Chapitre 8 - Ballade au clair de lune
La semaine passa très lentement : beaucoup de cours, beaucoup de devoirs, ses missions de préfète… Rosie se réveilla le vendredi matin exténuée. Elle avait peu dormi et attendait le week-end avec impatience pour rattraper son sommeil. Cependant, ce soir-même, elle devrait cueillir du Sisymbre avec ses camarades de Potions et ne pourrait pas se coucher tôt. Une rumeur disait qu'il y avait des loup-garous dans la forêt interdite. A cette pensée, elle en frissonna d'excitation. Certes, elle avait peur de ces créatures, mais n'était-ce pas excitant d'affronter un peu de danger quand son quotidien était monotone ?
Elle se leva et se prépara pour prendre son petit-déjeuner. Elle avait l'habitude de manger tôt mais ce jour-là, elle était tellement fatiguée qu'elle avait décidé de s'octroyer une demi-heure de sommeil supplémentaire. La Grande Salle était bruyante, la plupart des élèves étant déjà réveillés. La tête lourde, Rosie s'assit dans un coin de la table, évitant de s'asseoir près des autres 7ème année. Elle se servit en porridge et en miel et dégusta son bol sans grand appétit.
Son hibou Malcom vola vers elle pour lui déposer un courrier et un petit paquet sur lequel le sceau des Greengrass était apposé. Elle le remercia comme à son habitude et ouvrit fébrilement la lettre. Elle attendait une réponse de sa mère depuis plusieurs jours et s'inquiétait de ne pas avoir reçu un seul mot de sa part. Quelle serait sa sentence ?
"Chère Rosamund,
Je vous remercie pour les nouvelles que vous m'avez envoyé. Je suis heureuse de savoir que tout se passe pour le mieux à Poudlard.
Je suis désolée d'avoir mis du temps à vous répondre mais je souhaitais parler de notre conversation et de votre courrier avec votre père avant de prendre toute décision.
Ce dernier n'est revenu qu'il y a deux jours de sa mission dans les pays baltiques et je n'ai pas voulu aborder le sujet avant hier soir.
Nous avons réfléchi longuement et nous nous sommes rendus compte que notre décision avait été quelque peu cavalière. Nous avons alors décidé de vous laisser un peu plus de temps et en avons informé les Nott qui comprennent également votre position. Ils sont tout à fait d'accord pour que vous les rencontriez, eux et leur fils, lorsque vous reviendrez pour les vacances de Noël. Nous organiserons un dîner.
J'espère que ces quelques mois vous aideront dans votre réflexion et que vous accepterez de façon consciencieuse la proposition des Nott, après les avoir rencontrés.
En gage de notre bonne foi, nous vous envoyons une boîte contenant les meilleures friandises préparées par notre elfe Alfie.
Bien cordialement,
Agatha Greengrass"
Sa mère ne terminait jamais ses lettres par un mot d'affection ni par "Mère" ou "Votre mère". Juste un "Agatha Greengrass", comme si Rosie était juste une de ses connaissances. Elle n'en prit pas ombrage, ayant l'habitude de ce manque d'affection. Elle relut la lettre une seconde fois et se sentit brusquement soulagée. Ses parents allaient lui laisser du temps. Sa rencontre avec Abel Nott n'était que dans plusieurs mois. Quel soulagement ! Le poids qu'elle avait depuis deux semaines se dissipa enfin. Elle eut soudain plus d'appétit et se servit en toast.
- Tu as l'air d'avoir appris une bonne nouvelle, Rosie ? lui demanda Mingletown. Cette dernière s'était approchée pour s'asseoir devant elle et la regardait maintenant d'un air calculateur.
Rosie ne s'offusqua pas de la familiarité de sa camarade de Serpentard car rien ne pouvait venir entacher sa joie.
- Oui, dit-elle avec un sourire. Juste une lettre et des friandises de mes parents.
Rosie ouvrit la boîte et y trouva un assortiment de cookies ainsi que des caramels mous. Elle prit un biscuit et le croqua avec délice en regardant Mingletown dans les yeux. Celle-ci avait l'air dégoûtée. Rosie sentit qu'elle voulut lui balancer une pique mais elle n'en eut pas le temps. Il était l'heure d'aller à son double-cours de Défense Contre les Forces du Mal. Rosie la salua et partit, rangeant son courrier et sa boîte de friandises dans son sac. Elle devrait répondre à ses parents et son frère Archi dès ce week-end.
Sa journée fut parfaite : le professeur Babbling lui remit un O pour son premier devoir de l'année, elle réussit à faire apparaître une lumière blanche pour son premier patronus (bon, il n'avait pas encore la forme d'un animal, mais c'était un bon début, mieux que certains comme Mingletown ou Baggs) et elle avait bien avancé sur son devoir de Botanique.
Quand vint le soir, elle se prépara pour aller rejoindre Sirius devant la cabane de Hagrid. Quand elle sortit du Grand Hall, elle se rendit compte qu'elle n'était pas la seule à aller chez le demi-géant. Elle vit les Gryffondor qui marchaient devant elle : Sirius, Potter-le-crasseux et Evans-aux-cheveux-de-harpie. Depuis quand Evans traînait avec ces deux-là ? Elle riait avec éclat aux blagues de Potter. Rosie les observa avec dégoût. Elle remarqua que Lupin-le-miteux n'était pas avec eux. Après réflexion, il n'avait pas l'air dans son assiette ce matin au cours de Défense Contre les Forces du Mal. Avait-il la frousse des loup-garous ? Elle rit sous cape à cette pensée. Quel poltron celui-là !
Elle arriva devant la cabane et comme elle l'avait promis à Sirius, lui lança un bonsoir. En revanche, elle ignora les deux autres. Mais ces derniers avait l'air de s'en moquer car ils étaient en grande discussion. Ils ne l'avaient sûrement pas remarquée. Elle en fut légèrement irritée. Ce qu'elle détestait être ignorée !
Elle entendit des pas derrière elle et vit le reste de sa classe de Potions arriver vers eux. Ce vendredi était le seul jour possible pour cueillir du Sisymbre et ils le savaient tous. Mingletown minauda devant sa partenaire Evans, Baggs lui fit un clin d'oeil qu'elle ignora royalement et Rogue faisait la tête et lançait des regards meurtriers à quiconque voulait lui adresser la parole. De toute façon, personne ne voulait lui parler, même pas sa binôme Alberta Gray, une Serdaigle qui regardait ses cheveux gras avec dégoût. Elle savait que Rogue était un génie en potions et c'était pour cette seule raison qu'elle avait accepté de faire ce projet avec lui.
Sous les aboiements de son gros chien Molosse, Hagrid sortit de sa cabane, tenant un parapluie miteux de la main droite et une lanterne de la main gauche. Rosie avait entendu que le gardien utilisait de temps en temps son parapluie pour ensorceler des objets grâce à des restes de baguette alors qu'il n'en avait pas le droit, ayant été expulsé de Poudlard il y a des années lorsqu'il était adolescent. Elle ne connaissait pas les détails mais elle ne comprenait pas pourquoi Dumbledore avait absolument voulu le garder. Il était rustre, sans éducation et sentait le chien. Malgré tout, il s'y connaissait quand même un peu en créatures et à la grande surprise de Rosie, avait été de bon conseil la semaine précédente lorsqu'ils avaient cueilli les ingrédients de leur potion.
- Bonsoir à tous ! dit-il avec un grand sourire. Avant d'entrer dans la Forêt Interdite, j'aimerais vous donner quelques avertissements. Cette forêt est peuplée de nombreuses créatures, la plupart sont inoffensives, mais quelques-unes d'entre elles peuvent être dangereuses, voire mortelles, surtout la nuit et d'autant plus lorsque c'est la pleine lune. Je sais que vous êtes tous en 7ème année et que vous êtes largement capables d'affronter des situations difficiles. Néanmoins, je vous demanderai de toujours rester à côté de votre binôme lorsque vous irez chercher du Sisymbre chacun dans votre coin. Comme la dernière fois, si vous rencontrez un danger, envoyez des étincelles rouges dans le ciel et je viendrai vous rejoindre au plus vite. Et surtout, si vous le pouvez, n'attaquez pas le premier. Certaines créatures pourraient devenir agressives si vous les attaquiez avant qu'elles ne le fassent. M'avez-vous bien compris ?
Ils hochèrent tous la tête. Rosie ressentit de l'excitation. C'était la première fois de sa vie à Poudlard qu'elle allait entrer dans la Forêt Interdite, la nuit. Peut-être allait-elle voir des choses qu'elle n'avait jamais vu ! Elle n'était pas la seule à ressentir une certaine euphorie car les autres élèves avaient le même sentiment. Seul Sirius et Potter n'avaient pas l'air ravi de cette escapade. Lupin leur manquait-il ?
- Allons-y si tout le monde est prêt ! s'écria Hagrid.
Cette fois, Sirius fit l'effort de l'attendre avant de suivre le demi-géant. Chacun avait décidé d'écouter ce dernier et marchait à côté de son ou sa partenaire. Ils rentrèrent dans la Forêt Interdite et la plupart des élèves allumèrent leur baguette. Cela leur permettait d'éviter les nombreuses branches et racines protubérantes sur le sol. La lune bien haute dans le ciel leur permettait de voir les alentours et de rendre la forêt moins menaçante.
Personne ne disait un mot. Tous suivaient Hagrid en silence. Rosie était concentrée. Elle scrutait tous les environs, repérait les oiseaux nocturnes qui cherchaient des proies, entendait des bruits d'insectes. Elle essayait de faire le moins de bruit possible. Elle était tellement tendue qu'elle faillit trébucher sur une racine mais Sirius la rattrapa par le bras et elle ne tomba pas. Elle entendit un ricanement derrière elle. Elle avait reconnu le rire de Mingletown mais ne se retourna pas. Elle n'avait pas envie de lui faire ce plaisir. Elle serra les dents.
Le demi-géant s'arrêta enfin dans une grande clairière au bout d'une heure de marche. Rosie commençait à sentir la fatigue mais ne se plaignit pas.
- Nous allons maintenant nous séparer, vous devriez pouvoir trouver votre plante dans les alentours. Gardez en tête ce que je vous ai dit tout à l'heure et surtout pensez aux étincelles rouges si vous êtes en danger. On se retrouve ici dans une heure.
Ils acquiescèrent à nouveau et se séparèrent en binôme. Rosie suivit Sirius qui décida d'aller un peu plus profondément dans la forêt. Elle avait allumé sa baguette et Sirius la pointait en avant au cas où un danger surviendrait. Au bout d'une dizaine de mètres, ils étaient seuls, leur camarades ayant pris des chemins différents. Rosie se sentit moins rassurée d'un coup. Quand ils étaient tous ensembles, elle s'était sentie forte mais maintenant seule avec Sirius, ce n'était plus la même histoire. Elle entendit un cri aigu et sursauta. Sirius se moqua d'elle. "Ce n'est que le cri d'un Petit-Duc", avait-il dit d'une voix railleuse. Rosie rougit mais il faisait trop sombre pour qu'il remarque la couleur de ses joues. Elle ne dit rien de peur de se ridiculiser encore plus.
Plus ils avançaient au coeur de la Forêt, moins Rosie se sentait rassurée : elle entendait des cris perçants à chaque pas, et tentait de ne pas sursauter à chaque fois afin de ne pas recevoir une nouvelle pique de Sirius. Elle sentait que sa chemise était trempée de transpiration et des gouttes de sueur perlaient sur son visage, pourtant il ne faisait pas si chaud. C'était juste sa peur.
En réalité, la Forêt Interdite, c'est surfait ! se dit-elle en essayant de prendre la situation à la légère.
Au bout d'une vingtaine de minutes de marche, elle ne put retenir sa question.
- Black, pourquoi faut-il aller si loin ? lui demanda-t-elle en essayant de prendre un ton calme.
- Il n'y a pas de Sisymbre dans la clairière, lui répondit-il. Sinon, ce serait trop facile. C'est une plante qui se cache toute l'année, sauf quand c'est la pleine lune. Elle pousse au pied des châtaigniers. Il faut donc juste en trouver un.
Rosie ne savait pas reconnaître un châtaignier sauf lorsqu'il avait ses fruits. Heureusement, c'était presque le début de l'automne et ils devraient pouvoir apercevoir des châtaignes. Elle releva la tête pour examiner les arbres autour d'elle.
Soudain, ils entendirent des reniflements et des bruits de succion. Le sang de Rosie se glaça. Les bruits venaient de derrière elle. L'animal ou la créature commença à s'ébrouer et à racler ses pattes sur le sol. Ce n'était pas bon signe.
- Black, tu as entendu ? chuchota-t-elle.
- Oui, dit-il d'une voix faible. Nous allons nous retourner lentement, sans brusquerie.
Ils se retournèrent et quand ils regardèrent devant eux, ils virent un sanglier énorme à quelques dizaines de mètres d'eux. Ce dernier les avait remarqués et n'avait pas l'air d'avoir apprécié l'intrusion des deux sorciers dans son territoire. Il se préparait à la charge. Rosie resta figée sur place et lorsque le sanglier courut vers eux pour les attaquer, elle ne put faire un seul geste, paralysée par la peur. Heureusement pour elle, elle était accompagnée de Sirius qui ne semblait pas effrayé. Ce dernier leva sa baguette et lui lança un sort de stupéfixion. Le sanglier s'arrêta net et tomba à terre. Rosie inspira de soulagement. Après quelques secondes, remise de son choc, elle se maudit de ne pas avoir réagi.
Sirius avança directement vers le sanglier.
- Mais que fais-tu ? lui demanda-t-elle en le suivant.
- Les sangliers raffolent des châtaignes. Je vais vérifier s'il n'était pas en train d'en manger.
Sirius s'agenouilla, alluma sa baguette et rapprocha sa tête du groin du sanglier. Il le renifla. Rosie l'observait : mi-impressionnée, mi-dégoutée. Il se releva ensuite.
- Il sent la châtaigne, s'écria-t-il d'un air ravi ! C'est notre jour de chance. Peux-tu vérifier les arbres aux alentours ? Je suis sûr qu'il y a un châtaignier dans le coin.
Rosie leva sa baguette illuminée et examina tous les arbres à proximité. Finalement, elle en trouva un. Les châtaignes, certaines déjà mûres, étaient tombées sur le sol, au pied de leur arbre. Elle vit que certains fruits avaient la carapace fendue. Elle s'approcha de l'arbre, tout comme Sirius et aperçut enfin le Sisymbre.
- Black, peux-tu me faire de la lumière s'il te plait ?
Il approcha sa baguette, Rosie rangea la sienne et mit ses gants. Elle sortit sa paire de ciseaux et coupa plusieurs tiges de Sisymbre. Elle les rangea ensuite dans sa petite boite.
Ils se cachèrent dans un bosquet à plusieurs mètres du sanglier, puis le déstupéfixièrent. L'animal se releva difficilement et s'ébroua. Puis, comme si de rien n'était, il revint manger des châtaignes.
Sans échanger un seul mot, ils retournèrent en silence vers la clairière. Le chemin fut moins stressant pour Rosie mais ce fut néanmoins avec soulagement qu'ils arrivèrent au point de rencontre. Ils étaient les premiers arrivés sur place. Rosie inspira une grande bouffée d'air. Quelle aventure !
- Merci, Black, dit-elle à son attention.
- Pourquoi ?
- Pour m'avoir sauvé du sanglier.
- Si je ne l'avait pas fait, il m'aurait attaqué aussi.
- Quand même ! Merci.
Black la regarda d'un air surpris. Il n'avait pas l'habitude de recevoir un remerciement d'un Serpentard et encore moins de sa part.
- De rien, répondit-il, l'air gêné.
Les autres élèves ainsi que Hagrid revenaient de leur recherches. Il semblait que tout le monde avait pu trouver du Sisymbre sans trop de difficultés. Ils retournèrent tous à Poudlard, fatigués mais ravis de leur escapade nocturne.
