Chapitre 45
Pas mon fils
Il attaqua Voldemort avec plus de hargne, ne laissant aucun temps mort entre ses sortilèges, avançant jusqu'au mage noir soit contraint de reculer.
— Je vais te tuer, Tom. Je vais te tuer lentement et je vais apprécier chaque seconde de ton agonie, articula-t-il d'une voix trop calme en avançant d'une démarche rapide, assurée, voyant Voldemort perdre de son flegme peu à peu.
Il fut cependant désarçonné par Bellatrix qui l'attaqua en biais. Contre ces deux-là, il n'avait aucune chance et pourtant il fit face quand même, reculant de manière à les affronter tous les deux. Il n'avait plus rien à perdre. Plus rien.
Les combats autour de lui avaient repris et son regard accrocha soudain un éclat blanc. Ahuri, il observa Salazar jaillir de la falaise, ses ailes luisant dans son dos, Azariah dans ses bras. Il disparut aussitôt derrière une tour du château. Remus se joignit immédiatement à ses côtés, attaquant Bellatrix.
— Tonks ? lui demanda-t-il en érigeant un bouclier devant lui pour contrer le sort de Voldemort qui explosa presque aussitôt sa protection.
Remus contracta la mâchoire et Harry comprit au regard qu'il lançait à Bellatrix que cette garce l'avait tuée. Il attaqua de plus en plus vite, sans que Tom Riddle fatigue. Un cercle de combattants s'était formé autour d'eux, les laissant à leurs duels. Remus attaquait durement, avec la force d'un homme qui n'avait plus rien à perdre, tout à protéger seulement.
Un chant familier résonna et Harry aperçut un éclat rouge fendre le ciel. Kinnara. Le chant du Phoenix figea un instant les combattants, porteur d'un espoir insensé, et surtout porteur d'un petit être, fermement tenu entre ses serres. Harry sourit. Son bébé serait en sécurité.
Salazar réapparut soudain derrière Voldemort, débarrassé de ses ailes. Le regard dur, il éleva une arme qu'Harry reconnut. Le coup de feu résonna dans la cour, créant un grand silence. Voldemort abaissa sa baguette, portant un regard ahuri au trou qui avait déchiré sa poitrine et saignait abondamment. Il tomba à genou sous le coup de la douleur. Harry observa la balle recouverte de sang échouer à ses pieds, intacte.
— Étonnant ce qu'une simple arme moldue peut faire comme dégât, dit Salazar en s'avançant sur lui. Plus étonnant encore ce qu'un peu de magie offre comme possibilité sur une telle arme.
Le fondateur donna un coup de pied dans son poignet, envoyant la baguette du mage noir au sol. Il s'accroupit près de lui et eut un rictus presque cruel en lui expliquant à voix basse :
— La balle qui t'a traversé est porteuse d'un sortilège et n'importe laquelle des malédictions qui sortira de ma bouche te frappera de plein fouet. Je pourrais souhaiter que la lumière du jour te soit fatale ainsi le soleil qui se lève t'emporterait dans sa course. Ou je pourrais te retirer toute ta magie et te rendre plus impuissant qu'un simple moldu.
Il se tut un instant, savourant l'éclat de rage et de panique dans le regard de Voldemort qui saisit de nouveau sa baguette, tombant au sol pour l'atteindre. Salazar se releva et le toisa de haut, le regard hautain, haineux. Il donna un coup dans la baguette de Voldemort, l'envoyant au loin. Celui-ci tenta un sortilège sans baguette, mais fut contré aussitôt.
— Mais je suis un homme plus simple. Je veux juste que tu souffres avant de mourir. Comme tu as fait souffrir toutes les âmes dont tu t'es emparé. Puissent-elles te donner leur douleur. Puisses-tu ne jamais connaître le repos.
À peine la sentence prononcée, la balle luisit aux pieds d'Harry. Elle remua un peu, émettant une drôle de fumée, comme si elle chauffait. Le sang disparut puis elle se souleva à quelques centimètres du sol. À la vitesse de l'éclair, elle se ficha de nouveau dans le corps de Voldemort qui hoqueta, en proie à une douleur qui rendit son cri d'horreur muet. Un silence s'installa dans la cour alors que le mage noir se tortillait au sol, des larmes coulant de ses yeux alors que le jeune homme brun devant lui avait toujours cru cela impossible. À travers lui, la voix de tous ceux qu'il avait tués s'exprimait, prenant des accents familiers, émettant des paroles décousues. Plusieurs cris d'horreur s'élevèrent dans la cour. Salazar, impassible, l'observait se tordre au sol alors qu'Harry avait de plus en plus de mal à se trouver témoin de sa souffrance. Il ferma les yeux. Parmi les hurlements qui sortaient de la bouche de Voldemort, il en reconnut un en particulier. Celui de sa mère.
« Pas mon fils ! Prenez-moi, mais laissez Harry ! »
Il ne pouvait pas en supporter davantage. Pas une seconde de plus. Son visage se contracta et sa main serra sa baguette. Il l'éleva soudain et murmura :
— Avada Kedavra.
Son sortilège, pourtant prononcé à voix basse, résonna de manière effrayante dans la cour de Poudlard, accompagné de l'écho du cri de sa mère et de son prénom répété en boucle.
Le corps de Voldemort tomba au sol dans un bruit mat et la balle cessa de luire. Une cohue sans nom s'en suivit, les combattants de l'école reprenant des forces pour achever leurs combats. Bellatrix, ahurie, ramassa la baguette de son Maître. Son regard fou se ficha sur Remus et Harry et sans que personne n'ait pu réagir elle cria :
— Avada Kedavra !
Le sort fusa des deux baguettes et Harry eut tout juste le temps d'entendre Salazar hurler. Quelque chose le percuta. Il sentit son corps voler en éclat, chacune de ses cellules se désolidariser. Puis il réintégra une forme physique aussi vite et tomba au sol.
Il se releva tant bien que mal et vit Salazar au-dessus de lui, la baguette toujours brandie, le souffle court. Aussitôt, le fondateur transplana à quelques mètres de Bellatrix. Il avança et saisit la sorcière en empoignant ses cheveux, la lame de son épée contre son cou l'obligeant à lâcher les deux baguettes qu'elle tenait. Harry ne comprit pas immédiatement la rage dans le regard de Salazar, il n'entendit pas non plus ce qu'il lui murmura à l'oreille, la faisant pâlir. Puis d'un geste lent, le regard plongé dans celui du jeune homme aux yeux verts, il lui trancha la gorge, savourant le cri d'horreur que la coupure de ses cordes vocales empêcha la sorcière d'exprimer. Il relâcha sa prise sur le corps de Bellatrix qui s'effondra contre lui. Il recula de quelques pas, la toisant de toute sa hauteur pendant qu'elle se vidait de son sang, sa main portée à sa plaie.
— Dans quelques secondes, tu seras paralysée. Mais ça ne signifie pas que tu ne sentiras pas chaque goutte de sang quitter ton organisme, siffla Salazar en passant près du corps de Bellatrix.
Le fondateur se précipita sur Harry au moment où celui-ci se tournait pour vérifier l'état de Remus. Un silence de mort s'abattit lorsqu'il vit le corps au sol. Le temps sembla se suspendre alors qu'il se relevait en chancelant. Salazar le saisit tandis qu'Harry tournait un regard désemparé vers lui comme pour lui demander de démentir ce que ses yeux venaient de voir. Mais le jeune homme n'entendait plus rien, seulement son souffle court. Même son hurlement il ne l'entendit pas. La douleur dans ses cordes vocales, dans ses tripes, il ne la sentit pas. Ses mouvements décousus, il ne les sentit pas ni ceux de son compagnon qui le retenait solidement de tomber, le serrant contre lui de toutes ses forces, l'empêchant de partir loin, le plus loin possible du cadavre. Il s'effondra à genoux et les vivants se retirèrent, traînant avec eux les prisonniers, respectant sa peine, celle de ceux qui comme lui découvraient un proche mort sur-le-champ de bataille.
— Il est mort, je suis désolé, souffla Salazar, sa voix perçant à travers les ténèbres.
— Répète, souffla Harry.
Salazar se tendit et le jeune homme ferma les yeux.
— Il est mort, Harry.
— Répète-le encore.
Seul le silence lui répondit.
— DIS-LE ENCORE !
— Il est mort, articula Salazar d'une voix ferme et Harry crut qu'il en mourrait au même moment.
L'air lui manqua et il haleta, les yeux toujours clos.
— Je suis désolé, murmura le fondateur. C'était lui ou toi et j'ai…
— Tais-toi, lui intima Harry.
Il se blottit contre le cou de Salazar pour ne plus voir, ses sanglots le décimant. Le son lui revint, moins sourd, la pulsation subtile du pouls du fondateur. Rassurante. L'entendre respirer, vivre, était un cadeau.
Il resta un moment comme ça, assis à même le sol, contre le fondateur qui le serrait contre son torse et lui murmurait des paroles dans cette langue chantante de son peuple. Il demeura ainsi jusqu'à ce que le soleil se lève et que le cadavre de Remus lui apparaisse moins effrayant. Alors, seulement, il se leva et s'agenouilla devant son corps. Il posa ses doigts sur ses paupières et les ferma, ravalant un peu ses larmes. Il se pencha et embrassa le front de l'homme avant de se pencher à son oreille :
— Je suis désolé, Remus, tellement désolé.
Il vit Hermione, Ginny et Ron arriver, couverts de sang et de poussière, mais entiers. Hermione se précipita sur Remus et vérifia son pouls avant de lever un regard blessé sur Harry.
— Je suis désolée…, murmura-t-elle, la voix cassée.
— Ne le sois pas, je n'ai pas tout perdu, aujourd'hui, lui dit-il avec un sourire faible.
Il observa le sang sur ses mains et les frotta entre elles comme pour les en débarrasser. Il se releva et Salazar resta silencieux, sa main passée autour de sa taille.
— Je vais le transporter avec les autres, murmura le fondateur et Harry hocha la tête lâchant sa main au tout dernier moment.
Puis ils se dirigèrent vers la grande salle qui accueillait les survivants, les blessés et quelques corps. Il aperçut les jumeaux, mal en point, mais semblant en vie. Il reconnut les visages de plusieurs morts et se força à garder les yeux ouverts. De loin, il vit Hilda tenir la main de Diego en pleurant. Il serra les dents. Fini. C'était fini. Mais à quel prix ?
Il quitta la salle à pas vifs.
— Harry !
Il se retourna à temps pour voir Salazar fondre sur lui. Un soulagement indicible de le constater pleinement en vie, à peine blessé, le saisit. Il se précipita dans ses bras et l'embrassa, ignorant son corps engourdi.
Harry coinça ses doigts entre ses dents, sa baguette dirigée sur sa bouche et émit un long sifflement strident. Quelques secondes plus tard, Kinnara apparut, portant solidement Azariah. Il ralentit en arrivant sur eux, battant des ailes vers l'arrière pour leur permettre de récupérer l'enfant qui dormait paisiblement. Salazar le récupéra et Kinnara se posa sur l'épaule d'Harry qui le caressa vivement, reconnaissant.
— Il l'aurait tué, Laz… Parce que c'est notre fils, il l'aurait tué.
— Il n'existe plus aucun descendant de Mordred. Plus un, le rassura Salazar. Et c'est aussi une victoire.
— Et Teddy ? murmura Harry.
— Teddy sera élevé comme notre fils, comme tu l'as promis, comme je l'ai promis en te choisissant toi, le rassura-t-il avec un sourire.
Harry laissa sa tête retomber sur l'épaule de son compagnon, profitant de son odeur, à peine entachée par celle du sang.
— On va passer l'été à reconstruire…
— À se reconstruire, tu veux dire.
— Un peu des deux, souffla le fondateur. La tâche me paraît bien moins compliquée si tu es à mes côtés.
Harry sourit.
— Tu ne m'as toujours pas dit qui serait le parrain.
Salazar sembla réfléchir un instant et lui murmura :
— Je vais avoir besoin de ton aide.
— Tout ce que tu voudras, Laz.
Le fondateur le guida vers leurs appartements, heureusement intacts, mais où des cris d'enfant se faisaient entendre. Harry se précipita dans la chambre d'enfants où deux lits avaient été installés.
Salazar se pencha sur l'un d'eux, confiant à Harry leur petit garçon. Harry le déposa dans son berceau pour s'approcher du deuxième bébé qui pleurait encore. Salazar caressa sa joue et Harry le souleva doucement pour le placer contre son cœur.
— Je suis désolé, Teddy, murmura-t-il et une larme coula sur sa joue, achevant sa course sur celle du bébé. Tes parents étaient des héros et je sais que ce n'est pas un grand réconfort. Mais ils t'aimaient, t'aiment et t'aimeront toujours. Et moi aussi…
Le bébé se calma un peu et ses cheveux prirent une couleur brune. Harry sourit un peu et l'embrassa avant de le déposer de nouveau dans son lit, gardant néanmoins sa main sur son ventre, assis dans un fauteuil. Salazar s'assit sur un autre fauteuil, près d'Azariah, sa main caressant celle du tout petit.
Pendant qu'Harry restait auprès de son filleul, le fondateur saisit leur fils qui réclamait d'être porté, réveillé par le bruit. La voix du fondateur s'éleva doucement dans la chambre, fredonnant une berceuse qui emporta Harry dans une drôle de somnolence.
Le soleil se levait par la fenêtre, envahissant la chambre de rayons aveuglants.
— Tu es plutôt doué pour bricoler des objets magiques, non ? intervint Salazar, le ramenant à la réalité.
Harry ne s'était même pas aperçu qu'il ne chantait plus ni qu'Azariah s'était endormi dans ses bras. Le tableau lui arracha un souffle un peu étranglé.
— Pas autant que toi, je m'y intéresse, c'est tout et je crois que… je suis assez bon à ça, admit-il au bout d'un certain temps. Je n'avais pas vraiment le choix à l'époque où je vivais chez mon oncle et ma tante je réparais un peu tout et je crois qu'avec les objets magiques l'instinct est le même.
— Très bien, viens avec moi, il y a en a un pour lequel tu vas m'aider.
Harry se leva et le suivit avec surprise jusqu'à l'antichambre. Ils se plantèrent devant le tableau, là où tout avait commencé. Harry craignit un instant que Salazar reparte, mais il se morigéna quand le fondateur lui lança un regard lourd de sens.
— Je veux que tu m'aides à trouver une source d'énergie suffisante pour que la communication soit possible, tu veux bien ?
Harry acquiesça et ils se mirent aussitôt au travail trouvant un réconfort bienvenu dans le simple fait de discuter de choses concrètes avec Salazar, de sentir leurs mains s'effleurer, d'entendre ses pensées refluer, concentré comme il l'était. Il ignora la fatigue, ne se focalisant que sur la voix de Salazar qui lui expliquait le fonctionnement de la machine et la manière dont il avait compté l'alimenter. Il proposa plusieurs choses, Salazar en réfuta certaines, en accepta d'autres.
Ils ne dormirent pas vraiment et, le lendemain, les funérailles de tous ceux qui avaient laissé leur vie dans la bataille eurent lieu. Harry ne pleura pas, solidement debout près de Salazar, qui affichait une mine impassible. Ils rentrèrent et Poudlard lui parut un peu plus chaleureux. Ils gagnèrent les appartements et s'arrêtèrent dans le bureau de Salazar, s'asseyant face à face. Kinnara se hâta de se poser sur l'épaule d'Harry.
— Et si on contenait de l'énergie en l'alimentant peu à peu avec nos magies tous les jours. Comme une sorte de batterie ? proposa soudain Harry, sortant le nez d'un livre de mécanique sorcière.
— Une batterie ? releva Salazar.
— C'est un système moldu pour stocker de l'énergie, de l'électricité.
— Et tu penses que ça pourrait marcher avec la magie ?
— Pas le support moldu, mais oui, si tu trouvais quelque chose pouvant contenir de la magie sur le long terme et possiblement capable d'être relié à cette machine alors…
Salazar se leva d'un bond et se frappa la tête du plat de la main.
— Fais tes affaires, prends les petits, on part en voyage.
— Quoi ?! demanda Harry.
— J'ai besoin de… choses ?
— Dans des endroits dangereux ?
— Non. Enfin pas avec moi. Et pas plus que Poudlard cette nuit !
Harry se leva et échangea un regard avec lui. Des vacances ne seraient pas de refus. Et l'adrénaline qui battait encore dans ses veines chaque fois que la bataille lui revenait en tête devrait bien être évacuée quelque part.
— Je vais faire mes affaires, on part combien de temps ?
— Compte entre trois jours et deux semaines.
— Fourchette large, marmonna Harry. Où est-ce ?
— Prend des vêtements chauds. Vraiment chauds ! lança Salazar d'une voix enjouée.
Harry s'apprêtait à quitter la pièce quand Salazar le retint par le bras et l'entraîna dans un baiser passionné.
— Je préviens les autres. Ne me faites pas attendre, Monsieur Potter.
— Pas plus que tu n'as déjà attendu, promis, dit-il avec un sourire avant de quitter la pièce.
