Chapitre 44 - La soirée d'Halloween de la Confrérie

Rosie et Sirius quittèrent la réunion ensemble. Elle apprit qu'ils étaient dans un manoir appartenant à l'un des hauts placés de la Confrérie. Vu la taille de la maison, il devait être très riche. Elle ne fut pas présentée à tous les membres lors de cette première réunion car trop de personnes étaient présentes, néanmoins, Sirius la rassura : elle ferait leur connaissance petit à petit. Le premier événement auquel elle assisterait en sa qualité de confrère serait le fameux bal masqué du 31 octobre. Cet événement existait depuis des centaines d'années.

Rosie trouvait étrange que personne ne connaisse la Confrérie mais finalement, après avoir fait le serment inviolable, elle n'était pas étonnée. Les confrères n'avaient pas le droit d'en parler à qui que ce soit. En revanche, il existait bien des bruits de couloirs que les membres n'attisaient pas. Ils laissaient juste les gens parler autour d'eux sans jamais confirmer ou infirmer les soupçons de chacun.

Sirius était dans la Confrérie depuis ses 16 ans, Lily depuis ses 17 ans. Rosie fut légèrement vexée de ne pas avoir été choisie plus tôt. Elle avait toujours été en compétition avec Lily et savoir qu'elle était déjà dans cette organisation depuis deux ans lui pinça le coeur. Néanmoins, cela faisait depuis longtemps qu'elle avait dépassé sa jalousie envers la Gryffondor et même si cela l'avait un peu irritée au début, elle avait vite oublié sa rancoeur.

Le couple transplana ensemble dans leur jardin, sous le grand chêne, et se dirigèrent vers leur maison. Quand ils furent rentrés, ils enlevèrent leur cape et s'installèrent sur leur canapé pour une dernière infusion. Il était rare que Sirius revienne la voir aussi vite après l'avoir quittée et Rosie décida de profiter de cette occasion pour passer un moment paisible avec lui.

- Tu travailles beaucoup avec ce Christopher ? lui demanda subitement Sirius, l'air de rien.

Rosie le dévisagea. Il buvait tranquillement sa tasse fumante et avait la tête plongée dans un livre mais elle vit que ses yeux ne bougeaient pas. Elle haussa un sourcil. Il lui demandait rarement des informations sur ses collègues, même si elle lui racontait la plupart de ses aventures à l'hôpital. C'était la première fois qu'il posait une question sur Christopher.

- En ce moment, oui car je suis en apprentissage dans son département, celui des empoisonnements par plantes et potions. Et je le vois chaque semaine puisque c'est mon tuteur.

- Ah, d'accord.

Il resta silencieux quelques instants, puis, reprit.

- Et il a une petite amie ou une femme, ce Christopher... ?

Rosie reposa son livre et le regarda franchement. Où Sirius voulait-il en venir ? Ce dernier avait replongé la tête dans son bouquin. Néanmoins, elle ne fut pas dupe. Elle s'approcha de lui et lui retira le livre des mains.

- Et pourquoi me poses-tu toutes ces questions, tout d'un coup ? lui demanda-t-elle en plissant les yeux.

- Non, pour rien, répondit-il d'un ton évasif.

Elle agrandit les yeux subitement, comprenant enfin ce qui se passait.

- Sirius Black ! lui lança-t-elle d'un ton ironique. Ne seriez-vous pas jaloux ?

- Mais non, pas du tout ! rétorqua-t-il, irrité.

Rosie sourit légèrement. Elle s'assit juste à côté lui, leurs corps se touchant.

- Alors, dis-moi pourquoi tu me poses autant de questions sur Christopher ! Je t'ai parlé de lui des dizaines de fois. Pourquoi aujourd'hui ? Parce que nous l'avons vu ? Mais et alors ?

Sirius se renfrogna. Finalement, il releva la tête vers sa femme, il avait une mine boudeuse que Rosie trouva mignon.

- Parce qu'entre parler et voir en vrai, ce n'est pas la même chose ! s'exclama-t-il, d'un ton acerbe. Et puis, malgré son masque, je vois bien que c'est un bel homme. Vous aviez l'air de bien vous entendre ! Honnêtement, c'est étrange de te voir aussi complice avec quelqu'un...

- Quoi ? Tu sous-entends que je ne peux m'entendre avec personne ?

- Bah, à Poudlard, tu n'avais pas pléthore d'amis...

Rosie soupira.

- Je m'entends très bien avec Christopher ! dit-elle en se justifiant. Et tu sais... ma position à l'hôpital n'est pas facile...

- Qu'entends-tu par-là ?

- Tu sais bien que mes deux noms sont connus : je suis une Greengrass, la femme qui a été reniée par sa famille pour un homme, d'autant plus que cet homme, c'est toi, un Black qui a également été renié par sa propre famille...

Elle avait dit ses mots avec un air de dépit sur le visage.

- Je suis désolé, Rosie ! lui dit-il et il enroula son bras sur son épaule. Elle posa sa tête contre lui.

- Ne t'excuse pas ! Tu sais bien que je t'ai choisi. Je savais ce que cela impliquait lorsque nous avons commencé à sortir ensemble. Je ne reviendrai jamais sur ma décision ! Non, je t'aime !

Elle le regarda dans les yeux mais ne l'embrassa pas bien qu'elle en avait très envie. Elle n'avait pas terminé ce qu'elle souhaitait lui dire.

- Heureusement que Christopher et Wyrma étaient présents pour m'épauler. Certains guérisseurs n'ont pas été très tendres avec moi : quand c'est de l'indifférence, ça va. Mais quand ils parlent dans mon dos et qu'ils me crachent dessus, c'est blessant. Même une sorcière a osé m'insulter une fois. J'ai failli lui sauter à la gorge. Mais je me suis retenue, il y avait des patients autour d'elle et Wyrma était également présente. Elle m'a soutenue. Elle m'aide à ne pas trop déprimer, tout comme Christopher.

- Pourquoi ne m'as-tu jamais raconté tout ça ? demanda Sirius, inquiet et en même temps triste de voir que Rosie ne lui avait jamais confié ces moments importants de sa vie.

Elle réfléchit quelques instants. Elle n'avait pas envie de vexer Sirius, ni qu'il se sente encore plus mal qu'il ne l'était à présent. Pourtant, elle savait qu'il était temps qu'elle soit honnête avec lui. Elle gardait beaucoup trop de choses pour elle.

- Car tu es peu présent, tout simplement, dit-elle de sa voix la plus douce possible, elle ne voulait pas qu'il ressente l'amertume dans son ton. Parfois, tu ne reviens que trois jours et ensuite, tu repars pour un mois. Je n'ai pas envie de gâcher nos rares moments ensemble avec mes problèmes.

- Mais, tu sais que tu peux tout me dire !

- Je sais, mais pas ça... ce n'est pas grave tu sais, je m'en sors bien !

- Oui mais...

- Non, Sirius, tout va bien ! Christopher et Wyrma sont là. Ils m'aident, me soutiennent et font toujours front derrière moi. Ce sont des amis formidables. Honnêtement, ne crois pas qu'il se passe quoique ce soit entre Christopher et moi, tu peux avoir confiance en moi. Je ne m'intéresse pas du tout à lui. Certes, il est charmant... certainement pour une partie de la gente féminine. Mais ce n'est pas mon style. Moi, je préfère les beaux bruns ténébreux.

Elle releva la tête et lui fit un grand sourire, tout en lui caressant les cheveux. Il la regarda et posa sa main sur sa joue. Elle s'y blottit.

- Je sais bien ! lui répondit-il en l'embrassant.

Quelques semaines plus tard, Rosie était devant le miroir de sa chambre et s'admirait dans la glace. Elle avait commandé une robe de soirée pour le bal masqué de la Confrérie chez Tissard et Brodette. Le thème de cette année était la révolution française. Les robes étaient loin d'être pratique avec leurs nombreux jupons. De plus, elle avait dû mettre un corset ce qui n'était pas très agréable. Cependant, cela lui faisait une jolie taille et mettait en valeur sa poitrine. Elle allait faire tourner la tête de tous les hommes, ce soir, au grand dam de Sirius, elle en était sûre. Cette perspective la fit sourire. Elle avait toujours aimé être le centre de l'attention et cette soirée était un moyen d'éprouver son sex-appeal. Vanité, quand tu nous tiens...

Elle déposa une perruque de cheveux blancs-gris sur sa tête. Celle-ci était bouclée sur le haut de la tête et se terminait avec des anglaises. Elle n'aimait pas trop ce lourd accessoire mais il était nécessaire pour parfaire sa tenue. Elle attacha ensuite son masque de chat. Elle était maintenant prête pour partir à la soirée d'Halloween. Sirius la rejoindrait directement au bal masqué.

Elle prit sa minaudière, rangea sa baguette dans son décolleté (finalement, le corset avait son utilité) et mit une cape sur ses épaules, puis, partit au fond de son jardin pour aller transplaner. Le bal aurait lieu au même endroit dans lequel la Confrérie l'avait emmenée la première fois. Elle réussit à traverser sans aucun problème les barrières du grand manoir et arriva devant l'entrée où une dizaine de personnes, habillées comme elle en tenue d'époque, attendaient de rentrer.

Comme pour la première fois, les baguettes étaient interdites dans l'enceinte du bâtiment, et ce pendant toute la soirée. Elle avait été surprise par cette disposition la première fois qu'elle était venue mais finalement, désormais, elle comprenait. La Confrérie était une organisation neutre qui oeuvrait en secret pour le monde magique. Personne ne viendrait troubler ce moment unique. De plus, Rosie savait que des sorciers avaient été postés à l'extérieur du manoir pour protéger tous les invités. Rien ne pouvait leur arriver.

Néanmoins, ce fut avec une sueur froide dans le dos qu'elle donna sa baguette. Voldemort et les Mangemorts sévissaient dans toute la Grande-Bretagne. Etait-ce vraiment raisonnable ? Mais Sirius, qui se battait quotidiennement pour l'Ordre de Phénix, lui avait assuré qu'ils ne leur arrivaient rien. Et la seule personne en qui elle avait aveuglément confiance était son mari.

Elle entra dans la grande salle de réception du manoir qui avait été magnifiquement décorée pour l'occasion : de grands lustres en cristal flottaient sous le haut plafond et de grands miroirs avec un encadrement doré avaient été posés dans toute la pièce ce qui renforçait sa grandeur. Elle découvrit un groupe de huit musiciens qui proposait de la musique classique. Quelques couples sautillaient sur des danses d'époques au milieu de la piste de danse. Le vin avait remplacé les cocktails des années 30 de sa première soirée et un serveur habillé en queue de pie et en perruque s'approcha de Rosie avec un plateau de coupes. Elle en prit une et but une gorgée : le vin rouge était délicieux. Elle se promena parmi les invités, repéra un masque de biche et se dirigera vers la sorcière qui le portait. Lily se retourna immédiatement et la prit dans ses bras, ce qui n'était pas une mince chose à faire avec leurs robes gigantesques et leur perruque (comment faisaient les femmes de cette époque ?). La rousse était accompagnée de James. Rosie le reconnut car il portait le même masque de cerf qu'il avait porté lors du bal masqué du professeur Slughorn et avait la mâchoire caractéristique du jeune homme. Elle l'embrassa également. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas vu.

Instinctivement, elle se retourna pour chercher des yeux son mari. Malheureusement, elle ne le trouva pas. Sirius ne devait pas encore être arrivé. En revanche, elle fit un signe au masque d'ours brun qui avançait vers elle. Elle faillit éclater de rire, Christopher ne semblait pas très à l'aise dans son costume. Il se tenait très droit pour ne pas faire tomber sa haute perruque.

- Ne te moque pas, s'il te plait, Rosie, la supplia-t-il. Je déteste ce déguisement !

- Je trouve qu'il te sied à ravir !

- Tu parles ! Je n'en peux déjà plus !

- Oh, arrête de te plaindre ! Ce n'est pas toi qui portes un corset en ce moment-même !

Son ami baissa les yeux et ne put s'empêcher d'admirer son décolleté. Rosie le frappa au visage avec l'éventail qu'elle avait glissé dans sa minaudière avant de venir. La perruque du jeune homme glissa un peu sur le côté.

- Regardez-moi dans les yeux, monsieur ! dit-elle d'un air faussement indigné.

Il rougit en réajustant sa perruque sur sa tête, ce qui fit rire Rosie. Elle appréciait tout de même qu'on la regarde de cette manière. La jeune femme ne pouvait pas s'en empêcher : elle avait besoin d'être admirée et adulée. Pendant des mois, elle avait mis de côté ce trait de caractère. Mais pour une soirée, elle avait besoin de se sentir comme une femme mystérieuse et désirée.

Elle se promena au bras de Christopher dans la salle de réception. Il lui présenta à plusieurs sorciers qu'il connaissait, principalement des guérisseurs, des chercheurs ou des potionnistes. Elle discutait avec l'inventeur de potions, Damoclès Belby, qui lui assurait être en train d'inventer une potion révolutionnaire pour les loup-garous quand elle entendit un raclement de gorge derrière elle. Elle se retourna et découvrit un charmant jeune homme avec une perruque blanche à frisottis, un costume du 18ème siècle, dont le col était légèrement ouvert d'une manière insolente et portant un masque de Sinistros. Elle cacha son sourire sous son éventail, ne lui présentant que le bleu de ses yeux, derrière son propre masque de chat.

- M'accorderiez-vous cette danse ? demanda Sirius d'une voix formelle, en s'inclinant légèrement.

Rosie ne put s'empêcher de le trouver beau et élégant.

- Mais bien sûr ! répondit-elle en papillonnant des yeux.

Elle rangea son éventail et posa sa main délicatement sur son bras offert. Ils avancèrent, le port haut comme des princes, au milieu de la piste de danse. Ils dansèrent un menuet, une danse très en vogue au 18ème siècle. Ils se placèrent avec deux autre danseurs, firent des petits pas, les partenaires furent échangés, tournèrent les uns autour des autres, puis, Rosie et Sirius redansèrent ensemble. Le couple avait pris des cours pour pouvoir perfectionner cette danse difficile à exécuter sans apprentissage. Ils s'en sortirent parfaitement et se lancèrent des regards en coin et des sourires entendus pendant le menuet.

Au bout de deux danses similaires, ils arrêtèrent de tournoyer, en sueurs, et Sirius offrit à Rosie un verre qu'elle accepta. Ils allèrent s'installer sur un petit canapé à l'allure victorienne, dans une petite alcôve à l'abri des regards.

- Vous êtres très belle, ce soir ! lui dit-il avec des yeux pétillants.

- Je vous remercie ! Vous aussi, vous avez belle allure !

- Puis-je me permettre de vous demander votre nom ?

Il avait toujours ce petit sourire en coin qui le rendait encore plus beau. Elle cacha son trouble derrière son éventail. Malgré tout ce temps, Sirius lui faisait toujours autant de l'effet. Repensant à leur premier bal, elle lui répondit :

- Ruby ! Et vous ? Quel est le vôtre ?

- Saul !

Ils échangèrent un sourire et sans plus attendre, s'embrassèrent. Rosie eut le sentiment de revivre leur premier baiser tellement il était aussi tendre et doux. Son coeur palpitait fort dans sa poitrine.

- Je connais un endroit où nous pourrions nous éclipser quelques temps... lui susurra Sirius à son oreille.

- Mais cher monsieur, ne devrions-nous pas rester ici pour discuter avec nos confrères ou rechercher de potentiels candidats ?

- Ce n'est l'histoire que de quelques instants.

- Vous êtes loin de me faire rêver, mon cher.

Il éclata de rire. Il s'approcha et lui chuchota des mots indécents à l'oreille.

- Mais je ne peux pas, si mon mari nous surprenait... dit Rosie, faussement choquée, en continuant son jeu de rôles.

- Il n'en saura rien, je vous le promets, lui chuchota-t-il.

La jeune femme inspira profondément et finalement, lui lança un regard plein de sous-entendus. Sirius se leva en lui tendant la main. Elle la prit et ils se sauvèrent par une petite porte.