Note de l'auteur: Ceci est ma première fanfiction. Je vous la poste parce que peut-être que certains d'entre vous voudront lire du Camilo, même si beaucoup de choses ont déjà été écrites - je ne prétends pas innover, mais j'aime tellement les personnages que je voulais leur donner gain de cause. J'espère que vous aimerez, et soyez indulgents, je n'ai jamais rien écrit de bien sérieux avant, je suis donc encore une novice.

Disclaimer: Les personnages de Saint Seiya ne m'appartiennent pas. Tout est à Kuramada, Toei, etc.

Rating M pour les thèmes psychologiques pas très marrants de cette histoire, alors, restez safe. Il y a un peu de violence et des choses un peu explicites qui arriveront dans les chapitres suivants.

Sur ce, bonne lecture!


Chapitre 1 - Nuit agitée

Le point de rupture était atteint. Du moins, c'est la réflexion qu'était en train de se faire Milo, bien réveillé, les yeux grands ouverts dans le noir, à une heure avancée de la nuit. En effet, cette situation s'était beaucoup trop répétée ces dernières semaines, voire ces derniers mois. Quelle situation ? Celle-ci, particulièrement irritante : un chevalier d'or du Scorpion, on ne peut plus éveillé dans le noir. Il était allongé aux côtés de son bel éphèbe de Verseau qui, en plus de dormir paisiblement toutes les nuits, était parfois un horrible couche-tôt. Rien n'y faisait : il essayait toutes les positions pour s'endormir, en vain. Le sommeil ne lui venait pas et il était tellement fatigué en journée qu'il se demandait comment il faisait pour ne pas s'assoupir à la moindre pause.

De plus, il n'était pas n'importe qui. Il avait des obligations, enfin ! Depuis que tous les chevaliers d'or avaient été ressuscités par la déesse Athéna, par un processus qu'il n'était pas vraiment sûr d'avoir compris, cette dernière leur avait demandé de s'investir franchement dans la vie du Sanctuaire. L'objectif était d'en faire enfin autre chose qu'un lieu où les entrainements alliaient torture et désespoir. Et cette charmante personne n'admettait certainement pas le désespoir dans ses rangs.

Seulement, notre fougueux chevalier du Scorpion commençait à désespérer vraiment de faire des nuits normales un jour.

Le plus frustrant dans cette affaire, c'est que ces nuits écourtées n'avaient pas lieu d'être. Le Sanctuaire n'avait pas été aussi jovial depuis des décennies ; pas de guerres, pas de menace imminente ; tout le monde était revenu à la vie, et les chevaliers d'or qui avaient eu des différends s'étaient réconciliés, ou du moins se toléraient sans faire trop de vagues. La déesse avait eu la grâce d'améliorer les temples de sa garde dorée, et de les équiper d'un modernisme qui laissait alors franchement à désirer : un vrai lieu de vie avait été construit dans chaque temple, dont une véritable cuisine, une chambre, une salle de bain… Le tout était bien conçu et confortable. Le Scorpion, pourtant, avait eu jusque-là l'habitude de dormir sur le sol de son temple. Il avait essayé de le recouvrir par un matelas de paille fait main, avec ce qu'il avait pu trouver pendant ses tours de garde. Et cela, durant toute son adolescence. Ironie du sort, maintenant qu'il avait un vrai lit, il ne pouvait plus dormir.

Le vrai souci était cette oisiveté. Pas que les chevaliers ne faisaient plus rien de leurs journées, oh non, mais rien d'inquiétant ou de surmenant ne leur arrivait. Et ce genre de choses laissait du temps pour penser.

Camus n'avait pas vraiment eu ce problème en partant en Sibérie. Son avantage en tant que maître était qu'il avait pu se fournir un meilleur ameublement pour son isba, pour lui et ses deux élèves. Et puis, l'intérêt d'être loin du sanctuaire, malgré le temps sinistre et le froid qui pouvaient régner dans le Grand Nord, c'était qu'il n'avait pas à parader devant tout le monde et subir la dure loi en vigueur pendant le règne de Saga. A moitié maléfique, il ne faisait pas du lieu un havre de paix. La rigidité s'y imposait, et les décrets les plus impitoyables étaient appliqués au moindre « crime ». Et c'était bien sûr les chevaliers d'or qui étaient sur place qui faisaient appliquer des lois parfois injustes, mais surtout cruelles et disproportionnées.

Et Milo ne dormait plus alors que ce temps-là était révolu.

Ces nuits qui le tenaient éveillé étaient d'autant plus désagréables qu'elles lui permettaient de penser. De penser vraiment. A la moindre chose. Et dans l'esprit de Milo, ce n'étaient pas de moindres choses qui se bousculaient. Tout ce qu'il avait vécu lui tombait dessus à présent qu'il pouvait souffler. Il était donc accablé de questionnements et de souvenirs qu'il se serait abstenu de revivre.

Camus ne se doutait probablement de rien. Il dormait paisiblement la nuit, tandis que Milo s'avérait être un formidable acteur de jour. Le Scorpion savait jouer de son entrain et de sa malice habituelle pour détourner les regards. Quelqu'un avec le sourire et qui prend part aux conversations avec énergie et humour n'est pas inquiétant.

Camus pouvait être observateur, mais tout de même. Milo avait tout fait pour ne pas changer son comportement d'un seul pouce. Il y arrivait bien malgré sa fatigue. Et quand Camus la percevait, et le questionnait parfois, il lui répondait juste que les activités du jour l'avaient crevé. Ce qui de plus, n'était pas un mensonge. Parler avec tous ces gens, s'atteler aux activités qu'Athéna avait pensées pour eux, et toujours tenir plus ou moins la garde de son temple était fatiguant. Camus lui disait avec un sourire imperceptible, une chose que personne ne pouvait imiter, qu'au moins, « tu dormiras bien cette nuit ».

Si seulement.

Il n'en pouvait plus. Et ce n'est pas le genre de choses qu'il admettait facilement. Il avait confiance en Camus, là n'était pas la question. Il refusait simplement de passer pour un faible. Ce qu'il ressentait n'était pas normal. L'impression de ne pas pouvoir s'adapter correctement à cette nouvelle ère s'ancrait en lui, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi. Ces derniers temps, il se sentait un peu hors du monde, et il n'y avait aucune raison à cela.

Hors de question qu'il montre une quelconque fragilité. Il était un chevalier d'or, craint par tous, et c'est ce que Camus lui rappellerait s'il voulait lui confier ses pensées tristes ou son désespoir. Un chevalier d'Athéna n'abaisse pas sa garde et ne désespère pas. C'était comme ça, c'était son devoir. Et son amant ne pourrait pas l'aider. Il le rappellerait à ses obligations.

Et puis franchement, Camus n'avait pas l'habitude de se laisser aller à l'émotion, quelle qu'elle soit. Ça avait été suffisamment difficile comme ça de le faire sortir de sa carapace de maître des glaces pour qu'il daigne lui céder un « je t'aime » et accepter de former un couple avec lui. Pour un chevalier des glaces, il n'est pas question d'étaler ses sentiments.

Camus, décidément, ne pourrait pas comprendre. Milo n'était pas d'accord pour autant avec cet enseignement qu'il jugeait absurde et partial, car pour lui exprimer sa joie intense ou sa colère n'était pas signe de faiblesse. Il trouvait cela plutôt sain, de pouvoir exprimer ces choses-là. Même s'il se rendait compte à présent qu'il avait fini par s'emmurer derrière au point de se piéger. Et de ne plus laisser d'autres émotions dehors. Celles qui, de fait, n'avaient pas lieu d'être.

Milo poussa un soupir consterné et décida de se lever. Il était moins bon espion que son amant qui dormait toujours, allongé à ses côtés, mais il savait se faire discret. Il se redressa doucement du lit et tourna la tête vers Camus. Rien. Il dormait encore, et ce, sans aucun bruit, à part celui de sa respiration calme. Le chevalier des glaces ne bougeait pas beaucoup dans son sommeil, contrairement à Milo. Lorsqu'il arrivait à le trouver, il pouvait se réveiller les pieds sur la tête de lit sans comprendre comment cela avait pu arriver à son insu.

Les jambes dans le vide, il posa lentement ses pieds au sol. Il se leva du matelas et partit sur la pointe des pieds, en prenant soin de refermer la porte de la chambre derrière lui. Le plus silencieusement possible ! Heureusement que la porte ne grinçait pas… Il ne tenait pas à faire profiter Camus de sa mésaventure nocturne.

Une fois de l'autre côté, il se dirigea vers la cuisine. Un joli ensemble à l'américaine qu'il appréciait bien de jour – mais autant dire qu'il se trouvait vraiment idiot à s'y balader de nuit, dans la pénombre. Il ouvrit le robinet et se servit un verre d'eau. Histoire de se changer les idées. Il avala plusieurs gorgées du liquide fraîchement servi, et il s'appuya contre le rebord des meubles de rangement.

Mais cela ne marcha guère, et l'obscurité n'aidait pas beaucoup son humeur mélancolique. Il passait son temps à ruminer ses anciens exploits d'assassin, des épisodes de son entraînement cruel, ou alors, pire, la mort de Camus. Mourir puis revenir à la vie était une expérience sans sens qu'il n'arrivait pas à surmonter. Parfois il se demandait pourquoi il était revenu, s'il n'y avait plus rien à combattre. Quel était son rôle à jouer sur une planète qui ne semblait plus avoir besoin de lui ? Est-ce qu'il avait gagné des nuits et des nuits sans rêves, pour payer les crimes monstrueux qu'il avait commis sous l'égide de Saga ?

Car oui, avouons-le, il se sentait monstrueux. Des massacres sanglants, et pas que des ennemis féroces – parfois, il avait dû raser des villages ou des régions entières pour éviter le moindre témoin gênant. Il se souvenait particulièrement du regard farouche d'une fillette, qui n'avait pas cillé ou fui une seule seconde devant ce qui s'avérait être l'incarnation de sa mort soudaine et prématurée. Elle l'avait jaugé froidement, un peu comme Camus toisait ses ennemis, et elle l'avait laissé l'abattre.

L'ignominie de Saga avec le Scorpion, tout particulièrement, était qu'il se servait de Milo pour des missions d'assassinat, alors que son attaque était taillée pour être affreusement douloureuse. Milo était naturellement meilleur aux interrogatoires, mais pas aux meurtres de sang-froid. Normalement, le Scorpion se servait de son propre jugement pour donner la mort, s'il le fallait ; mais il avait dû obéir à des ordres, et il n'avait pas eu le choix. Et puis, certains de ses accès de sadisme avaient au moins l'avantage qu'il ne pleurait pas devant les atrocités qu'il devait perpétrer, ou dont il était témoin. Il préférait rire de toute cette douleur qu'en pleurer. Pratique, mais à long terme, effrayant. Et puis il y avait eu la mort de Camus… tout son temple pris par la glace, et son visage à la fois figé par le froid et l'éternité…

Sous le coup de ces réminiscences désagréables, Milo n'avait même pas remarqué que son ongle rouge avait poussé de lui-même sur sa main droite. Il s'était tenu les bras croisés, et il se fit par mégarde une entaille dans son bras, là où son ongle avait décidé de se planter.

« Merde ! »

Il ne manquait plus que ça, maintenant ! Il était bien placé pour savoir que son attaque était très douloureuse – il y était pratiquement immunisé, car son entraînement avait consisté en grande partie à survivre à ce poison violent et douloureux des jours et des jours durant – mais, sans faire de mauvais jeux de mots, ça piquait quand même. Et le constat était invariable : même s'il ne ressentait plus le poison de son attaque – il coulait dans ses veines – elle avait tout de même tendance à faire saigner abondamment.

« Putain, mais c'est pas possible ! »

Il toisait avec mécontentement une entaille, qui comme prévu, allait rapidement tâcher son pyjama de rouge.

En plus de se sentir triste, il était maintenant furieux contre lui-même. Quelle inconscience de laisser ses pensées prendre le dessus et ne plus contrôler ses actes. Il avait l'air malin, maintenant. Bon, où trouver de quoi se faire un pansement de fortune, dans tout ce bazar?

Au moment où Milo retournait la cuisine pour trouver de quoi colmater sa plaie (qui risquait de goutter sur le sol s'il ne trouvait rien rapidement), une voix froide brisa le silence – relatif, car Milo fouillait sans discrétion dans les tiroirs de la pièce.

« Milo ? »

Milo se retourna dans un sursaut mal dissimulé. Et il fit face à un Camus qui avait l'air parfaitement réveillé pour l'heure qu'il était. Mince, c'est qu'il était vraiment discret ! Il ne l'avait même pas senti arriver.

« Qu'est-ce que tu fais là, en pleine nuit, à fouiller dans les placards de la cuisine ? »

Une excuse valable, et vite !

« Camus ! fit Milo en reprenant sa contenance habituelle. Je suis désolé si je t'ai réveillé, j'avais soif et je cherchais un verre…

- Un verre ? lui répondit Camus, interloqué. Il y en a un juste là, sur le plan de travail, derrière toi. En plus, tu sais bien que ce n'est pas l'endroit où on les range. »

Effectivement, le fameux verre d'eau que Milo avait vidé auparavant se trouvait derrière lui. Il l'avait posé sur le rebord avant de s'adosser contre le plan de travail et se plonger dans ses pensées. Milo se retint de couler un regard vers sa plaie sanguinolente. Si Camus ne l'avait pas mentionnée, c'est qu'il n'avait pas dû la remarquer. La pénombre de la pièce jouait en sa faveur.

« Oui, c'est vrai, admit Milo. Je suis désolé, je ne suis pas très réveillé. La nuit, on ne sait jamais plus bien où sont les choses ! »

Milo tenta un sourire de conciliation. Camus sembla juger la réponse convaincante, car il déclara :

« Bien, maintenant que tu as trouvé un verre, tu peux boire. Et reviens vite te coucher. Tu vas être fatigué demain et puis… je n'aime pas me réveiller dans des draps froids et vides.

- Toi ? fit Milo sur un ton moqueur. Tu n'aimes pas les draps froids ?

- On ne va pas énumérer toutes mes contradictions à cette heure-ci, non ? Bon… Je retourne me coucher. Ne tarde pas trop, Milo. Après tu vas encore faire ta marmotte demain matin quand il faudra te lever. »

Camus termina sa phrase dans l'ombre d'un sourire, et fit volte-face pour revenir sur ses pas et retourner dans la chambre. Au son de la porte qui se fermait derrière Camus, Milo poussa un vague soupir.

Ouf. Camus hors de son chemin.

Du moins le croyait-il.

Cela dit, son problème de blessure ouverte sur son bras n'était pas réglé. Mais il était un peu tard : le sang qui s'était écoulé de la plaie avait eu le temps de souiller abondamment ses vêtements et de colorer un peu sur le sol de la cuisine. Foutue Aiguille Ecarlate.

Milo se sentait tellement misérable en cet instant qu'il ne pensa même pas à retourner à sa tâche principale, qui était de trouver de quoi faire un pansement pour régler le problème. Non, il s'en fichait presque, à présent. Il n'avait aucune envie de retourner se coucher pour fixer le plafond le restant de la nuit, à s'imaginer des scénarios horribles ou à laisser ses souvenirs l'envahir. Il ne voulait même pas penser au jour qui allait se lever, et qui allait l'accabler encore plus, puisqu'il n'aurait pas eu de coupure avec l'ancien. Il ne voulait penser qu'au présent. Et la douleur dans son bras l'y aidait bizarrement.

Le Scorpion s'était avachi sur le sol de la cuisine, contre les placards du bas. Il ne savait pas trop ce qu'il devait faire. Il n'avait rien envie de décider pour le moment. La voix de sa conscience lui disait que laisser une plaie ouverte et profonde comme celle-là était potentiellement dangereux, mais il n'avait pas envie d'y prêter attention. Cela lui disait presque de tenter l'expérience pour voir si ça l'était vraiment. Bien qu'il le sache. Mais quand même. Cela pourrait l'occuper, après tout. Il ne savait pas quoi faire de sa nuit, de toute manière.

La digue de ses émotions lâcha soudainement. Milo ressentit le besoin instinctif de se recroqueviller complètement sur lui-même. Il se rendit compte qu'il pleurait, même s'il n'avait pas le sentiment de comprendre pourquoi, ou qu'est-ce qui l'avait provoqué. Il ne se sentait pas terriblement malheureux, mais complètement exténué et désespéré de jamais se reposer. Il n'en pouvait plus, de devoir affronter le souvenir de tous ces regards éteints, et d'avoir en écho celui du Verseau avant qu'il ne ressuscite… Et là, à l'instant, il venait d'échapper à des explications absurdes avec lui. Mais il ne le verrait pas comme ça. Il ne le fallait pas. Il voulait que personne ne le voie. Simplement… Disparaître…

Une main sur son épaule.

« Bon, Milo… On va arrêter de jouer à cache-cache. Dis-moi ce qui se passe ».

Camus ! Il ne s'en était pas débarrassé du tout !

« Camus… » dit Milo dans un souffle. Puis il se rendit vraiment compte. « Camus ! »

Milo repoussa violemment son amant et depuis son angle de placard, il se redressa du mieux qu'il put en criant « Sors ! Tout de suite. »

Camus ne broncha pas. Il conservait un calme olympien, vaguement hautain. Milo sentit sa colère monter en lui d'un seul coup.

« Tu ne m'as pas entendu ? Dégage !

- Sinon quoi ? »

Les yeux de Milo prirent une teinte orangée malgré ses larmes, et son ongle s'allongea de nouveau.

« Sinon, je redécore la cuisine avec ton sang. »

Camus haussa un sourcil.

« Tu crois que tu me fais peur ?

- Tu devrais avoir peur. Je suis le grand Milo du Scorpion ! Je ne suis pas n'importe qui ! J'ai tué plein de gens ! Plein ! Tu pourrais être le prochain sur la liste à ce que je sache ! »

Milo allait se perdre dans un rire fou quand une gifle bien sentie du Verseau claqua sur sa joue. Le Scorpion retomba au sol dans sa position initiale, calmé.

Sans que cela calme pour autant ses pleurs.

Camus s'accroupit devant lui.

« Bon… Tu es calme, maintenant ? »

Avec plus de précaution, Camus posa à nouveau sa main sur l'épaule de son compagnon. Cette fois-ci Milo n'eut pas de réaction.

« Je raconte vraiment n'importe quoi, fit ce dernier d'une voix rauque.

- C'est oublié.

- Vraiment ?

- Oui. »

Il y eut un bref moment de silence.

« Milo… Dis-moi ce qu'il se passe. »

Milo était en train de chercher une réponse quand le drame numéro deux se produisit. Camus, dans un élan de réconfort, avait laissé voyager sa main du haut de l'épaule de son amant jusque sur son bras, qui était évidemment complètement poisseux de sang.

« Qu'est-ce que… ? »

Paniqué, Milo tenta de retirer son bras mais Camus, qui n'était pas dupe, et soudain inquiet, avait couru vers l'interrupteur et allumé la lumière. Ce qu'il vit à la clarté de la lampe ne lui plut vraiment pas.

Milo, outre son visage baigné de larmes et ses cernes sous les yeux, qui amplifiaient son air défait, avait une énorme plaie béante sur le bras gauche. Elle avait taché abondamment le carrelage et une bonne partie de son pyjama du côté du bras incriminé. La blessure était très vilaine, et elle ressemblait beaucoup à celles infligées par… par…

« Milo, mais dans quel état tu es ! Explique-toi ! »

Le pauvre Milo se rétrécit encore plus.

« C'est un accident… J'étais perdu dans mes pensées, et… mon ongle a poussé par mégarde, et je… enfin… il s'est planté dans mon bras, et…

- Et tu t'es dit, tiens, et si je ne soignais pas une plaie que je sais être très dangereuse ? Mais tu es inconscient, ma parole ! Il s'agit de ta propre attaque, tu es au courant qu'elle est mortelle, j'espère ?!

- Je n'y avais pas pensé, je…

- Pas pensé ?! Explosa Camus. IMBECILE ! »

Camus avait hurlé, sur le coup de la colère et de la peur. Milo ne broncha pas plus que ça. Honnêtement, il avait l'air assez mal en point, et la fatigue accentuait la pâleur inhabituelle de son visage.

« Camus… » Tenta-t-il tout de même.

Ce dernier l'empoigna fermement dans le but de courir à la salle de bain, où se trouvait la trousse de secours.

« Tu viens avec moi, décréta-t-il. On va soigner ça tout de suite, tu n'aurais jamais dû attendre. »

Il remit Milo sur pied et lui prit le poignet pour le tirer après lui au pas de course.

Il eut le temps de faire deux enjambées quand un autre de ces « Camus… » résonna faiblement derrière lui. Il n'avait pas le temps de céder à des caprices, il fallait panser la blessure au plus vite ! Milo pourrait lui faire toutes les supplications qu'il voudrait ensuite.

« Je crois que je ne peux plus… marcher … »

Cette phrase avait été prononcée sur ton vaseux, ce qui inquiéta le Verseau. Et bien lui en prit : il eut le temps de réceptionner un Milo qui tombait la tête en avant vers le sol, inconscient.

Evidemment. La perte de sang.

Camus gifla pour la deuxième fois de la nuit son amant qui s'était effondré dans ses bras, mais cette fois pour essayer de le ranimer. « Milo ! » appela le Verseau qui était de plus en plus angoissé.

Cependant, si la formation des chevaliers des glaces avait un avantage, c'était bien celui-ci : en cas de crise, Camus gardait la tête froide.

Il allongea son idiot d'amant sur le canapé du salon et alla au pas de course à la salle de bain pour en revenir immédiatement avec sa trousse de secours. Il avait aussi ramené un gant de toilette pour laver le sang qui avait taché les vêtements et la peau du Scorpion.

Camus était méticuleux : il savait exactement où étaient les choses dans la boîte, de sorte qu'il n'eut pas à chercher longtemps pour trouver le rouleau de sparadrap et le désinfectant. Il en aspergea abondamment la blessure avant de laver le reste de la peau avec le gant de toilette. Puis, avec des gestes précis et rapides, il enroula la plaie dans le sparadrap, en plusieurs couches, et serra le tout pour stopper du mieux qu'il pouvait l'hémorragie. Le pansement appliqué, il en profita pour déshabiller son amant et le rhabiller d'un pyjama propre. Il mit tout le linge sale de côté, en vrac sur une chaise non loin ; il jouerait aux femmes de ménage plus tard, le plus urgent restait de ranimer cet imbécile de Milo qui était encore pâle.

Camus jeta un coup d'œil à la cuisine, histoire de faire un état des lieux des dégâts. Rien d'anormal ne semblait s'y être produit. Il aurait le sol à nettoyer près de l'angle du placard, là où Milo s'était avachi. Eventuellement à re-ranger les tiroirs dans lesquels Milo avait fouillé. Cela le rassurait un peu, en un sens – Milo n'avait pas de blessure autre part. Cependant, Camus restait inquiet. Cela ne ressemblait guère à Milo de se faire mal tout seul, et en plus de ne même pas prendre la peine de se soigner. Camus n'aimait pas ça. Si son instinct ne l'avait pas réveillé, Milo aurait pu se vider de son sang sans y faire attention et il serait tombé sur un cadavre peu glorieux au petit déjeuner.

Il frissonna à cette pensée macabre. Les attaques de Milo avaient un effet spectaculaire, il le savait pour s'en être pris en l'affrontant, mais jamais il ne s'y ferait. Même si Milo ne tarderait pas à revenir à lui, tout ce sang lui avait fait un peu peur.

Camus trouva une chaise dans le salon. Il la souleva, la cala sous son bras, et fit quelques pas pour la poser à côté du canapé où il avait allongé Milo. Il la rapprocha du mieux qu'il put de son amant inconscient, et il s'y assit en poussant un soupir. Il tendit son bras vers Milo et prit une de ses mains dans sa main gauche. Il posa ensuite sa main droite sur le front du Scorpion pour sonder son cosmos. Il ne savait pas s'il pourrait analyser grand-chose ainsi, mais c'était toujours une méthode assez pratique pour connaître l'état global d'un individu.

Camus fit le vide en lui pour lier son cosmos avec Milo. Une fois la connexion établie entre eux, il essaya d'évaluer l'état de son amant. Un épuisement conséquent émanait de Milo. Cela ne le surprenait guère – il avait observé que depuis plusieurs semaines, Milo exhibait des signes de fatigue plus souvent que la normale. Aussi, le grec était beaucoup trop enjoué pour que ce soit crédible. Le Verseau avait l'impression que son amant épuisait délibérément son énergie, mais il ne comprenait pas bien pourquoi. Et voilà le résultat. Il ressentit la douleur de l'entaille que Milo avait dans le bras, et il insuffla un peu de son cosmos glacé à cet endroit précis pour anesthésier la blessure. Milo n'était pas profondément évanoui, ce qui le rassurait. Il le sentait reprendre des forces et revenir vers lui de minute en minute.

Camus resta une dizaine de minutes de plus ainsi, à chercher tout ce qui n'allait pas dans le cosmos du Scorpion et à apaiser la douleur dans son bras.

Jusqu'à ce que Milo, les yeux toujours fermés, recommence à parler.

« Camus… »

Le français se sentit submergé à la fois par un sentiment de soulagement et une profonde envie de lever les yeux au ciel. Il avait l'impression d'être plongé dans un feuilleton mélodramatique. Seulement, il trouvait que l'heure avancée de la nuit ne se prêtait pas à ce genre de réflexions. Il opta donc pour le soulagement.

« Milo ! Tu m'entends ?

- Oui » fit le Scorpion.

Ce dernier ouvrit les yeux et son regard se posa sur Camus.

« Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Tu as perdu trop de sang et tu t'es évanoui, résuma froidement son amant.

- Ah.

- Tu te sens de te lever ? »

Il y eut un silence. Milo fronça les sourcils, comme s'il essayait de chercher un sens à la question qui venait de lui être posée.

« Je sais pas. Fatigué.

- Tu peux l'être, vu l'heure qu'il est.

- Je suis désolé de te causer autant d'ennuis. Je voulais pas te réveiller.

- Eh bien, tu aurais dû. Et tu as de la chance que je me sois réveillé par moi-même. Je te laisse cinq minutes sans surveillance et tu trouves le moyen de te vider de ton sang dans la cuisine ! Tu es conscient que c'est dangereux, j'espère ?

- Je sais pas…

- Tu ne sais pas ?! »

Camus tenta de contenir tout signe de colère contre son amant, qui honnêtement ne racontait que des âneries depuis qu'il l'avait surpris à fouiller toute la cuisine dans le noir. Il décida d'opter pour une approche diplomatique.

« Bon, écoute Milo. Tu n'es vraiment pas dans ton état normal. Crois-moi qu'on en reparlera quand tu seras plus alerte. Voilà ce que je te propose. Je te ramène jusqu'à notre lit, et tu vas me faire le plaisir de dormir, parce que tu as l'air d'en avoir rudement besoin. Et moi aussi, d'ailleurs, à force de courir partout pour trouver de quoi te soigner. Passe tes mains autour de mon cou, que je puisse te porter. »

Milo soupira, mais obéit. Une fois dans les bras de Camus, qui le ramenait jusqu'à la chambre, il se permit tout de même une objection.

« Ça ne sert à rien.

- Quoi donc ?

- Tout ça.

- Je te porte, parce que tu ne sais pas si tu peux marcher. Je ne crois pas que ce soit inutile.

- Non, fit Milo lorsque Camus le posa sur le lit. Tu ne comprends pas.

- Mais éclaire-moi, je t'en prie » répondit le onzième gardien, qui s'installait à côté de lui.

Milo s'installa sous les draps à contrecœur et se tourna vers le Verseau.

« Camus… J'arriverai pas à dormir.

- Tu viens de faire un malaise il y a cinq minutes. Dormir doit faire partie de tes compétences. »

Milo sembla hésiter sur la réponse à donner à cette assertion ironique.

« Je ne sais plus si ça en fait encore partie, répondit-il d'un air malheureux.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?

- Ca fait des semaines que je dors pas, alors à toi de me le dire ! »

L'air fâché de Milo fut vite remplacé par une expression accablée, et une larme roula sur sa joue. Camus garda le silence. Il ne savait pas trop comment réagir. Réconforter les autres n'était guère dans sa nature. De plus, même s'il n'était pas très surpris de ce qu'il venait d'entendre, ce que Milo lui avait révélé dépassait ses craintes.

Il attira Milo entre ses bras, qui ne se fit pas prier pour s'y blottir. Le Scorpion pleurait encore, ce que le Verseau trouvait légèrement effrayant. Milo n'exhibait que très rarement ce genre d'émotions. Pour qu'il le fasse… Quelque chose de grave devait se passer.

« Milo… Calme-toi, tout va bien, je suis là. »

Camus hésita. Il devait réfléchir à ce qu'il devait dire. Quand il reprit la parole, il le fit sur un ton bas dans lequel on pouvait décerner, en écoutant bien, une pointe de tendresse.

« Ecoute, Milo… Je comprends que tu sois fatigué. Mais on va trouver une solution. Je ne sais pas comment régler ton problème là, tout de suite. Mais je sais ce qu'on va faire demain : tu vas te reposer comme il faut. Je vais demander une journée au Grand Pope pour que tu puisses reprendre des forces. Une semaine si nécessaire. Et s'il a quelque chose à redire à ça, il aura affaire à moi. Donc, pas d'obligations. Pas de combats ou de parades inutiles devant tout le monde. Tu vas sagement rester dans ton temple, et à défaut de dormir, tu vas au moins faire une pause. Quitte à ce que je t'y force. »

Milo resta silencieux.

« On reparlera calmement de ce qu'il t'arrive demain. Tu sais que tu peux me parler, n'est-ce pas ? Je veux bien que je ne sois pas le plus doué pour les émotions, mais je peux t'écouter quand même. Pour ce qui est de cette nuit, on va faire un marché toi et moi : tu te reposes. Tu évites de te lever en douce pour t'esquinter tout seul. Et tu restes avec moi. Ne t'inquiète pas de savoir si tu seras fatigué demain. Tu vas reposer, et ce n'est pas négociable. C'est un ordre, même. Je m'en fiche que tu dormes ou non, mais tu restes tranquille. Pour le reste, on verra ensuite. »

Camus soupira.

« Bon… Ne t'inquiète pas trop, Milo. Tu es au chaud, dans ton temple, dans mes bras, et tu as le droit d'y rester aussi longtemps que tu le voudras. Je suis là pour veiller sur toi. Ferme les yeux, et concentre-toi là-dessus. Simplement là-dessus. Le confort du matelas, le son de ma voix, ma présence… C'est tout. Ne pense à rien d'autre. »

Au son des paroles de Camus, Milo sembla s'être calmé considérablement. Il avait fermé les yeux et ses larmes ne coulaient plus. Dans le silence qui suivit, on n'entendit plus que les deux respirations calmes du Scorpion et du Verseau.

« Merci », souffla simplement Milo après ce moment de silence confortable.

Camus lui vola un baiser léger sur les lèvres en guise de réponse.

Il eut comme récompense de voir Milo faire le premier sourire doux et sincère depuis le début de la nuit.

Camus pouvait être surprenant, quand il le voulait, se dit Milo. Le Verseau prenait rarement l'initiative quand il s'agissait de donner des preuves d'affection. En revanche, il n'était pas surpris du ton sans appel qu'il avait pris avec lui et de cet « ordre de repos » qu'il lui avait asséné alors qu'il n'était en aucun cas son supérieur. Mais Milo s'en fichait bien. Pour une fois qu'il avait envie de suivre un ordre. Et que c'était un ordre raisonnable.

« Tu m'as fait peur, Milo » lui avoua Camus.

Milo rouvrit les yeux pour contempler son amant d'un air stupéfait. Camus qui s'abaisse à lui avouer ce genre de choses ? Soit il était en train de s'adoucir avec le temps, soit… il devait vraiment avoir l'air pitoyable. Génial. Cela ne l'empêcha pas de resserrer encore un peu leur étreinte.

« J'ai vraiment l'air si mal en point ?

- Oui, » lui asséna Camus sans aucune pitié pour son amour-propre.

Le français le surveillait néanmoins toujours comme du lait sur le feu. Milo poussa un soupir de défaite.

« Je ne suis pas aussi bon acteur que je me laissais croire.

- Tu n'as pas besoin de jouer un rôle avec moi, Milo. Malgré tout, je salue ton endurance. Tu dépenses beaucoup trop d'énergie pour le peu que tu sembles dormir la nuit.

- Tu te doutais que… ?

- Non, je ne savais pas que c'était sérieux à ce point-là. Si je l'avais su… Je serais intervenu plus tôt. Mais je me doutais que quelque chose clochait. Tu donnais bien trop l'impression d'être heureux pour être honnête.

- Tu me vois sourire et tu t'inquiètes, toi ?

- Il faut bien qu'il y ait une personne sur cette planète qui te connaisse vraiment, non, Milo ? »

L'expression du Scorpion se teinta de mélancolie. Ce que Camus repéra tout de suite.

« Milo, ne pense plus à tout ça. Je te l'ai dit, tu dois te reposer. Essayer de dormir. Je ne sais pas ce qui occupe tes pensées à ce point, mais pour l'heure, il s'agit de s'occuper de ta santé. Ton cosmos est encore affaibli. Qu'est-ce que tu dis de ça ? Je reste près de toi et je monte la garde jusqu'à ce que tu t'endormes.

- Camus… Je ne veux pas que tu te prives de sommeil pour moi.

- Je ne me prive pas de sommeil, je m'occupe de toi. Et pour le moment, c'est la chose la plus importante à laquelle je puisse m'occuper. Alors ?

- Alors, rien… Je sais bien que ce serait inutile d'essayer de te faire changer d'avis.

- Tu comprends vite, mon Milo. »

Le huitième gardien sourit à l'utilisation du possessif.

« Tu es bien installé, là ? s'assura le Verseau.

- Oui, fit Milo. Merci, Camus.

- Ferme les yeux. Ne t'inquiète plus de rien. Tu es en sécurité ici. Tu as tout le temps que tu veux devant toi. Et je suis là pour toi. »

Milo obéit et ferma les yeux. Il se sentait à bout de force, comme à l'issue d'un combat. Même s'il était ici dans un combat contre lui-même. Mais il ne voulait plus lutter. Une torpeur agréable s'empara de son corps et au même moment, il sentit le cosmos de Camus, rayonnant, qu'il lui envoyait pour l'apaiser. Puis rapidement, il sombra dans les bras de Morphée, tant il avait été à bout dernièrement.

Camus, quant à lui, réprima un soupir de soulagement quand il sentit que Milo était bel et bien endormi.

Demain à la première heure, il irait voir Shion pour lui demander une semaine de repos pour qu'il puisse s'occuper de Milo. Il savait qu'aucune affaire pressante n'accaparait le Sanctuaire en ce moment et qu'il pouvait aisément se passer pour une semaine de deux de leurs gardes dorés. Quand bien même, en cas de problème, il lui resterait dix chevaliers d'ors armés jusqu'aux dents à envoyer sur des missions ou garder le domaine.

Camus prit garde à se caler confortablement contre son bel amant endormi. Il ne voulait en aucun cas perturber son repos, mais il tenait aussi à l'avoir près de lui. C'était à la fois pour que Milo ait une présence dans son sommeil, mais aussi, il se l'avouait moins, pour être sûr qu'il reste près de lui.

Et c'est ainsi que Camus sombra lui aussi dans le sommeil. Un sommeil plus léger néanmoins, et à l'affut de la moindre perturbation venant du Scorpion.