Chapitre 51 - Le geste invraisemblable de Sirius

Dans le manoir des Jenkins, Griselda lisait avec effroi la Gazette du Sorcier pendant qu'elle prenait son petit-déjeuner. Comme tous les sorciers ce matin-là, elle découvrit l'horreur dans les pages du quotidien.

SIRIUS BLACK ET SON ABOMINABLE GESTE

Hier, en plein journée, Sirius Black, un sorcier issu de la noble famille des Black et reniée par cette dernière depuis quelques années, a provoqué l'impensable dans les rues de Londres. Ce dernier était recherché depuis plusieurs jours par les Aurors pour son implication dans les meurtres de Lily et James Potter. Acculé par l'un de ses anciens camarades sorciers, Peter Pettigrow, il a provoqué une énorme explosion. Il a tué des dizaines de moldus et son ancien ami Pettigrow, dont seul un doigt a été retrouvé sur les lieux du crime. Les Aurors sont arrivés quelques minutes plus tard et ont retrouvé Sirius Black, riant et se tenant seul à l'endroit de la tuerie, certainement ayant perdu l'esprit. Une équipe d'Oubliators a été dépêchée sur place et les blessés ont été transportés en urgence à l'hôpital de Sainte Mangouste.

D'après des témoins, avant de mourir, Pettigrow, à la poursuite de son ancien ami, aurait clamé que Black avait tué James et Lily Potter. Il semble que Black aurait voulu faire taire le sorcier en provoquant cette explosion.

Sur un communiqué du Ministre de la Justice Magique, Bartemius Croupton, le criminel a été envoyé directement à la prison d'Azkaban, ayant été défini par le Ministre comme étant le plus grand Mangemort que le monde sorcier n'ait connu de par sa ruse en sa qualité d'espion et son crime abjecte.

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Pour connaître l'histoire des Mangemorts et leur identité, allez en page 5.

Les pires doutes de Griselda s'étaient réalisés. Elle devait absolument se rendre à l'hôpital. Rosie était-elle au courant ? Quand elle arriva dans le service où était hospitalisée sa nièce, une guérisseuse lui demanda d'attendre dans la salle d'attente car sa nièce était en salle d'accouchement. Griselda fit les cent pas, se demandant si elle savait. Elle allait refaire une énième fois le tour de la salle quand deux hommes du Ministère arrivèrent dans son étage. Elle les reconnut en distinguant leur cape d'Aurors. Elle arrêta ses va-et-vients et écouta discrètement les questions que posaient les deux hommes à une guérisseuse.

- Nous recherchons une femme nommée Rosamund Black, dit l'un des hommes, le plus petit des deux. Est-elle ici ?

La guérisseuse à qui il avait posé la question le regarda de haut en bas et reconnaissant la cape des Aurors du Ministère de la Magie, répondit mais de façon réticente.

- Mrs Black est actuellement en salle d'accouchement. Elle ne peut vous recevoir.

Les deux hommes se regardèrent longuement, puis, l'autre homme indiqua qu'ils allaient attendre.

- Messieurs, dit brusquement la guérisseuse d'un air excédé, je viens de vous dire que Mrs Black était en train d'accoucher. Elle ne peut pas vous recevoir maintenant mais sachez qu'elle ne vous recevra pas avant au moins le lendemain matin, si ce n'est le surlendemain. Mrs Black sera bien trop fatiguée pour répondre à vos questions. Je vous conseille donc de retourner au Ministère et de ne revenir que demain. Si Mrs Black est à même de vous répondre, elle pourra vous recevoir.

- Mrs Black doit être interrogée dans le cadre d'une enquête, dit le premier homme qui avait parlé, d'un ton ferme. Nous ne pouvons pas partir, Guérisseuse.

- Il est hors de question que vous dérangiez notre patiente, s'insurgea la femme.

- Appelez-moi votre supérieur immédiatement, répliqua le second homme, avec encore plus de fermeté.

- Et pourquoi dérangerais-je mon supérieur ?

- Nous sommes Aurors, mandatés par le Ministère de la Magie.

L'un des hommes sortit sa plaque.

- Faites ce que je dis ou vous aurez des problèmes !

La guérisseuse serra les poings mais n'ajouta rien et tourna les talons, de fureur. Quelques minutes plus tard, le chef du service, un homme âgé d'une cinquantaine d'années, à moitié chauve, accourut vers les deux Aurors, suivi de la guérisseuse.

- Bonjour messieurs, je suis le guérisseur Strout, que puis-je pour vous ?

- Nous sommes Aurors, mandatés par le Ministère de la Magie. Et dans le cadre d'une enquête qui concerne son mari, nous souhaiterions interroger Mrs Rosamund Black.

Le guérisseur jeta un regard sur sa collègue, qui hochait la tête.

- Mrs Black, comme vous l'a dit mon employée, est en salle d'accouchement actuellement. Elle n'est donc pas en état de vous répondre et ne le sera pas avant au moins 24 heures, voire 48 heures, selon son état de fatigue.

- Nous comprenons, dit l'un des hommes. Toutefois, nous souhaiterions qu'un Auror reste à l'hôpital pour poser quelques questions à Mrs Black dès qu'elle sera en état de répondre.

- D'accord, dit finalement le guérisseur, mais restez dans la salle d'attente. Il est hors de question que vous vous promeniez dans les couloirs, au risque de déranger nos patients.

Griselda ne put s'empêcher d'intervenir et avança enfin devant les deux Aurors ainsi que les deux guérisseurs.

- Bonjour messieurs, Guérisseur Strout, Guérisseuse, je suis Griselda Jenkins, la tante de Rosamund Black. Je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter votre conversation. Qu'avez-vous contre ma nièce ?

Les quatre personnes se tournèrent vers Griselda, les deux Aurors la détaillèrent de haut en bas.

- Nous n'avons rien à vous dire, Madame, la toisa l'un des hommes, le plus petit.

- Je pense que j'ai mon mot à dire car c'est de ma nièce dont il est question ! s'écria Griselda, énervée.

- Et votre nièce est adulte.

- Ma nièce est en train d'accoucher et vous voulez l'interroger au moment où elle sera la plus faible ! Il est hors de question que je vous laisse faire.

- Ce sont les ordres de notre ministère, nous devons la questionner le plus rapidement possible.

- Alors, cela ne se fera pas sans moi ! Il n'est pas question que vous l'interrogiez seule. Guérisseur Strout, vous êtes d'accord avec moi.

- Euh… oui… Madame, bredouilla-t-il.

- Ecrivez donc un rapport à ces messieurs et indiquez que ma nièce n'est pas en état de les rencontrer. Elle ne pourra les recevoir qu'en ma présence et seulement si elle est en état.

- Hum… oui…

Griselda toisa les deux Aurors du regard et tourna les talons pour se rasseoir sur l'un des sièges de la salle d'attente. Les deux hommes s'installèrent à trois chaises d'elle et attendirent également. Ils ne se regardèrent pas, s'ignorant.

Au bout de quelques heures, finalement, la guérisseuse qui avait interdit aux deux hommes de voir Rosie se dirigea vers Griselda avec un grand sourire.

- Elle a accouché ! s'écria-t-elle. C'est une fille.

Griselda soupira de soulagement.

- Et comment va ma nièce ? demanda-t-elle anxieusement.

- Elle va bien mais elle se repose actuellement.

- Puis-je la voir ?

- Oui, bien sûr.

Les deux hommes commencèrent à se lever mais Griselda leur lança un regard meurtrier.

- Vous, vous restez ici, s'exclama-t-elle d'une voix glaciale. Et vous attendrez que son médicomage vous accorde une entrevue !

Ils ne dirent rien et se rassirent. Griselda suivit la guérisseuse qui l'emmena dans la chambre de Rosie. Celle-ci dormait. Elle était aussi blanche qu'un fantôme et ses yeux étaient cernés.

- Où est l'enfant ? demanda-t-elle.

- Nous l'avons placé dans la salle des couveuses pour laisser le temps à Mrs Black de se reposer. Nous l'amènerons dans quelques heures quand il faudra qu'elle la nourrisse.

Griselda fit apparaître un fauteuil confortable à côté de Rosie et attendit qu'elle se réveille. Elle l'observa et ressentit une point de tristesse sur ce qu'elle devrait lui annoncer lorsqu'elle s'éveillerait. Elle était aussi fatiguée et ne put s'empêcher de s'assoupir.

- Ma tante ?

Griselda se réveilla et ouvrit les yeux. Rosie la regardait d'un air alerte, bien qu'ayant les traits fatigués. Elle tendit la main vers elle et sa tante la prit immédiatement.

- Comment vous sentez-vous, Rosie ? lui demanda-t-elle en se rapprochant.

- J'ai envie de dormir mais je n'y arrive pas. Mon bébé ? Où est-il ? l'interrogea-t-elle brusquement inquiète.

- Ne vous inquiétez pas, les guérisseurs ont souhaité vous laisser vous reposer pour l'instant. Ils amèneront votre enfant bientôt.

- C'est une fille ! s'écria Rosie, son visage s'illuminant soudain.

- Oui, je n'ai pas eu le temps de la voir, mais c'est ce qu'on m'a dit. J'ai hâte de la rencontrer !

Elle lui sourit en lui serrant fort la main.

- Des nouvelles de Sirius ? lui demanda Rosie brusquement, le visage devenant plus sérieux.

Griselda devint plus sombre. Rosie sentit son coeur bondir dans sa poitrine. Elle ouvrit grand les yeux. Elle se douta de quelque chose.

- Dites-moi ce qui se passe ! Immédiatement ! lança-t-elle d'un air pressant.

Griselda inspira. Elle savait qu'elle devait apprendre la terrible vérité sur Sirius mais elle avait encore du mal à croire à ce qu'elle avait lu. Malheureusement, elle se devait de l'annoncer à sa nièce. Deux Aurors attendaient à l'extérieur de la chambre et ils viendraient l'interroger dès qu'ils le pourraient. Elle se racla la gorge et regarda Rosie dans les yeux.

- Sirius a été retrouvé, oui. Ce n'est pas encore très clair mais il a été envoyé à Azkaban, dit-elle finalement.

- Comment ? Pourquoi ?

La voix de Rosie était pressante bien qu'elle s'était brisée. Ses yeux démontraient son incompréhension.

- Il a été retrouvé sur les lieux d'un crime. Il semblerait qu'il ait tué une dizaine de moldus ainsi que son ami… Peter Pettigrow.

- C'est impossible ! déclara Rosie. Sirius n'aurait jamais fait ça ! C'est sûrement une erreur ! Il a dû se retrouver là au mauvais moment.

- Non, Rosie, affirma Griselda. Il y a des témoins, Sirius a provoqué une énorme explosion qui a tué toutes ces personnes. Il a ensuite été retrouvé sur les lieux… il semble avoir perdu l'esprit… Peter l'accusait d'avoir tué Lily et James avant de mourir à son tour, des mains de Sirius.

Rosie ouvrit la bouche mais plus aucun son n'en sortit. Les mots avaient eu du mal à faire son chemin dans son esprit. Finalement, elle repensa à ses doutes, Sirius, le gardien du secret des Potter, sa disparition de plusieurs jours sans donner aucune nouvelles… La vérité semblait implacable. Elle éclata en sanglots.

Griselda s'assit sur le rebord du lit et prit sa nièce dans ses bras, la laissant pleurer. Quand enfin, Rosie se calma, sa tante lui parla des deux Aurors qui attendaient dans la salle d'attente.

- Faites-les entrer, dit brusquement Rosie.

- Non, vous êtes bien trop faibles ! Il n'est pas question qu'ils vous tourmentent avec vos questions.

- Je veux connaître toute la vérité, ma tante ! s'écria-t-elle avec fureur. Je veux connaître tous les détails maintenant ! Je ne peux pas attendre !

Griselda hésitait. Rosie la regarda dans les yeux.

- Apportez-moi mon sac, ma tante ! lança-t-elle impérieuse.

- Que…

Mais sa tante lui obéit et lui remit son sac. Rosie prit sa baguette qui était posée sur sa table de chevet, ouvrit le dit sac et fit apparaître une fiole dans sa main. Elle contenait un liquide transparent.

- Mais que… que faites-vous, Rosie ? s'écria avec effroi Griselda. Vous ne devez pas boire…

- Je sais ce que je fais, répondit-elle d'une voix acerbe. Je suis aussi médicomage.

Et elle but la fiole d'une traite. Brusquement, les traits de Rosie s'apaisèrent, sa peau reprit quelques couleurs, ses cheveux devinrent moins ternes. Elle soupira une grande bouffée d'air.

- Demandez à une guérisseuse de m'apporter à manger, immédiatement ! Et ensuite, faites entrer ces deux Aurors. Je veux les voir.

Griselda fit tout ce que sa nièce lui demanda. Rosie engloutit le frugal repas qu'apporta une des médicomages et hocha ensuite la tête vers sa tante pour qu'elle appelle les deux hommes qui attendaient au fond du couloir. Rosie prit le temps de se rafraîchir d'un coup de baguette. Elle avait maintenant le visage lavé et éveillé ainsi que les cheveux propres. Elle eut le temps également de changer sa robe de nuit. On frappa à la porte, sa tante entra avec les deux Aurors.

Pendant que Griselda se rasseyait dans le fauteuil, auprès de Rosie qui était assise sur son lit contre un coussin, les deux hommes se postèrent debout de part et d'autre de son lit.

- Bonjour Messieurs, dit-elle avec un sourire. Ma tante m'a dit que vous souhaitiez m'interroger concernant mon mari.

- En effet, Madame, lança l'un des Aurors, le plus grand des deux. Tout d'abord, mes félicitations pour votre… enfant.

- Merci, répondit Rosie simplement.

- Nous sommes désolés de vous déranger à un moment où vous devriez rester en famille pour célébrer ce bonheur…

L'homme jeta un regard vers la tante de Rosie qui l'observait d'un air mauvais.

- Mais nous nous devions de vous rencontrer au plus vite, reprit-il. Je pense que votre tante vous a appris le crime qu'a perpétré votre mari…

- Oui, tout à fait et je dois tout de suite vous dire que j'ai été extrêmement choquée par ce que j'ai entendu. Mon mari n'aurait jamais pu faire ça !

Les deux Aurors se regardèrent, puis l'homme plus petit continua.

- Votre mari, Sirius Black…

- Oui, je sais encore comment s'appelle mon mari, merci, ironisa-t-elle.

- … a été retrouvé en plein de milieu de Londres, continua-t-il sans faire attention à la remarque acerbe de Rosie, parmi des dizaines de moldus.

Et l'Auror lui raconta l'histoire que lui avait rapporté sa tante, avec un peu plus de détails. Rosie l'écouta sans l'interrompre. Son coeur battait fort, ses poings étaient serrés et elle avait la terrible envie d'hurler. Elle ne croyait à aucun mot de ce qu'on lui disait. Néanmoins, il semblait qu'on lui disait la vérité. Etait-elle en train de faire un cauchemar ? Allait-elle enfin se réveiller pour retrouver Sirius à ses côtés ? Non, elle était bien éveillée et l'histoire, bien qu'invraisemblable, était vraie.

- Votre mari a été immédiatement arrêté et envoyé à la prison d'Azkaban.

- Comment ça, immédiatement envoyé à Azakban ? s'exclama finalement Rosie, reprenant ses esprits. Vous n'avez pas le droit ! Sirius a droit à un procès !

Les deux Aurors semblaient gênés. Rosie regarda sa tante, d'un air effaré.

- Comment osez-vous l'envoyer là-bas sans procès ?

- C'est sur ordre du Ministre de la Justice Magique.

- Ce Croupton ! Celui qui a envoyé sans état d'âmes son fils à Azkaban ?

- Et la Ministre de la Magie a montré son soutien à Monsieur Croupton, affirma l'un des hommes.

- Puis-je voir mon mari ? demanda-t-elle brusquement.

- Non !

Cette fois, ce n'était pas l'un des Aurors qui avait parlé mais sa tante qui s'était levée.

- Il n'en est pas question, Rosie ! Pas dans votre état en tout cas !

- Mais ma tante…

- Non ! Vous resterez à l'hôpital ! Et s'il le faut, c'est moi qui irai lui rendre de visite.

- Black n'a aucun droit de visite ! lança l'un des hommes. C'est le criminel le plus dangereux et le plus surveillé de toute la prison !

- Nous verrons cela, messieurs, dit Griselda d'un air de défi. Maintenant, finissez de tourmenter ma nièce et posez-lui vos fichues questions !

Elle se rassit et croisa les bras devant sa poitrine.