Trois mois...Je sais, c'est criminel ! MAIS j'ai une bonne raison : la validation de mon année. Est-il nécessaire de dire que mes études passent avant l'écriture ?
J'avoue pourtant que j'aurais du laisser une note, afin que vous ne m'abandonniez pas...*non, surtout pas s'il vous plait, j'ai besoin de vous les girls*
Je ne bavarderais pas plus longtemps. Juste pour vous dire que vos reviews postés sont juste superbes ! Vous n'imaginez pas comme vos commentaires peuvent être un sérieux moteur. Big merci les filles !
Bonne lecture. xoxo
« Tu me dis que rien ne passe
Même au bout d'un moment
Qu'un beau jour c'est une impasse
Et derrière l'océan
Que l'on garde toujours la trace
D'un amour, d'un absent
Que tu refais surface
Comme hier droit devant
Tu me dis que rien ne sert
La parole ou le temps
Qu'il faudra une vie entière
Pour un jour faire semblant
Pour regarder en arrière
Revenir en souriant
En gardant ce qu'il faut taire
Et puis faire comme avant »
Emmanuel Moire – Beau malheur
« Comment faire la différence entre les espoirs qui font franchir les montagnes et ceux qui enferment dans le passé ? Les espoirs légitimes et les espoirs sans espoir ? »
Thomas Raphael
« Comment te sens-tu ? »
Ma cigarette consumée, je la jetais près de moi avant d'en retirais une autre du paquet coincé dans mon soutien-gorge.
Parfois j'aimerais que ça soit aussi facile...
Qu'il suffise juste d'expirer pour me vider les poumons de la douleur...
Assise sur la pelouse du grand parc de la clinique, tout près de l'étang, j'y avais trouvé refuge après ma séance avec Alkyle. La patience et l'acharnement de cet homme tiraient certes fortement sur mes nerfs, mais je ne pouvais qu'applaudir son self-control, face au défi que j'étais. Apprivoiser la douleur était principalement le but de nos séances. C'était le même, voir l'unique. Je pensais l'avoir intégré, compris que je ne vivrais plus jamais sans, mais au contact de la réalité, du quotidien, les choses s'effondraient à nouveau. Je crois que mon esprit n'était tout simplement pas dupe. Je ne serais jamais plus heureuse. C'est un fait. Peu importe ce qu'on essaie de me faire croire, je ne serais plus heureuse. Mais j'essaie. Toujours. Encore et encore. Chaque matin, j'apprends à ne plus l'appeler, j'apprends à occulter la douleur et cesser de me plaindre, de pleurer dans l'ombre pour ne pas décevoir ceux qui misent tant dans ces putains d'espoirs que je leur souffle par un simple sourire que j'étire sur mes lèvres, ou des projets dont je parle avec tant de convictions. Mais je ne peux pas. Quoi que je fasse, elle rode toujours autour de moi. Je crois que je ne pleure même plus de tristesse, mais juste de fatigue. Je ne supporte plus ce que je suis, ni même les images de mon passé avant toute cette merde . Je ne supporte plus de pleurer, ni de faire semblant. Je ne supporte plus d'être seule, ni d'être si tant aimé. Je ne supporte plus ce fatalisme qui efface perpétuellement chacun de mes pas en avant. J'ai tout tenté. Personne ne peut me blâmer du contraire. J'ai fait de mon mieux pour me reconstruire. Mais je crois qu'il y a trop de débris, pas assez de colle. Trop d'espoir, pas assez de force. Je suis fatiguée. Exténuée de devoir toujours faire plus d'effort pour m'en sortir. Je ne m'en sortirais pas. Peu importe ce que j'ai cru, l'aide dont j'ai bénéficié depuis tout ce temps, je ne m'en sortirais pas. Je tourne en rond. Il va bien falloir que je finisse par choisir. Mettre fin à cette mascarade qu'est ma vie ou avancer droit devant sans me retourner. Mais je suis incapable de faire un choix. Je tourne en rond sans avoir le courage de prendre une véritable décision. Elle ne reviendra pas. Elle ne reviendra pas. Quand finirais-je par comprendre qu'elle ne reviendra pas. Tout est fini. Les gens meurent, et le monde continue toujours de tourner. Paraît-il qu'au fil des années, la douleur s'atténue. Je l'avais lu. Des tas de fois. J'ai lu tout ces textes, ces citations sur le combat d'une vie, ses espoirs. Les plus grands avaient assurés que la douleur finissait toujours par s'estomper. Avicenne affirmait que même le temps fait oublier les douleurs, qu'il éteint les vengeances, apaise la colère, et étouffe la haine alors le passé est comme s'il n'eût jamais existé.
Je ne suis pas sûre que cette bêtise s'adresse à ma condition.
Peut être l'ont-ils jamais vécu. Il n'y a qu'à lire ce qu'ils disent au sujet de la douleur. Je veux dire c'est toujours trop imagé toutes ces descriptions sur la souffrance. La douleur n'est pas ce que l'on imagine. C'est bien plus fort que le poignard dans le cœur, ou le feu qui se répand dans votre corps chaque fois que la réalité vous percute. En fait c'est bien plus douloureux que ça. Bien plus douloureux que le poignard et les flammes. La douleur c'est juste le vide. La paralysie de tout votre être face à cette absence qui vous surprend chaque matin. Le silence. Le néant. Vous ne voyez plus rien. Vous ne sentez plus rien. Juste le néant. Et cette absence de sens est bien plus agonisante que ces stupides métaphores.
Rose Kennedy a été plus lucide au sujet de la douleur. Le temps ne guérit pas les blessures. Au contraire, celles ci demeurent intactes. Avec le temps, notre esprit afin de mieux se protéger recouvre ces blessures de bandages et la douleur diminue mais elle ne disparaît jamais.
Tout ce que je peux espérer alors, c'est que la douleur ne soit plus aussi vive au fil des années...
Rien d'autre.
« Chérie »
« Alkyle m'a conseillé de ne pas consulter les infos...j'ai besoin de savoir ce qu'il se passe »
Tournée vers mon père, qui était venu pour la première fois me voir depuis que j'avais réintégré le centre. Après la décision que j'avais prise il y a un mois, j'avais immédiatement demandé au docteur Alkyle d'informer mon père. Si je voulais que mon psy taise les raisons de cette décision, je ne pouvais malgré tout cacher mon état qui ne semblait pas avoir évolué ou du moins s'être stabiliser. Au lendemain de cette nuit où j'avais sans hésité renouer avec mon addiction, je m'étais retrouvée sur le canapé long de mon psychiatre, retrouvant ces heures interminables et exténuantes d'introspection. Évidemment, j'avais évoqué dès les premières minutes l'immense colère que j'avais ressentie à la suite du compte rendu fait par les journaux télévisés au sujet du dérapage d'Edward. Furieuse, j'avais fait les cents pas dans le grand bureau d'Alkyle, pour essayer de comprendre le comportement plus que conséquent de ce qui était aujourd'hui mon ex petit ami.
Ex petit-ami...
Je m'y suis fait rapidement...
Quelques jours après mon internement, Alkyle m'avait remis une enveloppe qui contenait une lettre d'Edward. Alors qu'il énonçait le fil de notre histoire, l'importance que j'avais pris rapidement dans sa vie, je ne ressentis étrangement aucune émotion lorsqu'il évoqua notre rupture. Si j'avais annoncé celle ci sous condition, Edward voulait y mettre fin immédiatement. Déçu de comprendre que ma soif de vengeance était la seule et unique raison de ma présence encore dans ce monde.
J'avais essayé. Essayé de croire que je pouvais continuer à vivre, sans que cela ne soit omniprésent. Mais une énième fois, j'avais menti. A lui, aux autres…à moi. Je ne vivais que pour lui rendre justice. Rien d'autre. Bernée par les espoirs stupides de mes proches, j'avais cru pouvoir m'en sortir, faire cesser la douleur, et prendre enfin un nouveau départ.
Des putains de conneries !
Comment pouvais-je occulter le regard éteint de ma mère qui me poursuit inlassablement jusque dans la moindre de mes pensées !
Comment pouvais-je imaginer un seul instant que je pouvais tout simplement passer à autre chose, et vivre sans elle !
J'ai compris trop tard que je n'existais que grâce à elle…et je reste persuader aujourd'hui que je ne survivrais pas longtemps sans elle.
Si j'en voulais à Edward d'avoir faibli face à Jesse, lui foutant probablement un pied dehors, je comprenais et acceptais assez facilement que notre histoire puisse se terminer. Ce qui avait été encore impensable avant que nous abordions le procès. Nous qualifiant d'une équipe de guerriers, nous avions pensé naïvement pouvoir affronter ensemble ce fils de pute...c'était sans compter sur cette vendetta qui me rongeait les tripes. Dévorée par l'obtention d'un verdict en ma faveur, je ne pouvais accepter que celui en qui j'avais eu longtemps confiance puisse foutre en l'air ce pourquoi je survivais.
« Contrairement à la première audience, Edward a su parfaitement répondre aux questions...Il était comme impassible face aux questions de Yung, qui pourtant attaquait son mariage foireux » voulut-il me rassurer
Je ne pouvais que me réjouir finalement d'avoir agi comme je l'avais fait le mois dernier avec lui...
« As-tu vu Erika ? »
« Elle pense que Yung m'appelle à la barre, parce que je suis plus instable qu'Edward...j'imagine qu'elle veut m'entendre dire que nous avons coordonnés nos témoignages afin de faire payer un homme, peu importe qu'il soit innocent ou non...Il faut juste que quelqu'un paie pour les dégâts »
« Es-tu prête ? »
L'étais-je ?
Je n'en avais strictement aucune idée...
En sa présence, toutes mes défenses semblaient se dissoudre une à une...
« Isabella, connaissez-vous la raison de votre présence ici ? » m'interrogea Yung
« Monsieur Masen a été mon professeur au cours des mois de septembre et octobre 2011 »
« Dis le encore ! » m'ordonna Edward alors que nous fumions sur sa terrasse
L'une de ses mains retint mon visage, pour capter la moindre étincelle d'hésitation
« Il n'y a jamais rien eu entre nous » fis-je avec conviction
Cela faisait une heure que nous répétions nos témoignages. Depuis que nous savions que nous serions interrogés sur la relation que nous avions partagés à la rentrée dernière, il était primordial pour nous que nos déclarations soient en accord. Savoir ce que nous pouvions révéler sans que cela ne nous porte préjudice.
« Pouvez-vous nous parler de la relation que vous entreteniez ? »
« La relation ? » feintais-je la surprise
« Pas de nuits passées ensemble » souffla t-il contre mes lèvres
J'étais dingue de cette putain de force qu'il dégageait parfois. Je crochetais son tee-shirt pour le garder contre moi.
« Pas le moindre sentiment pour ta petite gueule d'ange »
« Tu n'étais qu'une de ces petites pétasses de lycéennes qui jouent les rebelles »
« Et tu n'étais qu'un connard de prof que je détestais par dessus tout »
« J'étais trop aveuglée par ma propre personne pour lever les yeux, et comprendre que je n'étais pas la seule victime d'un massacre...monsieur Masen était mon professeur de philosophie, une fois son cours terminé, il faisait sa vie, je faisais la mienne »
« Je t'aime »
« Je t'aime » répétais-je avant qu'il ne me transporte jusqu'à sa chambre
« J'ai sincèrement du mal à croire que monsieur Masen et vous n'avez échanger aucun mot à propos des drames auxquels vous avez participé. » se moqua cette salope
« Si ça avait été le cas, si j'avais fini par savoir que mon professeur et moi partagions le même secret...Pensez bien que je danserais sur la tombe du fils de pute que vous défendez »
C'est une promesse ...
« Elle ne reviendra pas » dit calmement Teddy, assis près de moi
« Je sais » rejetais-je la fumée de la dix-septième cigarette que je consumais
Les yeux rivés sur le lac de la clinique, je le sentis pour la première fois abandonné.
M'abandonner.
« Charlie a besoin de toi »
« Je sais »
« Tu ne peux alors tout simplement pas baisser les bras »
« Je sais »
Furieux, il se leva brutalement pour cogner son poing contre l'arbre. Il n'en ressentit aucune douleur.
« Cesse de feindre ce détachement » cria t-il presque avant de se reprendre pour poursuivre. « Sinon tu ne serais plus ici depuis bien longtemps, tu dois continuer à… »
Lassée par ce discours moralisateur et plus que fatiguant, je me relevais à mon tour pour lui faire face.
« Tu es ici parce que je l'ai voulu, je peux appeler un infirmier et te renvoyer immédiatement si tu es venu pour me donner un de tes énièmes sermon merdiques ! »
Quelques jours après cette nuit où nous avions discutés des heures sur la pelouse d'une des résidences qui se trouvaient près de la mienne, des photos de nous étaient parues. Notre proximité bien plus que gênante vis-à-vis de son rôle, le juge avait décidé de le renvoyer de ses fonctions, récoltant au passage un avertissement. Furieuse de cette décision, Teddy était resté malgré tout à mes côtés.
« Tu ne sais plus ce que tu dis Bella »
Bella. Jamais il n'avait utilisé mon diminutif. C'était toujours Swan. Pour je ne sais quelle raison, il s'était impliqué dans ma vie comme il ne l'avait jamais fait avec un autre jeune. Depuis un an et demi, il était devenu mon ombre. Peu à peu il était sorti de ses fonctions, devenant peu à peu une partie intégrante de ma vie. Si j'avais toujours refusé l'autorité, j'appréciais malgré tout l'avoir à mes côtés.
Cet enfoiré de juge m'avait sous la tutelle d'une salope frigide qui avait obligé son supérieur à me faire interner à la demande d'un tiers. Je ne supporterais pas indéfiniment qu'on prenne les décisions à ma place.
Ces fils de pute ne m'enlèverait pas le peu de contrôle que j'avais sur ma vie !
« Et c'est ça le problème, ne vois-tu pas comme je suis épuisée de ne plus être maîtresse de mes propres putains d'émotions Teddy…je suis littéralement épuisée d'être constamment en train de devoir lutter contre ce que je suis devenue »
« Tu abandonnes bien avant que le verdict soit donné »
« Et quoi après ! »
Cet optimisme commençait sérieusement à me taper sur le système !
« J'oublie comme par magie ce que j'ai vu, ce qui me hante…ce qui est train de me tuer malgré les efforts insurmontables que je fais pour m'en sortir…Je suis folle Teddy, complètement folle à lier…je ne sortirais pas d'ici, parce que je suis considérée comme un danger public, je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux…Plus je me débats et plus je m'enfonce Teddy ! »
« Tu ne peux pas dire ça » coinça t-il subitement mon visage entre ses mains
Son regard ne fut jamais aussi désespéré que ce matin. Jamais aussi…amoureux.
« Je…je » hésita t-il un instant
« Recule Teddy, ne fais pas comme Ed, fais marche arrière et abandonne avant que ta vie se confonde avec la mienne »
« Tu sais que c'est déjà trop tard…Tu l'as dit toi-même, tu possède des forces qui nous attirent inlassablement vers toi »
« Je suis égoïste…je me fiche de vous être précieuse, j'ai rejeté Ed sans avoir aucune once de regret, vous n'êtes pas primordial à mon existence »
« Parce que tu refuses de voir devant »
« Parce que je suis irrémédiablement attiré par elle »
« Je te ferais sortir d'ici, si tu me le demandais, si tu retrouvais cette rage que j'ai vu naître l'année dernière »
« Je ne l'ai jamais eu…je voulais simplement faire du mal à mon petit ami parce qu'il s'en sortait mieux que moi »
« Parce que tu voulais t'en sortir »
« Dégages Teddy…maintenant ! Tires toi de ma vie parce que je n'en aurais rien à faire de ton cul, je t'abandonnerais sans même regretter…Alors tire toi de ma vie ! » dis-je durement, mais avec un certain calme
« Des cauchemars ? »
« Je n'ai pas pu fermer l'œil »
« N'avez-vous pas pu ou n'avez-vous pas préféré ? »
« Qu'est ce que ça change ? Au final, je ne dors pas »
« Des hallucinations ? »
« Les infirmiers ont certainement du vous en parler, si ça avait été le cas »
« J'aimerais que vous m'en parliez vous-même…il est très important que vous sachiez lorsque vous êtes en contact avec la réalité ou que vous vous sentiez encore persécuter »
« Je ne sens plus la présence Jesse à mes côtés si c'est ce que vous me demander »
« Qu'en est-il des voix ? »
Vaincue, je baissais les yeux sur mes mains qui trituraient mes manches.
« Bella ? »
« Elle…je…je l'entends toujours » avouais-je, le regard instantanément baigné dans mon chagrin
Ça ne cesserait jamais...
« Suivez-vous toujours mes prescriptions médicales ? »
« Vous vous foutez de ma gueule ?! Ces chiens que vous employez sont carrément prêts à foutre leurs pattes dans ma bouche pour vérifier que j'ai avalé vos foutus cachés »
« Vous et moi savons très bien que vous êtes doués pour dissimuler ces pilules »
« Vos médocs m'abrutissent…je veux pouvoir être pleinement consciente cette après-midi »
Une fois encore, la cure thérapeutique avait été éprouvante, tant émotionnellement que physiquement. Les terreurs nocturnes étaient réapparues. Lassé par le traitement médicamenteux de la thérapie, j'avais demandé à Alkyle d'interrompre mes prescriptions.
Quelque chose en moi, me poussait à affronter la souffrance
Affronter cela comme les premiers jours de désintox...
Sentir la douleur me dévorer de l'intérieur
J'avais besoin de sentir que j'évoluais, que la douleur purifiait doucement mon âme.
« De l'appréhension ? »
« Beaucoup »
« Qu'est ce qui vous effraie ? Le face à face ? L'interrogatoire ? »
« De ne pas savoir mettre des mots sur ce qui s'est passé »
« Nous savons tous que cela est impossible »
« Que suis-je censé faire alors, si je suis incapable d'exprimer ce que j'ai vu, ce que j'ai ressenti ? »
« Laissez vous simplement aller Bella...je suis certain que les jurés sauront se rendre compte de ce que vous avez du supporter »
« Je ne suis plus sûre que me tenir à distance était une bonne idée »
« Prendre la décision de vous faire à nouveau interner après cette rechute est une preuve de courage
Isabella, et une excellente idée...Aujourd'hui, vous devez absolument vous concentrer sur vous même, affronter enfin vos peurs et vos inquiétudes...Il est indispensable que vous réussissiez à surmonter cette étape afin de progresser dans le contrôle de vos émotions »
Ces encouragements mettant fin à notre séance, je le saluais pour rejoindre ma chambre où m'attendaient Chlo, Elena et Lola. J'avais accepté leurs seules présences. Sans raison évidente, j'avais besoin d'être seule. Pas de questions, ni de regards accusateurs ou de mots inutiles pour combler le silence. J'avais simplement besoin de mon équipe experte en image pour paraître humaine face aux jurés. Jouer sur mon jeune âge était encore la bonne stratégie à utiliser. Mon visage de poupon pouvait jouer en ma faveur et ainsi peut être me sauver des préjudices jusqu'alors créer.
Chloé avait donc décidé de lisser soigneusement mes cheveux, avant de les relever dans une longue queue de cheval. A ma demande. Je ne voulais en aucun cas me cacher derrière mes longues mèches pour me sauver de son emprise. Pour la seconde fois, j'allais faire mon apparition au tribunal, et je regrettais de ne pas avoir pu assister à l'ensemble du procès. Peut être que cela m'aurait immunisé de toute cette angoisse qui me glaçait le sang.
Je choisis d'attendre hors de la salle d'audience. Un gardien m'appellerait lorsque mon tour viendrait de témoigner.
J'avais besoin de rassembler ou au moins prétendre à un sang froid inouï. Je préférais rester seule. Lassée des éternels encouragements de mes proches. Je décidais de rejoindre les toilettes une dernière fois. Espérant pouvoir me vider les tripes de mon angoisse. Penchée au dessus de la cuvette, rien ne vint et me foutre les doigts au fond de la gorge ne m'aida pas non plus. Abrutie par le stress, j'avais l'impression que vomir encore et encore était pour moi la seule façon de me vider totalement de cette angoisse. J'étais tétanisée par la peur. Terrifiée par les souvenirs que j'aurais à rappeler. Je n'allais simplement pas témoigner, discuter de ce que j'ai vu sans être épargner par les images. Je sais qu'à l'instant où Erika me demandera de détailler notre dernière soirée ensemble, je serais assaillie par les photos, les voix, les cris...la douleur, le manque, l'absence. La réalité.
Le grincement de la porte résonna et je me relevais aussi vite pour ne pas être vu en plein dilemme. Face à cette putain d'angoisse insoutenable, j'hésitais encore à fuir le tribunal. Ce procès ne m'apportera que des emmerdes. Maintenant que la police avait retrouvé ce fils de pute, j'aurais certainement plus de facilités pour l'atteindre, et mettre à exécution des mois de fantasmes. Debout, je fus plus que surprise de me retrouver en face de mon ex petit-ami. Comme la dernière fois que nous nous étions vus dans ce tribunal, il était entièrement vêtu de noir.
« Comment ça se passe là dedans ? » finis-je par demander, simplement pour dire quelque chose
J'avais besoin de dire quelque chose, pour me détourner de la déception que laissait couler son regard. L'angoisse causée par l'heure qui suivrait ne m'immunisa pas du crève-cœur que fut son regard à cet instant, de cette distance glaciale qu'il imposa entre nous.
C'était de ma faute…
C'était de ma faute. Mais je ne devais pas oublier que j'avais vécu jusqu'ici juste pour lui rendre justice. Et non pas pour profiter des joies, des illusions, de la passion engendré par mon premier amour.
Elle passait avant tout, quoi qu'il m'en coûte…
« Calvin rappelle les faits »
"Ok"
Il ne dit rien pendant une longue minute, se contentant simplement de me regarder. Il y a encore quelques semaines, j'arrivai à éclairer son regard. Déchirée par la peine qui en ressortit, je me tournais finalement vers les grandes glaces de la pièce, terriblement mal à l'aise.
« Il n'a aucun pouvoir, ce fils de pute n'est rien d'autre qu'un gamin narcissique qui pense avoir plein droit sur la vie…Il joue avec nos faiblesses parce que nous sommes persuadés qu'il est capable de s'immiscer en nous, mais ce n'est pas le cas…Affronte le, j'ai compris que c'était le meilleur moyen de le déstabiliser…N'aie pas peur de pleurer, peu importe à quel point tu te sens vulnérable devant lui, le jury aura pitié de toi » dit-il, la voix neutre
Il savait que je détestais ça. Faire pitié. Mais il voulait m'aider ou m'atteindre. Malgré ses conseils, je sentais dans ce détachement une manière de me faire du mal. En dépit de notre dernière conversation, et de notre rupture, chaque cellule de mon corps me hurlaient de me jeter dans ses bras. J'avais besoin de ses bras. J'en avais toujours eu besoin. Il incarnait ma cellule de crise, cette bulle où j'étais soudainement anesthésié de la douleur.
« J'ai… »
Il me tourna le dos avant que je n'ai pu réellement commencé à me plaindre de l'immense boule dans la gorge, qui pourrait m'handicaper au moment de témoigner. Une main sur la poignet de la porte, il quitta la pièce alors que je fus incapable d'émettre le moindre son pour l'arrêter.
C'était fini…
Je l'avais brisé…
« Bella »
Un stupide sourire d'encouragement sur les lèvres, Angie me prévint qu'il était à mon tour de l'affronter. Bouleversée par les cinq dernières minutes, je la suivais jusque la grande porte de la salle d'audience. Figée devant celle ci, j'inspirais profondément.
« Aide moi maman, je t'en supplie » marmonnais-je avant de pousser la porte.
Tous les regards tournés vers moi, j'avançais étonnement avec assurance. Tout à coup certaine que j'arriverais à mes fins, malgré tout je fus gênée par le bruit de mes talons qui résonnaient trop fort, j'eus le désagréable sentiment d'aller à la chaise électrique. Et je compris que l'appel des souvenirs provoqueraient une douleur identique.
« Mademoiselle Swan, veuillez vous asseoir à la barre » me pria le juge
J'aimerais dire quelque chose avant de commencer...si vous me le permettez » relevais-je la tête vers le juge un bref instant, avant de retrouver le regard noir de Jesse
« Nous vous écoutons mademoiselle Swan »
Le cœur supportant mal la frénésie suffocante, j'attrapais mon pendentif.
« Toi et moi savons ce que tu as fait » fis-je après une longue minute de silence. « Je ne suis pas là pour déclencher chez toi un quelconque sentiment de regret ou de culpabilité, je sais que les animaux en sont dépourvus...Je ne sais pas pourquoi, ni comment il a fallu que tu me les enlèves, j'ai essayé...de te chercher des raisons, me dire qu'on a probablement du de t'infliger des souffrances identiques à celles que tu as exécutés, mais ce n'est pas vrai...Ils ne pourront jamais déceler ce que je vois quand je te regarde » pointais-je brièvement le jury. « Et je dois bien avouer que je suis terrifiée à l'idée que ça puisse t'avantager...Je ne suis pas là non plus pour te faire pitié, ni pour te montrer jusqu'où tes actes m'ont mené, même si ton regard me hurle que tu le sais déjà...Je suis plus forte que toi, je n'essaie pas de m'en persuader, je le sais »
« J'ai fait des tas de choses pour disparaître...et puis j'ai réalisé réellement il n'y a que quelques mois, que je ne te donnerais pas satisfaction...Tu ne liras pas mon nom dans la presse, pas pour savoir que j'ai fini par abandonner...Peu importe la douleur, peu importe l'enfer, j'attendrais le matin où les J.T m'informeront que tu es mort »
Soulagée d'avoir de cette déclaration et du self-control dont je venais de faire preuve, je me tournais enfin vers les douze personnes qui pourraient me rendre justice.
« On me demande de vous témoigner ce qu'il s'est passé cette nuit-là, pour vous convaincre que cet homme est coupable des actes qu'il a commis, je vous demande de ne pas vous fiez aux apparences, vous pourriez faire de faux jugements »
Une fois encore un long silence plana sur la salle. Cette fois pourtant il semblait se mélanger à quelques ondes de fierté. Mon père, Angie...même Edward semblaient stupéfiés par mon courage.
« Isabella êtes vous prête ? » se posta Erika devant moi
