Hello !

Et voilà le chapitre 6 ! Je pense écrire le chapitre suivant dans la foulée, mais je ne sais pas si je le posterais avant dimanche... Bah, sans doute, chuis pas sadique à ce point là ! (Ah si ?) Surtout que faut voir comment finit ce chapitre XD

On repart sur un chapitre un poil plus court, mais assez intense, voire violent... Et qui justifie probablement le rating :/ (Pas de violence physique, que du verbal, mais c'est peut-être pire :/)

Boon sinon un graand merci à Akane keiko holmes et Miss homme enceinte 2 pour leurs reviews, très contente que l'histoire vous plaise, et que vous preniez le temps de laisser un com ! Merci aussi à tous ceux qui follow et favs !

Allez, jvous fais pas languir plus que ça ! Bonne lecture !

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Ce chapitre a été réécrit ! Je vous invite à le relire si vous êtes des vieux de la vieille :)


Chapitre 6 : Monstre

Bunny s'interrompit brièvement, la gorge sèche. Il abordait à présent la partie la plus difficile... Il se souvenait dans les moindres détails de cette journée, et plus particulièrement des mots qu'il avait prononcés à l'encontre d'un certain esprit de l'Hiver... Comment aurait-il pu les oublier ? Ils étaient gravés dans son esprit au fer rouge, tout comme était gravée l'expression d'horreur qui s'était dessinée sur le visage de Jack tout au long de la diatribe de Bunny, et que celui-ci n'avait remarqué que lorsqu'il s'était tu pour reprendre son souffle. Mais Bunny s'était décidé, au moment même où il avait accepté de raconter l'histoire, de ne rien cacher de ses paroles aux Gardiens. Il les assumerait coûte que coûte. Le temps des secrets n'était plus. Bunny se resservit une tasse de chocolat chaud, avala le liquide à grandes goulées sans même prendre le temps de savourer son goût, le breuvage faisant office de courage liquide là où d'autres préféraient l'alcool, et reprit son récit.


14 avril 1968, quelque part en Amérique :

… La vision de Bunny vira au rouge.

- TOI ! Comment... comment as-tu pu... comment as-tu pu faire ça ? Comment as-tu osé... toi... toi !

Le lapin était dans une telle rage qu'il ne parvenait même plus à formuler des phrases correctes, s'étranglant dans sa fureur et sa douleur. Rien de ce qui lui venait à l'esprit n'était assez fort pour pouvoir exprimer ce qu'il ressentait à ce moment-là. Pendant un court instant, il perdit tout à fait l'esprit, s'imaginant blesser l'esprit de l'Hiver, le frapper, lui faire mal... Fort heureusement, Bunny se reprit. Il n'était pas dans ses habitudes d'utiliser la violence physique - en tout cas, pas hors des combats. Et certainement pas contre un esprit aussi jeune. Le Gardien était pourtant toujours aussi furieux. Il plongea son regard brûlant de colère et de haine dans celui, terrifié, de Jack.

- Comment as-tu osé faire ça ? Hurla-t-il. Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? Pâques est ruiné ! Complètement foutu ! Alors que ce devait être une réussite totale, tu as tout fichu en l'air ! Tout ! Des mois de travail, tout ça pour rien ! Mais pourquoi ça devrait m'étonner ? Hein ? Après tout, tu es le célèbre Jack Frost ! Le plus grand fouteur de merde de toute l'histoire ! Tu rendrais vraiment Loki fier ! Tu gâches toujours tout, où que tu ailles ! Je suppose que tu as dû bien t'amuser, hein ! Ça doit être tellement drôle, pour toi, de tuer ! Regarde autour de toi ! Tout est MORT ! Les arbres, les plantes, les animaux ! Et certainement aussi des humains ! Des enfants ! Tu n'es rien de plus qu'un meurtrier ! Un monstre sans cœur et sans âme, qui tue pour son propre plaisir ! Et après tu te demandes pourquoi personne ne te voit ? T'es une menace, voilà pourquoi ! Non seulement pour les humains, mais aussi pour le monde des esprits ! Alors soit sûr d'une chose : je ne te pardonnerais jamais. Et je m'assurerais que personne ne le fasse. Crois-moi, tu ne t'en sortiras pas comme ça ! Dans peu de temps, tout le monde saura ce que tu as fait ! Et jamais personne ne te fera plus confiance ! Qui le voudrait ? Tu ne mérites pas des choses comme l'amitié, ou la croyance ! Tu ne mérites même pas de vivre ! Tu devrais tout simplement mourir, ou mieux, disparaître ! Disparaître sans laisser de traces ! Effacer ta sale existence de ce monde ! MONSTRE !

Enfin, Bunny s'interrompit, haletant pour reprendre son souffle, le sang battant ses tempes, la colère déformant son visage. Il ne voyait plus rien, n'entendait plus rien, ne ressentant rien d'autre qu'une rage formidable. Il n'était même pas sûr de ce qu'il venait de hurler. Les mots avaient jaillis, créés par une vague de haine et de douleur telles qu'il n'en avait que rarement connues. Il allait ouvrir la bouche pour continuer, lorsque le voile rouge qui était descendu sur ses yeux lors de sa tirade s'estompa suffisamment pour que le lapin puisse à nouveau voir ce qui se trouvait devant lui.

Et la vision qui l'accueillit lui coupa le souffle.

Jack Frost, un esprit connu pour être toujours joyeux, rire aux éclats et faire de mauvaises blagues aux esprits comme aux humains, et étant réputé pour arborer continuellement ce satané sourire moqueur…

Pleurait.

Bunny écarquilla les yeux, ébahi. Les larmes du jeune esprit coulaient silencieusement sur ses joues, larmes qui ne tardaient d'ailleurs pas à se solidifier en perles de givre. Le regard du garçon était plongé dans celui du Lapin, et celui-ci fut consterné de ce qu'il y lut.
Il distinguait dans ces orbes bleus une telle souffrance, une telle douleur, qu'il sentit, malgré toute sa colère, son cœur se serrer.

Mais le pire, ce fut le regard de total désespoir que le plus jeune lui envoya, et qui agit comme une flèche acérée se fichant dans le cœur du lapin. C'était un regard saturé par le chagrin et l'effroi, un regard horrifié et terrifié. Le regard d'un être blessé et effrayé.

Jack Frost… avait… peur de lui ?

Jack Frost avait peur de lui ?

Bunny était toujours sous le choc, lorsqu'il entendit un murmure rauque s'élever dans les airs.

- M-monstre ? Balbutia Jack de sa voix faible. D-Disparaître ?

L'esprit comprit brutalement que ce n'était pas de lui que Jack avait peur. C'était de ses paroles. De ce qu'il avait dit.

Il avait peur qu'il ait dit la vérité.

Bunny hésita. Sa fureur était retombée, se retirant aussi rapidement qu'elle était venue. Ses colères avaient la réputation d'être aussi dévastatrices qu'éphémères. Il avait pensé tout ce qu'il avait dit, sur le moment, mais à présent qu'il voyait l'effet qu'elles avaient eu sur l'autre esprit…

Une des raisons pour lesquelles il n'avait pas retenu ses mots était que Jack Frost était célèbre pour se ficher totalement des réprimandes qu'on lui faisait. Il n'écoutait jamais les reproches, semblait immunisé aux injures, et n'était que sourires moqueurs et rires goguenards lorsqu'il exécutait une de ses farces plus que douteuses.

Mais… Avait-il jamais fait quelque chose d'aussi grave ? Ses plaisanteries étaient insupportables, stupides, plus que pénibles, et parfois franchement embarrassantes – Bunny se remémora brièvement une histoire racontée au rassemblement des esprits, et qui décrivait comment le jeune esprit avait volé le masque de Kuchisake-onna*, ce qui avait révélé que celle-ci louchait -, mais elles n'étaient jamais réellement méchantes. Et surtout, personne n'avait jamais été blessé à cause d'elles – à part dans leur ego et leur fierté, peut-être.

Alors… pourquoi ?

Pourquoi aurait-il soudain décidé d'anéantir trente hectares de forêts et d'en ensevelir cinquante autres sous la neige ?

Un horrible doute s'insinua alors dans l'esprit du Gardien.

C'était bien lui, non ? Il avait bien fait tout ça ?

Mais oui, ça ne pouvait être que lui. Il n'existait qu'un seul esprit de l'Hiver. Il ne pouvait y en avoir deux en même temps sur cette terre.

Mais alors… pourquoi ? Était-ce une farce qui avait mal tourné ? Qui avait échappé au contrôle de son instigateur ?

Cette situation avait une ressemblance perturbante avec l'incident du Titanic, songea le lapin, mal-à-l'aise. A l'époque, l'innocence de Jack avait été prouvée assez facilement ; en effet, un esprit l'avait vu répandre l'hiver au Japon, le jour du drame. Mais cela n'avait pas empêché la majorité des esprits de le tenir pour responsable, et cette année-là, Frost avait dû faire face à la haine et à la rancune de nombreux esprits.

S'agissait-il d'un évènement similaire ? ... Non, une telle catastrophe ne pouvait pas s'être produite sans le concours d'un esprit. Et la coïncidence serait trop grosse.

Perdu dans ses pensées à tenter de donner un sens à tout cela, Bunny n'avait pas répondu à la question implicite de l'esprit de l'Hiver. Le silence du Gardien de l'Espoir sembla être la confirmation que Jack attendait – ou plutôt, craignait, car il écarquilla les yeux d'un air atterré.

Le garçon déglutit, baissant les yeux. Alors, c'était ainsi... Il avait tant essayé de repousser ces pensées, pendant toutes ces années, tentant de se convaincre de son utilité, de son droit de vie... s'efforçant de se dire que les autres légendes ne pensaient pas ainsi... Mais il avait tort. C'était le cas. Ils le haïssaient. Ils le voulaient mort.

Le jeune esprit se releva sur ses jambes tremblantes, saisit son bâton de berger, et recula de quelques pas, assommé par cette révélation. Le mouvement fit sortir Bunny de ses pensées, mais il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Jack laissa échapper un dernier sanglot avant de décoller à toute vitesse, Wind, impuissant, sifflant autour de lui en lui murmurant des paroles de réconfort que son compagnon n'entendait pas. Ne voulait pas entendre.

A cet instant, il voulait juste... mourir. Si seulement il le pouvait !

Resté au sol, le Gardien de l'Espoir était complètement perdu. Et commençait à se sentir franchement coupable.

Jack Frost avait pleuré.

A cause de lui.

Le lapin secoua la tête comme pour chasser ces pensées parasites, avant de hausser les épaules d'un air qui se voulait indifférent. Tant mieux, après tout, si les paroles du lapin avaient touché ce satané flocon sur pattes ! C'était le but, non ? Et puis, il n'avait fait que dire la vérité... Et il l'avait bien cherché ! Pour commencer, il n'aurait jamais dû être ici ! C'est vrai, quoi, c'était le printemps, dans ce pays ! Et tant pis pour lui s'il n'était pas foutu de comprendre qu'au printemps, il n'était pas censé neiger ! Et encore moins se produire un pareil blizzard !

L'esprit continua de monologuer intérieurement tout en faisant les cent pas, tentant sans grand succès de repousser la sensation de malaise qui l'avait envahi à la vue des larmes du plus jeune. Il finit par s'immobiliser, et soupira en regardant le paysage dévasté autour de lui. Impossible de célébrer Pâques dans ces conditions... Et tout ça, c'était de la faute d'un imbécile d'esprit qui ne vivait que pour rendre le travail des autres légendes insupportable ! Tempêta Bunny en son for intérieur, refusant de reconnaître qu'il avait été trop violent dans ses propos, et qu'il avait vraiment blessé l'autre esprit.

Il fallait qu'il reste en colère.

Il fallait que Jack Frost soit le coupable.

Car… si ce n'était pas le cas…

Il… venait probablement de faire la plus grosse erreur de sa vie.

Soudain, une petite voix retentit dans la clairière gelée, faisant s'interrompre le flot de pensées du lapin géant, et le faisant sursauter.

- Tu n'aurais pas dû dire ça !


Le lapin de Pâques se tut, sa peau brûlant de honte sous ses poils, attendant l'inévitable réaction de ses amis, et se préparant mentalement à se faire arracher la tête dans un futur très proche.

Il attendit.

Et attendit.

Et attendit…

Eh ben, qu'est-ce qu'ils attendaient pour lui faire bouffer ses boomerangs ?

Bunny releva la tête, incertain, et un peu étonné d'être encore en un seul morceau.

Et ce qu'il vit n'était pas exactement ce à quoi il s'attendait.

Il s'attendait à… eh bien, à avoir à faire aux sabres de North, au sable de Sandy, et à ce que des nuées de fées hystériques lui picorent le crâne jusqu'à la stupide, minuscule cervelle qui avait déversé ce flot d'horreurs.

Ce qu'il vit ? C'était mille fois pire.

Ses trois vieux amis le regardaient avec tellement de déception, de tristesse et d'horreur, qu'il en eu une sérieuse envie de vomir. La colère était aussi présente sur leurs visages, mais ça, il s'y était attendu. Le reste...

North se racla la gorge avec difficulté, et prit la parole d'une voix faussement égale, un signe certain qu'il luttait à calmer sa colère.

Bunny ne pouvait vraiment pas le blâmer.

- L'histoire est-elle finie ?

Bunny ferma les yeux un instant, avant de secouer la tête en grimaçant.

Loin s'en fallait.


*La Kuchisake-onna (en japonais, "femme à la bouche fendue") est une légende urbaine japonaise décrivant une femme portant un masque et qui enlèverait et tuerait les enfants.