Bonjour ! (ou plutôt Bonsoir :/ )
ENFIIINN ! Le chapitre 10 est lààà ! Je sais, vous n'y croyiez plus, et pourtant le voilààà ! Que d'émotion dans la saaaalle !
Et d'ailleurs : On a dépassé LES 1000 VUES SUR CETTE FIC ! OMG ! C'est ENORMME ! MERCI à vous tous, tout ca c'est grâce a VOUS !
Bon, allez, je vous laisse pour le chapitre de la semaine. Et surtout, n'hésitez pas à poster une review !
(Pour ceux qui se posent la question je réponds en MP ;) )
/!\/!\/!\/!\/!\
Ce chapitre a été réécrit ! Je vous invite à le relire si vous êtes des vieux de la vieille :)
Chapitre 10 : Mort
J'avais froid.
C'était tout ce que je savais à cet instant, la seule chose que mon cerveau embrumé pouvait encore me faire parvenir.
L'air glacé me frigorifiait, et m'empêchait de faire le moindre mouvement, mordant ma peau nue et me faisant violemment trembler. Heureusement, Horyn, allongé à mes côtés, me faisait profiter de sa douce fourrure et de sa chaleur corporelle plus élevée que la mienne. Il faisait également rempart de son corps contre la bise glaciale qui sifflait autour de nous, faisant voltiger à une vitesse folle des milliers de flocons.
Complètement immobile et silencieuse, j'attendais, espérant, priant.
Puis, aussi soudainement que le blizzard avait commencé, tout se calma. Surprise, je frémis et me blottis encore d'avantage contre mon ami, craignant que ce ne soit qu'une légère accalmie avant que la tempête ne redouble. Bientôt, cependant, il m'apparut que le blizzard avait réellement cessé. Doucement, comme si j'avais peur de briser le silence qui s'était abattu comme une chape sur toute la région, je relevai la tête, et ouvrait finalement mes paupières, hésitante quant au spectacle qui m'attendait.
Et ce que je vis me coupa le souffle.
Tout n'était plus que blanc.
Et froid.
Et silence.
Et mort.
Et je sentis mes larmes se remettre à couler.
Je savais, cependant, que cette situation était bien meilleure que celle qui aurait survenu sans l'intervention de l'esprit de l'hiver : les arbres, recouverts de gel, n'étaient pas morts, mais plutôt en hibernation, et je savais que le blizzard m'avait très probablement sauvé la vie, moi et tous mes protégés... Ou ceux qui avaient survécu. Cette pensée compressa mon cœur, mais une autre, bien plus horrible, prit rapidement forme dans mon esprit, et je me levai d'un bond. Ou plutôt, j'essayais... Le froid et l'attente avaient engourdi mes membres, et je manquais de tomber, mes jambes étant incapables de supporter mon poids. Heureusement, Horyn était là, comme toujours. Il me rattrapa et m'aida à me mettre debout. Les jambes flageolantes, je tournai la tête, tentant d'apercevoir celui à qui je devais la vie, repoussant de toutes mes forces l'horrible doute qui m'avait assailli.
Non.
Il ne pouvait pas...
Non.
Je ne pouvais pas l'accepter.
Je ne l'accepterais pas.
Doucement, je commençais à cheminer entre les restes de ma chère forêt, soutenue par mon ami, avec un seul but en tête.
L'obscurité.
C'est tout ce qu'il pouvait voir... Si « voir » était le mot juste lorsqu'il s'agissait de l'obscurité, bien sûr.
Mais à cet instant, aucun autre mot ne lui venait à l'esprit pour décrire cette noirceur si profonde qu'il ne pouvait dire s'il s'agissait d'un espace si exigu qu'il se compressait autour de lui, ou bien s'il était, au contraire, perdu dans une immensité aux allures d'infini.
Qui sait... Après tout, quelle importance ? Il était habitué à l'obscurité, comme il l'était à la douleur, à la tristesse ou à la solitude. C'était ce qui l'accompagnait, où qu'il aille, et ce qui semblait lui coller à la peau aussi sûrement qu'une malédiction.
Mais après tout, peut-être était-ce cela. Une malédiction. Cela expliquerait tout... Tous ses malheurs et toutes ses peines, depuis qu'il était présent sur cette terre... Ces souffrances sans fin qui le poursuivaient tel un mauvais sort...
Soudain, une perspective horrible germa dans son esprit. Et si... et si tout cela... ne le suivait pas ? Si au contraire... c'était lui, lui qui créait tout ça ? Ses pensées tourbillonnaient autour de lui, menaçant de le submerger, créant des vagues toujours plus grandes et terrifiantes.
Le malheur, la tristesse, l'horreur... Il avait si souvent voulu s'en détacher... Mais en réalité, cela faisait partie de lui. Il ne pouvait s'en défaire, car c'était lui. Il était fait de toutes ces choses que le monde détestait. Qu'il détestait.
Il était la Tristesse et la Douleur.
Il était l'Horreur.
Il était le Froid
Il était la Mort.
Il était Jack Frost.
Son hurlement se perdit dans l'espace et dans le temps, et soudain, ses paupières s'ouvrirent.
Je marchai laborieusement, refusant de m'arrêter, lorsqu'un hurlement de souffrance pure parvint sans prévenir à mes oreilles, résonnant dans tout ce qui restait de la forêt, et me glaçant d'effroi. Le cri paraissait empli de douleur, de désespoir et d'horreur, et je senti mon esprit se vider.
Le hurlement mourut aussi soudainement qu'il avait débuté, et je laissai échapper un souffle que j'ignorai avoir retenu. Je ne doutai malheureusement que très peu de l'origine du cri, et recommençai difficilement à avancer en direction de mon sauveur, à petits pas, avec une seule interrogation en tête :
Que lui est-il arrivé pour qu'il hurle de la sorte ?
Jack Frost se redressa en sursaut au moment même où ses yeux s'ouvrirent. Le souffle court, il tenta de retrouver ses esprits, essayant sans succès de chasser le sentiment insidieux et atrocement douloureux qui comprimait sa poitrine, et s'ancrait toujours plus profondément en lui. Tremblant, le jeune esprit se passa les mains sur le visage, avant de lever la tête.
Son second hurlement resta bloqué dans sa gorge.
Chancelant, Jack se campa le plus fermement possible sur ses jambes, réprimant une troisième envie de hurler.
Il avait échoué.
Il avait perdu le contrôle de ses pouvoirs.
Bien sûr, l'incendie avait été enrayé... Mais à quel prix ?
Ravalant ses larmes tant bien que mal, Jack ne pouvait que constater les dégâts qu'il avait causés. Il se tourna lentement, ses yeux horrifiés détaillant toute l'ampleur du désastre. Il n'y avait plus un seul arbre debout à au moins un kilomètre à la ronde, ce qui offrait à l'esprit une vue horriblement dégagée sur les restes de ce qui avait été une forêt luxuriante à peine quelques heures auparavant. Son regard tombait de temps à autres sur les cadavres brûlés et gelés d'animaux divers, et Jack sentit la nausée l'envahir, en même temps qu'un profond dégoût de lui-même.
A l'endroit où il avait perdu le contrôle de ses pouvoirs, et dans un large rayon, la zone avait été soufflée, comme si une bombe avait explosé, et un cratère s'était formé. Jack se tenait au centre de ce cratère, et tout ce qu'il voulait, à ce moment, c'était disparaître.
Juste disparaître. Sans laisser de traces.
Pas un instant il ne pensa au fait qu'il venait de sauver une de ses consœurs, ainsi qu'une partie de la forêt et de ses habitants, pas plus qu'il ne pensa au fait que ce blizzard venait de sauver plusieurs villages de la destruction, sauvant également bon nombre d'humains.
Il ne prêta pas non plus attention à Wind, qui tentait sans succès de le consoler, et de lui rappeler ce qu'il avait sauvé.
Non.
Pour lui, Jack venait simplement de prouver à nouveau, autant à lui-même qu'au monde, qu'il ne méritait pas ses pouvoirs.
Pas plus qu'il ne méritait la confiance ou l'amitié de qui que ce soit, même de Wind.
Pas plus qu'il ne méritait cette vie.
Ou quoi que ce soit qu'il n'ait jamais possédé.
Doucement, les larmes naquirent dans les yeux de l'immortel, et commencèrent à couler le long de ses joues, alors qu'il se recroquevillait sur lui-même, incapable de supporter plus longtemps l'image de son échec.
C'était Jack qui pleurait, et avec lui, le froid et la glace, le gel et la neige, le vent et le givre.
C'était l'Hiver entier qui pleurait avec lui.
Impuissant à consoler son unique fils.
Je courais, à présent. Mes jambes avaient retrouvé leurs forces, et, n'ayant plus besoin d'être soutenue par Horyn, je l'avais envoyé à la recherche d'hypothétiques animaux qui auraient survécu à l'incendie. L'espoir fait vivre, dit-on...
Oui. Et c'était bien pour ça que j'étais en vie. C'était grâce à Jack Frost. C'était lui qui m'avait apporté cet espoir. Et c'était à présent lui que je cherchais, me dirigeant le plus vite possible vers l'endroit d'où semblait avoir provenu le cri.
Son cri.
Qui résonnait encore en boucle dans ma tête, d'ailleurs. Et ne semblait pas vouloir en sortir. Toute à mes pensées, je faisais à peine attention aux dégâts que le feu avait causé. Après tout, j'étais vivante, il y avait donc au moins un arbre qui devait avoir survécu. Et avec un arbre, on pouvait faire revivre une forêt. Mais on ne pouvait en aucun cas faire revivre un esprit. Le fait que Jack Frost ait hurlé était aussi rassurant que terrifiant ; il avait survécu à l'explosion de ses pleins pouvoirs, mais que s'était-il passé ensuite ? J'avais peur de savoir, mais je me devais de le trouver. Pour le remercier, et peut-être aussi, si j'en étais capable, le protéger de ce danger, de cette souffrance inconnue. Je ralenti quelques instants, le souffle court. Mes jambes, bien que me permettant de courir, étaient encore faibles, et je commençai à être réellement épuisée...
Mais je me ressaisis.
Imbécile, me morigénais-je, Si toi tu es épuisée, imagine ce qu'il doit en être de lui !
Sur cette pensée, je repris un rythme plus soutenu. Jack Frost m'avait sauvé la vie. Maintenant, c'était à mon tour de l'aider.
Enfin, j'arrivai à l'orée d'une sorte de clairière dont j'ignorai jusqu'à l'existence, avant de me figer en entendant des éclats de voix. Je m'approchai doucement, sur le qui-vive. Entre quelques troncs calcinés, je distinguai à présent nettement celui que je devais à présent appeler mon sauveur. A genoux dans la neige, il paraissait fixer un point que je ne pouvais pas voir. Mais le plus étrange était sans doute le fait qu'il tremblait. L'esprit de l'Hiver tremblait ? Ce ne pouvait être de froid, ce qui signifiait que c'était... de peur ? De souffrance ? Je me décalai, devinant que la raison de ces tremblements était le point de mire du jeune immortel, et je ne pus réprimer un gémissement de consternation.
Bien sûr.
Aujourd'hui, nous étions le 14 avril.
Le jour de la fête de Pâques.
Et son représentant était justement planté devant l'esprit de l'Hiver, les yeux brillants de colère et de haine.
J'avais entendu parler par des animaux du tempérament de feu - sans mauvais jeux de mots - du Gardien de l'Espoir, Bunnymund, et je me doutais que ce qui allait suivre n'allait certainement pas me plaire, et à Jack encore moins. Avant que je n'eusse le temps de faire le moindre geste, le lapin géant avait littéralement explosé.
Les yeux écarquillés, cachée derrière les restes du chêne, je ne pouvais qu'écouter avec une horreur grandissante la diatribe du Gardien à l'encontre de l'esprit qui m'avait sauvé la vie. Il fallait que je fasse quelque chose, j'en étais consciente, mais j'étais totalement terrifiée par le Gardien, tant et si bien que je n'étais plus capable de faire le moindre geste. Silencieusement, je glissai le long du tronc noirci, les yeux embués de larmes contenues. Soudain, le lapin s'arrêta, comme pour reprendre son souffle, et je senti mon cœur se fendre lorsque la voix frêle et tremblante de Jack Frost s'éleva dans les airs.
- M-Monstre ? L'entendis-je murmurer, des sanglots dans la voix. D-Disparaître ?
Mes larmes coulaient à présent sur mes joues. C'était tellement injuste ! Il venait de sauver la vie tellement de personnes ! Sans lui, ce n'aurait pas été une fête de Pâques qui aurait été gâchée, mais également celles des années à venir ! Car une fête de Pâques sans humains, ça n'avait pas de sens.
Et je me maudis intérieurement de ne même pas être capable de sortir de derrière ma cachette pour aider celui à qui je devais la vie. Je réessayais de me lever, sans succès, et mes larmes de tristesse devinrent des larmes de colère.
Soudain, j'entendis un grand coup de vent : en me penchant, j'aperçus Jack Frost décoller à toute vitesse, sans doute porté par Wind. Mais il ne le fit toutefois pas assez vite pour que je ne remarque pas les larmes qui brillaient sur ses joues tandis que dans son regard dansait une souffrance qui me déchira la poitrine.
Et moi, je n'avais rien pu faire.
Bien trop lâche, bien trop peureuse.
Je me mordis l'intérieur de la joue jusqu'au sang, ce qui me fit enfin arrêter de trembler. Je me remis tant bien que mal sur mes jambes, effaçai d'une main les traces de larmes et de suie sur mon visage, et respirait un grand coup, rassemblant tout mon courage, puisant de la force dans l'image du sourire lumineux et rassurant que Jack Frost m'avait adressé plusieurs heures auparavant.
J'ouvris la bouche, et me lançai :
- Tu n'aurais pas dû dire ça !
- … Et voilà, soupira Caïssa. La suite, tu la connais...
Elle releva la tête et vit que le lapin la regardait avec les yeux si écarquillés qu'elle eut, pendant un instant, peur qu'ils ne lui sortent littéralement de la tête.
Bunny était... Pétrifié. Figé. Sonné. Stupéfié.
Mais surtout horrifié. De ce qu'il avait dit.
Et dégoûté. De lui-même.
Le Gardien cligna des yeux, abasourdi. Comment avait-il pu se tromper à ce point ? Ce Jack Frost venait de risquer sa vie pour sauver tous ces gens, et lui... Il lui avait dit toutes ces horreurs. Il lui avait craché des insultes au visage, alors que l'esprit... Le visage de Bunny se ferma. A cet instant, il se détestait réellement. Il se haïssait. Si seulement il avait essayé de comprendre ce qu'il s'était passé, au lieu de tirer des conclusions aussi hâtives que stupides... Il avait pourtant bien vu que l'esprit avait l'air dévasté... Bunny ne l'avait peut-être pas agressé physiquement, mais les mots blessaient parfois bien plus sûrement que les armes...
Le regard et le cœur brisés, le Gardien de l'Espoir leva des yeux remplis de culpabilité vers la Dryade, qui le regardait d'un air grave.
- Je suis sans doute mal placée pour dire ça, moi qui n'ait rien osé faire pour t'arrêter, dit-elle d'une voix douce, mais... il faut que tu le retrouves. Et que tu t'excuses. Il faut qu'il sache que tu ne penses pas... que tu ne penses plus ce que tu as dit tout à l'heure. Et moi, murmura-t-elle plus bas, comme pour elle-même, moi, je dois le remercier. Il m'a sauvé la vie, il m'a aidé alors que tous les autres m'avaient tourné le dos. Et je ne lui en serai jamais assez reconnaissante.
Sur ces mots, la jeune fille se leva, et eut un petit sourire triste.
- Tu sais, Bunnymund... s'excuser n'est pas facile, et cela peut te sembler inutile ou stupide, surtout si tu penses que l'autre t'a oublié ou pardonné... Ça peut te sembler idiot, mais... on n'oublie pas ce genre de choses. Et entendre de la bouche d'une personne qu'elle est désolée, si elle est sincère... Ça peut signifier énormément pour quelqu'un. Surtout pour quelqu'un comme lui...
Caïssa commença à se diriger vers les arbres, mais elle s'arrêta, tourna à nouveau la tête vers Bunny, toujours immobile, et prononça une dernière phrase, qui frappa le lapin.
- Il n'est jamais trop tard pour s'excuser, Bunnymund. Jamais. En revanche, il peut être trop tard pour se faire pardonner...
Et elle disparut dans les bois.
Bunny resta longtemps là, assis dans la neige, à fixer la petite pensée gelée qu'il n'avait pas lâchée depuis qu'il l'avait trouvée ce matin-même. D'une patte tremblante, il caressa un des pétales givrés, le réchauffant doucement.
Quelques minutes plus tard, le gel avait fondu.
Révélant une fleur toujours en vie.
Le lapin n'avait jamais eu autant envie de pleurer.
