Salut à tous !

Eeeet me voilà pour le chapitre 9 ! Désolée, les horaires décentes et moi, ça fait trois !

Merci, comme d'hab, à Miss Homme enceinte 2 et Akane keiko holmes de leurs reviews :) et à tous ceux qui suivent cette fanfiction !

Pour ceux qui en ont marre des flashbacks, ne vous inquiétez pas, on en voit le bout ;) encore un chapitre, deux maximum, et on revient à l'intrigue principale ;)

En tout cas, j'espère que ce chapitre vous plaira, et n'hésitez pas à laisser une review, ça me fait toujours bondir de joie ;)

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Ce chapitre a été réécrit ! Je vous invite à le relire si vous êtes des vieux de la vieille :)


Chapitre 9 : Vie

Bouche-bée, les yeux écarquillés et levés vers le ciel, j'essayai tant bien que mal de reprendre mes esprits.

A plusieurs dizaines de mètres du sol, juste au-dessus de moi, se tenait un esprit. Cela, je l'avais assez vite compris, puisqu'il flottait littéralement dans les airs, ce qui me surprenait énormément. Bien sûr, je savais que certains esprits pouvaient voler, mais aucun n'en était capable sans un moyen de transport ou une paire d'ailes... Mais cet esprit-là n'avait rien de tout ça. En revanche, il tenait dans une de ses mains un étrange bâton incurvé à son extrémité. Je ne voyais que la silhouette de cet étrange visiteur, car il n'était pas assez proche du brasier pour être éclairé. Il finit par s'avancer, lévitant toujours au-dessus de moi, et je pus discerner son visage. Deux choses à propos de cet esprit me frappèrent alors immédiatement.

D'abord, ses cheveux. Ils étaient d'un blanc immaculé, et ce, même si de la suie et de la cendre voletaient un peu partout autour de nous.

Puis, mon regard tomba sur ses yeux. Ils étaient d'un bleu si pur que je cru m'y noyer pendant quelques instants. Mais surtout, je discernai en eux autant de peine qu'il devait, j'en étais sure, y en avoir dans les miens au même moment. Et cela me choqua plus que le reste. L'esprit paraissait réellement ébranlé du spectacle de ma chère forêt partant en fumée. Je n'étais pas sure qu'il ait remarqué ma présence, mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il avait pris la parole.

- Quelle horreur, l'entendis-je murmurer, un air d'effroi dansant sur son visage. Je n'ai jamais vu un incendie pareil ! Nous devons absolument faire quelque chose ! Wind, je vais avoir besoin de ta force !

Je clignai des yeux, abasourdie. Wind ? L'esprit du vent ? Il existait réellement ? Et, encore plus étonnant, ce garçon - car j'avais pu remarquer son jeune âge – lui parlait ? Comment était-ce seulement possible ?

Un grand coup de vent interrompit mes pensées, semblant répondre à l'esprit à sa manière. Ébahie, je compris que c'était Wind qui permettait au jeune garçon de voler. Je ne pouvais qu'imaginer le nombre de légendes qui seraient prêtes à tout et n'importe quoi pour obtenir le même privilège que ce dernier... Chevaucher le vent relevait plus du mythe ou du rêve pour beaucoup d'entre eux. Toute à mes réflexions, je ne m'aperçus que quelques secondes plus tard de ce qu'avait dit l'esprit.

Il allait... faire quelque chose … ?

Vraiment ?

Je sentis l'espoir revenir dans mon cœur tandis que j'observais la fine silhouette se diriger vers le redoutable brasier, et se placer au-dessus.

Je le vis brandir son bâton, et sentis immédiatement l'atmosphère se refroidir, ce qui me laissa pantoise, compte tenu de la fournaise. Enfin, je compris.

C'était un esprit de l'hiver.

Pendant un instant, je remerciais le Ciel et Mère Nature que l'élément de l'inconnu soit efficace contre le feu, avant de me figer.

Un esprit de l'Hiver ?

Je n'en connaissais qu'un, de nom. L'esprit de l'Hiver de ces quelques dernières centaines d'années.

Il s'appelait Jack Frost.

Je me mordis la lèvre, inquiète. Malgré mon éloignement des autres esprits, j'avais entendu parler de ce garçon. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'avait pas exactement bonne réputation. On racontait qu'il semait la discorde et apportait le chaos, faisait toujours de mauvaises blagues, et n'hésitait pas à répandre l'hiver abusivement. Était-ce vrai ? Pour être honnête, je commençais à en douter. Est-ce qu'un esprit mauvais aiderait à éteindre un incendie qui ne le concernait absolument pas, mettant ainsi sa vie en danger ? Car, et je m'en rendis brusquement compte, Jack Frost était un esprit de l'Hiver, et se diriger vers un brasier de cette ampleur relevait, pour lui, quasiment du suicide. Ce constat me remplit de terreur, et je déglutis faiblement. Horyn pressa sa tête contre moi, et je l'entourais de mes bras, tentant de trouver un peu de réconfort dans sa présence et sa chaleur.

J'étais totalement impuissante, et ne pouvais que regarder l'esprit tenter d'étouffer l'incendie à grands renforts de vagues de gel et de glace, apparemment aidé de Wind, qui empêchait à présent le feu de se propager aux rares arbres encore épargnés par les flammes. Pendant plus de trois heures, Jack Frost combattit le feu, s'obstinant avec l'énergie du désespoir. Et je comprenais alors pourquoi il s'efforçait tant de maîtriser l'incendie. Il le faisait pour la forêt, certes. Pour les animaux. Peut-être même - et je ne pus m'empêcher de ressentir une vague de chaleur à cette pensée - le faisait-il pour moi, s'il savait que j'étais là, que j'existais, et que ma vie était à présent entre ses mains. Mais il le faisait également pour les humains, dont les villages et les villes étaient menacés par le brasier monstrueux. J'avais entendu dire que cet esprit si particulier n'avait aucun croyant, et qu'il était le seul à, étrangement, ne pas en avoir besoin pour exister. Alors, qu'il essaye tant de sauver les mêmes humains qui n'avaient jamais cru en lui me brisait littéralement le cœur. Une colère sourde s'empara alors de moi à l'encontre des autres esprits qui avaient préféré détourner le regard de la catastrophe qui se déroulait sous leurs yeux. Et le seul qui me venait en aide était celui que tous haïssaient et voyaient comme un désastre ambulant ?! J'avais toujours exécré l'injustice, mais jamais autant qu'en cet instant.

Et dire que je ne pouvais rien faire pour lui venir en aide ! Que j'étais condamnée à regarder, réduite à une simple spectatrice tandis qu'un autre se battait pour tout ce que j'avais de plus cher !

Je constatai bientôt avec effroi que le feu gagnait du terrain. Jack Frost ne pouvait pas, à lui tout seul, enrayer l'incendie, et il était grandement désavantagé par la forte chaleur qui se dégageait des flammes. Moi-même, je commençais à me sentir mal, alors je n'osais même pas imaginer son état...

Je vis avec désespoir le jeune esprit prendre de la hauteur, stoppant ses tentatives. Ainsi, il allait m'abandonner... Mais comment lui en vouloir, alors même qu'il avait tout essayé ? Et de toute façon, il ignorait probablement ma présence, et peut-être même jusqu'à mon existence... Peu importe ce que j'espérais.

Soudain, mes yeux s'écarquillèrent. Jack Frost avait saisi son bâton des deux mains, et paraissait se concentrer intensément, Wind tournoyant autour de lui. Je sentis son énergie grandir encore et encore, devenant ridiculement démesurée. Un halo bleuté, d'abord très faible, puis de plus en plus grand et brillant, entourait la petite silhouette du jeune esprit. Je blêmis soudain en comprenant ce qu'il était sur le point de faire.

- C'est pas vrai... murmurai-je, mortifiée.

Je devais forcément me tromper... A vrai dire, j'espérais me tromper. Car s'il était sur le point de faire ce à quoi je pensais, je savais qu'il pourrait ne pas en réchapper.

Cependant, mon doute se transforma en certitude lorsque je vis un énorme blizzard commencer à se former autour de Jack Frost, pour le moment concentré sur seulement quelques mètres carrés. Celui-ci devenait de plus en plus dense, et tournait de plus en plus vite, alors que la puissance de l'esprit atteignait son apogée. Je pouvais le sentir à la façon dont ses pouvoirs faisaient crépiter l'air et trembler le sol. La température chuta brutalement, et mon expiration suivante se solda d'un nuage de buée qui me fit frissonner.

Il approchait de son point de rupture.

- Par la Terre Mère, il va se tuer, murmurai-je. La portée de mes mots me frappa soudain, et, horrifiée, je me levai soudain et hurlait :

- Arrête ! Arrête ! Je t'en prie ! Si tu fais ça... Si tu fais ça, tu risques de mourir !

Je savais que par-dessus le rugissement tonitruant des flammes, et celui, naissant, du blizzard, il n'y avait aucune chance qu'il m'entende, mais que pouvais-je faire d'autre ? Rester assise à regarder alors qu'il était peut-être en train de se sacrifier ?

Car j'avais compris ce qu'il s'apprêtait à faire. Je savais qu'il allait tenter de relâcher tout son pouvoir d'un coup, de puiser dans ses réserves les plus profondes, afin d'éradiquer l'incendie. Je savais également qu'il tenterait l'impossible afin de ne pas perdre le contrôle de ce blizzard, et de ne pas faire davantage de victimes. Et surtout, je savais que, lorsqu'un esprit tentait d'utiliser autant de pouvoir en une fois, il pouvait en mourir.

Et cela me terrorisai.

- Tu n'es pas obligé de faire cela, de mettre ta vie en danger pour des gens qui ne croient même pas en toi ! Je t'en supplie, arrête !

Je ne sus jamais comment cela arriva, si ce fut Wind qui, dans une tentative désespérée de faire changer d'avis son cavalier, porta ma voix. Toujours est-il qu'au travers du chaos, je vis son visage se tourner, pour la première fois, vers moi. Ses yeux rencontrèrent les miens, et s'il y lut toute la supplication dans mes yeux, il ne fit rien pour arrêter son blizzard.

Bien au contraire.

Il sourit, d'un grand sourire chaleureux et rassurant, comme s'il me disait que tout irai bien, et que j'allais vivre.

Seulement... je ne voulais pas de cette vie si cela signifiait qu'il perdrait la sienne.
Mais lui... lui ne voulait que m'aider. Sans un seul instant penser à sa vie. Je le vis me faire un petit clin d'œil espiègle, souriant toujours malgré le feu et le gel.

Comme une promesse de vie.

Une promesse qui ne concernait que moi.

Non. Pas seulement moi.

Moi et la forêt.

Et les animaux.

Et les humains.

Nous tous.

Sauf lui.

Et je savais que cette image de Jack Frost, souriant et confiant, même à deux doigts de la mort, ne quitterais jamais plus mon esprit. Je savais que si je survivais à cet enfer, je devrais chaque respiration, chaque battement de cœur, à ce jeune homme, qui avait choisi d'agir là où tous les autres avaient fermé les yeux.

Je ne pus me résoudre à retenir plus longtemps mes larmes, alors que le blizzard, relâché violemment par son créateur, explosait littéralement dans le ciel, soufflant les flammes et me projetant au sol.

Pendant quatre heures, le blizzard fit rage, grossissant et grandissant, toujours plus violent, poussant les hommes à s'abriter, et réduisant la fournaise au néant. Gelant les arbres dévorés par les flammes, mais aussi ceux, très peu nombreux, qui avaient été épargnés.

Pendant quatre heures, je restai recroquevillée sous la neige, collée contre Horyn, qui me faisait profiter de sa chaleur corporelle, tentant de résister à la bise glacée et au froid qui s'insinuait jusqu'au plus profond de mes os.

Pendant quatre heures, je priai pour que ce Jack Frost, à qui moi et tant d'autres devaient déjà leur vie, survive au déchaînement de ses propres pouvoirs, et à la puissance phénoménale de la plus féroce des saisons.

Et ce furent les quatre heures les plus longues de toute ma vie.


Il criait.

Les yeux fermés, les mains tenant fermement son bâton de berger.

Il criait.

La douleur était atroce. Lui dévorant le corps, lui dévorant le cœur.

Il criait.

La forêt brûlait. Il fallait la sauver. C'est vrai, c'était pour ça qu'il était là. Qu'il faisait cela.

Il criait.

Les humains. En danger. Il fallait faire reculer le brasier. Peu importe ce que cela allait lui coûter.

Il criait.

Son pouvoir, démesuré. Une perle de sang dévalant de son nez. Il ne fallait pas s'arrêter.

Il criait.

Les yeux baignés de larmes de l'inconnue qui l'avait regardée. Il ne fallait pas l'oublier.

Il criait.

La lune, cachée par la fumée. Ses rayons perlés. Ils ne pourraient pas le toucher.

Il criait.

Wind, à ses côtés. Toujours. Windy, qui lui avait appris à aimer. Il ne voulait pas oublier.

Il criait.

L'Hiver. A la fois sa mère et son père. Son étreinte familière. Il ne pourrait pas le rendre fier...

Et puis, le blizzard cessa d'exister.

Et Jack Frost cessa de crier.