Chapitre 40 - Repos forcé

Malgré son état de fatigue extrême, Rosie eut la force d'envoyer un message à Wyrma qui vint quelques heures plus tard. La guérisseuse l'examina. Son verdict fut sans appel.

- Tu as fait une fausse couche, dit-elle l'air triste.

Rosie sentit son coeur se briser, pourtant, elle n'arrivait pas à pleurer. Wyrma lui tenait la main.

- Je vais te préparer une potion pour que tu te sentes mieux.

La guérisseuse sortit de la chambre pour aller dans l'atelier de Rosie. Cette dernière décida de nettoyer tout le sang qu'elle avait mis sur les draps. Elle prit sa baguette et fit tout disparaître. Elle se sentit encore plus faible. Le sang qu'elle avait perdu lui avait pris beaucoup d'énergie. Elle se servit un verre d'eau, sa main tremblait, elle était vidée de ses forces mais elle prit le verre à deux mains et réussit à boire.

Elle ne savait quoi penser. Cela faisait deux semaines qu'elle se réjouissait d'annoncer la nouvelle à Sirius même si elle avait eu des doutes mais finalement, elle n'avait pas eu le temps de lui dire, le destin ayant décidé à sa place. Ce dernier était parti sans rien lui expliquer. Elle détestait de plus en plus cette situation : Sirius était dans l'Ordre du Phénix, elle ne savait rien de ce qui s'y passait et elle stressait pour lui. Elle n'était jamais détendue. Elle avait sûrement fait une fausse couche à cause de toute cette tension.

Wyrma revint dans la chambre avec une tasse à la main.

- Bois ça, lui dit-elle. Cela te redonnera de l'énergie. Tu as perdu beaucoup de sang et tu es aussi blanche qu'un fantôme.

Rosie prit le verre et le but. La boisson était très amère mais dès que le liquide coula le long de son oesophage, elle ressentit immédiatement une chaleur l'envelopper. Elle reprit immédiatement des couleurs, ses épaules se détendirent, elle se sentit somnolente.

- Où est Sirius ? lui demanda Wyrma.

- Il est reparti en mission, répondit-elle simplement.

- Tu… lui avais dit ?

- Non, je n'ai pas eu le temps.

La guérisseuse soupira.

- Je vais envoyer un hibou à ta tante, dit-elle. Tu ne peux pas rester toute seule. Tu es encore faible.

- Je peux me débrouiller seule, s'exclama Rosie d'un air fier.

- Je sais que tu peux te débrouiller seule mais en tant que ton médicomage, je ne souhaite pas que tu sois seule. Tu es encore faible, tu as besoin de repos pendant quelques jours et je préfèrerais que tu ne passes pas ces jours sans personne à tes côtés. S'il t'arrivait quelque chose ?

- Vraiment, ce n'est pas nécessaire, souffla Rosie.

- Je vais quand même écrire à ta tante.

Rosie ne dit plus rien, elle n'avait plus la force de discuter avec Wyrma. Elle se sentit soudain très fatiguée.

- Finis ton verre et repose-toi, je m'occupe de tout !

Rosie se força à boire le reste de la boisson, puis s'allongea dans son lit. Elle s'endormit sans s'en rendre compte.

Elle fut réveillée quelques heures plus tard par des voix.

- Merci Wyrma d'être restée auprès d'elle, dit une voix.

- Je vous en prie, Griselda, dit la guérisseuse.

- Comment va-t-elle ? demanda sa tante.

- Elle va bien mais elle a besoin de repos, elle est très fatiguée.

Rosie ouvrit les yeux et vit une tête blonde aux yeux noirs qui la regardait avec intensité.

- Bonjour Elsa ! lança-t-elle à l'attention de sa cousine.

Elsa lui sourit et se blottit dans ses bras. Sa chaleur était réconfortante.

- Elsa, dit sa tante d'une voix sévère, n'embêtez pas Rosie. Elle a besoin de repos.

- Non, ça va, ma tante, dit Rosie d'une voix croassante. Elsa peut rester comme ça avec moi, ça ne me dérange pas.

Elle entendit sa tante souffler d'exaspération.

- Vous pouvez partir maintenant Wyrma, dit Tante Griselda à l'attention de la guérisseuse, je m'occupe de tout.

Rosie entendit des pas. Elle n'eut pas la force de tourner la tête et de remercier son amie. Elle la remercierait plus tard, quand elle serait plus en forme. Sa tante revint et se rapprocha de son lit.

- Comment allez-vous ma chère ? lui demanda-t-elle, en s'asseyant sur le rebord du lit, à l'opposé de sa fille qui était toujours blottie dans les bras de sa cousine.

- Je vais bien ma tante. Vous n'auriez pas dû venir.

- Je n'allais quand même pas vous laisser toute seule, d'autant plus que Sirius n'est pas là.

Griselda avait pris un ton amer que Rosie perçut.

- N'en veuillez pas trop à Sirius, dit-elle. Il n'était pas au courant et il a eu une urgence pour son travail.

- Vraiment, je ne comprends pas pourquoi il n'est pas là, ne pouvait-il pas être prévenu ? Et puis c'est quoi ce travail ?

- Non, il ne peut pas être dérangé. Son travail est important.

Sa tante était exaspérée. Elle ne comprenait pas l'absence du mari de sa nièce mais ne dit rien de plus.

- Il faudra que vous buviez toutes les huit heures la potion qu'a préparé Wyrma pour vous. En attendant, je vais vous préparer un bon repas, vous avez besoin de reprendre des forces. Je resterai le temps qu'il faudra !

- Mais vous n'allez quand même pas rester ici ! s'écria Rosie. Et oncle Otto ? Et vos restaurants ?

- Ne vous inquiétez pas pour votre oncle, dit Griselda en riant, il peut bien s'occuper de lui-même quelques jours. Ma cuisine lui manquera certainement mais Glass sait très bien cuisiner. Et puis, pour mes restaurants…

Elle hésita un peu.

- J'ai dû fermer tous les restaurants que j'avais en Grande-Bretagne, c'était bien trop dangereux de les maintenir ouverts.

- Vraiment ? s'exclama Rosie, triste pour sa tante.

- Oui, Vous-Savez-Qui a fait fuir la plupart des mes clients. Plus personne n'ose sortir pour dîner quelque part, les gens restent calfeutrés chez eux. Heureusement, il me reste mes restaurants à l'étranger qui marchent toujours.

- C'est tellement triste. Je veux dire, vous avez même fermé votre premier restaurant dans le quartier de Soho ?

- Oui. Mais ne vous inquiétez pas pour ça pour l'instant. Je vais vous préparer à manger et je m'occuperai de vous pendant quelques jours. Elsa, si elle ne vous embête pas trop, pourra vous tenir compagnie quand vous vous ennuierez.

- Elsa ne m'ennuie jamais !

- Oh, vous ne savez pas encore ce qu'elle vous a préparé, à votre place, je ne dirai pas ça.

- Mère, vous savez que je vous ai entendu ! lança Elsa qui avait relevé la tête d'un air mécontent.

- Oui oui, allez je vous laisse.

Sur ces mots, Griselda sortit de la chambre de Rosie en refermant la porte derrière elle.

- Mère dit n'importe quoi, s'écria la petite fille. J'ai juste amené mes poupées pour qu'on puisse leur créer des vêtements. Sais-tu tricoter ?

- Non, pas du tout !

- Je vais t'apprendre.

Elsa apporta une petite valise qui était posée dans un coin de la chambre et sortit tout son attirail. Rosie était émerveillée par les talents de sa nièce. Depuis qu'elle était petite, Elsa aimait créer de ses propres mains : une année, elle s'était passionnée dans la décoration de pots de fleurs, une autre dans la création de bijoux en plastique, et maintenant, elle créait des petits vêtements pour ses poupées, en laine, en tissus ou même en papier. Elle prenait tout ce qui lui tombait sous la main et créait des vêtements, certes ,un peu trop originaux au goût de Rosie mais elle laissait sa cousine faire tourner son imagination. Si elle avait envie de mélanger du vert avec de l'orange, soit ! Elsa lui donna une paire de petites aiguilles et de la laine et lui apprit à monter des mailles et à tricoter une mini-écharpe.

Ces quelques jours avec sa tante et sa cousine furent très reposants pour Rosie. Elle se levait chaque matin en mangeant un petit-déjeuner copieux préparé par sa tante, puis, elles sortaient s'occuper du jardin et de la verrière où Rosie avait planté des fruits, des légumes et des plantes pour ses potions. Puis, sa tante s'occupait du déjeuner, pendant que Rosie aidait Elsa dans ses devoirs. Elles mangeaient ensuite. L'après-midi, soit elles continuaient à s'occuper du jardin, soit elles trouvaient d'autres activités, comme lire, peindre ou encore redécorer les pièces de la maison. Le soir, elles soupaient tranquillement et discutaient souvent devant un feu de cheminée. Sa tante ne lui posa plus aucune question sur Sirius. Mais elles discutaient de tout : du travail de Rosie, des nouveaux décès, de la famille Greengrass ou Black, de Voldemort…

- Avec Otto, nous avons décidé de déménager en France, lui dit sa tante, le dernier soir.

- En France ?

- Oui, nous pensons qu'il est dangereux de rester ici vu ce qui s'y passe en ce moment. Nous avons peur pour nous et surtout pour Elsa. De plus, nous voulons partir tant qu'il est encore temps.

- Vous pensez que cela va empirer ?

- Je n'ai pas envie de voir cela arriver et que ce soit trop tard pour nous.

Griselda resta silencieuse quelques instants, puis se décida à parler.

- Peut-être devriez-vous partir avec nous, Rosie ?

- Comment ? Mais je ne peux pas, il y a Sirius…

- Sirius n'est quasiment jamais là. J'ai vraiment peur pour vous. Je ne comprends pas comment il peut vous laisser seule tout ce temps sans prendre de vos nouvelles. C'est insensé. Vous seriez beaucoup plus en sécurité avec nous. Il pourrait venir vous voir en France…

- Vous dites vous-même que cela risque d'empirer. Si je pars, et que la situation dégénère, Sirius ne pourra jamais me rejoindre ! De plus, mon travail de guérisseuse…

- Vous pourrez travailler en France, ce n'est pas un problème.

Rosie se sentit brusquement triste.

- Je ne peux malheureusement pas aller en France. Vous savez très bien pourquoi. Même si Sirius n'est pas présent tout le temps, c'est le seul endroit sûr que nous avons tous les deux. Il est hors de question que je me sépare de lui.

- Je savais que vous me diriez cela. Mais il fallait que je vous propose une alternative, au cas où. Cela m'attriste et je m'inquièterai beaucoup pour vous. En tout cas, ma porte vous sera toujours ouverte ! Dès que nous aurons finalisé notre départ, je vous donnerai les détails, au cas où…

Rosie prit sa tante dans ses bras. Elle n'avait pas envie qu'elle parte mais elle la comprenait totalement.

Le lendemain matin, sa tante et sa cousine partirent. Rosie reprit le travail. Elle fût si déprimée pendant plusieurs jours que Christopher, son tuteur, vint la voir un midi.

- Viens, on va aller déjeuner quelque part ! Ça nous changera les idées !

Rosie, surprise, accepta et ils atterrirent dans une petite sandwicherie moldue qui avait quelques tables pour les clients. Ils commandèrent des sandwichs et des boissons et s'installèrent au fond de la salle qui n'était pas bondée.

- Pourquoi m'as-tu invité ici ? demanda enfin Rosie, entre deux bouchées de sandwich au poulet au curry.

- Je voulais savoir comment tu allais, répondit Christopher en reposant son verre de jus d'orange. Tu es vraiment déprimée depuis que tu es rentrée de ton arrêt. Que s'est-il passé ?

- Je n'ai pas vraiment envie d'en parler, dit Rosie, d'un air triste.

Christopher soupira.

- Tu sais que tu peux tout me dire ! Oui, je sais, je suis ton tuteur, mais je crois qu'on a largement passé ce stade, n'est-ce pas ? S'il y a quelque chose qui te tracasse, peut-être pourrai-je t'aider ?

- Je ne suis pas sûre, non, dit Rosie d'un air dépité.

- Mais peut-être que si ! En tout cas, cela ne te coûte rien !

Rosie l'observa. Seules Wyrma et sa tante savaient qu'elle avait fait une fausse couche. Même Sirius n'était pas au courant. Pourquoi le dirait-elle à Christopher ? Pourtant, il paraissait sincère et il s'avérait être de bons conseils. Et c'était un bon guérisseur. Rosie s'inclina.

- J'ai fait une fausse couche, lui dit-elle, d'une voix faible. J'étais à six semaines. J'ai perdu beaucoup de sang. Mais j'ai réussi à prévenir Wyrma, qui est venue rapidement et m'a soigné.

- C'était ta première fausse couche ? demanda Christopher.

- Oui.

- Quelles étaient les symptômes ?

Christopher avait pris son ton de professionnel.

- J'étais allongée sur le canapé. Je… pleurais… dit-elle d'un air hésitant. Subitement, j'ai senti des crampes très douloureuses au niveau de mon bas-ventre. Puis, du sang a coulé. Cela a duré longtemps. Heureusement, j'avais encore la force de me traîner jusqu'à mon hibou Malcom pour qu'il envoie un mot pour Wyrma. Cette dernière m'a trouvé dans le salon.

- As-tu subi un choc auparavant ? Ou un stress ?

- Euh… ce n'était pas vraiment un choc… Sirius a dû partir ce jour-là pour une urgence à son travail, alors qu'il venait à peine d'arriver. C'était… pour cette raison que je pleurais.

- Tu dormais plutôt bien ? Je veux dire avant que ça se passe.

- Plus ou moins bien. J'avoue, en ce moment, je ne dors plus que d'un seul oeil. Mais qui dormirait bien avec ce qui se passe actuellement !

- Oui, c'est vrai. Est-ce que je pourrai t'ausculter quand on sera de retour au bureau ?

- Mais pourquoi ? Wyrma m'a déjà auscultée, ce n'est pas nécessaire.

- C'est vrai… mais j'aimerais quand même t'ausculter, si tu le permets. Cela m'est arrivé plusieurs fois d'avoir des femmes enceintes comme patientes, cela ne te coûte rien d'avoir un second avis.

Rosie soupira et accepta sa proposition. Revenus à l'hôpital, Christopher l'emmena dans son cabinet et elle s'allongea sur sa table de consultation, en sous-vêtements. Christopher lui prit sa tension, écouta son coeur, posa ses mains sur son ventre, lança quelques incantations sur son corps. Puis, il lui demanda de se rhabiller.

- Je pense que tu vas bien, d'une manière générale, lui dit-il. Néanmoins, je trouve que la partie basse de ton corps semble "déconnectée" du haut de ton corps. Ne me demande pas comment je le sais, c'est quelque chose que je ressens. Ton bas-ventre semble… "opaque".

Rosie le regarda, surprise. Elle ne savait pas comment prendre son diagnostic. Christopher sortit un parchemin, écrivit quelques mots, le plia et le lui tendit.

- Ce sont les coordonnées d'une guérisseuse sage-femme qui est partie à la retraite depuis cinq ans, dit-il. Elle ne travaille plus mais de temps en temps, elle donne des conseils aux femmes qui peuvent avoir des difficultés pour enfanter. Elle a souvent eu des retours positifs. Je pense que ce serait intéressant pour toi d'aller la voir.

- Et que me fera-t-elle ? s'écria Rosie, légèrement dubitative. Je veux dire, nous n'avons pas de problèmes, Sirius et moi… et puis, cela ne fait que six mois que nous sommes mariés. C'est sûrement normal ce qui m'est arrivé.

- En effet, tu as peut-être raison, répondit Christopher. Mais on n'est jamais trop prudent. Et je peux t'assurer que cette femme est compétente.

Rosie regarda le papier pendant quelques secondes, puis, le rangea dans son sac.

- Merci, Christopher. J'y réfléchirai.

Sur ces mots, elle sortit du bureau. Le guérisseur regarda longtemps la porte fermée. Il savait pertinemment que Rosie n'irait pas voir la guérisseuse. Elle était bien trop fière, et surtout, ne semblait pas encore prête.