Chapitre 44
Sum patronum
Harry sentit immédiatement les protections se mettre en place et l'Ordre sembla s'éveiller, plaçant un sort pour empêcher quiconque de transplaner, alliés comme ennemis. Ils étaient désormais tous coincés ici, la Bataille ne déborderait nulle part ailleurs. Transplaner resterait possible, mais uniquement dans l'enceinte du château. Pas en dehors.
— Dobby, appela Salazar.
Aussitôt un « crac » sonore se fit entendre.
— Dobby, je te demande de prendre soin de notre fils, comme je t'avais dit. Cache-le, fais en sorte qu'ils ne le trouvent pas, peu importe quelle zone du château ils envahissent. Même ici ce n'est pas sûr puisque mon empreinte est partout, tu m'as bien compris ? lui dit le fondateur à toute vitesse.
— Bien sûr, Monsieur, tout ce que Monsieur voudra. L'enfant d'Harry Potter et de Monsieur sera protégé !
Résigné, Dobby s'avança sur Harry. Harry sentit ses défenses faiblir et il puisa ce qu'il put de force dans le regard de Salazar pour consentir à détacher l'enfant de lui. Il le couvrit de baisers, peinant à le lâcher. Salazar murmura au bébé quelques mots dans la langue des sylphes et déposa un long baiser sur son front avant de le laisser à l'elfe qui disparut avec.
Harry se retint de fondre en larme et se ressaisit.
— Les armes, dit-il en se dirigeant vers l'armurerie. Ron, Hermione Ginny, ne restez avec l'un de nous sous aucun prétexte, vous seriez des cibles au même titre que nous le sommes. Partez !
Il courut avec le fondateur vers l'armurerie. Salazar saisit aussitôt plusieurs poignards qu'il logea dans des poches dissimulées de sa tenue qu'il portait systématiquement les derniers jours, pour se tenir prêt. Harry l'imita et Salazar saisit l'arme qu'Harry lui avait offerte. À son attirail, Salazar ajouta un arc miniaturisé et une réserve de flèche conséquente ainsi que deux épées.
Harry entendit un son doux à l'entrée et aperçut Kinnara qui avançait, devenu plus grand, plus majestueux.
— Kin', ce n'est pas un endroit pour toi, dit-il alors que le phénix venait se percher sur son bras. Vole, va te cacher quelque part et chante pour moi si je dois partir ce soir.
L'oiseau sembla comprendre et lui adressa un long regard triste avant de s'envoler par la fenêtre. Ils achevèrent de se préparer en quelques secondes et sortirent, baguette en main.
— Tu te souviens de ce que je t'ai dit concernant les Horcruxes ? C'est le moment !
Ils partirent à toute vitesse, croisant des personnes affolées dans les couloirs. Des cris se faisaient entendre à mesure que le bouclier commençait à céder. L'orage grondait et une pluie terrible s'était mise à tomber, sans parvenir à couvrir les rires des Mangemorts au-dehors et leurs cris de joie alors que Poudlard tremblait déjà de leur arrivée imminente.
Salazar et Harry ignorèrent les appels désespérés des autres à leur attention, traçant jusqu'au deuxième étage où ils s'engouffrèrent dans les toilettes des filles.
— Les toilettes pour filles, vraiment Laz…, tenta Harry pour détendre un peu l'atmosphère.
— C'était brillant, reconnais-le, dit-il avant de murmurer en Fourchelang.
Harry sentit un frisson lui parcourir l'échine alors que le passage s'ouvrait sur le tunnel.
— Je suis trop instable pour transplaner, il va falloir sauter, dit Salazar en se tournant vers lui.
Harry s'accrocha à ses épaules un bref instant, comme pour s'empêcher de tomber.
— Souris, mon amour, ce soir tu vas signer pour ta liberté, lui dit Salazar avant de sauter.
Harry l'observa disparaître et répéta à voix basse « mon amour » avant de se laisser tomber à son tour. La chute vertigineuse lui parut interminable. Il atterrit sans grâce sur Salazar qui venait tout juste de se relever, le plaquant sur les cadavres de poisson et de rat.
— L'entretien laisse à désirer, c'est sûr, grogna le fondateur en se relevant, indifférent au fait qu'Harry bascula sur le côté et tomba lourdement sur le sol.
Le fondateur le toisa de haut alors que le jeune homme se relevait en pestant.
— Pardon, dit-il avec un sourire moqueur sans avoir l'air désolé le moins du monde.
Il lui tendit la main et le releva énergiquement. L'ambiance légère aurait pu être trompeuse si toutes leurs cellules ne hurlaient pas d'inquiétude.
Ils traversèrent les pièces jusqu'à la salle principale, effrayante. Salazar s'avança comme en terrain conquis et s'arrêta devant la carcasse du basilic. Il décrocha un crochet qu'il tendit à Harry et en saisit deux autres pour lui-même. Puis il contourna le cadavre.
— L'eau qu'il y a là, c'est…
— L'eau des égouts, je le crains.
— C'est répugnant, lui dit Harry.
— Eh bien… oui. Oui, ça l'est.
Ils reculèrent et Salazar désigna trois objets disposés au sol, sans doute depuis un moment. Harry reconnut les trois Horcruxes. Une autre secousse agita le château, faisant tomber un peu de poussière sur eux.
Ils s'agenouillèrent chacun devant un horcruxe et Salazar visa le second du deuxième crochet qu'il tenait.
— Prêt ? lui demanda-t-il.
— Toujours, répondit Harry en abattant le crochet sur la coupe.
Salazar le suivit, détruisant le diadème et le médaillon. Un hurlement fit gronder les murs de la salle et le fondateur se releva, saisissant le bras d'Harry pour le faire reculer alors qu'une brume étrange se répandait dans la salle. Elle partit soudain à toute vitesse en direction de l'étendue d'eau dans laquelle gisait depuis un moment le cadavre du basilic. Un calme inquiétant s'installa puis tout à coup l'eau se souleva, prenant la forme de plusieurs visages tordus de rage, à peine humains.
Salazar et Harry firent machine arrière à toute vitesse.
— Oh non, non, non, pas l'eau des égouts, lança Salazar en tirant Harry toujours plus vite en arrière en fixant avec inquiétude la vague qui leur arriva dessus.
Le jeune homme fixa son compagnon qui afficha soudain un air résigné. Juste avant qu'ils ne se prennent tous deux la vague de plein fouet. Harry écarta un peu les bras pour rester debout sous la violence du choc. Le calme revint et ils restèrent immobiles, écœurés, les yeux écarquillés d'horreur. Salazar semblait sous le choc et Harry renifla sa propre tenue.
— Putain, mais c'est une horreur, marmonna-t-il.
— Putain, oui, articula Salazar, encore sonné, avant de cligner des yeux pour revenir à lui.
— Langage, lui lança Harry en se faisant subir un sortilège rafraîchissant.
Une odeur plus saine l'entoura et il soupira de bonheur avant de faire subir le même sort à son compagnon.
— Ne tardons pas, sortons d'ici.
Ils se hâtèrent de trouver le passage pour sortir et regagnèrent le château qui fourmillait de manière terrifiante. Ils entendirent des hurlements, des rires déments, des sorts qui fusaient, des explosions.
Salazar sortit un arc immense et banda trois flèches lorsqu'ils arrivèrent près d'une salle où semblait se dérouler un combat féroce entre de jeunes élèves et une bande de loups-garous. La porte, presque défoncée, pendait misérablement sur ses gonds, dissimulant Harry et le fondateur. Le jeune homme referma ses doigts sur la garde de son épée et l'autre sur sa baguette.
— Réunis les élèves, protège au maximum, d'accord ?
Harry acquiesça, observa son compagnon prendre une grande inspiration et hocher la tête dans sa direction. Puis il donne un puissant coup de pied vers l'arrière, ouvrant le reste de porte en grand. Il se baissa d'une impulsion souple pour éviter le sort qui filait sur lui et profita du mouvement pour pivoter sur lui-même et décocher ses trois flèches. Elles épinglèrent un homme et Salazar réarma l'arc, faisant subir le même sort à un autre, puis à un troisième. Harry s'était faufilé sur le côté et lançait des sorts à la volée.
— Par ici ! lança-t-il aux élèves qui se défendaient tant bien que mal.
Trois le rejoignirent et il se plaça devant eux. Au même moment un Mangemort lança un sortilège d'explosion et ils plongèrent au sol.
Le jeune homme rampa jusqu'à une table renversée pour éviter le sortilège d'un loup-garou qui l'avait repéré et qui lui montra les dents. Il protégea immédiatement le bois, le rendant quasi indestructible. Puis, il se redressa pour se mettre accroupi et se releva légèrement pour examiner la situation. Il avait encore quatre élèves à sécuriser. À l'autre bout de la pièce. Un petit blond à ses côtés releva également la tête pour observer la salle dans son ensemble et Harry eut tout juste le temps de lui appuyer sur la tête pour lui éviter un maléfice.
— Ne bougez pas d'ici ! dit-il en lançant un sortilège cuisant à l'aveuglette par-dessus la table. Défendez-vous ensemble !
Un sortilège le frôla sur le côté et il étouffa un juron. Il se redressa, et courut hors de sa cachette pour se placer entre un assaillant et un élève de troisième année qui semblait complètement sonné.
— Harry, ton épée ! hurla Salazar à quelques mètres de lui.
Le jeune homme jeta un coup d'œil au fondateur et lui envoya son arme sans hésiter, parant au même moment une attaque du loup-garou. Salazar attrapa le pommeau de la lame au vol et l'abattit sur la créature à peine humaine qui tentait de lui lacérer la gorge à coup de crocs. La tête roula au sol, aspergeant de sang le fondateur qui grogna et se dégagea du corps d'un mouvement vif. Trois autres assaillants le prirent aussitôt d'assaut et il saisit plus fermement l'épée.
Pendant ce temps-là, Harry, distrait par les quelques élèves qui restaient dans la salle et par son adversaire, enchaînait les sortilèges de défense, s'acharnant à protéger plutôt qu'à attaquer.
Il avançait, menaçant alors qu'Harry faisait signe aux autres élèves de rejoindre ceux qui étaient déjà maigrement protégés derrière la table et empêchaient quiconque d'approcher.
Harry le laissa venir à lui, le laissant croire à un quelconque avantage qu'il prenait. Quand la bête fut tout prêt, il sourit presque et abaissa sa baguette pour se glisser sur le côté, attrapant le bras qui voulait l'empêcher de filer. Il pivota sur lui-même et le tordit violemment dans le dos de l'homme. Celui-ci hurla de douleur, ses yeux adoptant un noir profond, coléreux. Harry tira encore un peu jusqu'à entendre les os se briser et les articulations rompre, de manière à ce que sa condition de lycanthrope ne l'aide pas à guérir plus vite. Ce n'est qu'une demi-seconde trop tard qu'il remarqua l'autre bras qui l'attrapait à l'épaule. Balancé en avant, il effectua un étrange salto et retomba sèchement sur le dos, le souffle coupé. Il réagit au quart de tour, trop habitué à ces positions de faiblesses lors de ses entraînements pour s'arrêter à la douleur diffuse dans son dos. Souplement, il se remit sur pied, feignant d'être un peu faible. Profitant de sa position basse, il faucha les jambes de la créature qui le saisit et l'entraîna dans sa chute. Ils roulèrent au sol dans un soulèvement de poussière et des grognements de douleur.
Une fille hurla de terreur en le voyant en si mauvaise posture.
Harry se démena pour libérer l'un de ses bras. Il donna un coup vif sur la carotide de l'homme le déboussolant un instant. Puis il enchaîna avec un coup de genou dans les parties. Mais cela ne fit que rendre le loup plus furieux. Les dents pointues pleines de salives claquèrent à quelques centimètres de sa gorge.
Il entendit quelqu'un hurler son prénom, mais ne releva pas, concentré à repousser la bête. Se redressant un peu, il donna un coup de tête dans le nez du lycanthrope. Profitant de quelques secondes, il attrapa une lame dans un pli de sa cape. Mais avant qu'il n'ait pu faire le moindre mouvement, le loup lui percuta le poignet, l'obligeant à lâcher le petit poignard avec un grognement de douleur. Il répliqua par un violent coup dans le flanc qui fit rouler le loup sur le côté.
— Potter, grogna-t-il avant de laisser échapper un rugissement terrible.
Harry se retourna sur le ventre et rampa vers le poignard. Il aperçut une ombre au-dessus de lui et il eut seulement l'occasion de se retourner vivement au moment où la mâchoire fondait sur lui. D'un mouvement vif, il enfonça la lame dans le cou du loup et trancha sèchement sa jugulaire. Puis il ouvrit un sourire béant d'une extrémité à l'autre du cou de la créature qui émit un gargouillement sanglant.
Le liquide rouge se déversa sur Harry, qui afficha une expression horrifiée et se hâta d'envoyer le corps agonisant plus loin. Il se releva, titubant, observant ses mains couvertes de sang. Il récupéra sa baguette tombée au sol et rejoignit les élèves dans un flou total, courant pour éviter un sortilège.
— Baissez-vous !
Il se plaça devant eux et eut à peine conscience d'envoyer le sortilège de la mort droit sur un autre loup-garou, son autre main tendue pour protéger les trois adolescents cachés derrière lui.
Le calme retomba au moment où Salazar envoya un Mangemort traverser la fenêtre d'un mouvement de baguette complexe. Harry leva les yeux sur lui, déjà hanté, mais plus déterminé que jamais à en finir. Il avait le goût du sang de la bouche et bien qu'il le révulse il savait que c'était là le goût d'une guerre. Salazar les approcha et lui posa une main sur l'épaule, brièvement, puis se dirigea vers une fenêtre explosée. Il se hissa sur le rebord de celle-ci, ramassant son arc au passage. Il banda une flèche et tira, droit sur la cour en contrebas. Un coup de vent balaya ses longs cheveux bruns et Harry l'observa changer sensiblement l'orientation de son arc, s'adaptant à la tempête qui se levait dehors.
Le jeune sorcier ordonnait aux élèves, sans même les observer, d'évacuer la salle et de se mettre en sécurité s'ils étaient trop blessés ou de rejoindre un plus large groupe de combattant.
Il entendit des hurlements dans le couloir et abandonna l'idée de se servir de son arbalète miniaturisée pour le moment. Il se précipita hors de la salle et tomba sur le petit groupe d'élève récemment évacué.
— Qu'est-ce vous faites, mettez-vous à l'abri… commença-t-il en saisissant celui en tête de file par les épaules pour le secouer.
Il eut tout juste le temps d'observer les visages horrifiés des élèves que déjà une sensation de froid intense le saisit. Il se retourna d'un seul coup, faisant face à un visage sans regard, juste une bouche, un néant glacial. Douloureusement, il releva la tête et tenta de briser le contact entre lui et le détraqueur qui aspirait peu à peu chaque once d'espoir en lui. Ses doigts se resserrèrent sur sa baguette et il sourit, se forçant à ignorer la sensation que tout était vain, que Salazar allait mourir, que ses amis allaient mourir, qu'ils avaient déjà perdu… Sa baguette commença doucement à luire alors que dans son esprit il se raccrochait à la formule, pour lui donner plus d'impact lorsqu'elle glisserait hors de sa conscience pour s'exprimer dans le monde réel. La voix de Salazar résonna comme un écho lointain dans son esprit.
« Spero Patronum… En latin, ça signifie « j'attends un protecteur ». La formule est puissante. Mais si on y pense bien, ce qui la rendrait encore plus puissante, ce ne serait pas d'attendre… Ce serait d'être tout simplement. »
Les mots pourtant nébuleux de Salazar, au détour de ses nombreux monologues, prirent pourtant tout leur sens. Et Harry leva sa baguette, détourna la tête au prix d'un immense effort pour briser le contact trop étroit avec la créature. Puis, se concentrant sur la voix de Salazar, il prononça d'une voix calme :
— Sum Patronum.
Sa baguette vibra entre ses doigts et une lueur bleue gagna le bout, circulant depuis sa main, tout au long des nervures du bois pour s'accumuler à son extrémité jusqu'à ce que plus rien ne puisse contenir la lumière qui l'éblouissait déjà. Un souffle balaya ses cheveux et il ferma les yeux avec un sourire en sentant le bien-être qui l'envahissait, sa propre énergie se frayant un passage hors de lui pour repousser les détraqueurs en larges ondes de choc. Même à travers ses paupières closes, il percevait la lumière. Il ne les rouvrit que lorsqu'elle déclina et réintégra sa baguette puis sa main et enfin son corps tout entier. Le silence retomba dans le couloir et peu à peu les bruits de la bataille l'envahirent de nouveau.
— Mettez-vous à l'abri, répéta Harry sans un regard de plus aux élèves.
Il regagna la salle où Salazar était resté. Toujours perché, celui-ci faisait des ravages en bas ? De nombreux sortilèges dirigés contre lui depuis la cour l'obligeaient parfois à se protéger d'un bras ou à faire des mouvements périlleux au bord de la fenêtre. Mais rien ne l'empêchait de décocher des traits mortels.
— Sum Patronum, hein ? lança Harry en se glissant à ses côtés, plaqué contre le rebord de la fenêtre.
D'un mouvement large, il envoya un sortilège dans la cour sur un groupe d'araignées géantes qui allait dévorer un blessé au sol.
— Hm… ? Oh ! Ah… Tu as compris ! Vu la tête que tu me faisais quand je t'en ai parlé je ne pensais pas que tu t'en souviendrais, répliqua-t-il avec un sourire avant de se plaquer contre le mur pour éviter un sort.
Harry répliqua par un sortilège cuisant, les lèvres pincées de rage. Le Mangemort qui avait visé son compagnon percuta un rocher et resta inerte au sol. Salazar se pencha un peu et émit un « Oh oh » inquiétant.
Il attrapa Harry par la taille et le projeta au sol avec lui juste au moment où un sortilège plus puissant percutait tout le pan de mur de la salle. Salazar se positionna légèrement au-dessus de lui, le protégeant des éclats de l'explosion, un bouclier érigé trop rapidement pour les protéger de tout. Un morceau de mur plus gros rebondit néanmoins dessus et partit s'écraser plus loin tandis que les débris plus petits les percutaient.
Le bouclier disparut et Salazar se releva, la manche passée sur sa bouche pour s'empêcher de respirer la poussière. Chose qu'Harry ne fit pas. Il se releva avec l'aide du fondateur, toussant bruyamment, les yeux rougis par la poussière, les bras couverts de coupures.
— On descend, lui dit le fondateur.
— Qui a lancé le sortilège ?
— Ton meilleur ami, ironisa Salazar en l'entraînant dans le couloir, baguette brandie, sa cape claquant à chacune de ses accélérations.
Harry exécuta froidement un Mangemort qui surgissait d'une salle juste derrière le fondateur. Il sauta par-dessus le corps inerte, ignorant le regard appréciateur du sylphe. Le hall et la Grande Salle étaient envahis et bientôt ils tournoyèrent pour éviter les sortilèges et rendre au maximum. Harry perdit Salazar de vue et se retrouva entraîné dans un duel inégal contre trois Rafleurs. D'un mouvement, il souleva une pierre qui vint en assommer un pendant qu'il se baissait pour éviter le doloris qui lui filait droit dessus. Il se fendit d'un pas sur le côté, se retrouvant dos à l'un d'eux qui crut à son jour de chance en le voyant si offert. Mais Harry ne lui laissa pas le temps d'attaquer, lui lançant un sortilège en coinçant sa baguette entre son bras et son flanc pour l'avoir par derrière. Celui face à lui ne put éviter le poignard qui fila vers lui au même moment.
— Bien joué, lui lança la voix de Salazar, revenu à ses côtés. La cour !
Salazar projeta Harry sur le côté lorsqu'ils arrivèrent près de la cour, protégeant sa tête de ses mains. Ils évitèrent de peu l'arme du géant et les dégâts qu'il causa, envoyant des morceaux de roche conséquents voler.
L'apocalypse. Voilà ce qu'était devenue la cour de Poudlard.
— Tu sais ce que tu as à faire, lui dit Salazar en saisissant son visage entre ses mains.
— Tuer Voldemort.
Salazar plaqua son front contre le sien et fit la grimace en sentant Harry figer discrètement un homme qui arrivait derrière le fondateur.
— Non, Harry, survivre !
Puis d'un mouvement vif, Salazar se détacha de lui et désarma trois hommes d'un geste sec.
— A toute à l'heure ! lança le fondateur, créant une trouée pour permettre à Harry de s'avancer dans la cour, sans le quitter trop longtemps des yeux.
Le sylphe était redoutable, une épée dans une main et sa baguette dans l'autre. Il tranchait autant qu'il figeait, explosait, envoyait valser, protégeait ceux qui passaient à sa portée. Harry détourna les yeux au moment où il décapitait purement et simplement un Mangemort, une lueur dangereuse dans le regard. Harry se fondit dans la masse, évitant les sortilèges, contrant ceux qui arrivaient dans sa trajectoire. Il ne dut qu'aux réflexes acquis auprès de Salazar de ne pas mourir. Il avait l'impression que son regard embrassait chaque détail, que son corps réagissait par instinct sans laisser la place à son esprit qui n'aurait de toute manière pas analysé assez rapidement. Il avança, leste, vif, son poignard sectionnant des jugulaires, des talons de manière aussi discrète qu'efficace qui soupçonnerait l'utilisation de telles armes ?
Il fit soudain volte-face, juste à temps pour remarquer que Rodolphus Lestrange l'attaquait. Il roula au sol pour éviter le sortilège de mort qui frappa le Mangemort derrière lui. Rabastan rejoignit son frère et Harry pointa sa baguette tour à tour sur les deux. Ils hésitèrent un instant avant d'attaquer. Harry sentit soudain un sortilège le frôler, tuant un Mangemort qui s'apprêtait à l'attaquer par derrière. Il se pencha pour éviter le sort de Rabastan et remercia Salazar d'un regard. Il activa un bouclier, le temps de siffler pour signaler à son compagnon de se retourner pour abattre celui qui fondait également sur lui. Le fondateur se détourna et enfonça son épée dans la poitrine du Mangemort tandis qu'Harry attaquait avec plus d'insistance les deux frères. Il s'approcha, les sorts devenant de plus en plus vifs à arrêter, en comptant plus que les réflexes des opposants. Quand Harry fut assez près, il plongea en avant et rafla les deux, avant qu'ils n'aient pu réagir, il égorgea Rabastan, le regard sauvage, et stupéfixia Rodolphus qui mourut peu après son frère de la même blessure mortelle.
— Harry, baisse-toi ! hurla Salazar.
Le jeune homme se retourna juste à temps pour voir le fondateur courir dans sa direction. Il se baissa juste à temps et l'homme bondit au-dessus de lui pour se jeter sur le troll qui s'apprêtait à l'attaquer. La lame de Salazar se planta dans son œil. Salazar prit appui sur ses deux pieds pour retirer son épée du crâne de la bête et atterrit souplement au sol. Quelques combattants l'observèrent et un regain d'énergie gagna les élèves qui affrontaient les Mangemorts. Harry eut un sourire bref et replongea dans la mêlée, Salazar à ses côtés. Il se contrefichait du sang qui éclaboussait sa peau ni du regard complètement fou de Salazar, rendu argenté à cause du peu de contrôle qu'il exerçait sur sa nature. Tout ce qui comptait, c'était le dos de Salazar contre le sien, ou son bras le tirant en arrière, son regard qui croisait parfois le sien lorsqu'il lui sauvait la mise.
La cour fut bientôt bien plus remplie de cadavre que de vivants et il était difficile d'estimer quel camp l'emportait. Et Harry ne trouvait toujours aucune trace de Voldemort. Au moment où il songeait à cela, le mage apparut, créant un frisson de peur parmi les élèves de l'école et les membres de l'Ordre.
Harry écarquilla les yeux en voyant le serpent et lança un regard lourd à Salazar. Celui-ci fit un mouvement de la main, psalmodiant en latin. La créature prit feu et Voldemort tourna un regard un instant surpris dessus avant qu'un éclat de colère ne le traverse. Harry comprit aussitôt ce que Salazar avait fait pendant les longues semaines qu'il avait passées dans l'antre du Seigneur des Ténèbres… Il avait empoisonné le reptile de manière à pouvoir le tuer au moment propice.
De rage, le mage noir lança un sort qui décima cinq élèves qui se trouvaient au mauvais endroit. Salazar siffla entre ses dents et Harry se crispa en entendant le craquement des corps inertes contre les pierres étendues dans la cour.
— Vous avez tous bien combattu, mais c'est fini…, lança-t-il d'une voix froide, à peine humaine. Voyez-vous, une petite visite du château a été plus qu'instructive et ce stupide elfe avait des choses intéressantes à dire.
Voldemort se retourna et attrapa un elfe de maison qu'il jeta à ses pieds. Il l'y maintint de force, ignorant son gémissement de douleur. Harry pâlit et Salazar exhala une angoisse sourde en reconnaissant Dobby. Celui-ci semblait mal en point et sous l'emprise d'un sortilège semblable à l'imperium.
— Un bébé ! Un bébé au milieu d'une guerre, quelle inconscience, commenta Voldemort d'une voix doucereuse.
Bellatrix apparut, portant entre ses mains un enfant.
— NON ! hurla Harry en faisant un pas en avant.
Salazar le ceintura et lui ordonna de se tenir en place en Fourchelang. Harry obéit sous l'injonction, tentant tout de même de se défaire de sa prise, le regard fixé sur Azariah. Bellatrix ricana et embrassa le front du bébé, le regard provocateur.
— Ne le touchez pas ! hurla le jeune homme.
— Harry Potter… Je te propose un marché, tout comme j'ai proposé un marché à ta mère. Et je sais que l'amour a toujours… compté dans ce sang si précieux que tu portes et ta réponse me semble évidente. Ta vie contre celle de l'enfant.
Azariah se mit à pleurer, brisant le silence de la cour. Salazar relâcha Harry, en proie à une détresse insondable. Harry fit un rapide calcul. Qu'il se rende ou non, Azariah et Salazar seraient exécutés, il en était certain. Il voyait le regard que Voldemort posait dessus. Celui d'un descendant de Mordred. Fixe, plus rouge que jamais, concentré sur Salazar. Il tiqua, semblant reconnaître, son empreinte, et sa main se serra sur sa baguette.
— La lignée de Merlin, murmura-t-il dans le silence inquiétant de la cour et Salazar releva la tête sur lui.
Cela confirma les pires craintes d'Harry. Mais s'il y avait une toute petite chance pour qu'il…. Alors…
Sa décision était prise. Il tendit la main en arrière juste pour sentir une dernière fois la peau de son compagnon contre la sienne. Salazar la saisit et l'attira contre lui pour l'empêcher de faire ce qu'il avait en tête.
Pourtant, il ne parvint pas à prononcer une seule parole sensée qui le convaincrait de renoncer. Il ne parvenait pas à lui demander de sacrifier leur fils ni à lui demander de mourir.
Voldemort s'impatienta et pointa sa baguette sur le bébé. Harry vit avec horreur le corps de son fils s'élever doucement, jusqu'à les surplomber tous. Il gigotait dans sa couverture et Voldemort le dirigea vers l'endroit où s'était auparavant tenu le pont et où il ne restait désormais plus que falaises.
— Non… ! Non ! Ne lui faites pas de mal, je vous en prie, supplia Harry. Prenez ma vie, mais pas la sienne. Pas mon fils…
Il tenta de se détacher de Salazar, mais celui-ci raffermit sa prise sur sa taille, le ceinturant presque à l'en étouffer.
— Harry, lui souffla-t-il à l'oreille. Tu me fais confiance ?
Le jeune homme hocha la tête, les yeux fixés sur son fils, tout comme ceux de Salazar qui surveillaient l'avancée du bébé à plusieurs mètres du sol, bien au-dessus de la falaise.
— Je vais compter jusqu'à trois et tu attaqueras Voldemort. Tue-le. Juste… Tue-le.
Harry hocha gravement la tête.
— Eh bien ? s'impatienta Voldemort, un sourire victorieux aux lèvres, croyant à des adieux.
— Un…, chuchota Salazar.
Harry se tendit, la main serrée autour de sa baguette.
— Deux…
Harry déposa un baiser sur sa tempe.
— Trois…
Il sentit Salazar transplaner. Harry fit un pas et, d'un mouvement vif, il attaqua Voldemort. Au même moment, celui-ci relâcha le contrôle qu'il exerçait sur l'enfant. Harry hurla en le voyant tomber en chute libre. En une fraction de seconde, Salazar apparut au bord de la falaise et plongea à la suite de leur fils, arrachant un hoquet à Harry. Il laissa échapper un souffle douloureux, le visage choqué. Il les avait perdus. Tous les deux.
