Chapitre 26 - Euh… comment vous expliquer ?

Les quatre septièmes années se regardèrent les uns les autres, sans rien dire, abasourdis par ce qu'ils voyaient. Rosie sentit monter la rougeur sur ses joues. Puis, brusquement, comme si elle avait été piquée par une guêpe, elle relâcha vivement la main de Sirius. Potter la regarda d'un air narquois.

Oui, il t'a bien vu tenir sa main, ça ne sert plus à rien, idiote !

Sirius brisa enfin le silence tendu.

- Salut James, Lily ! lança-t-il l'air de rien.

Quoi, salut ? s'écria Rosie dans sa tête. C'est tout ce qu'il trouve à dire ! Elle réfléchit rapidement à une excuse dans sa tête.

- On travaillait sur notre devoir sur le Felix Felicis, dit subitement Rosie, embarrassée. Et donc, Sirius est venu...

- Et tu étudiais en lui tenant la main ? s'exclama James, railleur. C'est pas plutôt des cours "particuliers" que tu lui donnais ?

Rosie rougit encore plus. Sirius posa sa main sur son épaule et la regarda, lui faisant comprendre qu'il était vain de leur mentir, puis, il s'avança vers les deux Gryffondor.

- On sort ensemble, dit Sirius d'un ton ferme.

- Quoi ? Avec Greengrass ?

Cette fois, c'était Evans qui s'était exprimée. Elle était encore plus choquée que Potter. Rosie fut légèrement crispée en entendant prononcer son nom dans la bouche de la préfète en chef. Elle y sentit du dégoût. Son ventre se noua. Elle n'aimait pas du tout comment Evans la regardait. Sa honte fut remplacée par une pointe de colère.

- Oui, mais on veut pas que ça se sache, continua Sirius d'une voix calme, essayant d'apaiser les tensions. Donc, si vous pouviez garder ça pour vous ?

- Va falloir que tu nous donnes un peu plus d'explications, Patmol, si tu veux qu'on garde ça pour nous !

Patmol ? Quel drôle de surnom...

Rosie n'eut pas vraiment le temps de s'étonner car elle ressentait principalement de la frustration. Elle n'avait pas envie de se justifier auprès de Potter l'arrogant et d'Evans Miss-je-sais-tout. En même temps, Sirius et elle avaient été imprudents et s'ils voulaient garder leur relation secrète, ils devaient s'expliquer.

- Je crois que ça va durer un moment, dit enfin Sirius, on s'assied ?

Il enjoignit Rosie à s'installer sur l'un des fauteuils devant le canapé, elle l'écouta et se plaça docilement juste en face d'Evans. Celle-ci la regardait toujours avec une pointe de sarcasme dans les yeux.

- Depuis quand vous sortez ensemble ? demanda Evans, d'une voix professorale.

- Depuis début janvier, répondit Sirius, d'un air neutre.

- Comment ? Mais pourquoi ? explosa James.

Il se sentait trahi par son meilleur ami. Sirius, sortir avec une Serpentard ? Alors qu'il détestait tellement les élèves de cette maison. Lui qui les avait toujours dénigrés depuis leur première année, lui qui avait fui ses parents venant d'une longue lignée de Serpentard pour vivre chez lui ! Ces amoureux du sang-pur ! Comment son ami avait-il pu lui mentir ?

Sirius resta silencieux, ne sachant pas par où commencer.

- Je ne comprends pas, continua James qui s'était enflammé. Franchement, Sirius, je ne te reconnais plus ! Ça fait des semaines que tu disparais sans crier gare, tu monopolises la carte qu'on a créé ensemble avec Remus et Peter, tu nous fais des cachotteries ! Et pourquoi ? Pour sortir avec elle ?

Rosie se sentit vexée par les propos de Potter. N'était-elle pas assez bien pour Sirius ? Elle ressentit de la colère mais surtout, une forme de tristesse. Il l'avait touchée là où cela faisait mal. Ses yeux se larmoyèrent mais elle s'admonesta et tenta de se recomposer un visage.

- Je sais que je te dois des explications, James, répondit Sirius, penaud. Mais voilà, ça s'est fait comme ça, sans qu'on ne puisse le planifier. Euh… comment t'expliquer pour que tu comprennes ?

- Bah explique-moi depuis le début ! s'écria son ami. Et peut-être que j'arriverai à te comprendre ! Mais pour le moment, je ne sais plus qui tu es !

Sirius se mordit la lèvre et lança un regard malheureux vers Rosie. Cette dernière n'avait pas parlé et à la vue de la réaction de Potter, ne souhaitait pas le faire. Elle n'avait pas envie de se justifier. Elle laissa donc Sirius prendre la parole, restant de marbre, et figea son visage afin de ne pas laisser transparaître ses sentiments.

- Nous nous sommes embrassés pour la première fois à la soirée d'Halloween, raconta Sirius.

Il parla d'une voix peu assurée ce qui n'était pas dans ses habitudes. Il semblait vouloir se justifier car il ne souhaitait pas perdre l'amitié de son meilleur ami.

- Je ne savais pas que c'était Rosie.

Potter sourcilla à son prénom. Rosie se sentit encore plus humiliée. Mais elle garda toujours ce visage de marbre qu'elle avait tant appris à maîtriser durant toutes ses années à Poudlard.

- Je lui avais donné un bouton de manchette qu'elle avait gardé sur elle. Et juste avant Noël, lors de la soirée de Slughorn, elle l'a fait tomber. Je l'ai ramassée. J'ai ensuite fait la relation entre elle et la fille masquée d'Halloween. Et puis, il y a eu les vacances de Noël, j'étais complètement perdu. Rosie… est à Serpentard, comme tu le sais… Euh… Mais finalement, Slughorn a décidé de notre sort à notre place : il lui a fait boire du Veritaserum.

- Et elle a avoué devant toi et le prof qu'elle t'aimait, c'est ça ? ironisa Potter comme si l'idée était absurde et enfantine.

Rosie commença à trembler. Comment pouvait-il se moquer d'elle de cette manière ? Alors que ses sentiments pour Sirius étaient sincères… Comment pouvait-il la traiter ainsi ? La colère flamba dans le creux de son ventre. Si Potter continuait, cela allait très mal se terminer. Puis, n'y tenant plus, elle décida de prendre la parole, il était temps de rabattre le caquet de ce misérable bouffeur de rat !

- Oui ! affirma-t-elle en s'agrandissant le plus possible sur son siège et en prenant une voix grondante.

Les deux Gryffondor assis en face d'elle la regardèrent enfin. Sirius semblait désolé.

- Oui, j'ai bu du Veritaserum et j'ai avoué devant le professeur Slughorn et Sirius que j'allais me marier avec Abel Nott mais que j'étais malheureuse car j'aimais un autre homme. Et cet homme, c'était Sirius.

Potter et Evans avaient sursauté quand elle avait parlé d'Abel Nott. Elle n'avait peut-être pas besoin de leur avouer ce fait mais maintenant qu'elle était partie dans sa diatribe, elle ne pouvait plus s'arrêter. Cacher des détails n'importait plus.

- Et c'est comme ça que nous sommes sortis ensemble, continua-t-elle, d'une voix agressive. On se voit en cachette depuis tout ce temps, car oui, un Gryffondor et une Serpentard, c'est loin d'être conventionnel, voire même secrètement interdit. Maintenant, si cela vous pose un problème, allez-y ! Allez le hurler à la terre entière ! Ne vous gênez pas ! Salissez mon nom ! Mais Sirius et moi n'avons pas à vous justifier nos actes ! Nous nous aimons et peu importe ce qui se passera ensuite !

Elle s'était levée pendant qu'elle parlait et termina ces mots avec un air de défi sur le visage. Elle était essoufflée. Les deux Gryffondor en face d'elle étaient restés abasourdis devant son discours et n'osaient plus dire un seul mot.

Finalement, Sirius lui toucha la main pour qu'elle se rassoie. Elle jeta un œil vers lui, il lui sourit pour l'apaiser. Subitement, son masque se fissura, les larmes lui montèrent aux yeux mais elle se retint. Elle se rassit mais vit qu'Evans la dévisageait. Cette dernière avait vu son désarroi.

- Nous n'avons pas envie de créer une polémique, dit enfin Sirius au bout de longues minutes. Nous savons que notre relation ne sera jamais bien perçue par nos deux maisons. C'est pourquoi nous vous demandons de n'en parler à personne. S'il vous plaît !

Rosie le regarda, choquée, elle n'avait pas envie qu'il les supplie.

- Je m'en fiche, Sirius, lui dit-elle, avec véhémence, la gorge serrée. Si ça doit se savoir, que ça se sache, j'en ai marre de cette mascarade de toute façon.

- Non, Rosie ! s'exclama Sirius. Pas comme ça ! Fais leur confiance !

Il avait toujours sa main dans la sienne. Elle se calma légèrement. Evans prit enfin la parole.

- Nous ne dirons rien ! dit-elle.

- Et pourquoi tu ferais ça pour nous ? s'écria Rosie, d'un air suspicieux.

- Rosie, dans la vie, on n'agit pas toujours pour attendre quelque chose de quelqu'un, lui répondit Evans, légèrement agacée. Nous ne dirons rien et nous le ferons car nous respectons votre choix. Tu peux le comprendre ?

Rosie trembla de colère : c'était elle ou Evans était en train de lui faire la leçon ?

- Calme toi, Rosie, lui intima Sirius, sentant qu'elle perdait patience.

- Je suis encore en colère contre toi Sirius, dit Potter, la voix pleine de rancœur. Je suis ton meilleur ami, bon sang ! Tu aurais pu me le dire ! Tu me connais, jamais je ne t'aurais trahi ! Franchement, je suis juste dégoûté là !

- Je suis vraiment désolé, James, s'écria Sirius, la voix pleine de remords. La situation était déjà très complexe. Je ne voulais pas t'embarquer dans tout ça ! Excuse-moi de ne pas t'avoir fait confiance.

Potter regarda son meilleur ami. Ce dernier avait les yeux tellement implorants qu'au bout d'un certain temps, il ne put garder sa colère plus longtemps. Il soupira.

- D'accord, je te pardonne, vieux frère ! Mais franchement, ne me cache plus jamais une chose aussi importante !

Sirius sourit enfin. Il était soulagé et sans plus attendre, se leva et prit son ami dans ses bras en le remerciant.

- Ces hommes, toujours aussi sensibles ! tenta Evans, avec une pointe d'humour, en regardant Rosie.

Rosie ne sut pas comment réagir. Evans voulait vraiment faire de l'humour avec elle ? Elle tenta un demi-sourire.

- Oh détends toi un peu, Greengrass, s'exclama-t-elle brusquement.

Les deux garçons se retournèrent vers les deux filles. Rosie jeta un coup d'œil vers Sirius mais il ne pouvait pas l'aider. C'était à elle de sortir de cette situation.

- Excuse-moi… Lily… dit-elle en hésitant sur le prénom de la préfète en chef. Mais il me faudra plus de temps pour être à l'aise avec toi.

- Oh, c'est bon ! lança son interlocutrice avec un haussement d'épaules. Franchement, je comprends pas pourquoi tu me détestes autant ! Oui, je sais que je suis bien meilleure que toi en classe mais vraiment…

Rosie sursauta à ces derniers mois. Comment ça ? Evans était meilleure qu'elle ?

- Hé ! s'écria la Gryffondor. C'était juste une blague !

- Euh… ah… bredouilla Rosie.

- Sirius, va falloir vraiment que tu la détendes, sinon, je ne pourrai jamais m'entendre avec elle !

Sirius pouffa de rire. Rosie le regarda, furieuse. Lui aussi se moquait d'elle ?

- Hé oh, c'est bon, Rosie ! lui dit-il en lui souriant et en lui prenant les deux mains. C'est rien ! On rigole juste ! Il n'y a rien de personnel.

- Oui, mais vous vous moquiez de moi, répondit-elle d'une voix penaude.

- Mais non, ma chérie !

Ma chérie ?

Rosie n'eut pas le temps de réfléchir plus amplement à cet élan de tendresse car Sirius s'était agenouillé devant elle et lui prit le visage dans les mains. Puis, il l'embrassa sans faire attention aux deux autres personnes qui étaient dans la pièce. Rosie fut surprise. Elle se sentit gênée, en même temps, son baiser était réconfortant. Elle se laissa aller. Comme à chaque fois, les baisers de Sirius lui faisaient perdre la tête.

- Non, mais vous avez fini, vous deux ? s'exclama Evans, d'une voix choquée. On a compris que vous étiez ensemble, pas besoin de nous le démontrer !

Rosie recula brusquement, en entendant la pique. Ses joues étaient écarlates. Potter éclata de rire. Sirius rit aussi.

- Désolé, dit-il. Mais vous avez été jeunes aussi. Vous savez qu'on ne peut plus se retenir quand on commence. Je sais que ça fait loin pour vous, tout ça !

- Oh, je ne te permets pas, Black ! lança Evans, d'une voix de défi. James et moi sommes toujours de farouches amants ! Et ça fait pas depuis plus longtemps qu'on est ensemble.

- Juste quelques mois de plus, rectifia James.

- Oui, donc, c'est pas beaucoup plus ! s'exclama la préfète en chef.

Et sur ces derniers mots, Lily empoigna James et le força à l'embrasser. Ce dernier la laissa faire. Il semblait avoir l'habitude des éclats amoureux de sa petite amie.

Sirius rit encore plus fort. Rosie ne savait plus où se mettre. Mais elle se détendit enfin. Evans… ou plutôt… Lily ?... l'avait finalement mise à l'aise.

- Alors, vous faites comment pour vous voir ? demanda James, curieux. Tu viens ici Sirius ? C'est bizarre car je ne t'ai jamais vu.

- J'ai la carte, tu sais ! répondit Sirius, avec un grand sourire sur les lèvres. Et puis, en fait, c'est la première fois que je viens dans la chambre de Rosie.

- Quoi ? C'était votre première fois ? Aujourd'hui ? s'exclama son ami, de façon directe.

Rosie rougit. Sirius n'avait pas l'air embarrassé par les commentaires de James, étant habitué par son insatiable curiosité.

- Mais de quoi je me mêle, Cornedrue ? s'exclama-t-il, d'un air faussement indigné.

Il ne répondit pas aux questions de son ami, laissant planer le mystère. Lily s'avança vers Rosie pour lui parler.

- Je sais pour Mingletown, dit-elle franchement. J'étais là quand Slughorn lui a fait boire du Veritaserum.

Rosie se sentit embarrassée. Elle avait honte de ne pas avoir été plus forte face à la Serpentard. Rosie savait que la Gryffondor était au courant ayant été témoin de la confession de la vipère et attendait le jour où Lily lui en parlerait.

- Elle t'en a fait baver, n'est-ce pas ? continua la préfète en chef, prenant la parole à la place de Rosie, qui restait silencieuse. C'est une vraie peste, celle-là ! Elle a vraiment un problème ! Elle n'arrêtait pas de faire sa gentille fille propre sur elle quand elle était avec moi. Elle m'amadouait. Tu sais qu'elle a même pleuré devant moi ?

- Ah oui ? s'écria Rosie, surprise et ne pouvant s'empêcher de parler.

- Oui, c'était quelques semaines avant Halloween. Elle me disait qu'elle était incomprise par sa maison, qu'elle n'avait pas d'amie sincère, que tu n'arrêtais pas de la persécuter.

- Quoi ?

- Elle a dit des choses horribles sur toi ! Je ne l'ai crue qu'à moitié car ses histoires étaient totalement alambiquées et je te voyais mal faire ce qu'elle racontait. Enfin, je ne te connais pas vraiment mais je te voyais mal t'abaisser à autant d'infamies.

- Je ne l'ai jamais persécutée une seule fois ! s'exclama Rosie indignée. C'est elle qui me courait toujours après avec ses "Rosie chérie".

- Oui, je m'en suis rendue compte quand j'ai entendu son récit grâce au Veritaserum. Tu sais que le professeur Slughorn était très en colère. Je pense qu'il ne voulait que nous tester avec la potion, nous poser juste quelques questions, comme ça. Mais avec elle, il a fait durer son interrogatoire pendant au moins vingt minutes, tellement il était choqué par sa perfidie. Il l'a mise directement en détention. Elle en a pleuré ! Elle faisait vraiment pitié à voir ! Elle est même venue me présenter ses excuses en pleurnichant, quelques jours après. Du coup, je l'ai gardée comme binôme pour mon projet de potions. En revanche, je ne l'aiderai plus !

- Mingletown n'est même pas venue me voir après ça ! Je suis sûre qu'elle pense que c'est de ma faute. Pourtant, j'y suis pour rien !

- C'est pas grave, c'est juste une pauvre fille !

C'était la première fois que Rosie avait une discussion normale avec Lily Evans. Cette dernière n'avait pas l'air aussi imbue de sa personne comme Rosie avait aimé à le penser pendant toutes ces années.

- Bon et si on allait manger ? proposa James d'un air enjoué.

- Oui, j'ai trop faim, répondit Sirius.

- Mais tu as quasiment fini la tarte aux pommes, s'écria Rosie.

- Mais une tarte, ça ne nourrit pas son sorcier !

Rosie était surprise que Sirius puisse manger autant. En même temps, elle n'avait jamais réellement pris un repas avec lui. Leur pique-nique dans sa chambre avait été leur premier déjeuner.

- Allez-y en premiers ! s'exclama-t-elle, dans un soupir, se rappelant qu'elle ne pouvait pas les accompagner. Je partirai dans cinq minutes. De toute façon, je dois passer par la volière avant.

Sirius fut hésitant mais il savait qu'il ne pouvait pas se montrer, marchant à côté de la Serpentard. Il la prit dans ses bras et l'embrassa tendrement. Cette fois, James et Lily ne firent aucun commentaire. Puis, les trois Gryffondor partirent en direction de la Grande Salle.

Rosie attendit. Quand les cinq minutes furent passées, elle inspira profondément, puis, sortit à son tour et prit la direction de la volière pour envoyer le courrier à sa mère.