Hey !
Me revoilà avec le chapitre 8 ! Il était difficile à écrire, celui-là, mais qu'est-ce que j'l'aime ! Je l'ai réécris trois fois, mais je crois que ça valait le coup ^^
N'hésitez pas, comme d'hab, à me dire ce que vous en pensez ! Vous vous en rendez ptete pas compte, mais un ptit com, c'est vraiment super motivant !
Bonne lecture :)
/!\/!\/!\/!\/!\
Ce chapitre a été réécrit ! Je vous invite à le relire si vous êtes des vieux de la vieille :)
Chapitre 8 : Désespoir
13 avril 1968, quelque part en Amérique :
C'était le crépuscule. Le soleil dardait ses derniers rayons à travers le feuillage, mais bien peu parvenaient jusqu'au sol. Perchée dans mon arbre favori, je contemplais le spectacle du couchant. J'adorais voir le soleil disparaître à l'horizon dans ces magnifiques nuances, tantôt roses, tantôt orangées. Un spectacle qui me ravissait d'autant plus qu'en tant que dryade, je connaissais l'importance de l'astre solaire pour ma chère forêt. Bientôt, la lune se leva, pleine, ronde et brillante, et je ne pus m'empêcher de me demander si l'Homme de la Lune m'observait, de là où il était. Ma mère m'avait parlé de lui, il y a longtemps, comme son égal, tant par les pouvoirs que par le rôle : choisir les esprits parmi le monde des humains. Je restai là, à penser, pendant un certain temps, avant de descendre de mon perchoir. Je commençai à errer à travers les arbres comme à mon habitude, lorsque j'entendis soudain des éclats de voix. Je me dirigeai vers le bruit, un peu réticente : je n'avais jamais réellement apprécié les humains, les trouvant bruyants, et bien peu respectueux de la nature... Ceux-ci ne faisaient pas exception, braillant de toute la force de leurs cordes vocales autour d'un grand feu, et faisant fuir tout animal dans un périmètre de plus de 500 mètres à la ronde. Je soupirai, en reculant à nouveau dans les bosquets. Je n'appréciais pas vraiment leur présence dans mes forêts, mais je ne pouvais pas faire grand-chose pour les en chasser... je grimaçai, tentant de me réconforter à l'idée qu'ils seraient certainement partis demain matin, et qu'il ne resterait aucune trace de leur passage... Après cela, je décidai d'aller prendre un peu de repos dans mon antre, dans un coin reculé de la forêt, où aucun humain n'avait jamais été. Au moins, ici, le silence était absolu, seulement interrompu par le bruissement des feuilles et les bruits des bêtes de la nuit, et je m'endormis assez vite.
Je fus réveillée au beau milieu de la nuit par une odeur...horrible. Une odeur qui, j'en suis sure, me poursuivrai longtemps... une odeur de mort.
L'odeur du feu.
Mêlée à celle du bois brûlé, et, bien pire, de la chair brûlée...
L'air était lourd de cette odeur, et me faisait tourner la tête. Je me précipitai au dehors, et c'est là que je vis...
L'Enfer.
Je n'avais pas d'autres mots, à cet instant, pour décrire cette vision, et je doutais d'en avoir jamais.
C'était comme si le soleil, que j'admirais tant il y a seulement quelques heures de cela, était descendu sur la Terre, et détruisait tout sur son passage.
C'était comme si des torrents de lave s'étaient déversés sur la forêt, répandant la mort et la destruction.
Je n'avais jamais vu une chose pareille. Ce n'était pas un incendie.
C'était bien plus.
Bien trop.
J'étais figée. Incapable de faire le moindre mouvement. Mes yeux écarquillés ne pouvaient reconnaître la forêt que j'avais parcouru si peu de temps auparavant.
Les flammes dévoraient littéralement les arbres, les réduisant en cendres en quelques minutes. Le brasier était si intense que j'avais l'impression de fondre, alors qu'il y avait une bonne centaine de mètres entre moi et les premières flammes. La chaleur était insupportable, mais le pire, c'était sans conteste le bruit. Un vacarme épouvantable qui m'agressait les tympans, et me fit plaquer mes mains sur mes oreilles dans une vaine tentative pour étouffer le tumulte.
Je repris enfin mes esprits, et me dirigeai à toute vitesse vers la partie de la forêt encore épargnée par les flammes, avant de grimper dans un énorme pin qui dominait une partie des bois. Arrivée au sommet, je sentis mon cœur rater un battement, et mon souffle se tarir.
C'était un spectacle que je n'aurais jamais pu imaginer, même dans mes pires cauchemars.
Plus des trois quarts de ma chère forêt étaient en flammes. Des centaines de milliers de kilomètres carrés d'arbres partaient en fumée. Je ne voyais même plus la lune, tant le ciel était obscurci par l'horrible fumée noire qui me faisait violemment tousser. Je vis au loin des hommes tenter d'enrayer l'incendie, juste devant un petit village, mais je devinais qu'ils n'avaient aucune chance. Les habitants fuyaient déjà, et je distinguais parmi eux, malgré la distance, les adolescents que j'avais vus il y a quelques heures. Je compris immédiatement que c'était leur feu qui avait déclenché ce désastre, et je serrai les dents, impuissante et dégoûtée.
Les flammes gagnaient du terrain, progressant à une vitesse phénoménale, et lorsque je sautai lestement de mon perchoir, je m'aperçus avec horreur que j'étais quasiment cernée par l'incendie. Je commençai à courir le plus vite possible, esquivant les flammes et les troncs noircis qui, vaincus par la fournaise, s'écrasaient au sol dans de grands et terrifiants craquements. Je ressentais au plus profond de moi la perte de chacun de ces arbres, et une douleur, diffuse d'abord, puis de plus en plus lancinante, prit place dans ma poitrine. Et je savais d'ores et déjà ce qu'elle signifiait.
La forêt mourrait.
Et moi avec.
Je courrai toujours, luttant pour ma vie, comme beaucoup d'animaux qui détalaient en poussant des cris terrifiés. Je vis avec soulagement que Horyn, mon cerf et meilleur ami, faisait partie de la horde paniquée. Je portai mes doigts à ma bouche afin de siffler pour lui signifier ma présence, sans pour autant ralentir. Le majestueux animal stoppa sa course, avant de rebrousser chemin pour se précipiter vers moi.
- Ne viens pas, hurlai-je, malgré l'oxygène toujours plus rare, continue de courir !
Horyn ne tint pas compte de mes paroles et fonça jusqu'à mon niveau, avant de faire demi-tour et de se retrouver à mes côtés, galopant toujours.
- Imbécile, murmurai-je, touchée, avant de saisir son cou et de me hisser sur son dos d'un mouvement. Pour toute réponse, il s'ébroua et allongea ses foulées.
A aucun moment Horyn ou moi-même ne nous étions arrêtés, mais le feu nous talonnait toujours. Je sentais sa chaleur me caresser la peau et roussir mes cheveux. Je me penchai sur l'encolure de mon fidèle ami et lui chuchotai quelques mots à l'oreille. Celui-ci accéléra encore, bondissant à travers les fourrés, slalomant entre les arbres, franchissant des troncs couchés et de multiples cours d'eau. Lentement mais sûrement, nous gagnions du terrain.
Des dizaines d'animaux bondissaient dans les fourrées, essayant de distancer les flammes. Je saisis mon pendentif, et dirigeait mes pensées vers la direction qui, je le savais, serait notre salut. Mon esprit s'étendit sur la forêt, et toucha chacun des êtres vivants qu'elle abritait encore.
Lorsque je rouvris les yeux, je constatai avec soulagement qu'ils m'avaient entendue ; lapins, renards, cerfs et biches, écureuils et rongeurs, tous se précipitaient dans la même direction. Mon cœur saignait de ne pas pouvoir en sauver plus, mais je savais que ma mort signifierait que même les survivants seraient perdus. J'enfouis ma tête dans l'encolure d'Horyn, n'ayant pas le courage de voir tant de vies se briser tandis que je sauvais lâchement la mienne. Mais je n'avais pas le choix. Pour le bien du plus grand nombre.
Finalement, après plusieurs minutes de course acharnée, nous arrivâmes à la lisière de la forêt, et Horyn ralentit enfin. Ici, l'herbe était rare, et il n'y avait pas d'arbres. Le feu, faute de combustible, ne pourrait nous atteindre. Nous étions en sécurité.
Je descendis de ma monture et regardai avec horreur la dernière partie de la forêt sombrer petit à petit dans les flammes. Ce n'était qu'une question de temps avant que les arbres restants ne soient touchés et partent en fumée. A cette pensée, la douleur dans ma poitrine ne fit que s'intensifier d'avantage, et je ne pus retenir un gémissement de douleur, ce qui rendit mon compagnon inquiet. Il me lécha la joue et je le repoussai doucement, avant de lui sourire de manière rassurante. Mais il n'était pas idiot. Il savait ce qu'il m'arrivait, et gémit à son tour, angoissé.
L'adrénaline de notre chevauchée redescendit, et je sentis des larmes d'horreur couler sur mes joues, tandis que j'étais condamnée à regarder ma forêt bien-aimée se transformer en cendres.
Soudain, je levai la tête. J'avais ressenti une présence. Mes yeux s'écarquillèrent de surprise : sur une colline, je reconnaissais... des esprits !
Il y en avait plusieurs, et, bien que je ne les connaissais pas, je me senti retrouver du courage. Ils allaient m'aider ! Même s'ils n'avaient peut-être pas des pouvoirs adéquats, comme le contrôle de l'eau ou même celui du feu, ils pouvaient aider à guider les animaux survivants vers un endroit sûr, ou au moins faire en sorte de sauver ne serait-ce qu'un arbre du carnage, afin de laisser à la forêt une chance de repousser, et de me permettre de survivre !
Oubliant totalement ma légendaire timidité, je me précipitai vers eux, suivie de près par Horyn.
-S'il-vous-plaît, hurlai-je, à l'aide, par ici ! Aidez-moi, je vous en prie !
Je continuai mes appels de détresse, gravissant de mon mieux la colline, malgré l'étau qui m'enserrait de plus en plus le cœur.
- J'ai besoin d'aide, vite, s'il-vous-plaît !
Soudain, je trébuchai sur une pierre et m'étalai de tout mon long sur le sol pentu. Un peu désorientée, je me relevai doucement, aidée par Horyn, avant de relever la tête vers le haut de la colline...
Et je senti mon cœur éclater sous le choc.
Personne.
Ils étaient partis.
J'en distinguai encore quelques-uns se diriger vers les plaines.
Sans un regard en arrière.
Ma vue se brouilla, et de nouvelles larmes se frayèrent un chemin sur mes joues, nettoyant la suie qui s'y était installée. Ma tête me faisait atrocement mal, et dans mon esprit, un seul mot tournoyait.
« Pourquoi ? »
Pourquoi ? Pourquoi sont-ils partis ? Pourquoi ne m'ont-ils pas aidée ? J'étais pourtant sûre qu'il m'avaient vue, ou, au moins, entendue !
Alors, pourquoi ?
Mes genoux se dérobèrent sous moi. Je me tournai lentement vers ma chère forêt, comme assommée. A mes côtés, Horyn se coucha, impuissant face à ma douleur, tant morale que physique.
Je levai les yeux vers le ciel, tout espoir envolé.
C'était fini.
J'allais mourir.
La forêt allait mourir.
Et sans forêt, sans endroit où vivre, sans nourriture, les animaux suivraient.
Horyn, également.
Je ne pus retenir plus longtemps mes sanglots, et me recroquevillai sur moi-même, dévastée, laissant libre cours à ma détresse.
Mes pensées dérivèrent vers ma chère mère, et la douleur que ma mort lui causerait inévitablement. Je pensai à mes deux sœurs, dryades comme moi, et l'horreur qui les saisirait lorsqu'elles apprendront mon sort. Je pensai à mon pendentif, que je portai avec tant de fierté, qui me marquait comme Dame de la Forêt, et qui me liait au sort de celle-ci. Ce collier, que j'adorais, et que ma mère m'avait offert, allait à présent devenir l'instrument de ma mort. Et tout cela à cause des humains.
Pourtant, je ne pouvais les détester. Pas vraiment. Malgré tout ce qu'ils faisaient, ils ne pourraient jamais changer ce qu'ils étaient.
Une partie de la nature.
Tout comme le feu...
Tout comme la mort.
A cette pensée particulière, un étrange calme m'envahit. Je me sentis presque... sereine.
En paix.
J'étais en train de mourir à petit feu - sans mauvais jeux de mots - et je me sentais en paix.
Je souris, d'un sourire terne et sans vie. Ma mort ne faisait maintenant plus aucun doute. Autant l'accepter. Ce serait plus facile. Ce serait moins douloureux, aussi.
Soudain, je ressentis une chose étrange, et totalement déplacée, qui me sortit complètement de mes pensées.
A vrai dire, c'était sans doute la dernière sensation à laquelle je me serais attendue, compte tenu de la situation.
J'avais froid.
C'était léger, très léger, mais notable.
Un courant d'air frais me fit frissonner, et je me redressai, ébahie.
Comment pouvais-je avoir froid à côté d'une fournaise pareille ?!
Je relevai les yeux vers le ciel, comme alertée par un sixième sens, et me figeai de surprise devant le spectacle qui s'offrait alors à moi.
