Chapitre 41
Le Roi sans couronne
Gros résumé disponible au chapitre 37 si besoin ! :D Je vous remercie chaleureusement pour toutes vos reviews ! Il m'est impossible de tous vous répondre, j'en suis navrée ! Mais sachez que je vous lis tous, et ça me touche que mes histoires soient encore lues des années après... Elles ont rythmé mon adolescence et continuent à me suivre alors que j'ai pris dix ans dans la gueule, c'est fou ! Je vous embrasse bien fort !
Il ne se réveilla pourtant pas seul, ce matin-là. Salazar avait la fâcheuse manie de déserter le lit aussitôt sorti du sommeil. Mais pas ce matin. Harry revint à la surface avant lui et il s'étonna de voir le sylphe encore assoupi. Il se suréleva un peu et dégagea une mèche de la joue du fondateur. Il avait l'air paisible. Magnifique. Comme une version masculine de la belle au bois dormant. Son torse se soulevait puissamment et sa respiration était encore profonde.
Harry remarqua le fluide argenté qui parcourait ses veines à chaque inspiration. Ses paupières, nervurées de vaisseaux bien visibles, s'éclairaient et perdaient en luminosité. Tout doucement.
Le jeune homme était absolument certain de pouvoir l'observer pendant des heures, sans se lasser. Mais il n'avait pas des heures, car déjà le fondateur commençait à remuer. Un sourire ourla ses lèvres, signe qu'il l'avait senti l'observer. Il éleva un bras et l'attira à lui, contre son torse. Harry se laissa faire, s'y calant volontiers. C'était la première matinée qu'ils partageaient vraiment et il peinait à comprendre pourquoi ce n'était pas arrivé avant.
— Parce que tu es un gouffre à sommeil et que je dors très peu, voilà pourquoi, répondit Salazar, ayant capté ses pensées.
— Encore cinq petites minutes, lui demanda Harry en profitant du son calme de sa respiration.
— Accordées, après file loin de moi que je ne te retienne pas davantage.
— Laz… j'ai… enfin je me suis permis de fouiller par moi-même ton arbre généalogique et il y a un nom qui m'a plu. Pour le bébé.
Salazar se tendit un peu et caressa son bras machinalement.
— Hm ?
— C'est un homme qui a vécu humblement. Un chevalier qui a défendu le code d'honneur de Camelot bien après la chute du roi Arthur.
— « Justice, Honneur, Fraternité », récita Salazar. Tu veux parler d'Azariah, le roi sans couronne ?
Harry hocha la tête et Salazar se tut, pensif.
— C'est noble, murmura-t-il.
— Tu es noble. Et je ne veux pas parler de ton lignage, je veux parler de ce que tu es.
Il balaya le compliment d'une main et répondit à la place :
— Azariah signifie « Don de l'éternel », Harry. Et je crois que ce bébé mérite ce prénom, lui dit-il en déposant un baiser sur ses cheveux.
Harry sourit et somnola de nouveau contre son compagnon. Quand il s'éveilla une vingtaine de minutes plus tard, il était seul dans le lit. À une exception près : la tête de Kinnara jaillit de sous la couette, ébouriffée comme jamais, dans un concert de piaillements.
— Je rêve, tu t'es planqué ici hier soir ! lui dit Harry en le chopant pour l'attirer à lui. Allez, Kin', laisse-moi me lever…
Le phénix s'était installé sur lui et avait modulé son poids de manière à l'immobiliser. Une des caractéristiques des phénix que l'oiseau avait découvertes et dont il se servait à outrance.
Le volatile finit par le laisser tranquille le temps qu'il prenne sa douche, puis revint se percher sur son épaule sitôt qu'il fut habillé. Il traîna un peu dans le salon, croisant Hermione, qui fila rejoindre un cours de duels, et Ron, qui allait accueillir ses parents avec Ginny.
Quand tout le monde fut parti, Harry gagna la porte ouvragée et l'ouvrit. Comme à chaque fois, il trembla un peu. D'émotion, de joie, de peur… De tout cela à la fois. À pas de loup, il avança vers le creux de l'arbre où le bébé grandissait, à l'abri. L'angoisse montait en lui chaque fois qu'il songeait qu'en ce moment même, Poudlard pourrait être envahi, et qu'on pourrait s'en prendre à son fils. Il ne comprenait pas vraiment d'où venait cet élan dans ses tripes. Celui de protéger, et ce gonflement dans sa poitrine chaque fois qu'il y songeait. Et pourtant, il commençait à entrevoir comment son père et sa mère avaient pu prendre la décision de mourir pour lui. Si pour que son fils vive il devait y laisser sa peau, alors il l'y laisserait sans même y penser à deux fois.
Il s'installa tout près, laissant sa main se balader sur la bulle bleutée, pareille à un cocon, qui entourait le bébé. Kinnara, toujours sur son épaule, était étrangement silencieux.
— Tu as dû beaucoup entendre la voix de ton père… Ton autre père, je veux dire. Je l'ai surpris à venir ici plusieurs fois, pour te parler de choses que tu ne comprendras sûrement que dans plusieurs années. La mienne ne doit pas t'être familière, tout comme la tienne m'est encore inconnue. Mais je voulais te dire que même si ce que tu ressens venant de moi est de la terreur, tu ne dois pas craindre de venir au monde. Je sais que tu es arrivé à maturité, je le sens, et je veux te dire que… je t'attends. Malgré ma peur panique que tu nous sois arraché. Je ne peux pas m'attendre à ce que tu restes à l'abri ici pour toujours et je ne veux pas que tu aies la sensation que je ne veux pas de toi.
Il se tut, l'émotion bloquant ses mots. Le bébé avait bougé, semblant éveillé. Harry émit un hoquet tremblant quand le petit eut un rictus semblable à un sourire, se rapprochant du bord de la bulle. Harry posa sa main dessus, comme si ce simple geste lui permettrait de l'effleurer, rien qu'un peu.
— Je suis désolé de t'offrir le monde le plus dur… Je suis… tellement désolé… J'aimerais que tu naisses en sécurité, juste dans l'amour, mais… Ce n'est pas ce qui est en train d'arriver et je… Je me sens coupable de te mettre en danger juste parce que je suis ton père… Et je ne veux pas que tu sois orphelin, pas comme je l'ai été, pas comme Salazar l'a été. Je veux te regarder grandir, courir. Je veux pouvoir te faire découvrir des choses un peu plus belles, te rappeler à l'ordre quand tu feras des bêtises, et, par Merlin, je sais que tu en feras vu ton ascendance.
Il acheva sa tirade sur un rire et passa une main nerveuse sur son visage. Puis il se releva.
— J'ai hâte de te rencontrer, Azariah.
Il quitta le jardin paisible, incroyablement serein. Kinnara frottait sans discontinuer son bec contre sa joue.
Aussitôt après, il gagna l'une des salles du troisième étage où l'attendaient quelques élèves.
— Bonjour, les salua-t-il, tentant d'ignorer le nombre de regards posés sur lui et sur son phénix, qui en gonfla le poitrail de fierté avant de se poser sur le rebord de la fenêtre. Je suis Harry, je suis en sixième année et je suis chargé de vous enseigner à vous défendre. Je n'ai qu'une semaine pour le faire alors nous allons devoir être rapides et efficaces. Je ne vais pas vous demander de laisser vos peurs à l'entrée de cette salle, donc détendez immédiatement vos épaules, desserrez la prise sur votre baguette. N'essayez pas de me faire croire que vous n'êtes pas effrayés, car vous l'êtes. C'est évident que vous l'êtes et c'est une bonne chose, je suis mort de peur également. Justement, ici, c'est avec vos peurs que je vais vous demander de combattre. Ne les laissez pas derrière vous, amenez-les ici avec vous et battez-vous avec. Pas contre. Avec.
Son petit discours créa un blanc et il s'assit à demi sur un bureau, sortant sa baguette pour entrouvrir une porte au fond de la salle. Un détraqueur y avait été enfermé et celui-ci tenta de passer à travers la barrière que le patronus de Salazar avait créée. Harry ne s'était pas étonné de lui découvrir la forme d'un serpent géant à deux têtes appelé Jörmungand. La formule qu'avait utilisée Salazar avait pourtant été différente, bien qu'Harry n'eût pas précisément saisi en quoi, trop éloigné pour l'entendre. Le fondateur lui avait simplement sorti une énième explication sibylline :
« Spero Patronum… En latin, ça signifie, « j'attends un protecteur ». La formule est puissante. Mais si on y pense bien, ce qui la rendrait encore plus puissante, ce ne serait pas d'attendre… Ce serait d'être tout simplement. »
Il chassa le souvenir de sa mémoire et reprit la parole :
— Oui… Oui, confirma-t-il. C'est un vrai. Et celui-là n'est que l'un des nombreux autres qui nous attaqueront quand Voldemort décidera de frapper. Pour le moment, comprenez-le bien, Voldemort cherche seulement à augmenter notre peur puisque la peur demeure sa principale arme. Quoi de mieux qu'un détraqueur pour renforcer ce sentiment, n'est-ce pas ?
Une main se leva.
— Hm ? fit Harry à l'intention du garçon blond qui fixait le détraqueur sans ciller, inquiet.
— Le patronus est un sort de niveau trop élevé, aucun de nous n'y arrivera.
— Ce genre de remarques, en revanche, laissez-les à la porte, je n'en veux pas ici. Aucune forme de pessimisme ne sera acceptée. Nous survivrons si nous faisons en sorte d'être prêts. Rien n'est impossible, pas si vous y croyez ! Et je vais vous demander de croire très fort en vous. Et en vos souvenirs. Fermez les yeux, ordonna-t-il.
Les élèves s'entre-regardèrent puis obéirent. Harry se leva et évolua autour d'eux, sa voix portant dans le silence confortable de la salle.
— Choisissez-en un particulièrement heureux. Celui qui vous procure de la force, qui donne un sens à ce que vous êtes ou voulez devenir. Levez la main quand vous en tenez un. Prenez votre temps, mais quand vous l'avez trouvé, accrochez-vous à lui, laissez-le vous imprégner tout entier jusqu'à ce que le reste vous semble plus lumineux. Vous pourrez ouvrir les yeux, mais resterez concentrés dessus, d'accord ? Alors un par un, je vous emmènerai affronter le détraqueur.
Une main se leva, une jeune fille aux cheveux courts. Harry s'avança sur elle et la guida vers la salle où le détraqueur était enfermé. Il la saisit par les épaules et se pencha sur elle pour chuchoter.
— Ton souvenir est-il fort ?
Elle hocha la tête.
— Très bien. Garde-le dans ta tête, dans ton cœur. L'incantation doit être dite distinctement : spero patronum. Répète-le.
— Spero patronum, dit-elle d'une petite voix.
— Ton nom ?
— Hilda.
— Très bien, Hilda, devant le détraqueur il te faudra bien plus de conviction, c'est compris. Je serais avec toi, mais lors de la bataille tu seras peut-être seule face à l'un d'eux. Ne lui laisse pas l'occasion de te faire du mal. Pas lorsque les ressources pour le repousser sont en toi.
Elle hocha la tête avec plus de détermination, sa main pourtant tremblante. Harry aurait pu en pleurer de voir des enfants si jeunes déterminés à participer à une guerre dont ils avaient si peu de chance de réchapper. Il avait l'impression de les envoyer à l'abattoir. Mais c'était leur choix, leur vie, et on avait trop choisi à sa place pour qu'il leur en tienne rigueur. La seule chose à faire pour les aider était de les préparer.
Il se dirigea vers la porte et se concentra sur un souvenir heureux. Il en avait tellement qu'en choisir un était impossible. Alors il pensa juste à Salazar, à leur enfant à naître.
— Spero Patronum, dit-il d'une voix calme.
Il fronça les sourcils. Son Patronus rencontra celui de Salazar, adopta la même forme que lui et celui de Salazar muta, se transformant en phénix avant d'être absorbé par le sien. Il aurait dû s'attendre à ce genre de phénomènes… Le détraqueur recula au fond de la petite salle sombre et Harry y entra avec la jeune fille.
Celle-ci tremblait comme une feuille, en retrait derrière lui.
— Hilda, dans quelques secondes, je vais relâcher mon Patronus, ce sera à toi de jouer. Tu auras seulement quelques secondes, tu m'as compris ?
Elle acquiesça, saisissant sa baguette plus fermement, pointée sur la créature.
— Souviens-toi Hilda, accroche-toi à ton souvenir, ne le laisse pas gagner.
Puis il fit disparaître son Patronus et recula. La jeune fille pâlit quand la créature fondit sur elle depuis le fond de la salle.
— Spero Patronum ! dit-elle la voix tremblante.
Rien ne se produisit.
— Plus fort, Hilda !
— Spero Patronum ! insista-t-elle et une brume légère sortit de sa baguette, suffisante pour dérouter un instant le détraqueur.
Aussitôt Harry lança son Patronus et se précipita à temps pour empêcher la jeune fille de s'effondrer. Il la saisit dans ses bras et la sortit de la pièce.
— Pas mal du tout, Hilda !
Elle sourit faiblement et un jeune homme de Hufflepuff vint la soutenir.
— Donne-lui du chocolat, il y en a pour un régiment dans mon sac, lui indiqua Harry en déposant la jeune fille contre le mur.
Les autres la regardaient, angoissés.
— À qui le tour ? demanda-t-il.
Un élève leva la main et Harry l'entraîna dans la salle. Il passa la journée ainsi, jusqu'à l'épuisement. Ils auraient besoin d'une longue nuit de sommeil. Mais en début de nuit, vers vingt-deux heures, il eut la fierté de constater que chacun d'entre eux arrivait à produire un patronus brumeux, assez fort pour repousser quelques détraqueurs. Hilda et quelques autres étaient même parvenus à en matérialiser un. Ceux-là s'en sortiraient assurément, talentueux comme ils l'étaient.
Harry fit sortir le dernier élève et constata que Salazar l'attendait devant la porte. Les élèves chuchotaient en passant devant lui, intrigués par l'homme à la stature noble.
— Les miens viennent de partir. Ils connaissent le sortilège Magna Mortem. Ils seront redoutables, très peu le connaissent et les dégâts qu'ils infligent sont… exceptionnels.
— La moitié était autant dans les vapes que les miens ?
— Plus : trois évanouissements, un fou rire nerveux, cinq crises de larmes et l'un des élèves m'a appelé Hitler. Je ne sais pas si c'est vraiment un compliment, dit Salazar avec un rire en l'entraînant dans son sillage.
Soudain le sol trembla et ils s'entre-regardèrent. Harry se précipita à la suite de Salazar vers la tour d'Astronomie. Ils grimpèrent au sommet, là où Remus et Tonks se trouvaient déjà.
— Remus, lança Harry en lui posant la main sur l'épaule.
Celui-ci la recouvrit de la sienne, la serrant brièvement. Ils observèrent ensemble l'armée conséquente qui venait de transplaner de manière quasi simultanée devant l'école et attaquait le bouclier.
— Quand êtes-vous arrivés ? demanda Harry d'une voix blanche, tandis que Salazar psalmodiait en latin et en vieil anglais des sortilèges pour renforcer les protections, encore et encore.
Remus, sans quitter des yeux le chaos qui régnait, lui répondit :
— Il y a quelques minutes. Le ministère est tombé. Il y a une cinquantaine de survivants, sans compter les traîtres.
Harry pâlit.
— Alors ça y est…, murmura-t-il.
Harry s'aperçut seulement à ce moment-là que Tonks était concentrée sur quelque chose au creux de ses bras. Il s'avança vers elle et elle lui sourit faiblement, le regard hanté et cerné.
— Né au beau milieu d'une guerre, dit-elle, la voix un peu tremblante. On a pas pu te prévenir.
— Ça va aller, Teddy ira bien, lui dit Remus en installant son fils dans ses bras.
Harry l'observa faire, un sourire faible aux lèvres. Il se concentra de nouveau sur la mère.
— J'aurais aimé qu'il puisse naître après tout ça, ajouta-t-elle, la voix rauque.
Harry lui offrit une moue compatissante. Sa détresse trouva un écho dans la sienne toute dirigée sur son bébé encore à l'abri de sa matrice. Il l'attira dans une étreinte et Tonks le serra contre elle.
— Promets-moi que tu le protégeras, Harry. S'il nous arrive quoi que ce soit, promets…
— Comme si c'était le mien, Tonks, je te le promets.
— Remus a les papiers pour faire de toi son parrain. Gringotts les récupérera, la Banque est encore sur pied, étrangement…, souffla-t-elle en se reculant, tentant de reprendre pied. Ils ne toucheront pas aux archives. Leur manie du Sang-Pur et la fierté de leurs origines les en empêchent. Et ces foutus gobelins et leur neutralité… !
Son air jovial revint peu à peu, à mesure qu'elle enfouissait son inquiétude en le fixant sans ciller. Remus les rejoignit et, tout doucement, il tendit l'enfant endormi à Harry.
— Harry, toutes mes excuses pour le mauvais timing, mais je te présente ton filleul. J'espère que vous aurez beaucoup de choses à vous dire dans les années à venir.
Harry sourit et saisit délicatement le nouveau-né qui changea immédiatement sa couleur de cheveux pour arborer la sienne.
— Métamorphomage. À l'instinct, il a tendance à prendre l'apparence de celui qui le porte. On a pas encore osé le laisser à Albus, plaisanta Tonks sur un ton plus enjoué.
Harry éclata de rire. Comme si rien ne se produisait. Comme s'il n'entendait pas le son des sortilèges contre le bouclier, comme s'il ne sentait pas la présence de Voldemort là, quelque part, devant Poudlard. Comme si tout allait bien.
Blabla de J' :
Toutes mes excuses pour l'année de retard ! Mais voilà tous les chapitres restants d'un coup ! Ne m'en voulez pas trop s'il reste des fautes ou répétitions, le texte est très vieux dans mon esprit désormais :') Je vous embrasse et vous retrouve à la fin de l'histoire pour un petit mot d'adieu/au revoir ! Mille bisous à vous !
Chaleureusement vôtre,
Jelly
