Chapitre 43
Hérédité


La nouvelle de l'attaque se répandit, impossible à endiguer. Si bien qu'à minuit, la plupart des habitants du château étaient regroupés dans la grande salle, chuchotant sur les nouvelles. La rumeur de la mort de Dumbledore enflait. Minerva, bien qu'abattue par l'annonce, avait tenu à en faire part elle-même aux autres. Aussi c'est elle qui monta sur l'estrade, accompagnée par les lourds sanglots d'Hagrid, qui confirmait les rumeurs à lui tout seul. La vieille dame balaya la salle du regard et s'agrippa au pupitre du directeur.

— Ce soir, comme vous l'avez sans doute entendu, une attaque a eu lieu dans le château. Le septième étage a servi de porte d'entrée à une vingtaine de Mangemorts, tous morts à présent. Il n'a tenu qu'à la bravoure de certains de nos amis d'endiguer l'attaque afin que les pertes soient minimes. Néanmoins, minime, n'est pas le mot qu'on emploie lorsque des vies sont en jeu. Encore moins quand des vies sont perdues. Ce soir, Albus Dumbledore s'est éteint, de la main de Bellatrix Lestrange.

La voix de Minerva se brisa et quelques larmes coulèrent sur ses joues. Harry se précipita pour la soutenir et la guider jusqu'à une chaise. Un murmure accablé traversa la salle et les regards se tournèrent sur Harry. Celui-ci se redressa, hésitant, la mine sombre. Puis restant derrière la chaise de son professeur, il prit la parole :

— Pourquoi… ? Pourquoi est-ce vers moi que vous vous tournez ? Vous vous trompez. Tournez-vous vers vous-mêmes. Je ne vous sauverai pas tous et je ne porterai pas le poids de votre mort sur ma conscience. Je l'honorerai de tout mon cœur parce que j'admire votre courage. Tout comme j'ai admiré celui d'Albus Dumbledore. Tout comme je l'admire encore, lança-t-il, la voix basse, son regard épuisé balayant l'ensemble des personnes présentes. Ne pleurez pas son départ, il n'est pas parti si vous continuez à faire vivre ce en quoi il croyait. Vous ne mourrez pas non plus si au fond de vous vous sentez que ce pour quoi vous vous battez en vaut la peine... Alors tournez-vous vers les vôtres. Pas vers moi, surtout pas vers moi. Et, je vous en prie, ne vous trouvez pas des bonnes raisons de mourir dans cette bataille, trouvez-vous rien qu'une bonne raison d'y survivre et accrochez-y votre étendard.

Son discours trouva comme écho un silence religieux et il quitta la salle, acceptant les gestes affectueux de réconfort qu'il reçut. Salazar le suivit discrètement jusqu'à leurs appartements. Il l'entoura de ses bras alors que le jeune homme s'était posté près de la fenêtre.

— Je suis fier de toi.

— Tu l'aurais été si je m'étais effondré ?

— Je l'aurais été si tu t'étais relevé après t'être effondré et c'est ce que tu as fait. Et tu redonnes de l'espoir aux autres.

— Parce que Dumbledore avait foi en moi.

— Non, parce que les gens croient en toi. Et même si c'est une lourde responsabilité, ne la porte pas comme un fardeau, hisse-toi dessus. Puise ta force en cette foi.

— Salazar, je ne sais pas ce que je deviendrais si je te perdais.

— Tu resterais fort. Je veux que tu restes fort. Pour notre fils, pour toi, pour tous ceux qui t'aiment aussi fort que moi.

Harry hocha la tête, refusant de songer à l'éventualité de la mort de Salazar.

— Demain, nous reprendrons l'entraînement des plus jeunes. Je te laisse mon groupe, tu as le niveau nécessaire. Je passe avec les adultes, quelques sortilèges en plus ne leur feront pas de mal. Nous devons nous montrer solides et l'être, Harry. Si tu sens flancher, respire, ancre-toi dans le sol et tiens-toi droit, d'accord ?

Harry acquiesça une fois de plus. Il avait raison. Le moral ne devait pas plus baisser et ils devaient tous faire bonne figure. Pour ne pas déstabiliser tout le monde.

— Demeure la question de Draco Malfoy. Il détient la baguette de Sureau, il a désarmé Dumbledore. Les trois reliques sont dans le château.

Harry se tourna lentement vers son compagnon.

— Draco va avoir besoin d'aide. Je ne peux pas la lui fournir, notre passif est trop grand pour que ça se fasse sans étincelles.

— Je le ferai.

— Il n'est pas… Il n'a pas mauvais fond, je crois, il n'a pas pu le tuer.

— Je sais… Garde précieusement la cape.

— Et toi la pierre, elle ne peut pas rester dans le bureau de Dumbledore.

— Ni en ma possession, je serais tenté de l'utiliser ! répliqua immédiatement Salazar.

— Non, Salazar. Je sais que tu ne le feras pas, murmura Harry avant de quitter la pièce.

Le lendemain, malgré les récents événements, il se montra à sa séance d'entraînement avec les plus jeunes. Ils semblèrent surpris de le voir, mais la détermination dans son regard fit taire chaque question. Son groupe, alimenté par celui de Salazar était plus conséquent.

— Le sortilège Protego est insuffisant contre la plupart des sortilèges plus puissants qu'un simple Expelliarmus. Le sortilège du Bouclier Ardent pallie ce défaut en vous protégeant non seulement des…

Il se perdit dans les méandres de son enseignement, soutenant les élèves, rectifiant leur position, le mouvement de leur baguette et leur prononciation. Il souriait à Hilda et Diego, très appliqués dans leur travail.

Salazar le rejoignit vers quatorze heures, l'observant faire cours, aidant les élèves, le regard perçant.

Il sentit soudain une secousse dans le château. Il fit signe aux élèves de s'arrêter et se précipita sur la fenêtre. Il siffla, signifiant à Salazar de rappliquer en vitesse. Celui-ci fut aussitôt auprès de lui et serra les dents. Ils attaquaient plus fort le bouclier. Vraiment plus fort. Il ne tiendrait pas vingt-quatre heures de plus. Le couple échangea un regard et observa le ciel se couvrir davantage encore.

Harry émit soudain un hoquet de douleur, la main serrée sur son torse. Il recula et tituba en arrière, le souffle lui manquant.

— Harry ? s'inquiéta Salazar. Harry, qu'est-ce…

Le fondateur pâlit soudain et se raccrocha au mur pour ne pas tomber, la mâchoire serrée sous le coup d'une douleur fulgurante.

— Non… Non ! Pas maintenant ! haleta Harry en comprenant ce qu'il se produisait.

Hilda partit en courant chercher de l'aide tandis que les deux hommes se regardaient avec effroi. Quelques secondes plus tard, Hermione et Ginny entrèrent en catastrophe.

— Harry ! hurla Hermione en s'agenouillant auprès de lui tandis que Ginny soutenait du mieux qu'elle pouvait Salazar.

— Le bébé, Hermione… Il… Il va quitter la matrice, nous devons y être… Il a besoin de nous.

Il avait l'impression d'étouffer, comme si quelqu'un tirait de toutes ses forces sur son âme et son corps. Il s'effondra au sol, et Salazar également, à demi conscient. Dans un dernier élan, le fondateur saisit sa main et ils disparurent tous deux sous les murmures stupéfaits. Ils atterrirent directement dans la matrice où un vent impressionnant soufflait. L'arbre remuait, comme s'il prenait vie et la bulle du bébé était agitée si bien qu'on ne le voyait presque plus.

Harry tenta de se rassembler, faisant fi de la douleur et du vertige qu'il ressentait.

— Qu'est-ce qu'on est supposé faire ? demanda-t-il en s'appliquant à rejoindre les racines noueuses du saule pleureur.

— Coupe-le de l'arbre, lui murmura Salazar.

Harry jeta un œil à la bulle et à Salazar, qui semblait bien plus affecté que lui, la dernière ligne droite serait apparemment plus éprouvante pour lui. Il saisit le couteau dans sa ceinture et avança tant bien que mal jusqu'au cocon. Il prit une grande inspiration et plongea ses mains à l'intérieur. Stupéfait, il les vit s'enfoncer sans problème, comme à travers un mur d'eau.

Il frémit lorsqu'il sentit le petit corps de son bébé sous sa main, l'émotion lui nouant la gorge. Il tâtonna une seconde pour trouver son cordon ombilical, semblable à une racine très fine. Il éleva un peu le corps de l'enfant, le sortant doucement de sa bulle et coupa d'un coup sec le cordon. Aussitôt il lâcha le couteau, entendant le bébé prendre une inspiration et se mettre à hurler de douleur sous la violence de cette première bouffée d'air.

Les yeux écarquillés, embués de larmes, il observa le petit être qui gigotait entre ses mains. Il le ramena contre lui, plaquant un baiser sur sa tête humide recouverte de fins cheveux bruns. Il le berça doucement par réflexe, tentant de calmer son arrivée dans le monde.

— Shhhhhhht, tout va bien, trésor…, murmura-t-il. Je suis là, tout va bien. Nous sommes là… Tous les deux. Entiers. Étonnamment encore en vie.

Il lança un regard chargé à Salazar qui se relevait contre un autre arbre, à bout de souffle. Harry, pour la première, vit quelques larmes couler le long de son visage fin. Il savait qu'elles étaient comme les siennes, empreintes d'angoisse et de joie. Il n'aurait pas pu naître à un pire moment.

— Regarde-nous…, murmura le jeune homme en reniflant. Il a plus de raisons de pleurer que nous.

Salazar émit un rire un peu faible, essuyant d'une main empressée son visage. Le bébé se calma peu à peu, niché contre son père. Harry s'approcha alors de son compagnon et se baissa à sa hauteur.

— Donne-le-moi, murmura-t-il.

Délicatement, Harry le fit basculer dans ses bras. Le bébé pleura de nouveau, peu adepte du fait de changer de bras. Salazar se pencha sur lui et l'embrassa, les yeux clos.

— Doucement… ne pleure pas trop mon fils, ce n'est pas un si mauvais jour pour naître…, murmura-t-il à l'oreille du bébé. Bienvenue dans ce monde.

Puis il lui souffla quelque chose dans une autre langue, chantante, et le bébé se calma instantanément. Il ouvrit grand ses yeux qu'il avait verts comme Harry. Le jeune homme ne put s'empêcher de renifler pathétiquement en le voyant. Dans un effort pour ne pas pleurer davantage, il leva les yeux au ciel, souriant à la place.

— Par Merlin, j'ai l'impression d'être une serpillière…, dit-il en riant un peu, caressant la petite main potelée de l'enfant.

— Reprends-le, chara, je n'ai aucune force, lui dit Salazar. Je crains de le faire tomber si je le sors d'ici.

Harry hocha la tête et récupéra son fils.

— J'ai l'impression que je vais le casser, ou l'étrangler ou faire une connerie de n'importe quel type, là, maintenant, marmonna Harry.

Salazar émit un rire et ne répondit pas avant quelques secondes.

— Azariah, alors ? demanda Salazar en se relevant, aidé d'une main par Harry.

— Azariah, confirma-t-il en observant les grands yeux ahuris de son bébé.

Le fondateur tituba un instant et Harry l'observa, inquiet. Le sylphe lui adressa un regard encourageant et leur ouvrit la porte. Aussitôt l'eurent-ils franchie tous ensembles que celle-ci sembla se fondre dans le mur jusqu'à tout à fait disparaître. Salazar grogna quelques mots en Fourchelang et Harry émit un rire nerveux en reconnaissant une série de jurons.

— Salle de bain, cuisine, salon, indiqua le fondateur.

Harry approuva l'itinéraire. Salazar déposa un autre baiser sur le front de son fils et un autre sur les lèvres d'Harry, long… Vraiment long. Puis il les laissa filer, se dirigeant lui-même vers le salon, trop épuisé pour l'aider, chancelant et s'aidant du mur pour avancer. Il avait été plus affecté, étant sans doute un sylphe lui-même. Le jeune sorcier se doutait que l'enfant avait tiré sur le plus puissant des deux, aussi cela expliquait-il son état d'épuisement moindre.

Depuis un moment, ils avaient prévu de quoi s'occuper de l'enfant, faisant venir des affaires par-ci par-là sans trop y croire. Ce n'était que maintenant, dans ses bras, qu'il lui paraissait réel. Il sortit une bassine et fit couler une eau tiède, à température du petit corps, et le plongea dedans tout doucement. Il rinça l'étrange liquide bleuté qui traînait encore sur lui, s'amusant de ses réactions, de ses petits pieds qui tapotaient l'eau, de ses mains qui attrapaient un doigt puis le relâchait comme étonné d'avoir vraiment saisi quelque chose de solide. Il n'arrivait simplement pas à détacher son regard de lui.

Tant bien que mal, il fit taire son inquiétude, conscient que cet enfant allait être en danger dès son premier jour auprès d'eux. Il s'inquiéta silencieusement en finissant de le laver, de le sécher et de l'habiller. Il pesta contre les couches sorcières aussi peu pratiques que celles moldues, mais avec l'avantage de se nettoyer d'elles-mêmes.

— Pas très doué ton père, hm ? murmura-t-il avec un rire à l'adresse de son fils qui sembla confirmer en émettant un petit cri de ravissement, roulant des yeux.

Quand il eut terminé, il embrassa le sommet de sa tête, encore, songeant que s'il avait pu le croquer tout entier il l'aurait fait. Le bébé était étrangement calme, semblant découvrir avec plaisir tout ce qui passait à sa portée. Cheveux, peau, tissu. Ses mains maladroites attrapaient et laissaient filer, surprises par chaque matière qu'elles touchaient. Son regard ahuri fit rire Harry, qui se dirigea vers la cuisine. D'un coup de baguette, il sortit le lait en poudre pour bébé que Dobby lui avait amené en quantité industrielle, ainsi qu'un biberon. Il se laissa tomber sur une chaise en attendant que le lait chauffe, le bébé pressé contre lui. Tout lui faisait peur. Ses mouvements décousus, la rougeur sur l'un de ses bras, sa respiration bruyante. À plusieurs reprises, il se pencha pour écouter le petit cœur battre dans la poitrine de son fils.

Quelques minutes plus tard, il regagna le salon où il eut la surprise de trouver Salazar endormi sur le canapé et quatre personnes qui se figèrent en le voyant arriver. Leur regard passa du fondateur assoupi à Harry, puis au bébé, de nouveau à Harry. Le jeune homme lorgna Remus, Ginny, Ron et Hermione un long moment.

— Harry… ? murmura Remus. Tu… qui est cet enfant ?

Harry se racla la gorge et prit le temps de s'installer dans un fauteuil, calant son fils contre lui et empoignant le biberon d'une main ferme.

— Hein ? Ah, eh bien… C'est euh… Il est… (il se racla la gorge) c'est notre fils, dit-il en désignant vaguement la forme endormie de Salazar et lui-même.

Remus passa une main devant sa bouche.

— Comment est-ce possible ?

— Je suis un sylphe, intervint la voix somnolente de Salazar. Voilà comment ça s'explique.

Il n'ouvrit pourtant pas les yeux, se contentant de sourire en entendant le bébé gazouiller au son de sa voix.

— Un sylphe… ? Mais les sylphes ont disparu depuis…

— Plus de mille ans. Exact.

Il attendit d'entendre le « oh » de compréhension de Remus.

— Il a été porté par…

— … une matrice, lui expliqua Harry. Il a bien tiré sur nos réserves physiques, psychiques et… sur nos âmes, je crois. Il est arrivé à terme au bout de… cinq mois, aujourd'hui, et nous ne connaissons son existence que depuis quelques semaines…

Remus hocha la tête, semblant plongé dans ses pensées, tout en regardant le bébé avec un sourire un peu sonné de temps à autre.

— Il est juste un peu plus jeune que Teddy, murmura-t-il.

— C'est pour ça que s'il nous arrive quoi que ce soit, Remus, je veux que ce soit Tonks et toi qui vous vous en occupiez. Nous n'avons pas encore choisi de parrain et de marraine et nous ne le ferons qu'après la guerre officiellement, mais juste… dis-moi que tu le feras.

— Évidemment, Harry, lui dit Remus en se levant. Je suis désolé, je dois retourner auprès de Tonks.

Il attrapa Harry et l'étreignit brièvement.

— Félicitations, même si c'est tellement brutal que je ne suis pas sûr d'être endormi.

Harry émit un rire et le regarda partir.

— Donne-le-moi, demanda Salazar à Harry, qui se releva.

— Je te pose le biberon sur la table s'il a faim, murmura Harry, ahuri que ses mots sortent de sa bouche.

Salazar tiqua. Ils échangèrent un long regard avant qu'Harry hausse les sourcils. Salazar hocha la tête et saisit le bébé avant de le ramener sur son torse. L'enfant s'y nicha, ayant l'air d'y trouver son confort, assez pour somnoler avec son père.

— Il s'appelle Azariah, indiqua Harry aux autres.

Ginny avait les yeux brillants et Hermione pleurait presque en observant le bébé.

— Je n'arrive pas à y croire, articula-t-elle en serrant la main de Ron qui grimaça.

— Moi non plus, confirma-t-il cependant.

— Battez-vous pour le titre de marraine les filles, ça va se jouer entre vous, je crois, lança Salazar, toujours à demi endormi.

Harry leva les yeux au ciel.

— Et celui de parrain ?

— Laisse-moi le choix du parrain, je te prie, j'ai déjà ma petite idée. Il n'y a bien que pour cet enfant que je te demanderai cela. Il n'y a pas beaucoup de monde à qui je puisse proposer le titre honorifique de parrain.

Voyant qu'il n'allait pas en dire plus et se refrénant pour ne pas insister, Harry se tourna vers Hermione et Ginny.

— Je passe mon tour. Je préfère l'être avec Ron, indiqua Hermione avec un clin d'œil. Réservez-nous sur le prochain.

Le prochain… Le prochain ? Harry pâlit brutalement.

— C'est noté, lança Salazar.

Ginny écarquilla les yeux et se désigna d'un doigt, articulant un « moi ? » muet. Harry hocha la tête avec un grand sourire. La jeune fille se leva et se jeta dans ses bras. Il la serra contre lui, riant un peu.

— Ce gamin va être pourri gâté, fit remarquer Ron avec un sourire moqueur pour sa sœur.

— Tais-toi, lui dit-elle en lui lançant un oreiller en pleine figure. N'insulte pas mon filleul.

— Le mien sera mieux que le tien, rétorqua Ron. Vous avez intérêt à être productifs après la guerre, lança-t-il à l'adresse d'Harry et Salazar.

Harry était livide et le fondateur ricana, faisant bouger le petit qui s'agita un peu sous le grondement dans son torse. Harry détourna difficilement les yeux de la vue de son compagnon avec un bébé dans les bras. Son bébé. Leur bébé.

— Merde, je vais encore pleurer, dit-il en se levant d'un bond avant de partir vers la cuisine.

Il se servit un grand verre d'eau et respira un bon coup. L'angoisse ne le lâchait plus. Quand il regagna le salon, Salazar dormait définitivement, semblant totalement indifférent au bruit qui y régnait. Hermione tenait le bébé dans ses bras, rayonnante.

— Tu sais que tu es le plus adorable petit bébé de la terre entière, lui souffla-t-elle et Ron leva les yeux au ciel en soupirant.

Ginny lui fila un coup de coude dans les côtes.

— Évidemment que c'est le plus adorable, vu sa marraine… Pas vrai, Ron ? dit-elle en écrasant en prime le pied de son frère.

— Totalement, consentit-il à dire.

Mais Harry voyait bien que sous son air bourru il avait bien du mal à ne pas sourire. Davantage encore quand Hermione le lui colla dans les bras.

— Hermione, arrête !

La jeune femme lui lança un regard étonné quand il parvint à adapter la position du petit être gigoteur.

— Oh, ça va, je sais tenir un bébé quand même ! C'est moi ou il a les oreilles pointues ? s'étonna-t-il en passant un doigt sur la pointe des oreilles du petit qui émit un son ravi.

Ron sourit, presque moqueur. Harry lança un coup d'œil aux oreilles du petit et fit signe à son meilleur ami de le suivre, le bébé coincé dans ses bras. Il s'approcha discrètement du fondateur et souleva une mèche de ses longs cheveux bruns laissant au roux une vue sur l'oreille légèrement pointue. Les épaules de son meilleur ami s'agitèrent nerveusement et ils reculèrent pour rigoler moins silencieusement.

— Ma main à couper que les deux premières dents qui lui pousseront seront des canines bien pointues, articula le tout jeune père, ignorant à quel point il se trouvait proche de la vérité. J'ignore dans quelle condition ses yeux changeront cependant, ça doit être une histoire d'âge, je n'ai même pas demandé à Laz…

Ils passèrent quelques heures ainsi jusqu'au soir. Salazar revint à lui un peu avant vingt heures, soucieux, et l'air parfaitement éveillé. Avant même qu'Harry ait pu l'interroger, il se releva. Au moment exact où une secousse fit trembler le château.

— Non…, murmura Harry en passant une main sur l'arrière de la tête de l'enfant. Non… pas maintenant.