Chapitre 41 - Un moment de bonheur
Rosie était cachée derrière un arbre. Elle regardait les trois silhouettes devant la pierre tombale du cimetière où était enterré d'Archi. Sous sa capuche qui cachait son visage, elle observait ses parents et son frère Alex en train de se recueillir sur la tombe de son frère décédé un an auparavant. Son sort de désillusion la masquait totalement et elle savait qu'elle ne serait pas vue de sa famille.
Les regarder ainsi réunis lui pinça le coeur. Elle aurait tant aimé être parmi eux : prendre son père dans ses bras, pleurer sur l'épaule de sa mère, consoler Alex. Les voir ainsi lui rappela sa douloureuse perte. Sa peine était double : elle avait perdu son frère tant aimé et elle ne pourrait plus jamais se tenir auprès de sa famille.
Elle savait que ses parents se remettaient peu à peu de la perte de leur fils. Elle avait entendu dire que son père continuait son travail pour le ministère et partait souvent en voyage d'affaires. Sa mère avait repris son poste de trésorière des Soeurs de la Charité de l'Hôpital Sainte Mangouste. Pourtant, Rosie ne l'avait jamais rencontrée une seule fois à l'hôpital. Elle avait également entendu dire qu'Agatha Greengrass avait créé une association pour les sorciers qui avaient perdu un parent ou un enfant pendant la guerre. Elle voulait apporter son soutien auprès de ces familles, connaissant elle-même la même situation. Pourtant, Rosie doutait un peu de l'altruisme de sa mère car elle avait appris que l'administratrice de l'association n'était nulle autre que Walburga Black. Et tous savaient ce que pensait Mrs Black de cette guerre, bien qu'elle n'ait jamais été accusée d'être un Mangemort. Rosie refreinait sa colère : comment sa mère pouvait-elle toujours faire confiance à cette femme ? Alors qu'Archi avait certainement été tué par des Mangemorts. Néanmoins, elle n'était plus aux côtés de sa mère et elle ne pouvait qu'observer de loin les événements qui se déroulaient autour d'elle.
Après avoir déposé une gerbe de fleurs, Alex se releva et dit quelque chose à ses parents. Ses derniers sortirent du cimetière et transplanèrent. Ce fut à cet instant que Rosie décida de se montrer. Elle retira le sortilège de désillusion et se dirigea vers la tombe d'Archi. Elle avait relevé sa capuche.
Alex ne se retourna pas quand il l'entendit arriver mais il savait qu'elle était là. Sans un mot, elle se plaça à sa droite et lui agrippa le bras. Il ne la rejeta pas. Au contraire, il se tourna vers elle et la prit dans ses bras. Il était si réconfortant de le sentir si près de lui. Ils restèrent ainsi pendant au moins une minute. Rosie pleurait.
Elle se dégagea d'Alex sans un mot, essuya ses larmes et fit apparaître à son tour une gerbe de fleurs qu'elle déposa à côté de celle déjà présente. La pierre tombale indiquait les mentions ci-dessous :
Archibald Dorian Greengrass
1957 - 1978
A notre enfant et frère tant aimé
Dans nos coeurs à jamais tu demeureras
Rosie se replaça auprès d'Alex. Ils restèrent silencieux encore pendant quelques minutes pendant qu'ils se recueillaient.
- Comment vas-tu ? lui demanda-t-elle enfin.
- Je vais bien, merci ! lui répondit-il avec un sourire.
- Toutes mes félicitations pour ton mariage ! lui lança-t-elle.
- Désolé de ne pas t'avoir invitée.
Rosie sourit. Elle avait été bannie de sa famille, elle n'aurait jamais pu accéder à son mariage même s'il l'avait voulu.
- Comment cela se passe-t-il avec ta femme ?
- Tout va bien. Elle est… attentionnée et douce.
- Une parfaite femme au foyer ?
Alex eut un sourire crispé. Rosie savait qu'il n'avait pas choisi de se marier, sa mère le lui avait imposé, comme elle avait dû se fiancer avec Abel Nott.
- J'espère sincèrement qu'elle te rendra heureuse, ajouta Rosie.
Son frère se tourna vers elle et lui lança un sourire franc.
- Je vais bientôt être père !
- Comment ? s'émerveilla Rosie.
- Oui, Annabelle est enceinte de trois mois.
- Vraiment ? Je suis tellement heureuse pour toi !
Elle prit son frère dans ses bras. Rosie voulut dire quelque chose mais se retint.
- Comment vont Père et Mère ? demanda-t-elle.
- Ça peut aller. J'ai l'impression qu'ils se sont tous les deux plongés dans leur propre travail afin d'oublier leur chagrin, répondit-il d'une voix triste.
- J'ai appris que Mère avait créé une association pour les victimes de Tu-Sais-Qui et ses partisans. Penses-tu que cela soit judicieux ? Je veux dire, cela ne fait-il pas d'elle une cible ?
Alex réfléchit quelques secondes avant de répondre à sa soeur.
- J'ai moi-même eu la même interrogation. Mais tu sais, Mère a l'air d'être heureuse dans ce qu'elle fait, elle se sent utile. Et elle pense qu'elle ne sera pas attaquée car ce qu'elle fait n'est pas contre les agissements de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Elle aide juste les familles des victimes, il n'y aucun caractère politique dans sa démarche.
Rosie l'observa d'un air dubitatif.
- Et quel est le rôle de Walburga Black dans tout ça ?
- Comment ça ?
- Je veux dire, c'est certainement elle qui a poussé Mère a créé cette association. N'est-elle pas connue pour être une fervente admiratrice de Tu-Sais-Qui ?
- Tu dis n'importe quoi ? s'écria-t-il d'un air revêche. Mrs Black n'est pas une Mangemort, elle a été lavé de tout soupçon ! Rosie, ce n'est pas parce qu'on est d'une famille de sang-pur qu'on est forcément du mauvais côté. Regarde Archi !
- Oui, mais pour Archi, c'était différent. Il a osé donner un avis radical. Tu sais bien que Mrs Black n'est pas très claire sur son discours. J'ai peur qu'elle entraîne Mère dans la mauvaise direction.
- Honnêtement, je pense que tu as tort de penser ça. Mère n'est pas une femme influençable, elle sait très bien ce qu'elle fait !
Alex avait dit ses mots avec fermeté, d'un ton acerbe. Un froid s'installa entre le frère et la soeur. Cependant, Rosie capitula en soupirant.
- Je suis désolée, dit-elle. Je ne voulais pas te froisser.
Alex inspira également une grande bouffée d'air et regarda sa soeur.
- Nous ne devrions pas nous disputer, surtout sur la tombe d'Archi ! s'écria-t-il en prenant Rosie dans ses bras.
- Merci, répondit-elle simplement.
Ils se quittèrent en se promettant de s'écrire, même si Alex devait être discret s'il voulait correspondre avec sa soeur. Rosie sortit du cimetière et transplana dans le cottage des Mumbles. Quand elle entra dans son jardin, elle s'arrêta quelques instants. Elle avait été sur le point de d'annoncer à Alex qu'elle aussi était enceinte, mais de seulement trois semaines. Elle s'était retint de lui dire. Vu qu'elle avait déjà fait une fausse couche, elle ne voulait pas prendre de risque.
Elle entra dans sa maison, se changea dans des vêtements plus confortables et commença à préparer le dîner. Sirius lui avait promis d'être présent le jour de la mort d'Archibald, qui correspondait également à leur anniversaire de mariage. Cette fois, elle s'était promise de lui apprendre la nouvelle le plus rapidement possible. Elle ne lui avait jamais parlé de sa première fausse couche. Elle ne savait pas pourquoi mais le moment n'avait jamais été le bon pour lui dire, comme elle ne lui avait jamais relaté sa rencontre avec sa mère un an auparavant. Elle avait l'impression de lui cacher des choses, de lui mentir en quelque sorte. Mais au fond, elle n'était pas la seule à omettre des choses sur sa vie. Sirius était la première personne à être la plus discrète sur ses missions pour l'Ordre. Bien sûr, elle en connaissait les raisons, mais elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir un peu. Ne pas lui parler de ses quelques secrets lui permettait de garder un certain équilibre.
Quand le repas fût presque prêt, elle se changea et attendit que son mari arrive en lisant le livre de potions avancées niveau IV de Zygmunt Budge. Elle prit quelques notes sur un parchemin. Dans un mois, elle allait commencer son apprentissage dans le service des empoisonnements par potions et plantes à l'hôpital, son département préféré et elle comptait démontrer qu'elle excellait en tant que potionniste. Elle était notée à chaque fois qu'elle terminait de travailler dans un département et elle avait eu la note maximale à la fin de chaque stage mais elle espérait prouver qu'elle était une experte en potions. Elle était également ravie de retrouver son tuteur, Christopher Stills, qui travaillait dans ce service. Il la prendrait en charge pendant les quatre prochains mois et demi.
Comme Christopher s'en était douté, Rosie n'était pas allée voir la fameuse guérisseuse que lui avait conseillé le médicomage. Elle était bien trop fière pour aller voir ce genre de personnes. Elle avait l'intime conviction qu'elle n'avait besoin de personne pour avoir un enfant. D'ailleurs, elle était de nouveau enceinte. Rencontrer cette femme et lui raconter sa vie lui semblait une perte de temps.
Une heure plus tard, elle entendit un bruit de moteur au loin. La moto de Sirius était vraiment trop bruyante. Comment pouvait-il passer inaperçu ? Ou bien le faisait-il exprès pour qu'elle sache qu'il arrive ? Elle perçut des raclements sur le palier du cottage. Rosie referma immédiatement son livre, rangea son parchemin et accourut à l'entrée. Sirius était en train de retirer sa cape sur le porte-manteau. Elle se jeta littéralement dans ses bras.
- Deux secondes, Rosie, s'écria-t-il en la maintenant par les épaules. Nous devons être sûrs de qui nous sommes.
Rosie soupira mais accepta la question que lui posa son mari sur le jour où il lui avait montré sa forme d'Animagus.
- Mais Sirius, je ne me rappelle plus les vêtements que tu portais ce jour-là ! s'indigna-t-elle. Pose-moi une autre question plus simple.
- En qui me suis-je transformée pour tromper Abel Nott ? demanda-t-il en soupirant.
- En cette peste de Mingletown, s'écria Rosie en éclatant de rire. D'ailleurs, je me demande ce qu'elle devient, celle-là.
- Mingletown ? s'interrogea-t-il. J'ai cru entendre qu'ils étaient partis à l'étranger.
- Vraiment ? Tu veux dire par là… qu'ils avaient peur d'être la cible de Mangemorts ? demanda Rosie, étonnée.
- C'est possible. Mais tu sais, beaucoup de sorciers fuient la Grande-Bretagne sans raison. On ne sait pas ce qu'il adviendra de ce pays si Voldemort arrive au pouvoir.
- C'est bien malheureux, tout ça, soupira-t-elle d'un air accablé, pas que j'ai de la peine pour Mingletown après tout ce qu'elle m'a fait. Le monde sorcier se porte bien mieux sans elle. Néanmoins, je suis triste de voir que cette guerre nous oblige à nous battre entre nous.
Le visage de Sirius devint plus sombre, Rosie s'en rendit compte.
- Et si on parlait d'autre chose ? proposa-t-elle.
- Laisse-moi d'abord me doucher et ensuite, je suis tout à toi !
Il l'embrassa et monta les escaliers quatre à quatre. Il revint un quart d'heure plus tard en sentant bon le savon. Ils s'assirent sur leur canapé, les jambes imbriquées l'un sur l'autre.
- Alors, raconte-moi ce matin ! lui dit-il, un sourire triste sur le visage.
Rosie enfouit son visage dans son cou et lui relata son passage au cimetière ainsi que sa conversation avec Alex. Il resta pensif devant les accusations de Rosie sur le rôle de sa propre mère dans l'association qu'avait créé Mrs Greengrass.
- J'ai peur pour mon frère, dit-il subitement.
- Regulus ?
- Oui… ma mère n'est certainement pas une Mangemort. Elle n'afficherait jamais ouvertement ses positions, malheureusement, j'ai peur qu'elle ne l'influence.
- Tu sais, je ne suis pas sûre qu'elle ait beaucoup d'efforts à faire. Tu aurais vu comment Regulus parlait des sorciers né-moldus dans la Salle Commune. Il les méprisait au plus haut point.
- Oui, mais c'est dû au lavage de cerveau de mes parents. Mon frère est quelqu'un de très influençable. Un seul mot de la part de ma mère et il serait capable de transplaner devant Voldemort lui-même et de le supplier de lui apposer la marque des Ténèbres…
Rosie repensa aux mots de Mrs Black, ce qu'elle avait dit sur les sentiments de Regulus à son encontre.
- Tu crois que je devrais lui parler ? demanda-t-elle.
- A Regulus ?
- Tu sais qu'il m'a toujours appréciée, bien sûr, il me déteste depuis que je suis avec toi mais je peux tenter de le sonder, pour voir.
- Je te le déconseille fortement !
- Mais pourquoi, Sirius ? s'exclama-t-elle, d'une voix surprise.
- Parce que je ne veux pas que tu t'approches de près ou de loin de cette famille.
- Mais on parle de Regulus, là !
- Tu ne l'a pas revu depuis plus d'un an… tu sais, les gens changent… et vite, surtout en cette période sombre…
Rosie fut dubitative. Elle ne voyait pas ce qu'elle risquait à parler au frère de Sirius. Elle ne dit rien ne voulant pas faire une promesse qu'elle ne tiendrait certainement pas car elle avait déjà décidé intérieurement qu'elle contacterait Regulus, même si Sirius n'était pas d'accord. Elle changea plutôt de sujet.
- Devine ce que m'a annoncé mon frère ! s'écria-t-elle d'un air plus enjoué ! Sa femme est enceinte ! Je vais être tata !
Sirius sourit.
- Mes félicitations à ton frère ! Je sais qu'il me déteste mais à l'occasion, tu le lui diras de ma part.
- Je ne suis pas sûre de le rencontrer avant longtemps, tu sais bien qu'on ne doit pas se voir.
- Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi il ne peut pas venir te voir. C'est un sorcier, il y a dix-mille façons de trouver un moyen discret pour se rencontrer. Enfin, c'est à vous de voir ! enchaîna-t-il rapidement, en voyant la tête boudeuse que faisait Rosie.
Rosie resta silencieuse quelques instants, puis inspira une grande bouffée d'air et regarda Sirius dans les yeux.
- J'ai moi aussi quelque chose à t'annoncer ! dit-elle un grand sourire sur les lèvres.
Sirius avait relevé la tête et observa sa femme attentivement. Un sourire commença à s'étirer sur ses propres lèvres. Elle était en train d'insinuer qu'elle aussi…
- Moi aussi, je suis enceinte, déclara-t-elle.
- Oh, Rosie !
Il la prit dans ses bras en riant et la serra fort. Ils s'embrassèrent ensuite passionnément. Ce soir, rien ne pouvait venir entacher leur bonheur.
