Chapitre 42 - Felix est rentré

Rosie était d'humeur morose en ce milieu de septembre. Malheureusement, une nouvelle fois, elle avait perdu l'enfant qu'elle portait. Elle ne connaissait pas les raisons de cet échec mais il avait été tout aussi douloureux que la première fois. Néanmoins, cette fois, elle n'avait pas été seule à affronter ce moment. Elle avait mis au courant Sirius dès l'instant où elle avait fait sa fausse couche. Son amie et guérisseuse Wyrma était venue immédiatement et son mari, quelques heures plus tard.

Malgré sa mission hautement confidentielle pour l'Ordre du Phénix, Sirius n'avait pas hésité une seule seconde à venir auprès de sa femme. Il avait été aux petits soins pour elle, lui préparant sa nourriture bien qu'il ne savait pas vraiment cuisiner et répondant à ses moindres besoins pendant ses quelques jours de convalescence. Cependant, il avait dû repartir au bout de quatre jours, ce que Rosie avait parfaitement compris bien que son absence lui pesait de plus en plus.

Cela faisait désormais presque 15 mois qu'ils étaient diplômés de Poudlard. Ses rêves de couple et de mariage étaient bien loin, elle ne s'était pas attendue à ces épreuves : la solitude, les fausses couches, l'Ordre du Phénix, Voldemort et ses Mangemorts, la guerre… Elle repensait encore aux nombreux blessés qui arrivaient à l'hôpital de Sainte Mangouste. Les moldus qui subissaient encore plus les attaques des Mangemorts que les sorciers étaient souvent envoyés à l'hôpital car ils souffraient de maléfices que seuls des médicomages pouvaient lever. Un sort d'oubli leur était ensuite lancé. Mais cela faisait plus de travail pour les guérisseurs, dont Rosie qui, malgré son apprentissage, avait dû travailler autant que les autres.

Tous ces événements rendaient la jeune femme encore plus stressée. Et même si Wyrma et Christopher lui disaient souvent de se détendre, elle n'y arrivait pas. Elle soupira. Peut-être irait-elle voir la fameuse guérisseuse que lui avait conseillé son ami ? Pour l'instant, elle ne se sentait pas prête. Et si cette femme lui annonçait une mauvaise nouvelle comme par exemple, qu'elle ne pouvait pas enfanter ? Être dans le doute était une chose mais être confrontée à la réalité en était une autre. Aujourd'hui, elle ne se sentait pas la force d'affronter la vérité.

Il pleuvait en cette fin d'été et Rosie observait les gouttes frappées le carreau de la vitre quand elle fut brusquement tirée de sa rêverie par des coups donnés sur la fenêtre de sa cuisine. Elle se leva de son fauteuil et se dirigea vers le hibou qui essayait de rentrer dans la maison. Elle lui ouvrit et le volatile se dirigea directement vers le mangeoire de Malcom qui était parti pour remettre une lettre à sa tante. Il ne prit pas la peine de délivrer son courrier, but directement dans le bol de son hibou et mangea des graines. Rosie le regarda en haussant les sourcils. Elle n'avait jamais vu un porteur de courrier aussi effronté. Quand il se fut contenté, ce dernier se tourna enfin vers elle et émit un long hululement.

Et en plus, il s'impatiente ! s'indigna Rosie. Mais quel goujat !

Néanmoins, elle s'avança vers le hibou et lui prit la lettre accrochée à sa patte. Dès qu'elle la prit, elle sut immédiatement qu'elle venait de son amie Lily. Son coeur fut soudain plus léger. Elle ne recevait pas souvent des nouvelles de sa part et attendait chacune de ses lettres avec impatience.

"Ma chère Rosie,

Comment vas-tu ? Cela fait longtemps que l'on se s'est pas vues. Cela te dit-il de venir me retrouver chez les parents de James ce samedi pour prendre le thé ? Réponds-moi dès que tu le peux. Malheureusement, je ne pense pas que tu pourras utiliser le hibou que j'ai pris pour t'envoyer cette lettre car il n'en fait qu'à sa tête…

A très vite ! Je t'embrasse fort !

Lily"

En effet, le volatile s'en alla par la fenêtre qui était restée ouverte sans aucun regard pour elle. Rosie décida d'attendre le retour de Malcom avant d'envoyer sa réponse. Ce dernier revint le lendemain après un long périple jusqu'en France, là où habitait désormais sa tante Griselda. Il ne fut pas ravi d'être envoyé à nouveau pour un courrier et fit la tête pendant une partie de la matinée, n'acceptant pas sa nouvelle mission. Sa maîtresse dut le menacer d'utiliser un des hiboux de l'hôpital pour qu'il daigne tendre la patte.

Son courrier parti, Rosie put se replonger dans l'écriture du journal d'Archi.

Elle reprit le travail le lendemain et n'eut pas le temps de penser à autre chose. Une nouvelle attaque de Mangemorts avait eu lieu dans le nord de l'Angleterre et les Aurors et les médicomages dépêchés sur place avaient mis du temps pour rapatrier à l'hôpital les nombreux blessés, sorciers et moldus. Rosie ne dormit que quelques heures pendant ces quatre jours intenses.

Elle accueillit le samedi avec soulagement. Elle avait réussi à prendre un jour de congés, ce qui était rare ces derniers temps vu la tournure intense que prenait la guerre. Elle transplana du fond de son jardin, à côté du grand chêne et arriva devant le manoir du Potter. Elle allait pousser le portail lorsqu'elle entendit du bruit derrière elle. Elle se retourna vivement tout en sortant sa baguette. Grâce à ses entraînements particuliers de DCFM, ses gestes étaient plus affutés. Elle regarda la forêt alentour. Pourtant, elle ne vit personne. Au bout d'une minute, elle se détendit. Elle avait sûrement rêvé. Elle était bien trop stressée en ce moment, qui viendrait l'attaquer ici et maintenant ?

Elle se détourna ce qu'elle n'aurait pas dû faire aussi rapidement car elle ne vit pas venir le sort d'entrave qui lui fut lancée. Elle s'affala lourdement sur le sol, ne ressentant pourtant aucune douleur. Deux personnes portant des capes sombres et des masques qu'elle ne reconnaissait pas se tinrent debout devant elle. L'une des deux ramassa sa baguette qu'elle avait laissé tombé par terre. Elle ne pouvait pas parler, ni crier, ni bouger d'un pouce. Elle était à la merci de ses assaillants et se maudit en pensée. Elle avait été bien trop stupide ! Mais qui étaient ces gens ? Elle ne put les détailler plus car ils lui posèrent une sac en tissu noir sur la tête. Elle ne voyait plus rien. Elle ressentit néanmoins les effets du transplanage. Ils n'étaient plus au manoir des Potter. Son coeur se mit à battre plus fort et elle commença à paniquer. Que lui voulaient-ils ? Etait-ce des Mangemorts ? Certainement… pourtant, ils ne portaient pas les masques distinctifs des partisans de Voldemort. Alors qui ? Sûrement pas des gens avenants puisqu'ils l'avaient attaquée par surprise.

Après le transplanage, ses deux assaillants la transportèrent par magie mais Rosie ne savait toujours pas où ils l'emmenaient. Elle entendit néanmoins un cours d'eau au loin et des bruits d'oiseaux. Ils étaient sûrement dans une forêt, ou aux abords d'un bois. Malgré l'angoisse qu'elle ressentait, elle tenta de reprendre ses esprits. Elle ne savait pas ce qui l'attendait mais cela ne servait à rien de paniquer pour l'instant.

Plus facile à dire qu'à faire.

Elle sentit qu'ils montaient un escalier. Les deux personnes ne disaient rien et elle n'entendait que leur pas sur les marches en pierre. Finalement, ils s'arrêtèrent et toquèrent deux fois sur ce qui semblait être une porte en bois. Elle entendit un bruit de loquet qu'on ouvre et une voix grave d'homme dire "Mot de passe". La voix, celle d'une femme, répondit "Felix est rentré". La porte s'ouvrit et ils avancèrent (enfin Rosie vola plutôt). Ils marchèrent encore un certain temps avant que Rosie ne fut enfin déposée sur le sol ou sur une table, elle n'avait plus la notion de l'espace, ainsi entravée.

Quelques minutes passèrent. Elle entendait des bruits de pas et des bruissements de capes. A un moment, elle crut captée des voix mais elles étaient bien trop éloignées pour qu'elle comprenne ce qu'on lui disait. Finalement, son sort d'entrave fut levé. Son corps se détendit enfin et Rosie s'aperçut qu'elle n'était pas allongée sur le sol mais sur une surface molle, comme un canapé. Elle décida de s'asseoir et de retirer le sac qu'elle avait autour de la tête. Elle cligna des yeux, la lumière du jour étant trop éclatante. Son coeur battait fort dans sa poitrine quand elle vit qu'elle était seule dans la pièce. Elle se leva et parcourut le lieu : elle était dans ce qui semblait être un bureau. Il y avait une grande bibliothèque, deux tableaux représentant des natures mortes, un bureau de qualité.

Mais Rosie ne s'attarda pas longtemps sur la décoration du lieu. Elle regarda autour d'elle et chercha immédiatement un moyen de s'enfuir. Elle s'approcha des grandes fenêtres qui donnaient sur un jardin gigantesque mais elles étaient toutes fermées à clé et elle n'avait pas sa baguette. Elle voulut s'approcher de sa seule issue : une grande porte en bois. Elle avança de quelques pas quand un détail l'arrêta. Sur le bureau, était posé un cahier avec une couverture en cuir. Cela aurait pu passer inaperçu pour des yeux non avertis mais Rosie avait déjà vu les armoiries qui y étaient gravées : elle reconnut un griffon, un blaireau, un aigle et un serpent imbriqués les uns aux autres. Son coeur palpita encore plus fort. Elle s'approcha du cahier et toucha du bout des doigts la gravure. Elle avait cherché pendant longtemps ce que signifiait ces armoiries mais n'avait jamais trouvé un seul indice à Poudlard. Pourquoi ce cahier était-il ici ? Il n'avait certainement pas été posé ici par hasard. Elle l'ouvrit et fut surprise d'y voir son nom inscrit sur la première page : Rosamund Jane Black. Mais le reste des pages étaient blanches. Que cela signifiait-il ?

Elle décida de prendre le cahier et de le placer dans sa cape. Il n'était pas encore temps de résoudre ce mystère. Tout d'abord, elle devait sortir de cet endroit. Les questions viendraient plus tard.

Elle se dirigea vers la porte et toucha la poignée. Elle inspira profondément et la tourna délicatement sans faire de bruit. La porte n'était pas fermée à clé. Etait-ce piège ? Il y avait des chances mais Rosie ne pouvait plus reculer. Elle ouvrit doucement la porte en bois et resta interdite devant ce qu'elle découvrit.

Une vingtaine de personnes portant des masques variés se tenaient face à elle. Ils portaient des robes de sorciers de diverses couleurs. Rosie se demanda pendant quelques instants ce qu'elle devait faire. Devait-elle entrer dans la salle et faire face à tous ces gens ou devait-elle plutôt rester dans la pièce où elle était initialement et attendre ? Mais elle était trop curieuse. Et pourquoi attendre ?

Elle avança de quelques pas dans la grande pièce. Et brusquement, une silhouette rompit les rangs. Rosie resta bouche bée : la personne qui avançait vers elle portait un masque de Sinistros et avait sur les lèvres un sourire qu'elle reconnaîtrait entre mille. C'était Sirius, son mari. Elle en était certaine. Mais que faisait-il là ?

Sa surprise devait se voir sur son visage car le sourire de son mari s'élargit. Il portait quelque chose entre les mains et s'avançait vers elle.

- Mais que… tenta-t-elle de dire mais les mots moururent tellement elle était surprise.

- Rosamund Jane Black, dit la voix de Sirius, de façon solennelle, nous avons l'honneur de vous remettre ce masque.

Il lui tendit un masque blanc à la forme d'un chat, sur lequel étaient tracés des traits argentés. Elle le prit et le regarda sans dire un seul mot, trop étonnée pour dire quoi que ce soit. Elle ne fit même pas attention au fait que Sirius la vouvoyait.

- Vous faites désormais partie de la Confrérie Secrète des Sorciers de Poudlard. A chaque fois que nous nous réunirons, vous porterez ce masque, signe de votre appartenance à notre organisation. Veuillez le porter si vous acceptez de faire partie de la Confrérie. Sinon, un sort d'oubli vous sera lancé, nous vous ramènerons chez vous et vous remettrons votre baguette. Mais attention, si vous acceptez de faire partie de nos rangs, vous devrez suivre nos règles, la première étant de ne jamais parler de cette Confrérie à qui que ce soit en dehors des personnes qui en font partie. Sachez que si vous nous trahissez, nous le saurons et vous en subirez les conséquences.

Rosie regarda dans les yeux Sirius. Elle ne savait pas du tout dans quoi elle s'embarquait. Mais il était là, lui proposant de faire partie de cette organisation. S'il y avait bien une personne en qui elle avait le plus confiance en ce monde, c'était bien lui.

Alors, sans dire un seul mot, elle leva le masque, le posa sur son visage et l'attacha derrière sa tête.

- J'accepte de faire partie de la Confrérie Secrète des Sorciers de Poudlard, dit-elle, un sourire sur les lèvres.

Sirius le lui rendit et les sorciers applaudirent autour d'eux. Rosie ne put s'empêcher d'être émue. Elle ne comprenait rien à ce qui lui arrivait mais elle était heureuse. Elle voulut s'approcher de son mari pour le prendre dans ses bras mais il esquissa un geste de refus. Ce n'était pas encore le moment pour les effusions de tendresse.