Chapitre 29 - La perfidie de Severus Rogue

Rogue ferma les rideaux derrière lui et se planta devant Rosie et Sirius, toujours abasourdis.

- Alors, qu'avez-vous à dire pour votre défense ? demanda le Serpentard, d'un air ironique. Et surtout, ne me racontez pas que vous ne saviez pas qui était l'un ou l'autre, je ne vous croirai pas !

Rosie fut la première à reprendre ses esprits.

- Severus, dit-elle d'une voix douce, ce n'est pas ce que tu crois. On s'est juste embrassé… comme ça !

- Comme ça ? rit Rogue, son sourire était féroce. Tu es pitoyable, Rosie ! Comme si je n'avais pas vu votre ménage ce soir !

- Quel manège ? demanda brusquement Sirius, qui avait repris ses esprits.

- Rosie a fait une gaffe quand elle a parlé de toi, Black. Je me suis demandé pourquoi elle t'appelait subitement par ton prénom. Bien sûr, elle a changé de sujet comme si de rien n'était, mais cela m'a tout de suite mis la puce à l'oreille. Et vos attitudes à tous deux ! Toi, Black, qui la dévorait des yeux ! Toi, Rosie, qui faisait tout pour attirer son attention sur cette piste de danse ! L'échauffourée devant tant de témoins ! Tout ça aurait pu passer inaperçu si je vous avais pas observé. Je t'ai simplement suivi, Black ! Tu as manqué de jugeote sur ce coup-là !

Il avait un air revanchard sur le visage, comme s'il attendait ce moment depuis des années. Il y prenait énormément de plaisir. En effet, il avait surpris l'homme qu'il haïssait le plus dans cette école en train d'embrasser celle qu'il méprisait le plus. Il savait que s'il le voulait, il pouvait les détruire. Il était aussi heureux qu'un enfant qui aurait reçu spn cadeau de Noël en avance. Maintenant, qu'allait-il faire ? Rosie tenta de le supplier.

- Severus, s'il te plait ! implora-t-elle. Ne dis rien à personne !

Rogue éclata de rire. Comme si elle pouvait lui en empêcher !

- Et puis, quoi encore ? répondit-il d'une voix sarcastique. Je n'ai rien à faire de tes supplications. D'ailleurs, je m'attendais à plus venant de toi ! Tu ne me fais même pas pitié, tu es misérable !

- Je ne te permets pas, Servilus ! lança Sirius en s'approchant de Rogue.

- Et tu vas faire quoi, Black ? Tu vas m'attaquer ? M'empêcher de parler ?

Sirius ne dit rien. Il savait qu'il était en position de faiblesse.

- On fera tout ce que tu veux, supplia Rosie. Ne dis rien s'il te plait !

- Non, Rosie, dit Sirius d'un ton ferme. On ne va pas s'abaisser à le supplier ! Ni à lui quémander quoique ce soit !

- C'est très courageux de ta part, dit Rogue d'une voix méprisante. Mais vain ! Tu es bien un Gryffondor, tu caches ta bêtise par du faux courage !

Rosie sentait que Sirius fulminait. Elle le sentit tendu, prêt à bondir sur son adversaire.

- De toute façon, rien de ce que vous me direz me fera changer d'avis, continua Rogue, un sourire carnassier sur le visage. Vous m'avez offert le plus beau cadeau ! Quand je révèlerai tout, Greengrass, tu deviendras une miséreuse dans notre Maison, personne ne voudra plus t'adresser la parole, ni ne te respectera. Et tu saliras ton nom. J'ai déjà entendu parler de ta mère, de ses convictions. Jamais elle ne te le pardonnera ! Tu deviendras la honte sur ton sang. Et toi, Black, je te laisserai regarder la déchéance de ta petite amie, elle deviendra le souffre-douleur de toute une maison, peut-être même de toute l'école et tu ne pourras rien faire ! Tu n'auras plus que ta honte et ta culpabilité de l'avoir entraînée dans ta chute.

Rosie et Sirius étaient choqués. Ils savaient que Rogue était un être qui méprisait ses camarades mais ils ne le connaissaient pas aussi perfide. Rosie commença à trembler. Ça y est ! C'était la fin ! Le moment qu'ils redoutaient le plus tous les deux. Ils ne l'avaient pas choisi, quelqu'un allait juste le leur imposer et ils devront vivre avec les conséquences. Rosie s'était sentie courageuse auparavant, prête à avouer à tous qu'elle aimait Sirius. Mais à cet instant, elle n'en était plus sûre. C'était beaucoup trop tôt.

- Je vous laisse maintenant méditer sur tout cela, finit de dire Rogue. La nouvelle arrivera peut-être demain, dans une semaine ou dans un mois. Mais elle viendra, c'est sûr. Et quand tout le monde sera au courant, je serai aux premières loges pour me délecter de votre perte à tous les deux.

Sur ces derniers mots, il les quitta les laissant seuls derrière le rideau. Rosie releva la tête vers Sirius. Celui-ci était tendu et ne disait rien. Brusquement, la tension étant trop forte, elle éclata en sanglots. Sirius se retourna enfin vers elle et la prit dans ses bras.

- Ne t'inquiète pas, la rassura-t-il. Je te protègerai. Je serai toujours là.

Rosie savait qu'elle pouvait compter sur lui mais il ne pourrait pas la protéger tout le temps. Ils y avaient longuement réfléchi, ils avaient pesé le pour et le contre mais jamais les conséquences de leurs actes n'avaient été aussi lourdes.

Les larmes de Rosie se tarirent enfin. Elle resta encore un moment dans les bras de Sirius. Ils avaient besoin de la chaleur de l'autre. Elle leva finalement la tête et parla d'une voix qui se voulait courageuse.

- Nous savions que cela allait arriver, n'est-ce pas ? Je pense que je n'aurais jamais été prête ! Donc, soit ! Que Rogue en informe toute l'école ! Je sais maintenant à quoi m'attendre. Et je n'ai aucun regret.

Sirius retira quelques mèches qui étaient tombées sur son visage et lui sécha les larmes avec ses doigts. Puis, sans dire un mot supplémentaire, il l'embrassa passionnément.

- Reste avec moi cette nuit ! lui demanda Rosie. Je ne veux plus être seule, plus jamais !

Les jours qui suivirent furent sombres pour Rosie. Elle continuait sa vie comme si de rien n'était : cours, devoirs, missions de préfète et Sirius qu'elle essayait de voir le plus possible. Tous deux ne parlèrent plus de Rogue et de ce qui allait se passer. Ils savaient juste que cela arriverait un jour mais quand ? En tout cas, Rogue ne semblait pas pressé d'annoncer la nouvelle. Il voulait sûrement se délecter de leur désarroi. Il fut déçu car ils ne montrèrent rien.

Le lendemain de la découverte, le couple en avait parlé à James et Lily. Le Gryffondor était furieux contre Rogue et avait envie d'aller lui dire ses quatre vérités mais Rosie l'en avait empêché pour ne pas envenimer encore plus la situation. Lily, quant à elle, avait pris la Serpentard dans ses bras, à la grande surprise de cette dernière. Elle lui avait assuré qu'elle la soutiendrait quoiqu'il se passerait. Rosie la remercia, le rouge aux joues, embarrassée.

- Par Merlin ! s'écria Sirius, brusquement alors qu'ils travaillaient dans l'appartement des deux préfètes quelques jours plus tard. J'ai oublié de me rendre à un duel il y a deux jours !

Sirius avait promis un duel avec l'homme qui avait osé touché Rosie pendant la soirée de Slughorn mais il avait été tellement perdu dans ses pensées qu'il avait totalement oublié. Et c'est seulement trois jours après qu'il s'en rappela.

- Un duel ? s'exclama James, surpris.

- Oui, celui que m'avait proposé un homme il y a trois jours, pour le coeur de Rosie…

Il pouffa de rire.

- Tant pis pour lui ! rit-il.

Rosie leva les yeux au ciel… Ah les hommes ! Elle capta le regard rieur de Lily et elles éclatèrent de rire ensemble, comprenant parfaitement de quoi il en retournait.

Quelques jours après la fameuse soirée, Rosie envoya un courrier à son frère Archi. Elle avait réfléchi pendant un long moment mais il était temps qu'elle prévienne son frère. Ce dernier ne devait pas apprendre la nouvelle abruptement. Elle se devait de le préparer. Il ne lui pardonnerait sûrement pas mais au moins, elle aurait tout fait pour lui montrer son affection et ses regrets.

"Mon très cher Archi,

J'espère que tout se passe bien pour toi au Ministère de la Magie.

Je t'écris aujourd'hui car malheureusement, je ne le pourrai sûrement plus dans les semaines qui viendront. Je ne peux pas t'en dire plus mais j'ai fait quelque chose de grave que nos parents, Alex et toi ne pourrez me pardonner.

Sache que je t'aime de tout mon coeur et que si j'avais eu le choix, je n'aurais pas agi comme je l'ai fait. Mais je devais être honnête avec mes propres sentiments. Je t'en ai déjà parlé à Noël. Tu sauras alors de quoi il est question.

J'espère sincèrement que tu arriveras à me pardonner un jour et que tu garderas une petite place pour moi dans ton coeur.

Ta soeur qui t'aime,

Rosie"

Elle n'attendit pas longtemps avant de recevoir une réponse alarmée de son frère.

"Ma Rosie adorée,

Mon sang s'est glacé quand j'ai lu ton message. Cela me trottait dans la tête depuis l'annulation de tes fiançailles avec Abel Nott. Mère m'a raconté ce qu'il a fait mais je me suis toujours demandé si cela n'avait pas un rapport avec ce que tu m'as avoué à Noël.

Je pense savoir ce qui va se passer et cela me fend le coeur car tu sais bien que nos parents me demanderont de couper tous liens avec toi. La décision me sera difficile à prendre.

Je t'aime énormément et tu auras toujours une place dans mon coeur.

J'espère que tu me pardonneras si je ne peux pas te suivre.

Ton frère qui t'aimera toujours,

Archi"

Rosie pleura longuement dans les bras de Sirius quand elle reçut ce courrier. Elle répondit à son frère par un simple "Merci". Tout avait été dit. Elle l'avait prévenu, il savait à quoi s'attendre et ils ne se reverraient certainement plus. Mais ils s'aimaient et même s'ils étaient dans des camps différents, leur amour était bien là et résisterait malgré tout. Cela lui redonna un semblant de réconfort et un peu plus de courage.

Les vacances de Pâques arrivèrent et finirent aussi vite qu'un claquement de doigts. Les septièmes années, ainsi que les cinquièmes années qui préparaient leur BUSE, ne pouvaient plus se permettre des moments de répit : ils révisaient à chaque instant de la journée, envahissaient la Bibliothèque, les tables de leur Salle Commune ou encore les bancs dans les jardins. Le temps s'était nettement amélioré et certains élèves qui n'avaient pas d'examens importants en fin d'année profitaient du beau soleil du mois de mai au bord du grand lac.

C'est dans cette ambiance studieuse et estivale que la révélation arriva.

Un matin, pendant que tous les élèves prenaient leur petit déjeuner, une dizaine de hiboux arrivèrent en direction des quatre tables. Ils portaient tous un parchemin qui n'était pas signé. Ceux qui le reçurent ouvrirent curieusement ce courrier. Ce qu'ils apprirent les estomaquèrent.

"Rosamund Greengrass, notre hautaine et solitaire préfète en chef adjointe, de la maison Serpentard, sort secrètement avec la honte sur son sang, Sirius Black, de la maison Gryffondor."

Certains relurent plusieurs fois le mot avant que l'information ne monte dans leur cerveau. D'autres comprirent instantanément et passèrent le courrier à leur voisin. Une Serpentard avec un Gryffondor ! En plus, pas n'importe lesquels : Rosamund Greengrass, la plus douée de sa maison, venant d'une noble famille de sang-pur, sortait avec Sirius Black, élève certes intelligent et séduisant mais qui avait humilié sa propre famille. Le brouhaha dans la Grande Halle se fit momentanément plus intense.

Rosie mangeait seule au milieu de ses camarades Serpentard lorsque le courrier arriva. Quand elle entendit des bruits de conversation plus intenses autour d'elle, elle releva la tête et regarda autour d'elle. Certains Serpentard la pointaient du doigt, d'autres la regardaient d'un air empli de mépris, d'autres de haine.

Elle regarda Mingletown et sa clique qui l'observaient les yeux brillants, le visage narquois, un grand sourire sur leurs lèvres.

Elle comprit immédiatement ce qui venait de se passer. Son pouls s'accéléra, ses poils se hérissèrent et elle sentit une sueur froide couler sur son dos. Mais elle resta digne et releva le menton de défi. Elle s'y était préparée pendant des semaines. Et la nouvelle ne lui faisait plus peur.

Néanmoins, quand elle entendit quelqu'un crier "sale traîtresse", son coeur se serra. Les professeurs qui étaient attablés et mangeaient tranquillement leur petit déjeuner relevèrent la tête. Les élèves étaient plus animés qu'à leur habitude. Certains élèves d'autres maisons s'étaient levés pour mieux regarder Rosie. Le professeur McGonagall descendit pour aller voir ce qui se passait.

Rosie voulut rester digne et décida de finir de manger son petit-déjeuner tranquillement, puis, de partir vers la Bibliothèque pour continuer à réviser. Mais elle en fut empêchée car elle reçut du porridge en plein visage. Elle ne sut pas qui lui avait envoyé de la nourriture. Les élèves autour d'elle éclatèrent de rire. Rosie ne dit rien, se débarrassa de la nourriture sur elle et se lança un Tergeo, un sort de nettoyage. Puis, elle se leva de table sachant qu'il n'était plus nécessaire de faire sa courageuse. Elle lança un regard vers la table des Gryffondor. Sirius était entouré d'une dizaine d'élèves, principalement des jeunes filles, qui lui demandaient des explications. Il semblait débordé. De toute façon, elle ne voulait pas de son aide, pas maintenant, car elle ne voulait pas devenir encore plus la risée de sa maison.

Elle se dirigea vers la sortie de la Grande Salle, en traversant la table des Serpentard. Elle tenta de ne pas écouter les insultes qui fusaient à chacun de ses pas, se concentrant le plus intensément sur la porte d'entrée. "Traîtresse à ton sang", "Sale harpie", "Honte sur ton nom"... Brusquement, elle tomba à terre, un garçon lui avait fait un croche-pied. Les élèves explosèrent de rire à nouveau. Malgré sa douleur et son genou écorché, elle se releva rapidement. Le professeur McGonagall arriva vers le lieu de l'incident.

- Que se passe-t-il, Miss Greengrass ? demanda-t-elle, inquiète.

- Ce n'est rien, professeur, répondit simplement Rosie. J'ai juste trébuché.

Le professeur plissa les yeux mais ne dit rien. Rosie continua son chemin. Personne n'osa l'insulter, ni lui faire une nouvelle crasse devant la directrice des Gryffondor. Elle put sortir de la Grande Salle et respirer enfin.

A sa grande surprise, Rogue l'attendait avec un sourire de vainqueur.

- Alors ? lui demanda-t-il. Tu as aimé ma petite fête ?

- Oui, beaucoup, Servilus, lui lança-t-elle d'un air méprisant.

- Ne joue pas la maligne avec moi ! Ce n'est pas fini. J'ai envoyé un hibou à tes parents. Tu es finie Greengrass, à jamais !

Il se retourna et partit en direction de son prochain cours. Le ventre de Rosie se tordit mais elle savait que c'était inévitable. Demain, elle allait soit recevoir une beuglante devant toute l'école, soit un courrier assassin de sa mère. En tout cas, Rogue l'avait bien dit, il était fini le temps où Rosamund Greengrass était la respectueuse, méritante et magnifique Serpentard. Elle avait trahi sa maison et sali son nom.