Lorsqu'ils arrivèrent à la frontière de la ville, ils virent Violine qui, elle aussi, partait. Il y avait aussi les cinq anciens gardes du corps du faux magicien, qui sortait de la ville. Lorsque l'elfe vit le prêtre, elle le salua :
• Hey Aurélio, comment allez-vous, cher prêtre?
• Très bien, merci, et vous?
• Ça pourrait aller mieux…
• Ah, oui? Pourquoi cela?
• Eh bien… C'est que… hésita l'elfe, en regardant les cinq hommes de main.
Le prêtre se pencha vers elle et lui murmura :
• Ne dites rien et regardez-moi dans les yeux…
• D'accord
C'est ce qu'elle fit. Pendant que l'elfe regardait le prêtre dans les yeux, ce dernier lit ses pensées. Il vit la rencontre de Monobro, la scène de la taverne, la peur qu'elle avait du faux magicien et de ses gardes du corps, l'incendie du bar et il vit aussi que les gardes du corps la suivaient. Mais, dès qu'il vit cela, il fut rejeté de la tête de l'elfe. Il lança à Monobro un regard interrogatif et sursauta en entendant sa voix dans sa tête :
« Surtout ne dit rien! Si tu veux me répondre, fais juste y penser. Ce n'est pas moi qui t'ai fait ce sale coup. Mais je soupçonne les gardes… Ils ont l'air pas mal louche… »
« Mais ça voudrait dire que les gardes la suivent et qui ne veulent pas que l'on le sache. »
• Euh… Aurélio, est-ce que vous allez bien? les interrompu Violine.
• Euh…Oui, oui… Désolé, j'étais seulement perdu dans mes pensées…
« Dis-lui que nous pouvons l'accompagner jusqu'où elle va… », suggéra Monobro.
• Euh… Violine… Où allez-vous? demanda le prêtre
• Oh… Je ne sais pas, je comptais aller dans la forêt au nord, pour voir ma famille…
• C'est drôle, nous aussi allons dans le nord… Est-ce que ça te dirait qu'on y aille ensemble?
• Euh… En fait… dit Violine, en voyant que les cinq gardes la regardaient avec un regard noir. C'est que j'ai déjà dit aux cinq hommes là-bas que j'irai avec eux…
• Ce n'est pas grave… J'ai entendu des fidèles dire que les routes ne sont pas sûres ces temps-ci… Alors, un prêtre et son fidèle ne seront pas de trop, dans une escorte… Il n'y a pas beaucoup de personnes qui oseraient attaquer un groupe contenant un prêtre…
Pour la première fois, les gardes prirent la parole :
• Oui… Ça pourrait être faisable… dit le chef des gardes, soit le plus grand.
• Alors, comme nous ferons un petit bout ensemble, faisons les présentations : moi je suis le chef des prêtres, Aurélio et voici mon compagnon : Ozvalde. Ne vous approchez pas trop de lui, c'est un lépreux.
• Moi, je m'appelle Macius, dit le plus grand des gardes.
• J'm'appelle Phibius, dit le plus costaud.
• Julius, dit le plus petit.
• Élius, dit celui qui était le plus armé.
• Darius, dit le plus gros.
• Bon et bien, ce n'est pas qu'on s'ennuie ici, à ne rien faire, mais on pourrait peut-être partir, avant de prendre racine, dit Monobro.
• Eille le lépreux, on ne t'a pas demandé ton avis, dit Macius.
• N'empêche qu'il marque un point, dit le prêtre.
• Alors, en route, dit Violine, en se sentant un peu plus en sécurité, au côté du prêtre et du son étrange compagnon.
C'est ainsi qu'un prêtre, un archange déguisé en lépreux, une elfe et cinq hommes suspects commencèrent leur route vers le nord. Chemins faisant, Violine et Aurélio parlèrent de plusieurs choses. Les gardes, quant à eux, étaient un peu à l'écart et ils se parlaient à voix basse. Monobro, lui était perdu dans ses pensées. Il essayait de percer à jour les intentions des gardes. Aussi, il essayait de savoir qui était vraiment l'elfe, en prenant part aux conversations du prêtre et de Violine. Le soir venu, après une journée de chevauchée, ponctuée de quelques arrêts pour faire boire les chevaux et pour manger, le groupe s'arrêta et monta un campement, près d'un lac. Après que le campement fut monté, Aurélio sortit une carte de son sac et la montra à Violine :
• Où allez-vous?
• À Atlas, vous savez, la ville des elfes, dans la forêt, répondit l'interpellée.
• Ah oui, j'y suis déjà allé. Alors, on peut faire tout le voyage ensemble, étant donné qu'Ozvalde et moi allons au nord de la ville, dit le prêtre, en montrant vaguement la carte. À vue de nez, il nous reste environ trois jours avant d'arriver à ton village.
• Allons-nous passer au travers des montagnes ou les contourner? demanda l'elfe.
• Moi, je dis que nous devrions passer au travers, dit Macius.
• Moi, je dirais plutôt de les contourner, dit l'archange.
• Et pourquoi? demanda Élius.
• Parce que les montagnes sont remplies de créatures nocturnes et dangereuses, lui répondit Monobro.
• Peut-être, sauf que lorsque nous étions au service du magicien, nous avons passé dans ces montagnes plusieurs fois, sans jamais avoir trop de problèmes, et d'ailleurs, ça irait plus vite si on passait au travers, dit Darius.
« Qu'est-ce que tu en penses? demanda Monobro au prêtre »
« Eh bien s'ils disent qu'ils connaissent bien les sommets… », dit le prêtre.
« Oui, mais n'oublie pas que leur ancien maître était un salaud de démon… » lui rappela Monobro
« Ouin, j'avoue… Tout bien réfléchit, on n'a qu'à faire un vote… » proposa Aurélio, tout en faisant semblant d'écouter les gardes qui vantaient leurs exploits
« Ouais, mais je ne fais pas confiance à ces cinq gardes, ils sont louches », rétorqua l'archange
« Au pire, tu n'as qu'à leur casser la gueule s'il n'adhère pas à notre itinéraire… » proposa Aurélio
• Ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha! s'exclama Monobro, à voix haute.
Tous le regardèrent sans comprendre, excepté le prêtre qui faisait semblant d'être surpris.
• Qu'est-ce qui est drôle dans ce que je viens de dire? s'offusqua le garde qui parlait.
• En fait, je n'ai pas de temps à perdre en t'écoutant… Comme tu le sais, je suis un lépreux, mais ce que tu ignores c'est qu'un lépreux peut devenir schizophrène à cause de la douleur, mentit l'archange.
• Ah… D'accord! dit Phibius. Mais, c'est qui ça la kizofénie?
• La schizophrénie, le reprit Aurélio, c'est une maladie qui fait en sorte que la personne entend des voix.
• Oui, et des fois, elles me racontent des blagues, comme tantôt, dit Monobro.
• Est-ce que l'on peut l'entendre nous aussi, question de rire un peu? demanda Violine.
• Euh… Oui, c'était… C'est trois soldats qui se préparent à la bataille. Le capitaine lance : « Allez les gars, il est temps de faire le siège ». Un autre soldat répond : « Mais capitaine… On n'est pas menuisier! ». Elle est bonne n'est-ce pas?
Toutes les sept personnes partirent à rire, mais de différentes façons. Violine ria d'un rire franc et cristallin, le prêtre rit d'un rire gras et les gardes, quant à eux, eurent un petit rire nerveux. Lorsque tous arrêtèrent de rire, les gardes continuèrent de raconter leurs exploits. Alors, se rappelant ce que le prêtre lui avait dit quelques minutes plus tôt, il demanda à tous ce qu'il préférait faire, à propos des montagnes, les contourner ou passez au travers. Les cinq gardes dirent qu'ils voulaient les traverser, Violine dit qu'elle irait là où le prêtre irait et Aurélio dit qu'il allait les contourner, par prudence. Sur ce, les gardes dirent :
• Quoique vous fassiez, nous on passera au travers! Et l'elfe…
• L'elfe, comme vous dites, a un nom et c'est Violine, intervint le prêtre.
• Viendra avec nous, dit Élius, faisant fi de ce que le prêtre avait dit.
• Euh… Tu es sourd ou juste con? Elle a dit qu'elle viendrait avec nous, dit Monobro, et elle fera ce qu'elle voudra!
• Et j'imagine que c'est un petit lépreux comme toi qui fera en sorte qu'elle le fasse? dit Darius
• Et j'imagine que si on décide de l'assommer et de l'emmener avec nous, tu vas nous arrêter? dit Macius
• En effet! dit Monobro
• Et comment comptes-tu nous arrêter? En nous tuant? demanda Julius
• Si c'est nécessaire, oui! répondit le guerrier céleste, avec un regard de défi.
Devant cette réponse, tous, excepté le prêtre, restèrent bouche bée. C'est à leur plus grand étonnement que Monobro enleva sa toge qui le cachait. Violine crut que c'était un rêve, car elle avait devant elle l'homme qui était resté seul dans la taverne, avec le magicien. Les gardes eurent un sursaut, car c'était l'homme qui les avait mis hors combats en quelques secondes et qui avait tué leur maître. Aurélio, quant à lui, eut un petit sourire.
• Comment… commença Violine
Le garde qui avait parlé en dernier l'interrompit et dit :
• J'espère que la dernière fois que tu nous as mis assommé, tu en as profité, car ça ne se reproduira pas!
• Et pourquoi pas?
• Parce que cette fois-ci, nous sommes préparés! En en plus, nous avons une arme secrète… dit Macius.
• Ouh… J'ai peur… Je crois que je vais partir en courant… se moqua Monobro.
• Tu devrais, parce que ce n'ai pas une blague… dit Élius.
• Si c'est vrai, qu'elle est cette arme mystérieuse et secrète dont je devrais si avait peur… dit l'archange.
• C'est ceci…
Joignant le geste à la parole, les cinq gardes commencèrent une transformation douteuse. Leur peau prit une texture rougeâtre et elle se durcit. Leurs yeux prirent une teinte jaune et leur pupille devint verticale. Leurs muscles se contractèrent. Suite à cette transformation, ils empoignèrent leurs armes et elles prirent feu.
• Alors, demanda un des gardes, toujours prêt à nous assommer en quelques secondes?
• Bon, je dois vous accorder raison, je ne vous assommerai pas en quelques secondes…
• Bon, je savais que tu finirais par voir notre supériorité!
• Mais, je vais plutôt vous tuer et débarrasser le monde de cinq démons inférieurs!
