Épilogue
— Salazar ? Salazaaaaaar ! hurla Harry, tout excité, en mettant ses mains autour de sa bouche pour faire porter sa voix.
Le fondateur surgit dans le chalet, perdu au milieu de la forêt, qu'ils avaient rénovée en quelques jours pour le rendre viable. Une bourrasque s'engouffra avec lui et quelques flocons échouèrent sur le parquet dans un tourbillon lent.
— Serait-ce ta douce voix mélodieuse que j'entends dans toute la montagne ?
— Je t'ai vu arriver par la fenêtre.
Harry s'avança sur lui et tripota un instant un pli de sa cape, près de son col avant de le contourner un peu. Teddy agitait ses petites jambes dans le vide, suspendu dans une sorte de sac à dos qu'Harry avait bricolé afin qu'il soit chauffant. Un deuxième était destiné à Azariah, qui dormait près de la cheminée présentement. Cet objet de transport permettait aux bambins d'accompagner leurs pères un peu partout bien qu'ils évitent les endroits à haut risque. En plus du système chauffant, Harry, dans son angoisse pour la vie des deux gamins, avait ajouté un système semblable à un airbag pour protéger de toute chute, ainsi qu'un bouclier contre des sorts allant de mineurs à puissants.
Harry saisit le bébé dans ses bras, rajustant son bonnet sans raison particulière. Le petit bonhomme gazouilla, signifiant son contentement. Son parrain l'embrassa sur le front et le défit de ses petites moufles. Salazar se débarrassa du sac à dos et fouilla un instant sa cape pour en dénicher ce que sa balade lui avait permis de trouver. Il sortit tout un tas de plantes et quelques flacons, avant de lancer un coup d'œil à Harry.
— Tu avais l'air de vouloir me parler ? Tu as trouvé quelque chose ?
Harry sursauta, comme s'il venait subitement de se rappeler quelque chose. Un sourire euphorique gagna ses lèvres.
— Complètement et… totalement. La batterie… J'ai trouvé comment l'alimenter sans perdre le flux. Et je vais avoir besoin de ton aide ! Tu sais ce sortilège d'inhibition de la magie, tu m'en avais expliqué le principe. Si on le modifie un peu et qu'on fait en sorte qu'au lieu d'inhiber la magie il le contienne, comme… comme une couche de protection pour empêcher l'énergie de s'échapper. Ça couplé à l'extrait de venomas…
Harry expliqua la suite, s'agitant dans tous les sens, déposant son bébé dans le même petit lit que celui d'Azariah duquel il caressa la tête, par réflexe.
— Tu me suis ? acheva-t-il.
— Jusqu'au bout du monde, Chara, répliqua Salazar, son visage prenant le même air inquiétant que celui d'Harry. Tu sais que j'adore quand tu as des idées incroyables.
Salazar s'avança sur lui, attrapant ses hanches pour l'attirer dans une étreinte. Il lui embrassa le front, semblant réfléchir à toute allure en même temps.
— Il nous manque juste le Venomas…
Harry leva vers lui un regard embêté. Salazar avait l'air trop sérieux pour que ça ne cache rien.
— C'est tellement… Oh, mais vraiment tellement dommage que j'en ai justement trouvé dans cette grotte, toute à l'heure ?
Harry écarquilla les yeux quand Salazar sortit de sa poche un flacon rempli d'une substance dorée, semblant agité de petites particules libres. Harry lui piqua aussitôt des mains.
— Je ne vais pas me sentir plus stupide que d'habitude si tu avoues avoir eu mes idées avant moi, marmonna-t-il avant que ses yeux ne se mettent à briller tandis qu'il agitait la fiole.
— Non, mais j'aime te voir si enthousiaste.
Harry s'immobilisa une seconde et Salazar se débarrassa de sa cape en s'éloignant de lui. Le jeune homme ne le vit pas faire la grimace.
— Attends une minute… Tout à l'heure ? Teddy était… Seigneur, Salazar tu as emmené notre fils dans une grotte ?! Je vais vraiment te tuer !
Salazar leva les mains en signe de paix en reculant.
— Il a adoré et il ne risquait rien avec moi !
— Et s'il t'était arrivé quelque chose et que tu étais resté inconscient ?
— L'alarme t'en aurait averti, rétorqua Salazar en reculant de plus belle devant l'air courroucé du plus jeune.
— Salazar, j'ai vraiment très envie de t'étrangler.
— Dommage que tu ne puisses pas ! lança celui-ci avant de s'enfermer rapidement dans une chambre.
Harry resta figé un instant, trop bouche bée pour réagir face à l'attitude puérile du fondateur Puis, il tambourina à la porte, hors de lui.
— Ouvre ! Ne te la joue pas solo !
Il brandit sa baguette et lança une série de sorts pour essayer d'ouvrir la porte, mais rien n'y fit. Il pesta de l'autre côté, s'agitant dans tous les sens. Au bout de quelques minutes, il se laissa tomber dans un fauteuil pour bondir la seconde d'après quand une lumière vive agita toute la chambre. Un son étouffé se fit entendre et Harry aurait parié que Salazar venait de jurer dans une autre langue. Un fait assez inhabituel pour que cela inquiète le jeune homme, qui, toute colère oubliée se précipita dehors pour tenter une percée par la fenêtre. L'air glacial de la montagne le saisit et il referma ses bras autour de lui dans une vaine tentative pour conserver sa chaleur. Il se précipita vers la large fenêtre de l'autre côté du chalet, tentant d'ignorer le fait que le froid le brûlait presque. Il sortit sa baguette, tremblant, et tenta d'ouvrir la fenêtre, en vain. Il posa ses mains sur la vitre et tenta de déceler l'intérieur de la pièce à travers la buée qui s'y était installée. La fenêtre s'ouvrit soudain et avec elle une lourde fumée s'échappa. Il se retrouva nez à nez avec Salazar. Celui-ci l'observa, les yeux ronds, alors qu'il grelottait devant la fenêtre.
— Tu es adorablement pathétique, lui dit-il avant de s'écarter pour lui faire signe d'entrer.
Harry se frotta les mains et prit appui sur le rebord de la fenêtre pour s'y hisser. Salazar lui saisit le bras pour accompagner sa descente tremblotante et referma la fenêtre. Il l'attira à lui et enroula ses bras autour de lui, frictionnant ses membres gelés.
— Jamais vu aussi déterminé, susurra-t-il en déposant un baiser sur son nez rougi par le froid.
— Jamais eu aussi froid, tu es brûlant, c'est génial, murmura Harry en se blottissant contre le plus vieux.
Salazar émit un rire et l'observa un instant sans rien dire avant de lui plaquer un baiser sur la tempe, posant ses mains chaudes sur ses joues. Harry ferma les yeux et fut à peine surpris de sentir une paire de lèvres se poser sur les siennes. Il n'ouvrit pas tout de suite les yeux lorsqu'elles les quittèrent, profitant de la sensation de chaleur qui se diffusait dans tout son corps.
— Tu as réussi ? embraya-t-il au bout de quelques secondes.
— Je crois, dit Salazar, semblant subitement revenir à lui.
Il saisit la main d'Harry et l'amena devant ce tableau de lui-même, assis près d'un saule pleureur. Le voir déclenchait toujours en Harry une émotion particulière. Quelque chose qui lui faisait monter les larmes aux yeux et resserrait sa prise sur la main de Salazar. Il s'agissait d'une réplique exacte, reliée à la même époque que celle dont Salazar était venu. Celle des appartements ne pouvant être déplacée, Salazar en avait donc conçu un autre. Une autre fenêtre à ouvrir sur le temps.
— Pourtant il ne se passe rien… ? Qu'est-ce que c'était la lumière toute à l'heure ?
— J'ai chargé la batterie avec mon énergie magique.
Harry releva la tête sur lui et remarqua les cernes qui s'installaient presque à vue d'œil sur son visage. Il fronça les sourcils.
— Je t'avais demandé de ne pas le faire.
— Il n'y a rien de ce que tu aurais pu dire qui m'aurait empêché d'essayer. Même si… je ne crois pas que ça ait porté ses fruits.
— Une telle quantité d'énergie… Combien de mois faut-il pour remplir de nouveau la batterie avec autant de magie que tu viens de décharger ?
— Deux, trois, peut-être.
Soudain la batterie, posée à côté d'eux, adoptant la forme étrange d'un immense sablier. À l'exception qu'il ne s'agissait pas de sable dans la prison de verre, mais d'une substance dansante, tourbillonnante. Dévastatrice si libérée. Reliée au tableau par des filins à peine visibles, à peine tangibles. Le tableau se mit luire. La vision familière laissa Harry pantelant. Bien que personne ne franchisse le tableau, sa surface se brouilla, dorée. Puis soudain l'image se rétablit. Différente du tableau d'origine. Il s'agissait des appartements de Salazar.
Harry s'approcha et, pendant un instant, il craignait presque que Salazar soit de nouveau aspiré dans son temps. Qu'il le laisse ici avec leurs deux enfants et qu'il n'ait plus que l'impression d'un rêve tenace. Alors il recula et heurta soudain son compagnon, qui, semblant comprendre son angoisse, passa ses bras autour de sa taille.
— Je ne partirai pas, murmura-t-il. Jamais. Je n'en ai pas envie. Et même, ce que tu as accompli en m'amenant ici était… incroyable. Jamais je n'aurais assez de puissance pour le faire seul, je te l'ai déjà dit.
Harry saisit ses mains et les serra plus fort.
— Il n'y a personne, tu es parti depuis quelque temps de ces appartements… Comment pourras-tu contacter qui que ce soit ?
Un silence éloquent lui répondit.
— Notre première conversation… Tu t'étais projeté de l'autre côté, tu avais remonté un lien psychique. De la Légilimencie ?
— De la projection astrale.
Harry sourcilla sous la faiblesse dans la voix de son compagnon. Il se retourna entre ses bras et se rendit compte que tout son corps s'était étrangement refroidi. Il croisa le regard de Salazar juste avant que celui-ci ne s'effondre. Harry le stabilisa à grande peine et s'appliqua à l'amener jusqu'à leur lit, un peu plus loin.
Il se pencha sur le visage de l'homme et sentit nettement sa respiration. Soulagé, il s'assit à ses côtés et posa sa main sur son front, vérifiant que sa température ne descendait pas trop. Plusieurs minutes passèrent et, tout à coup, Salazar suffoqua. Harry sursauta et l'aida à se redresser, lui élevant le menton pour dégager sa trachée.
— Laz, doucement, doucement, respire, lui dit-il en posant une main douce sur son torse qui se soulevait, anarchique.
Le fondateur mit quelques secondes à revenir à lui. Il y parvint à temps pour apercevoir entendre une série de sons sourds émanant du tableau. Un chaos s'abattit avant qu'un homme ne se plante devant le tableau, l'air complètement soufflé : Godric Gryffindor. Il parla, mais Harry ne comprit qu'un seul mot dans la langue, qu'il reconnut comme étant du vieil anglais : Salazar.
Celui-ci se releva à grande peine, poussé par quelque chose de pétillant dans son regard malgré la fatigue. Il parla et Harry ferma les yeux un instant, soulagé que Salazar renoue enfin avec cette époque qu'il avait si brutalement quittée. Il l'aida à s'approcher du tableau et l'homme blond les observa. Il se passa une main sur le visage, comme si l'illusion allait se disperser davantage ainsi.
Harry installa une chaise devant le tableau et aida son compagnon à s'y asseoir avant de se retirer discrètement. L'heure des retrouvailles n'était pas pour lui, les émotions de Salazar l'avaient rempli de quelque chose qui ne lui appartenait pas : une vieille affection, celle que l'on a pour une famille abandonnée depuis longtemps.
Il rejoignit le salon, les sorts ayant craqué sur la porte en même temps que Salazar était tombé dans l'inconscience. Le jeune homme s'assit entre les deux berceaux. Azariah dormait paisiblement, une moue boudeuse sur les lèvres qui fit sourire son père. Teddy, lui, était parfaitement éveillé et donnait de petits coups de pied dans le vide. Harry le saisit et l'amena contre lui, envahissant son visage de baisers qui firent glousser le bébé. Il joua avec lui plusieurs minutes, trompant un peu son appréhension, le regard fixé de temps à autre sur la porte.
Celle-ci s'ouvrit quelques secondes plus tard et un Salazar épuisé, mais heureux y apparut. Il fit signe à Harry de venir. Le jeune homme s'exécuta, gardant Teddy entre ses bras. Salazar s'avança et saisit Azariah, qu'il réveilla à regret, lui murmurant que la sieste était terminée. Le bébé ne pleura pas, habitué à être manipulé et bien trop enthousiaste de terminer ladite sieste dans les bras de son père.
Godric les suivit des yeux lorsqu'ils entrèrent tous dans la pièce. Il salua Harry de la tête très respectueusement et le jeune homme le lui rendit, tenu au fait de quelques protocoles par Salazar. Il parvint même à lui adresser quelques mots de vieil anglais et Godric eut un regard agréablement surpris avant de s'adresser directement à Salazar, qui éclata de rire. Harry leva les yeux au ciel.
— Il te trouve « sympa », c'est le mot ? demanda Salazar, hilare.
— C'est déjà ça ! dit Harry en souriant.
Le regard de Godric se posa successivement sur Teddy puis sur Azariah. Il écarquilla les yeux. Il jura, Harry n'eut pas besoin de traduction pour comprendre ça.
— Ah, apparemment Azariah nous ressemble assez pour qu'on ne s'y trompe pas, lui indiqua Salazar en sondant les réactions de son ami, à deux doigts d'éclater de rire.
Puis il s'adressa de nouveau à lui et Godric se raidit, se désignant d'un doigt. Harry comprit que Salazar avait dû lui évoquer le fait de faire d'Azariah son filleul. Une idée à laquelle Harry ne s'était largement pas opposé, songeant que c'était là le seul moyen pour Salazar de se sentir relié à son ami.
Harry se désintéressa de nouveau de la conversation, se laissant juste bercer comme Teddy par la sonorité chantante de la langue à peine familière. Le petit garçon s'endormait tout doucement tandis qu'Azariah lui tapotait le bras, sans doute inconsciemment.
Machinalement, Salazar passa sa main autour de sa taille et Harry se laissa faire, savourant la chaleur qui regagnait le corps de son compagnon. Il le sentait heureux, plus encore que d'habitude, et rien ne comptait plus pour lui que Salazar perde cet air si mélancolique qu'il arborait parfois quand il croyait qu'Harry ne le voyait pas. C'était comme si quelque chose s'était enfin apaisé en lui. Comme si tout ce qu'il avait tu n'avait plus lieu de lui peser. Ce qu'il fit passer dans l'étreinte était entier et Salazar s'ancrait enfin dans ce Présent maintenant que son Passé l'avait rejoint.
Blabla de J' :
Hey ! Pour ceux qui n'aiment pas beaucoup les bonus, vous pouvez tout à fait arrêter votre lecture ici, personne ne vous en voudra (ne le saura haha). Le bonus arrive ;) Il est assez long, mais vous me connaissez, j'aime bien donner un aperçu du futur ! Dans tous les cas, je vous embrasse !
Chaleureusement vôtre,
Jelly
