Salut mes demoiselles, mesdames...Comment va t-on en cette fin d'année ? Depuis le temps qu'on l'attendait n'est ce pas !
Me voilà de retour avec un nouveau chapitre, qui j'espère vous plaira.
Reviews
titiguizmo55 : merci bcp pr ta review. ça me fait plaisir que vous ne soyez pas si en colère que ça que je mette autant de temps entre mes chapitres. xoxo
Ilonka, twilight-et-the-vampire, Grazie, calimero59, Habswifes, bellardtwilight, birginie, littleangelordevil93, Maryfanfictions, nana10, CeriseBella, odrey010 : merci mes chéries, de commenter mes chapitres, et de m'encourager autant
Anais88 : Tes reviews ont toujours le don de m'émouvoir, lol. Tout comme les autres lectrices, t'es super sérieux...merci ! xoxo
paulipopo : je sais que j'enchaîne les chapitres tristes, mais comme tu le dis c'est pour garder un minimum de réalisme. Si la fic est centrée sur Ed/Bells, j'aime aussi me concentrer sur la souffrance de Bells...Parce que je me dis que la perte de sa mère ne va pas soudainement disparaître parce qu'elle rencontre Edward, ce serait pas réaliste...Mais j'espère que les autres chapitres te plairont. Merci pour ta review. xoxo
Je n'ai oublié personne ?
Merci aussi à celle qui passe tout simplement par là ! Aux mises en alerte, favoris etc...
Voilà donc le nouveau chapitre...bonne lecture - Jspr que j'ai rien oublié, je l'ai relu des centaines de fois, mais on ne sait jamais - Je suis la reine pour les incohérences...
xoxo
Chapitre 21 :
Connaissez-vous l'angoisse, la honte, les remords, les sanglots, les ennuis, et les vagues terreurs de ces affreuses nuits qui compriment le cœur comme un papier qu'on froisse ? Connaissez-vous l'angoisse ?
Connaissez-vous la haine, les poings crispés dans l'ombre et les larmes du fiel, quand la vengeance bat son infernal rappel et de nos facultés se fait le capitaine ? Connaissez-vous la haine ?
Charles Baudelaire.
18 août 2012 – 03h35 - Seattle
« Ressers moi » tendis-je mon verre à J.J, la barmaid
« Chéri, t'es ivre »
« C'est mon problème J.J, ressers moi maintenant ! »
« Non, il faut que tu rentres chez toi Masen, tu fais peur à voir...Tu devrais bouger ton cul au lieu de te morfondre et de t'imbiber d'alcool toutes les nuits ! »
« C'est toi qui me saoule petite pute ! J'en ai marre, je me casse » descendis-je difficilement de mon tabouret, trébuchant pour finir par m'écraser au sol
J.J sauta par dessus le bar, et vint tenter de me relever. Je la repoussais violemment, et quittais le pub pour rejoindre l'appartement. Pas assez ivre pour oublier le visage de ma Bella, mon petit ange dont le corps avait semblé si déposséder de son âme, je repoussais difficilement l'envie subite de joindre James pour qu'il me refile ce qu'il avait de meilleur. Personnalité borderline, insécurité constante, multiples passage à l'acte, voilà ce qui tournait en boucle dans ma tête depuis ce putain d'entretien avec le psy. Dans sa bouche, j'avais eu l'impression qu'il condamnait déjà une possible guérison. Elle serait éternellement envahi par ses pulsions, qui déborderont toujours et la rendront hors de contrôle.
Exténué, je contournais les deux grands immeubles qui me séparaient de l'appartement Jazz, pour rejoindre celui ci plus vite. L'alcool et la nuit ne m'aidaient pas à voir le bout de la ruelle dans laquelle je marchais. J'aurais du appelé ce connard de Jasper, j'étais sûr qu'il serait passer au dessus de notre brouille si je lui avais demandé de venir me chercher. Continuant de marcher aveuglément, la présence subite de deux types sur mon chemin me fit l'impression d'un électrochoc.
« On a trop bu » se moqua l'un deux
Le sourire que lui renvoya le second présageait rien de bon pour mon cul.
« Ou pas assez » répondis-je avant de tenter de les contourner, très vite arrêté par le plus costaud des deux
« Sois pas si pressé, on peut discuter »
« Je suis crevé les gars »
Repousser la main de ce type fut une très mauvaise idée. A peine m'étais-je dégager de sa prise sur ma veste, que cet enfoiré m'envoya valser d'un crochet.
Dans l'obscurité, je réalisais brutalement que Jesse s'était tiré avec mes couilles 3ans auparavant. Ma virilité écorchée, les poings que déchargeaient gratuitement ses connards contre mon visage, mon corps m'empêchèrent de lutter, me défendre comme j'aurais été capable de le faire quelques années avant. Jesse avait violé ma femme sous mes yeux, tué mon fils dans la pièce à côté, et je n'avais rien pu faire. Comment pouvais-je encore prétendre être un homme et agir comme tel.
19 août 2012 – 09h25 – Northwest Hospital – Seattle
Groggy, j'essayais tant bien que mal de soulever mes paupières lourdes. L'esprit brumeux, je me sentais flotté...pas assez haut pour m'éviter de douloureux picotements sur la lèvre inférieure, et une douleur écrasante dans les côtes.
« Ed, est-ce que t'es réveillé ? » reconnus-je Jasper
Malgré l'envie de m'endormir de nouveau, j'ouvrais les yeux pour m'apercevoir que je ne me trouvais pas chez lui.
« Où est-ce que je suis ? »
« A l'hôpital, une barmaid t'a découvert dans une ruelle, après que tu te sois fait battre »
Honteux face aux souvenirs des coups que j'avais du supporté avant qu'ils ne se tirent, je détournais les yeux du visage de mon meilleur ami, qui attendait visiblement des explications.
« J'ai...J'ai soif » fut tout ce que je trouvais pour détourner son attention
Il redressa aussitôt mon lit, avant de me servir un verre d'eau.
« Comment je vais ? » lui demandais-je
« Une de tes côtés s'est fêlé dans le côté droit, tu vas devoir rester quelques temps alité pour te rétablir, le reste de tes ecchymoses restent sans gravité »
Je lui tendais mon verre vide, et reposais ma tête contre l'oreiller. L'humiliation finit par me peser alors que j'aperçus mon torse marqué par les coups. J'avais pas pu me défendre. Je n'avais pas su réagir. Que se serait-il passé si Bella s'était trouvé à mes côtés ? Je n'aurais pas pu la défendre. Si elle s'était trouvée à mes côtés sur cette rue, je n'aurais pas pu réagir. Elle ne pourra jamais se trouver en sécurité près de moi...et j'étais totalement répugné par cette idée...comme n'a pas pu l'être Sarah et mon fils. J'étais celui qui devait assurer le rôle protecteur du foyer que nous avions, et je n'avais pas pu la protéger de Jesse. Ce chien l'avait souillé sous mes yeux sans que je ne puisse intervenir, et mes analyses sanguines avaient beau prouvé que j'étais dans l'incapacité d'appréhender Jesse avant qu'il ne la touche, mon reflet m'écœurait. Je ne voulais pas que les choses se reproduisent avec Bella. Se sentir protéger après ce que lui avait enlevé ce chien était la chose dont elle aurait certainement besoin pour s'épanouir, et ne pas se laisser submerger par la peur de devoir faire face à une nouvelle agression chez elle. Je me souviens encore, d'une nuit passée chez elle, l'avoir vu passé plus de 20minutes à disposer plus de 6 armes de calibres différents un peu partout dans la maison, disposer toute sa vaisselle près des portes, et vérifier que chaque cadenas qui verrouillaient portes et fenêtres étaient bien verrouillés, puis nous enfermer dans sa chambre, une arme sous son oreiller. Ce n'était pas ce que je voulais qu'elle fasse pour le restant de sa vie. Je ne voulais pas la voir bouffer toute son énergie à rendre notre lieu de vie sécurisant.
« Je vais devoir prévenir la police que tu es réveillé, ils s'attendent à ce que tu portes plainte »
« C'est pas la peine » le coupais-je, la voix à peine audible
« Edy, ces types se sont carrément acharnés » insista t-il
« Laisses moi...J'ai besoin d'être seul »
« Ed »
« S'il te plaît »
Son regard fixé sur mes mains qui agrippaient fortement les draps, il céda malgré tout et quitta la chambre, alors que je me tournais difficilement sur le flanc gauche, dos à la porte. Humilié, j'explosais silencieusement dans mon oreiller.
…
Le corps et le visage ankylosé et tuméfié, je me redressais difficilement alors que Jazz m'aidait à m'habiller. Après plus de trois jours prostré sur ce lit, le médecin m'avait autorisé à rentrer avec un nombre incalculable de recommandations.
« Les autres s'inquiètent de ne pas t'entendre...Esmée surtout, elle pense que ton père a eu tort et elle veut que vous discutiez»
« Je le ferais plus tard » dis-je sans grande conviction
« Est-ce que tu te sens capable de marcher ? »
Je hochais la tête, alors qu'il me maintenait contre lui. Jasper signa les papiers de sortie, et à mon rythme nous finîmes par monter dans sa voiture et rejoindre son appartement. Fatigué, je me posais doucement sur mon lit alors que mon meilleur ami s'assurait que tous mes médocs se trouvent à proximité. Jne lui avais rien dit à propos de l'humiliation dont j'avais été victime à cause de ces hommes. Ni à lui, ni aux policiers qui étaient venus m'interroger. J'avais éluder toutes leurs interrogations, en prétextant une simple bagarre de bar dont j'étais seul responsable.
« Je suis désolé » dit doucement mon meilleur ami qui vint se poser près de moi, après m'avoir installé dans mon lit. « J'y ai été fort, j'aurais pas du...Je supporte plus de te voir dans cet état, de te voir te décourager si vite »
« Elle ne va pas bien » le coupais-je en serrant les dents, pour contenir toute colère explosive. « Elle est entrée dans ce centre pour aller mieux, et...Elle ne parle plus, elle ne réagit même pas lorsqu'on lui parle, elle pense que Jesse me fera du mal si jamais elle tente de s'en sortir...Ne me dis pas que j'ai tendance à perdre rapidement espoir, ou que je ne me bats pas assez, parce que je n'ai rien si elle ne s'en sort pas, et elle ne s'en sort pas...Elle s'enfonce, même le psy doute de sa guérison...Je ne peux rien faire, ni pour l'aider à s'en sortir, ni pour l'exclure de ma vie, j'y peux rien, je suis relié à elle »
Épuisé, je pouffais de rire.
« Elle me tue à petit feu, et le pire c'est que je la laisse faire...Je la laisse me briser, m'anéantir comme Jesse l'a fait ces dernières années et je peux rien faire, parce que je suis dingue de cette fille, je suis obsédé par cette nana »
« Que dit le psy ? »
« Elle fait partie des personnalités borderline...Tu savais que c'était pathologique...Je ne sais pas quels sont les traitements qui pourraient la rééduquer, je n'ai plus supporté l'entendre dire qu'il serait compliqué de la convaincre de discuter avec lui...Elle était livide Jazz, comme si Jesse avait annihiler son âme »
« Faut que je te dise un truc à propos de Bells ? »
« Jazz, je veux pas que tu me sortes un discours sur le fait qu'elle finira par s'en sortir »
« C'est pas ça...Y a quelques semaines le Post Intellegencer m'a demandé d'écrire un article sur le centre de détention pour mineur de Seattle, le nombre de condamnation chez les 13-18ans augmente et le boss voulait savoir si ce genre d'incarcération donnait vraiment des résultats, et pouvait empêcher une éventuelle récidive »
« Bells y était » lui fis-je remarquer
« Je sais...Quand tu as décidé de rompre avec Tanya, elle est venue me voir, je sentais qu'elle voulait qu'on parle de quelque chose et puis...elle n'arrêtait pas de caresser les cicatrices sur ses bras...Ce centre n'est pas clean Ed » me révéla brutalement mon meilleur ami.. « Ils se sont carrément acharné sur cette fille, tu savais qu'elle devait obligatoirement se doucher sous les yeux d'un instructeur, pour soi-disant s'assurer qu'elle ne se blesse pas, ou qu'elle devait courir en petite culotte dans la cour alors qu'elle tenait à peine sur une jambe, chaque fois qu'elle désobéissait, ces chiens la ramenaient carrément à genoux près d'un bac d'eau glacée et lui foutaient la tête dedans jusqu'à ce qu'elle demande pardon...et quand ça suffisait pas, ils lui confisquaient ses anti-douleurs et la laissait souffrir le martyr »
« Dans ce centre, j'ai vécu des putains d'horribles journées, des douches froides, des activités humiliantes, des pressions épuisantes, des nuits épouvantables, et tu sais quoi, j'aurais pu supporter tout cette rage que m'ont porté ces chiens, seulement si tu avais daigné prendre ce téléphone pour arranger les choses, ils m'ont atteint des centaines de fois, en me répétant que j'étais une putain de chienne enragée, qui finirait par crever toute seule, tu aurais pu me protéger, tu aurais pu le faire si tu m'avais assuré être amoureux de moi, et avoir conscience de l'être…Mais t'as rien fait Edward, tu t'es nourri de ma tristesse, de ma souffrance, sans ressentir la moindre culpabilité » résonnèrent ses mots
Envahi par une bouffée de culpabilité, j'eus du mal à retenir mes poings crispés contre moi. J'aurais pu l'aider, j'aurais pu tenter de l'en sortir, faire n'importe quoi. Combien de fois l'avais-je entendu se plaindre à Lili des sévices que lui infligeaient ces connards...sans réagir. J'avais été inhumain avec elle, prétextant être celui qui souffrait le plus entre nous. Je ne la méritais, peu importe ce que je prétendais être capable de faire pour elle, je ne la méritais pas.
« Elle est peut être malade, mais ces connards ont carrément voulu la rendre folle ! »
« Pourquoi...Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? » contenais-je difficilement ma colère, à la vision de ces chiens en train de s'acharner contre elle.
« Elle ne voulait pas...Elle s'en ai voulu d'avoir mis tous ses problèmes sur ton dos...Tu dois lui laisser du temps, elle sort d'un putain d'enfer...Je sais que tu ne veux pas entendre ça, mais les cures sont toujours pénibles, et tu es le mieux placé pour le savoir...Bells est différente, différente de toi, vous vivez les choses d'une manière tout à fait contraire...Et n'oublies pas qu'à 17ans à peine, en plus d'être alcoolique et une addict aux stups, elle a fait de la taule, elle trimbale un putain de fardeau...Elle sait qu'elle doit s'en sortir, elle veut s'en sortir, elle vivait avec un Berreta sous son oreiller, et pourtant elle est toujours là...Admettre qu'elle était malade et entrer en cure était quelque chose d'inenvisageable pour elle il y a encore quelques semaines, et pourtant, elle a finit par accepter qu'elle s'empoisonnait la vie et la tienne...Tu trouves qu'elle a agit égoïstement en te larguant en plein été, sur une prise de de conscience soudaine...Moi, je trouve que le courage de cette fille est carrément honorable, elle savait parfaitement qu'elle endurerait le pire en intégrant ce centre, et malgré tout elle l'a fait...Elle s'affronte dans l'obscurité à tout ce qui l'empêche de respirer...La personnalité borderline est quelque chose de compliqué, des pulsions difficile à contenir, un besoin perpétuel de se mettre en danger pour attirer le regard de son entourage, ce genre de personnes est narcissique, tout doit être comme ils voudraient que ça soit, et quand leurs attentes sont insatisfaites, ça fout un gros bordel dans leurs têtes et ça se répercute sur leur comportement...Elle vit dans cette constante instabilité depuis presque deux ans, c'est pas rien...Alors forcément ça mettra du temps avant que le psy ne perçoive un changement, mais elle a besoin de ce temps, elle a besoin d'accepter que sa mère ne soit plus là, elle était la seule qui savait anticiper ses besoins et les satisfaire...Elle n'est plus là et personne ne pourra jamais la remplacer, peut importe les efforts monstres que feront son père, ses amis ou toi...Elle doit apprendre à contrôler ses pulsions, accepter que le monde ne tourne pas autour d'elle...Et c'est long, très long, alors pour le moment, apprends juste à supporter, construis quelque chose qui t'aidera à attendre...Je sais que tu l'aimes, j'ai vu votre amitié évoluer vers quelque chose d'hyper fort, mais boire jusqu'à l'amnésie, c'est pas une solution...Elle lutte contre son alcoolisme, ne t'y enfonce pas...Je suis sûr qu'elle pourrait te tuer si elle apprenait que t'as merdé » tenta t-il de finir sur une pointe d'humour, avant de quitter la chambre
Il avait raison.
« Puis-je parler au docteur Alkyle ? »
« Patientez une minute »
Je patientais, espérant que les révélations de Jazz aiderait le psy de Bella à l'approcher.
« Monsieur Masen » finis-je par entendre le médecin
« Il y a une raison au fait que Bella refuse de vous parler »
01 septembre 2012 – 14h30 – Seattle
« T'aurais dû voir cet idiot se débattre comme une petite vierge »
« J'avais prévenu ce petit con prétentieux qu'il lui fallait plus que 90kg pour savoir se battre »
Le cul posé sur un des sièges du bus qui me menait vers le quartier de Kirkland, pour un entretien que j'avais réussi à décrocher auprès du directeur d'un des lycées du comté, j'écoutais les deux hommes discutés devant moi, de ce qui semblait être un combat de boxe, ou de rue.
« Il faut des putains d'années d'entraînement pour oser se battre contre ces bêtes de guerre, ils sont sans pitié, à quoi s'attendait ce connard »
« T'aurais vu sa gonzesse le ramassait, Derek lui a carrément briser chacun de ses os »
« Derek est un monstre malgré ses 85kg »
« Ce type ferait n'importe quoi pour un peu d'oseille »
« Vous parlez des combats de rues » m'incrustais-je en me penchant légèrement vers eux
Surpris d'avoir été entendus, ils froncèrent les sourcils, méfiants avant que l'un deux ne se décide à me répondre.
« Ouais, pourquoi ? »
« Juste histoire de regarder » esquissais-je un sourire en coin
Il me dévisagea, cherchant sûrement quelque chose qui pourrait lui dire que j'étais un flic en civil. Mes ecchymoses semblaient le convaincre que je n'étais pas un.
« L'entrepôt »
« C'est près des docks » répondit l'autre. « J'espère que le sang te dégoûte pas »
Le bus s'arrêta et je descendis, envahi par une excitation du à l'appréhension. Si en début de matinée, cet entretien m'angoissait, je réalisais au milieu de la rue piétonne que ce n'était ce dont j'avais envie aujourd'hui. Je ne voulais plus me cantonner dans ce rôle de prof pathétique qui subit sa vie plus qu'il ne la vit.
...
Il était plus de minuit quand le taxi me déposa devant les docks de Seattle. L'endroit vide, un instant je crus que ce type s'était moqué de moi, avant que le taxi ne m'interpelle.
« Continuez tout droit, vous verrez plusieurs hommes gardaient le hangar » me renseigna l'homme
Je lui refilais quelques billets en plus de ma course, avant de marcher droit devant. Comme il me l'avait dit, plusieurs hommes se trouvaient à l'extérieur d'un entrepôt abandonné. Ne sachant trop quoi faire, j'entrais alors qu'ils discutaient. A l'intérieur, mon cœur pulsa à la vue d'une foule d'hommes tous dos à moi, hurlant quelque chose que j'avais du mal à comprendre. Je me frayais un chemin entre eux pour découvrir deux hommes se battre férocement à mains nues. Vêtus seulement d'un short, les coups portés n'en furent que plus bruyant.
« C'est quoi les règles ? » demandais-je au type qui les observait silencieusement près de moi
« Tu te sers de tes mains comme tu veux, où tu veux, si le gars là-bas » me montra t-il des doigts un homme très âgé qui regardait attentivement les deux adversaires se battre. « T'appelles 10fois et que ton cul n'est pas debout, t'as perdu »
Mes yeux vissés sur les deux hommes, la férocité du combat me fascina. Ces types étaient comme rongés par le feu, qui les rendaient impitoyable face à leur adversaire, plus acharnés.
« Kellan » se présenta l'homme
« Edward » serrais-je tout aussi fermement sa main
Kellan et moi finîmes par nous retrouver après le combat. Ancien militaire et boxeur, il avait décroché il y 5ans pour une balle perdue qu'il avait reçu à l'épaule. C'est l'un de ses potes qui lui avait parlé de ce genre de rencontres musclées. Il n'y participait pas souvent, seulement quand l'argent lui manquait. Si sa réputation dans le milieu n'était pas à la hauteur de celle qu'il possédait en étant un boxeur en compétition, il arrivait tout de même à s'imposer lors de quelques combats.
« Qu'est ce qui t'as amené ici ? »
« Savoir ce que je vaux en tant qu'homme » dis-je simplement
Je n'avais pas envie de m'étendre sur le pourquoi de cette remise en question. Trop long, trop douloureux.
« Si tu comptes un jour te retrouver en face de l'un de ces chiens, t'es mal parti mon gars...Tu ne dois pas peser plus de 70kg, ta belle gueule d'ange ne ferait même pas peur à une gosse de 5ans »
31 janvier 2013 – 21heures – Seattle
« Comment tu te sens ? » me demanda Kellan, alors que mon regard se perdait dans la pénombre des docks
« Serein » expirais-je doucement, traversé par un sentiment de plénitude
En quatre mois de combats, c'était bien la première fois que j'avais l'âme aussi paisible.
La rencontre avec Kellan m'a permis avec certitude de concrétiser ma détermination à retrouver une force physique et mentale. Après ce premier soir, nous nous étions revus plusieurs fois. Des heures, où il m'avait prévenu que s'introduire dans ce monde où les hommes se battaient comme des chiens enragés ne devait pas relever d'une décision prise à la légère. Ce que nous avions vu lors de notre première rencontre ne reflétait en rien les grands combats qui avaient lieu une à deux fois par mois. Ceux auxquels je voulais participer. Pourtant quelque chose avait tilté en moi pendant ce premier face à face auquel j'avais participé, comme ci malgré mon émasculation, je me sentais prêt à encaisser les coups pour acquérir une certaine notoriété dans ce milieu animal. Une notoriété qui me convaincrait que j'ai retrouvé mes couilles.
Alors après avoir repoussé tous ses avertissements, il avait accepté de m'aider à prendre du poids et du muscle. Chaque matin à 04heures, il s'était pointé devant l'immeuble, s'acharnant à me joindre sur mon téléphone. Jazz ne devait pas apprendre ce que je traficotais, il ne comprendrait pas. Le premier mois a sans doute était le plus éprouvant. L'alcool, la drogue et la cigarette avaient sérieusement atteint mes fonctions respiratoires et mes capacités à tenir sur plusieurs kilomètres. D'abord contre l'idée de m'abstenir de mes deux paquets de cigarettes par jour et de mon habituelle dose d'alcool, j'avais fini par céder aux recommandations de Kellan, et cesser du jour au lendemain toutes substances nuisibles à mon entraînement. Je ne sais plus combien de fois, Kellan avait du faire face à l'irritabilité du à la privation. Mon premier face à face, alors que je n'avais prit que 5kg fut...féroce. Il m'avait fallu être alité trois semaines sur un vieux canapé chez lui pour récupérer des dizaines d'ecchymoses inscrites sur ma peau. Mon mentor avait prétexté m'envoyer dans la cage, afin que je prenne conscience réellement du défi dans lequel je m'étais engagé. Et si je lui en ai sérieusement voulu à ce connard, il avait eu raison. J'étais aveuglé par l'instant où j'arriverais à réduire en cendre ce Derek. Mon challenge personnel. Cette massue représentait la terreur de tout combattant, depuis déjà deux ans. Détruire ce connard, serait le seul moyen pour moi de confronter Jesse, le jour du procès. Envahi par un vif sentiment de faiblesse et de honte après ce premier combat, ce qui m'avait permis de faire couler deux plus de litres de sueur lors de mes entraînement fut sans aucun doute l'appel de Teddy, alors que le mois de septembre se terminait. Sortie de sa léthargie, Bella avait donné un premier signe de vie après deux mois d'internement. Signe de vie prononcé après qu'un infirmier lui ait lu « Les Hauts des Hurlevents », et plus particulièrement après qui lui ait cité les mots d'Emilie Bronte :
« Le mien, je l'aimerai malgré tout et je l'emporterai avec moi : il est dans mon âme. Et puis, ce qui me fait le plus souffrir, c'est cette prison délabrée, après tout. Il me tarde de m'échapper dans ce monde glorieux et d'y demeurer toujours, de ne plus le voir vaguement à travers mes larmes, de ne plus soupirer après lui, derrière les murailles d'un cœur endolori, mais d'être réellement avec lui et en lui »
« Il n'y a qu'une chose qui puisse effrayé mes fantômes » avait-elle dit spontanément après que l'infirmier est terminé
« Quoi ? »
« Sentir que je lutte pour ne pas m'enfoncer dans l'obscurité, j'aime Edward, j'aime ce que nous sommes et ça, ça leur fait peur »
Remis sur pieds, mes coups contre le punching-ball furent plus acharnés, mes jeux de jambes plus joueurs, mes séances d'abdos plus longues. Jesse n'était plus l'unique raison de ma nouvelle lubie, mais la sécurité de mon ange. Comme j'avais pu acquérir plus d'estime à ses yeux en mettant fin à mes addictions, reconstruire en elle un sentiment de sûreté était primordiale à sa sérénité. La thérapie devait certainement s'assurer que cela se fasse, mais elle n'en serait que plus rassurer si je ne restais plus l'homme caché sous sa capuche et ses lunettes qu'elle a connu. Elle méritait que je me démène pour la protéger. A la fin du mois d'octobre j'avais atteint le poids de 85kg et une technique de combat plus agressive, qui m'avait permis d'enchaîner 10 combats avec 7 victoires. Prenant doucement ma place dans le milieu des combats clandestins et une réputation plus retentissante, Kellan était convaincu que malgré ma courte expérience, je pouvais faire face à l'un des chiens les plus furieux. Selon ses dires, j'avais quelque chose de plus profond chez moi, qui me rendait beaucoup plus intelligent et endiablé face à mes adversaires. Malgré son soutien important qui m'avait permis d'être ici ce soir, je n'avais pas trouvé l'utilité de lui dire que rencontrer Jesse McDonald, alias l'homme le plus en vue du moment, était certainement cette blessure qu'il soupçonnait tant chez moi. Accessoirement, ma popularité amena les témoins de mes entrevues à parier plus et me permettre d'empocher plus d'argent que ne l'aurait fait ce boulot que j'avais fini par refuser dans ce lycée de Kirkland. Désireux de me défaire de mon meilleur ami et de cette obsession pathologique qu'il avait de se mêler de mes affaires, j'avais posé bagage dans un autre quartier à plusieurs kilomètres du sien. Mon compte en banque renfloué par mon passe-temps, je m'étais offert un espace plus royal que ce que j'avais habité précédemment. Pour la première fois depuis trois ans, j'occupais seul un appartement. Décidé à braver mes angoisses, je l'avais choisi ouvert, et exposé. Je ne devrais pas vivre dans la paranoïa, la crainte d'être constamment observé...Les clés en mains, je n'avais pourtant pas pu m'empêcher de refermer les stores en pleine journée, ne laissant que quelques rayons les traversaient. Je n'étais pas prêt.
Le plus rude fut malgré tout de vivre sans elle. Conscient de l'importance de sa présence pour mon bien être, celle ci ne s'exprimait jamais aussi fort que lorsque je me retrouvais deux à trois soirs par semaine dans cet appart. Les poings crispés dans le noir, la savoir en train de se battre pour guérir n'avaient plus d'importance, tout ce que je voyais c'est qu'elle n'était pas bonne pour moi. Bella Swan était un poison. Un putain de poison qui provoquait d'important dégâts psychologiques. C'était elle, continuellement.
Mes premiers pas dans la cour des grands, m'avait amené pour la première fois, il y a deux mois à l'Entrepôt. Lieu des plus impressionnantes altercations. Contrairement aux sous-sols où s'étaient passés mes précédents combats, l'entrepôt rendait l'événement plus spectaculaire. L'endroit très surveillé, les organisateurs – grandes figures d'importantes entreprises en tout genre – mettaient tout en œuvre pour attirer les curieux et les parieurs toujours plus nombreux. Je les soupçonnais d'avoir aussi des contacts avec la police, pour éviter les contrôles imprévus, qui pourraient foutre en l'air leur business illégal. Lumières, cages dignes des plus grands shows télévisés, les filles, tout y était pour vous impressionner. Tout pour me dissuader de me louper. Acharné à gagner plus de puissance, plus de regards, mon premier combat me valu le pseudonyme de Fireball, pour avoir était aussi dévastateur qu'une boule de feu et avoir défiguré et réduit à l'état de poussières les os de mon adversaire. Si aveuglé et dirigé par l'adrénaline qui coulait en quantité dans mon sang à la seconde où mon poing cogné le visage de ces connards, j'étais un prédateur perpétuellement affamé. J'avais si longtemps étouffé ma peine...chaque soir, c'était finalement tout mon être qui dégueulait sa rage, sa haine, sa tristesse. Et c'était certainement tout cette noirceur enivrante qui me rendait plus endiablé, plus vif et animal face à mon adversaire. J'avais soif de vengeance.
Mon temps énormément pris par mon objectif, Jazz et moi ne faisions que nous croiser, et pour chaque fois m'aboyer à la gueule que je restais toujours ce connard immature. Et malgré ça, je tenais à faire quelques aller retour chez lui, afin qu'il ne me soupçonne pas d'être revenu à mes ex plaisirs addictives. Focalisé sur mon but, je n'avais ni de temps pour lui, ni pour le reste de ma famille.
Alors que « Breathing » de Jazon Derulo résonnait dans l'entrepôt pour faire patienter les parieurs présents en centaine ce soir, j'esquissais un sourire à l'entente des premiers mots chantés, qui résumaient parfaitement ces six mois d'enfer.
« I only miss you when I breathing »
Dans quelques jours, elle sera de retour. Après six mois d'internement, Bella devait quitter l'institut pour préparer le procès avec son avocate. Le psychiatre avait donné son autorisation de sortie après une analyse finale de ces capacités à aborder sainement le procès. Je n'étais pas sûr que nous puissions nous voir avant le début du procès. L'associé de Calvin m'avait informé, sûrement après avoir su que je côtoyais plus intimement Bella, qu'il ne faudrait en aucun cas que nous puissions communiquer, afin de ne pas faire correspondre nos témoignages.
« Tu veux toujours pas me dire pourquoi tu t'arrêtes en si bon chemin ? » me demanda Kellan
Dans une semaine, j'avais un vol pour Phœnix. J'avais donc pris la décision que ce face à face avec Derek serait le dernier. J'avais atteint mon but. Cette nuit, je partirais avec mon honneur récupéré, je n'avais plus rien à faire ici.
« Jesse McDonald est le type qui m'a amené à vouloir que tu me coaches »
« McDonald, c'est ce type dont tout le monde parle »
« Il s'est introduit chez moi, a violé ma femme et buté mon bébé...dans quelques jours, je vais devoir témoigner avec une autre de ses victimes »
« Tu veux dire que le mec qui a torturé Phil Dwyer est aussi celui qui a buté ta famille ? » s'écria t-il surpris
« J'ai été sa première victime » dis-je avant de me tourner et de rejoindre l'entrepôt
Cette nuit, Derek Cole serait un vieux souvenir pour la centaine de spectateurs. Le sang bouillonnant à l'entente la foule de parieurs qui m'appelaient, je marchais jusqu'à la cage où s'y trouvait déjà Derek, tout en repoussant les putes qui s'accrochaient à mon cou. Ces salopes avaient toujours eu pâle figure à côté de Bella, même si elles mettaient à rude épreuve mon abstinence. Chaque minute sans elle était devenue un supplice pour mes couilles, qui viraient au bleu, me renvoyant durement à l'époque où la tension était insoutenable entre nous.
Face à Derek, ce connard aux airs suffisants me sourit fièrement, j'en fis de même, Je n'oublierais pas ses réflexions moqueuses, lorsque je l'avais rencontré il y a un mois dans un bar, pour le défier. Il avait entendu parler de moi, m'avait vu même me battre, mais selon lui je n'avais aucune chance. Prêt à l'affrontement, je fus le premier à attaquer et infliger un coup de massue sur son visage. Ce connard n'en fut étourdi que quelques secondes et je souris à cet enfoiré qui riposta violemment. Dans la seconde suivante, je lui renvoyais une missive plus assassine. Son visage s'écrasa aussitôt au sol et la foule m'encouragea avec une ferveur assourdissante. Il se releva au troisième rappel malgré quelques vertiges et nous reprîmes. Comme chaque fois, le visage de Jesse doubla celui de mon adversaire et mes poings plus meurtriers. Derek fut à terre, et moi à mon apothéose. Ce soir, j'avais des putains de couilles en or.
Les bras levés devant la foule qui m'acclamaient, j'hurlais de tout mon soul, plus que jamais certain que plus aucun chien ne m'humiliera, ni moi...ni celle qui me fusillait du regard au milieu de l'amas entassé autour d'elle.
