Chapitre 31 - La vie continue

Sirius, Lily et James firent front derrière Rosie pendant les semaines qui restèrent avant leurs ASPIC. Rosie mangeait toujours seule dans un coin de la table des Serpentard de la Grande Salle, évitant de lever un oeil vers les regards méprisants et haineux qu'on lui lançait. Regulus ne l'admirait plus comme avant et la regardait avec dégoût car elle avait osé sortir avec son frère, un être qu'il détestait plus que tout.

Pourtant, un fait incroyable se produisit. Un jour qu'elle marchait seule dans un couloir menant à son cours de Métamorphoses, trois Serpentard de 6ème année l'apostrophèrent. Il n'y avait aucun professeur en vue, juste quelques élèves qui se rendaient à leur propre cours. Ils l'arrêtèrent en lui bloquant le passage.

- Laissez-moi passer ! dit-elle d'une voix impérieuse. Elle tenta d'en bousculer un avec son épaule pour tenter de passer, mais le garçon la repoussa violemment contre le mur.

- Et la politesse, tu connais, Greengrass ? lança l'un des trois Serpentard.

- S'il vous plaît ! dit-elle en se mordant la lèvre.

- Tu es bien docile, dis donc !

Un des garçons commença à lui caresser la joue. Rosie lui frappa la main pour le repousser.

- Je me suis toujours demandé ce que ça ferait de t'avoir dans mon lit, dit-il en s'approchant un peu plus d'elle.

- Pousse-toi, Grayhurst ! s'écria-t-elle en le repoussant de ses mains.

Mais ledit Grayhurst avait attrapé ses bras et l'avait immobilisée contre le mur.

- Tu vas nous suivre bien sagement ! On t'emmène dans un endroit calme !

- Hors de question ! hurla-t-elle. Lâche-moi !

Elle tenta de lui donner un coup de pied mais n'atteignit pas son but. Elle regarda autour d'elle, malheureusement, il n'y avait plus personne dans le couloir. Elle se débattit encore plus mais le garçon avait de la force. Les deux autres garçons éclatèrent de rire voyant ses efforts vains.

Brusquement, elle entendit des pas dans le couloir. Quelqu'un arrivait. Puis, le garçon qui la retenait la lâcha subitement, se retrouvant projeter de l'autre côté du mur. Les deux autres garçons levèrent leur baguette, mais c'était déjà trop tard, ils étaient soit stupéfixiés, soit immobilisés.

Rosie était tombée à terre. Quand Regulus la releva, elle fut choquée. Elle ne pensait qu'il l'aurait sauvée de ces infâmes trolls. Son regard était plein de haine.

- Mais pourquoi… Regulus ? demanda-t-elle interloquée.

Dès que Rosie fut debout, il recula de quelques pas et fuit son regard. Il se retourna et lança :

- Je ne peux pas supporter ce genre d'attitude chez des Serpentard, même s'ils sont de ma maison, et... malgré ta trahison.

Il avait dit ses mots d'une voix pleine d'amertume.

- Regulus, je...

Mais il l'arrêta d'une main. Elle entendit d'autres bruits de pas. Elle se retourna et vit Sirius qui accourait vers elle.

- Je ne t'ai pas vu arriver en cours de Métamorphoses, lui dit-il, je m'inquiétais et je suis venu te chercher.

Il regarda autour de lui et vit les Serpentard aux pieds de Rosie et Regulus à quelques mètres d'elle. Ce dernier commençait à partir dans la direction opposée. Sirius ne comprit pas ce qui venait de se passer et voulut apostropher son frère mais Rosie l'arrêta.

- Ça va ? lui demanda-t-il, après qu'elle lui eut expliqué.

Elle hocha la tête. Sirius se retourna vers l'un des garçons qui étaient encore à terre et de rage, lui balança un coup de pied sur le visage. Ils s'enfuirent ensuite vers leur cours en commun. Rosie ne dit rien mais elle savait que le Gryffondor était hors de lui. Comment ces rustres avaient-il pu toucher à sa petite amie ? De plus, elle avait été sauvé par Regulus. Elle ne savait pas comment interpréter sa conduite. Ce dernier l'ignora ensuite, les jours qui suivirent.

Après ce fameux jour, les Gryffondor, d'un commun accord, décidèrent de l'attendre à la fin de chacun de ses cours pour l'emmener à son cours d'après. Ils demandèrent même de l'aide à leurs amis Remus et Peter. Rosie n'avait jamais plus parlé à Remus Lupin depuis le premier jour de l'école. Et elle s'excusa auprès de lui, l'air embarrassé, elle avait compris qu'elle avait été dure avec lui ce jour-là.

Ce dernier ne lui en tint pas rigueur et lui fit même un grand sourire, ce qui la perturba profondément. Comment les gens pouvaient-ils être aussi sympathiques avec elle alors qu'elle avait toujours été exécrable avec eux ?

- C'est parce que Sirius t'a choisi ! lui dit Remus, quand elle lui posa la question, un jour où il l'accompagnait pour son cours de Runes. Il ne serait jamais sorti avec toi si tu n'étais pas profondément sympathique. J'ai confiance en son jugement.

Rosie le remercia. Elle était vraiment gênée.

Ensuite, elle ne fut plus ouvertement embêtée par un seul Serpentard. Dans les couloirs, dès qu'ils la voyaient et tentaient de la bousculer, le Gryffondor qui était à ses côtés faisait bloc devant elle. Et ils partaient en l'insultant. Elle recevait beaucoup de courriers et de mots désobligeants mais décida de les remettre à Lily qui les vérifiait avant de soit les mettre au feu, soit les lui donner.

A sa grande surprise, Rosie reçut quelques lettres d'encouragement, de personnes qu'elles ne connaissaient pas mais qui avaient entendu parler de son histoire et qui la félicitaient pour son courage. Ces courriers lui réchauffaient le coeur. Même quelques élèves de Poudlard l'encourageaient, pas forcément à haute voix, mais lui souriaient ou invectivaient d'autres élèves qui salissaient son nom.

La vie à Poudlard n'était pas idéale mais elle n'était pas non plus aussi insupportable qu'elle aurait imaginé. Maintenant qu'elle pouvait afficher sa relation avec Sirius devant tout le monde, il leur était plus facile de se voir. Ils se promenaient souvent main dans la main dans les couloirs de Poudlard au grand dam des admiratrices de son petit ami.

- Tu as vraiment du succès, Sirius, lui avait-elle dit un jour.

- Pas plus qu'un autre ! avait-il répondu modeste.

- Pas du tout ! Les filles t'adorent ! Mais qui pourrait résister à un tel sourire en même temps ?

Sur ce, elle l'avait embrassé, faisant fi des gens qui les observaient.

Ils se rendaient souvent au bord du lac, pour profiter du beau temps, des livres de cours sous les bras afin de réviser tranquillement. Elle adorait ces moments. Sirius trouvait toujours un endroit calme, sans étudiants dans les environs, déposait une nappe et les victuailles qu'il avait pu récupérer auprès des elfes de maison. Ils s'installaient, mangeaient et buvaient en se racontant les dernières anecdotes. Et au bout d'un moment, Rosie sortait un de ses livres et ils révisaient ensemble des matières communes, sans toutefois oublier de s'embrasser de temps à autre.

- Bonjour, mes chers élèves, lança le professeur Slughorn, lors de leur dernier cours de double-potions. Veuillez maintenant déposer sur mon bureau un échantillon de votre potion de Felix Felicis. Vous savez qu'il est interdit d'utiliser cette potion lors d'évènements sportifs ou de concours. Donc, je vous serai gré de ne pas en subtiliser. A la fin du cours, je fouillerai avec minuties vos sacs. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en vous, mais il peut arriver qu'une petite fiole tombe par inadvertance dans les affaires d'un de mes élèves. Cela est déjà arrivé. J'étudierai avec attention toutes vos potions, et au plus méritant d'entre vous, j'offrirai une petite fiole, à la fin de vos ASPIC, pour vous féliciter de votre travail.

Les élèves étaient ravis de la nouvelle.

- Bon, aujourd'hui, cela ne sert à rien de commencer quelque chose de nouveau. Nous allons tout simplement réviser ensemble les potions qui risquent de tomber lors de votre examen.

Tous les professeurs avaient décidé, tout comme Slughorn, de faire leurs dernières révisions. Rosie se sentait plus que prête, bien que hautement stressée. Dans toutes les matières, elle n'avait reçu quasiment que des O et espérait réussir ses ASPIC avec autant de succès. Son avenir dépendait des résultats qu'elle obtiendrait : pourrait-elle devenir Médicomage comme elle l'envisageait ?

Enfin, ce fut la semaine de leurs examens. La commission qui devait venir les examiner arriva avec un jour d'avance. Rosie les regarda se diriger vers la table des professeurs avec une boule dans le ventre. Elle n'était pas la seule à ressentir le même stress. Tous les 7ème et 5ème année avaient relevé la tête et les suivaient du regard.

Elle avait reçu son planning d'examens la semaine précédente et observa le papier avec intensité. Elle commençait par les métamorphoses, théorie, puis, pratiques, ensuite, elle terminait la journée par les Runes. La journée allait être éprouvante.

Pourtant, tout se passa bien le lendemain. Elle était revenue dans ses appartements complètement exténuée, mais plutôt fière de ce qu'elle avait fait. Elle décida de réviser un peu les Sortilèges pour ses examens du lendemain. D'un commun accord avec Sirius, ils avaient décidé de dormir chacun dans leur lit pendant toute la période des examens. Quand elle se coucha dans son lit ce premier soir, elle ne put s'empêcher d'envoyer un mot au Gryffondor.

"Tu me manques."

Au bout de quelques instants, il lui répondit "Moi aussi."

Elle s'endormit profondément sans aucune mauvaise pensée cette nuit-là.

La semaine d'examens passa à une vitesse folle. Rosie se levait, prenait un rapide petit-déjeuner très tôt dans la Grande Salle. Puis, elle se rendait la première dans la Bibliothèque pour relire ses dernières notes. Après 4h d'examen théorique, elle partait prendre un rapide déjeuner sur la table des Serpentard en ne faisant attention à aucune remarque, ni insultes de ses camarades. Puis, elle passait un moment avec Sirius, dans les jardins. Ils révisaient tranquillement ensemble, sous un ciel bleu clair. Arrivait ensuite l'examen pratique. Et parfois, un examen supplémentaire pour elle.

Quand Rosie termina son examen pratique de Botanique après avoir rempoté avec succès et sans difficulté une tentacula vénéneuse, sous la surveillance rapprochée des examinateurs, elle ressortit de la serre avec un grand sourire sur les lèvres. Elle attendit Lily qui était également en train de terminer le rempotage de sa plante. Au bout de cinq minutes, la Gryffondor sortit avec un grand sourire sur les lèvres. Elles avaient toutes deux réussi leur examen de Botanique, et surtout, c'était la fin des ASPIC.

Il n'était pas encore l'heure d'aller dîner et elles avaient prévu de rejoindre les garçons au bord du lac. Ces derniers avaient terminé leurs examens la veille.

Rosie sauta dans les bras de Sirius quand elle le vit. Il la fit tourner dans ses bras puis la déposa et l'embrassa. Rosie posa ensuite sa tête sur son épaule et ils restèrent ainsi pendant de longues minutes sans que personne ne vienne les déranger.

- Alors, ce dernier examen ? Comment c'était ? lui demanda-t-il finalement.

- Ça s'est très bien passé ! répondit Rosie, heureuse. On est tombé sur des tentacula vénéneuses, plutôt difficile à rempoter mais le professeur Chourave nous avait bien préparé. Cela faisait depuis longtemps que ces plantes n'étaient pas apparues aux ASPIC et il y avait de fortes chances qu'on tombe dessus.

- Je ne doutais pas de toi, lui dit-il en lui faisant un grand sourire.

Ils allèrent s'asseoir aux côtés de Lily et James. Rosie ne sut pas comment mais les garçons avaient apporté des bieraubeurres et Sirius lui servit un grand verre. Ils trinquèrent tous ensemble.

- C'est dommage qu'on n'ait plus la carte du Maraudeur, lança James.

- Satané Rusard ! Je suis sûre qu'il attendait son coup depuis des jours ! s'exclama Sirius. De toute façon, il ne saura pas comment l'utiliser. En même temps, j'aime bien l'idée qu'elle restera à Poudlard.

- Tu crois que d'autres élèves la trouveront ? demanda Remus, légèrement inquiet, il avait suivi ses amis dans toutes leur pérégrinations nocturnes, mais n'avait jamais été franchement favorable.

- J'espère bien !

- Rosie, où vas-tu aller après Poudlard ? lui demanda Lily.

- J'irai directement chez ma tante dans les Cornouailles. Elle m'a chaleureusement invité à passer l'été avec elle. D'ailleurs, elle a proposé à Sirius de venir passer me voir.

- Oui, j'irai passer une semaine là-bas, mi-juillet, continua Sirius. Et sinon… on a quelque chose à vous dire…

Sirius se leva et demanda à Rosie de se lever également. C'était enfin le moment d'annoncer la grande nouvelle à leurs amis. Elle décida de laisser parler le Gryffondor. C'était lui le plus excité des deux, et à la base, c'était d'abord ses amis.

Les Maraudeurs ainsi que Lily les regardèrent avec perplexité. Ils se demandaient pourquoi le couple avait désormais un air sérieux sur leur visage. Sirius se racla la gorge.

- Voilà, nous avons une annonce à vous faire ! dit-il d'un ton sérieux. A la fin de cet été, nous avons décidé de nous marier !

- Quoi ?

- Comment ?

Ils étaient tous interloqués, ils ne s'attendaient pas à cela.

- Comment tu peux te marier avant moi, Patmol ? s'écria James, frustré.

- Il peut car il a fait sa demande, lui, s'exclama Lily, mi-ravie de la nouvelle, mi-déçue.

- Oui, j'ai demandé sa main à Rosie et elle a accepté, répondit Sirius.

- Je n'ai pas de bague de fiançailles à vous montrer, désolée ! dit Rosie, en leur montrant l'annulaire nu de sa main gauche.

- Je suis en train de la faire fabriquer, ça prend un peu de temps.

Il avait dit ces mots d'un air embarrassé.

- Tu sais que ce n'est pas grave ! lui chuchota Rosie à l'oreille.

Tous les élèves se levèrent et vinrent les prendre dans leur bras pour les féliciter de cette heureuse et grande nouvelle.

- Le mariage aura lieu dans les Cornouailles, s'écria Rosie, ravie de pouvoir enfin parler de son union librement avec Lily. Ma tante a généreusement proposé de le faire chez elle.

- Ta mère est au courant ? demanda prudemment la Gryffondor.

- Non, pas encore. Je sais que mes parents et mes frères ne viendront pas mais je les inviterai quand même. Ma tante Griselda ne leur parle plus. Ils ont totalement coupé les ponts avec elle et c'est à cause de moi.

- Ne t'en fais pas ! Ta tante te soutient. Je suis heureuse que tu aies quelqu'un dans ta famille qui t'aime profondément.

- Merci Lily !

Rosie hésita. Elle avait une question à poser à la préfète en chef mais ne savait pas comment la formuler. De temps en temps, même si leurs relations étaient devenues très amicales, certaines choses restaient difficiles à dire ou à demander. Elle n'était pas habituée à avoir des amis.

- Je vois que tu veux me demander quelque chose, dit Lily en voyant la Serpentard songeuse.

- Oui, répondit-elle avec un demi-sourire. Euh… en fait… je voulais savoir si tu voulais bien devenir ma demoiselle d'honneur ?

- Comment ? s'écria Lily, plus que ravie par cette nouvelle. Tu es sûre ?

- Bien sûr ! Tu m'as tellement aidé et soutenu ces derniers mois ! Je souhaite que tu sois à mes côtés pour ce grand jour !

- Alors, d'accord !

Lily la prit dans ses bras et elles rirent ensemble.

- Ma cousine, Elsa, qui a 8 ans, sera ma seconde demoiselle d'honneur, continua Rosie le coeur plus léger. On souhaite avoir deux témoins. Tu te doutes qui Sirius va demander comme garçons d'honneur.

Les deux filles regardèrent Sirius en train de blaguer avec James et Remus.

- C'est évident ! s'exclama Lily. Un mariage ! Franchement, c'est fantastique !

- C'est même inespéré !

- Moi, je trouve que c'est beau en ces temps troublés.

Elles repensèrent aux dernières nouvelles de la Gazette du Sorcier où un mage noir, Voldemort, avait encore sévi dans la région du Sussex. Il avait tué un sorcier ainsi que plusieurs moldus.

- Tu crois que James te demandera ta main bientôt ? demanda Rosie d'un air de conspiratrice.

- Maintenant que Sirius va se marier, je suis sûre qu'il le fera bientôt, répondit-elle en lui faisant un clin d'oeil. Ou sinon, je le castrerai à jamais !

- Tu serais bien embêtée si tu le faisais !

Et elles éclatèrent de rire.

- Pourquoi vous rigolez les filles ? demanda James, en s'approchant d'elles, curieux.

- Oh, Lily me faisait juste part de ses plans pour te castrer ! Très intéressant !

- Quoi ? Il avait légèrement blêmi. Qu'est-ce que j'ai fait encore ?

Lily décocha un coup d'épaule à Rosie, qui pouffa de rire.

- Mais non, mon chéri, c'est juste une blague !

Lily lui caressa tendrement la joue.

- Oui, parce que si tu le faisais vraiment, c'est toi qui serais la plus embêtée ! s'écria-t-il, indigné.

- Non, mais qu'est-ce que vous avez, tous, avec ça ?

Rosie ne put s'empêcher de s'esclaffer. Sirius vint s'installer à côté d'elle. Elle le regarda les yeux brillants. Non, elle ne s'était pas trompée : elle avait eu raison de tout quitter pour lui. Sirius avait littéralement ensoleillé sa vie sombre et solitaire. Elle s'assit contre lui collant sa tête contre la sienne, il l'entoura de ses bras et ils se laissèrent emporter par la sérénité du moment.