudlard. Pourquoi devrait-elle se marier avec un homme qui n'était même pas de son envergure ?

Ses pensées se tournèrent vers Sirius. Si seulement ce dernier était resté un Black, s'il était allé à Serpentard, s'il n'avait pas renié son nom… peut-être que leurs parents les auraient mariés ? Ils auraient fait un si beau couple… Elle ferma les yeux et s'imagina dans les bras de Sirius en train de virevolter dans sa robe de mariée.

N'importe quoi ! s'écria-t-elle pour elle-même. Comme si cela allait arriver !

Elle fut encore plus déprimée.

Elle jeta un dernier coup d'œil à la vitre et remarqua que le ciel s'était assombri et que le paysage avait changé. Le train arrivait enfin à Poudlard. Elle devait se préparer. En tant que préfète, elle devait coordonner la sortie des élèves. Elle se prépara donc, mis sa cape, rangea ses affaires et sortit de sa cabine. Le train avait déjà ralenti car il arrivait sur le quai de la gare. Le couloir était bondé : elle n'était pas la seule à s'être préparée et lança d'un ton impérieux et froid "Veuillez vous écarter, s'il vous plait, je suis préfète, je dois aller à la sortie". Les élèves la laissèrent passer. La plupart connaissaient la réputation de Rosamund Greengrass et ils n'avaient pas envie de s'attirer ses foudres.

Quand elle sortit enfin du train, elle fit en sorte que les 1ère année se dirigeassent vers Hagrid, le demi-géant qui attendait avec une lampe. Elle avait été chargée par Lily-la-bouseuse de s'occuper des 1ère année à leur sortie du train et elle jouait son rôle à la perfection en donnant des ordres à tout ce qui bougeait. Les nouveaux élèves avaient l'air effrayé mais étaient tout aussi excités et ne l'écoutaient qu'à moitié. Elle en fut exaspérée et cria de plus belle.

Quand enfin, elle réussit à obtenir un groupe compact et discipliné (à force de regards meurtriers et de menaces), elle les emmena vers Hagrid, le gardien des clés et des lieux de Poudlard. Il tenait une lanterne de sa main droite et la levait bien haute. Elle n'aimait pas franchement ce dernier, le trouvant très empoté, mais elle était polie avec les adultes, comme toujours.

- Bonjour Hagrid, dit-elle froidement. Voici les 1ère année.

- Bonjour Miss Greengrass, et merci pour votre aide, répondit-il simplement. 1ère année, suivez-moi, c'est par ici !

Et les élèves le suivirent sans dire un mot, impressionnés par cet homme gigantesque qui parlait d'une voix forte et bourrue. Rosie les regarda s'éloigner : ils avaient l'air tous misérables avec leur tête ahurie et hébétée. Elle oubliait qu'elle avait été comme eux au même âge.

Elle décida de se diriger vers les calèches. Il ne restait plus beaucoup d'élèves, tous étant déjà partis vers l'école. Forcément, Evans-je-sais-tout l'avait chargée de la besogne la plus ennuyeuse et la plus longue à faire. Si seulement je la tenais...

Elle monta dans la dernière calèche où personne n'était encore installée et à son grand désespoir, la voiture n'avança pas : elle attendait que d'autres élèves viennent y prendre place. Oh, ce qu'elle détestait attendre ! Elle maudit par avance les élèves qui oseraient se placer à côté d'elle.

Elle entendit des voix qui s'approchaient de la calèche.

- Viens vite, Patmol ou on loupera le festin ! dit une voix.

- T'inquiète, Cornedrue ! La répartition va durer des plombes, répondit une voix grave.

Rosie la reconnut immédiatement et se figea.

- Allez Queudver, dit la première voix, t'es vraiment trop lent, parfois !

- Désolé, dit ce dernier essoufflé.

- Il ne reste plus qu'une seule calèche, on monte dans celle-ci ? demanda une quatrième voix.

- T'as vu comment Lily m'a regardé dans le couloir ? lança la première voix d'un air joyeux.

- Tu parles ! dit la voix de Sirius (car Rosie l'avait reconnu). Elle t'a à peine jeté un regard !

- Non mais tu rigoles, Patmol ! Elle m'a regardé ! Ça change de l'année dernière ! D'habitude, elle m'ignore, mais là, elle m'a regardé !

Rosie sut que le garçon excité était Potter-l-arrogant car il trainait tout le temps avec Sirius. Par déduction, le troisième était Pettigrow-la-mauviette et le quatrième, Lupin-le-miséreux. Quand ils montèrent dans la calèche, elle fit comme si elle ne les avait pas vus, et regarda droit devant elle.

Comme par hasard, Sirius s'assit en face d'elle. Elle entendit Lupin, cette face de rat, lui lancer un bonsoir mais les autres, reconnaissant une Serpentard, s'étaient tus. Il y eut un lourd silence. La calèche s'ébranla et se mit en route vers l'école.

Rosie jeta un regard vers Sirius et vit qu'il chuchotait dans l'oreille de Potter-face-de-troll. Son ventre s'enflamma. Il l'ignorait à nouveau. Elle chercha dans sa tête une pique cinglante à lui lancer mais elle n'était pas très bonne dans les joutes verbales. Et puis, elle était encerclée de quatre Gryffondor. Si elle les insultait, cela pourrait chauffer pour elle. Elle les détestait (enfin trois sur quatre) mais n'était pas suicidaire à ce point.

Soudain, Sirius releva la tête vers elle.

- Passé de bonnes vacances, Greengrass ? demanda-t-il comme s'il voulait lui faire la causette. Il avait posé sa question de façon ironique.

- Oui bien sûr, répondit Rosie sans se démonter. Et toi, Black ?

- Oh j'ai passé de superbes vacances ! Il lança un regard complice à son ami Potter. Ta mère, elle fait toujours partie de son association ?

Rosie fut surprise qu'il lui pose la question.

- Oui, toujours. D'ailleurs, ta mère aussi !

À l'évocation de sa mère, Sirius se crispa.

- Oui ma mère… toujours à traîner avec son groupe de bouseux au sang-pur !

Rosie comprit la pique et se leva brusquement sa baguette à la main.

- Retire ce que tu viens de dire, Black, s'ecria-t-elle lui pointant sa baguette.

- Oh oh ! rit-il. Tu crois me faire peur avec ton bâton ! Range ça, c'est pour les grands !

Les autres garçons gloussèrent ! Rosie était cramoisie. Ils se moquaient d'elle ! Comment osaient-ils ?

- Tu vas le regretter, Black !

Mais elle ne put mettre à exécution ses menaces car la calèche s'était brusquement arrêtée, étant arrivée à destination. Elle fut secouée et n'étant pas assise, perdit l'équilibre. Dans sa chute, sa baguette s'envola. Elle s'affala sur Sirius, sa tête se cognant sur son torse. Tous les garçons étaient hilares !

- Cette année, tu fais fort, Patmol, lança Potter, d'un air moqueur, les filles tombent littéralement à tes pieds !

- Oui peut-être mais franchement, celle-là, je n'en voudrais pour rien au monde, dit Sirius mi-sourire, mi-dédaigneux.

Ç'en était trop pour Rosie. Elle se releva rapidement et infligea une gifle monumentale à Sirius. Les trois autres garçons éclatèrent de rire. Sirius la regardait avec un sourire figé sur ses lèvres, la main sur sa joue. Elle se retourna et chercha sa baguette. Lupin-le-moins-que-rien la lui tendit, il l'avait ramassée pour elle. Elle lui arracha des mains sans le remercier, prit son sac et descendit de la calèche sous les rires gras des Gryffondor.

Elle s'enfuit vers le château. Heureusement qu'il faisait nuit car elle put cacher ses joues rougies par la honte.