Chapitre 5 - Etudier avec Black, enfer ou paradis ?

Quand le professeur Slughorn eut terminé de donner le nom des binômes, il demanda à tous les élèves de se déplacer pour qu'ils s'asseoient à côté de la personne avec qui ils allaient travailler toute l'année. Mingletown s'assit à côté d'Evans et Rosie décida de ne pas bouger.

Que Black vienne ! Je ne me déplacerai pas, s'écria-t-elle dans sa tête, boudeuse.

Au bout de quelques minutes de remue-ménages, Sirius s'assit à ses côtés. Elle l'ignora royalement. Lui aussi. Parfait !

Le professeur fut ravi du nouvel agencement de sa classe et commença son cours. Les élèves prirent des notes. Il n'y eut pas de manipulation de potions ce jour-là. Elle jeta de temps en temps des coups d'oeil vers Sirius qui faisait comme si elle n'existait pas. Pourtant, vers le milieu du cours, il lui lança un regard narquois, il l'avait surprise en train de l'observer en coin. Rosie détourna immédiatement son visage rougissant. Elle ne tourna plus la tête vers lui.

Quand le cours se termina au bout de trois heures, tous les élèves se levèrent. Rosie lança un regard vers Sirius. Devait-elle lui parler de leur devoir de potions ? Elle ravala sa fierté et décida de s'entretenir avec lui. Autrement, cette année serait un désastre.

- Black, tu as cours là, maintenant ? demanda-t-elle froidement.

- Non, j'ai pas cours, répondit-il.

Il donnait l'impression d'avoir envie d'être ailleurs.

- Alors, allons faire un point sur le projet du Polynectar dans les jardins. Il ne pleut pas, et on sera plus tranquille pour parler que dans la bibliothèque, dit-elle.

Elle ne lui avait pas demandé son avis. C'était comme ça et pas autrement. Elle prit ses affaires et très étonnamment, Sirius la suivit sans rien dire. Pourquoi était-il aussi docile ? Les autres élèves avaient également décidé de prendre leur disposition avec leur binôme. Ils n'avaient qu'un mois pour trouver les ingrédients du Polynectar et ils savaient tous qu'ils ne devaient pas perdre une seule minute.

Ils marchèrent côte à côte sans échanger un seul mot et arrivèrent dans les jardins de Poudlard. De nombreux bancs étaient vides, la plupart des élèves étant encore en cours. Rosie s'assit sur le premier banc venu et Sirius s'installa à côté d'elle. Elle ressentit une sensation étrange : son ventre se serra. Elle dissipa vite ses sentiments en s'invectivant intérieurement. Ils n'étaient pas en rendez-vous amoureux !

Elle sortit son livre de potions ainsi qu'un parchemin et une plume pour pouvoir prendre des notes. Il fit de même.

- Comme tu le sais, commença-t-elle d'un ton très sérieux, la première chose que nous devons trouver, ce sont des Chrysopes car elles doivent cuire pendant 21 jours avant de pouvoir être intégrées à la potion. De plus, nous devrons faire attention à cueillir du Sisymbre à la pleine lune.

- La pleine lune aura lieu vendredi de la semaine prochaine, dit Sirius d'un air neutre.

- Ok, c'est noté ! Nous devrons donc nous préparer. As-tu une idée où nous pourrions trouver des touffes de polygonum ?

- A mon avis, le mieux est de poser directement la question à Hagrid ! C'est lui qui connaît le mieux la forêt interdite.

- Il y a des bicornes dans la forêt interdite ?

- Oui, j'en ai déjà vu.

Rosie fut déconcertée. Elle n'avait jamais été dans la forêt interdite, sauf accompagnée d'un professeur et elle n'avait jamais vu de créatures telles que des bicornes, connues pour leur agressivité en présence d'humains.

- Vraiment ? s'écria-t-elle.

- Oui, j'ai souvent été en détention et j'ai du faire des rondes dans la forêt avec Hagrid. C'est là que j'en ai vu. Elles ne sont pas difficiles à trouver. Il faut juste les attirer avec de la bouse de gnome.

- De la bouse de gnome ? Rosie fut dégoûtée à l'idée de toucher cette infâme substance.

- Oui, c'est ce qu'elles préfèrent.

Rose fut très étonnée d'avoir une discussion normale avec Black. Elle pensait que travailler avec lui serait un enfer mais pour l'instant, tout se passait pour le mieux. En plus, il avait quelques connaissances fort utiles et ne serait finalement pas un boulet pour elle. Il remonta un peu dans son estime.

- Cela te dit qu'on commence nos recherches d'ingrédients ce samedi matin à 9h ? demanda-t-elle.

- Oui, faisons ça ! lui dit-il, toujours de son air neutre. Je vais envoyer un hibou à Hagrid pour lui demander s'il est disponible.

- D'accord.

Elle rangea ses affaires dans son sac. Sirius fit de même. Elle le regarda et hésita à lui dire quelque chose. Enfin, elle se décida.

- Pourquoi as-tu été aussi désagréable hier ? lui demanda-t-elle de but en blanc.

Il fut surpris qu'elle lui pose cette question mais lui répondit froidement.

- Parce que je déteste plus que tout les personnes comme toi.

Le sang de Rosie se glaça.

- Comment ça, comme moi ?

- Des gens qui pensent que les autres ne sont que des moins que rien, juste parce qu'ils sont mieux nés que les autres.

- Je n'ai jamais pensé ça.

- Ah oui, vraiment ? Il la regarda avec ironie. Regarde-toi, continua-t-il. T'es une serpentard, tu abuses des privilèges de ta famille et tu regardes les autres de haut.

- J'aime mes privilèges et je trouve les autres insupportables. Et alors ? On n'est pas tous comme toi, Black !

- Oui, je l'avais bien noté !

- Tu crois que c'est facile de renier sa famille ? s'écria Rosie plus vivement. Ses joues avaient pris quelques couleurs.

Elle repensait aux paroles de sa mère "Vous serez mariée à Abel Nott à la fin de vos études à Poudlard. Avez-vous pensé aux conséquences si vous refusez ?".

- Et tu me dis ça à moi ? gronda Sirius.

- Je ne suis pas comme toi, Black ! dit-elle à nouveau.

Elle ne sut pourquoi mais des larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Sirius le remarqua et il en fut étonné.

- Et tu ne vas pas commencer à pleurer, s'exaspéra-t-il. Ce que je déteste les pleurnicheuses comme toi.

Elle se leva d'un bond et faillit lui assener une gifle mais le regarda avec défi plutôt. Il lui retourna un regard plein de mépris.

- Tu ne connais rien à ma vie, Black, lui cria-t-elle. Je ne te permets pas de me juger.

Elle prit son sac et s'enfuit vers la bibliothèque. Elle avait pensé pendant quelques minutes que ses relations avec Sirius iraient mieux mais c'était sans compter ses aprioris.

Sirius avait tout quitté : il avait été déshérité par sa famille et vivait, elle ne savait où. Il avait accepté sa situation sans rechigner mais la différence, c'est qu'il était entouré de ses amis dont leur amitié était indéfectible.

Rosie risquait de vivre la même chose si elle n'acceptait pas l'arrangement de ses parents. Lui seul aurait pu la comprendre. Mais il l'avait mise dans le même lot que les autres : ces personnes qui pensaient que le sang prévalait par rapport au reste. Bien sûr, elle n'avait jamais mis en avant ses propres convictions. Mais s'il avait pris un peu de temps pour lui parler au lieu de l'ignorer ou de l'insulter, il aurait compris qu'elle n'était pas comme eux, les Greengrass, les Black et tous les autres "sang-purs".

Oui, elle adorait ses privilèges : elle aimait pouvoir parader avec de nouvelles robes chaque année, dire qu'elle avait un manoir de 400 mètres carrés, trois elfes de maison et beaucoup d'argent.

Oui, elle dénigrait les autres élèves car elle ne pouvait pas supporter qu'on la dérange, la rabaisse ou lui montre qu'on pouvait être plus fort qu'elle. Elle détestait être en position d'infériorité et elle se battait chaque jour pour prouver qu'elle était plus qu'une simple sorcière de seconde zone. Elle avait envie de réaliser des choses, de découvrir des sorts, de faire des découvertes qui feraient avancer le monde magique. C'était cela son ambition.

Mais aujourd'hui, on lui demandait de faire un choix : soit elle décidait de garder ses privilèges mais ne resterait que dans l'anonymat de son nom, affublé d'un mari qu'elle n'aimerait pas, soit elle décidait de s'en affranchir et peut-être réaliserait-elle des choses pour le bien du monde sorcier, mais peut-être vivrait-elle dans une grande misère, oubliée de tous car elle n'aurait aucun moyen financier pour réaliser ses propres rêves.

Elle était dans une impasse. Et la seule personne qui aurait pu la conseiller lui avait tourné le dos sans même essayer de la comprendre. Elle, à l'inverse de Sirius, n'avait aucun ami pour l'épauler. Elle était seule et le resterait à jamais, peu importe ce qu'elle décidait de faire.

Elle entra dans la bibliothèque et s'assit sur une table. Elle inspira profondément afin de faire partir la tension accumulée, puis, quand elle fut calmée, commença à recopier son cours de Potions dont les notes, prises à la va-vite, nécessitaient une remise à jour. Quand enfin elle ne put ignorer plus longtemps les assauts de son estomac, elle se leva pour aller déjeuner. Elle vit Black assis avec ses habituels compères et l'ignora pour aller s'installer sur sa table. Elle y retrouva Baggs qui en profita pour lui raconter ses vacances en Irlande. Elle le laissa parler en ne l'écoutant qu'à moitié.

Puis, comme un automate, elle se leva pour aller à son double-cours de Métamorphoses, suivi de son cours de Runes. Elle savait qu'elle se coucherait tard ce soir mais c'était la dure vie des étudiants de septième année qui allaient passer leurs ASPIC en fin d'année : pas de repos possibles, à moins d'avoir peu de matières. Mais Rosie en avait beaucoup : pour devenir Médicomage, il fallait valider au minimum ses ASPIC en Potions, Métamorphoses, Runes, Sortilèges, Botanique, Défense Contre les Forces du Mal et Arithmancie. Elle était l'une des élèves qui avaient l'emploi du temps le plus chargé avec Evans. De plus, non seulement, elle devrait valider toutes ces matières mais également recevoir trois Optimal sur sept matières ainsi qu'au minimum, des Effort Exceptionnel dans les autres.

Finalement, pourquoi tous ces efforts si je me marie à la fin de l'année ? se dit-elle. Non, non, non, hors de question ! s'admonesta-t-elle.

Elle arriva dans la salle de Métamorphoses et suivit le cours studieusement sans faire attention aux personnes qui étaient autour d'elle. Malgré le chamboulement intérieur qu'elle vivait, sa vie devait continuer à Poudlard comme si de rien n'était.

A la fin du cours, Black vint la voir. Elle le fixa d'un air hostile.

- Juste pour te dire que Hagrid est d'accord pour ce samedi matin. 9h, dans le Grand Hall ?

Il avait dit cela d'une voix neutre libérée de mépris ou de colère.

- D'accord, dit-elle simplement. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai un cours de Runes.

Elle partit sans demander son reste.