Note de l'auteur: Voici le deuxième chapitre de cette fanfiction. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont pu me lire et qui reviennent pour ce chapitre. J'espère sincèrement que la suite de l'histoire vous plaira. Merci particulièrement à toutes les personnes qui ont pris le temps de laisser une review, cela m'encourage beaucoup.
Warning: Je le répète par sûreté, c'est une fanfiction à thème psychologique, et certaines descriptions de l'état mental de mes personnages sont potentiellement sensibles, et dans ce chapitre, particulièrement, les angoisses. Alors, restez safe.
Et sur ce, je vous souhaite bonne lecture, en espérant que ce chapitre vous plaira.
Chapitre 2 - Interrogatoire et réminiscences
Milo ouvrit les yeux avec difficulté. Et un sacré mal de crâne. Il devait encore s'être pris une sacrée cuite, avec Aiolia. Franchement, il ne toucherait plus jamais à cette saleté d'ouzo. Combien de verres il avait pu s'enfiler ? Pour être honnête, il ne se souvenait même pas être sorti faire la fête avec Aiolia. Ah oui, quand même. C'était pas des verres, qu'il avait dû s'enfiler, mais plusieurs caisses remplies de bouteilles.
Camus allait encore lui passer un savon. Il détestait qu'il se mette minable à ce point. D'ailleurs, c'était bizarre qu'il ne l'ait pas réveillé lui-même. Et en tournant la tête sur le côté, Milo constata que les rayons du soleil qui perçaient à travers la fenêtre de la chambre correspondaient à une heure avancée de l'après-midi.
Milo fut pris de stupeur face à ce constat. Et merde ! Il était attendu à l'entrainement, cet après-midi, jamais il n'y serait à l'heure ! Et il avait promis à Deathmask de l'affronter en combat amical. Non seulement Camus devait être en colère, mais en plus Deathmask ne supporterait pas de se retrouver comme un idiot au milieu des arènes. Il s'était mis deux chevaliers d'or à dos avec son manque de sérieux. La prochaine fois qu'il croiserait Aiolia, il lui dirait qu'il faudrait calmer un peu l'alcool pendant les sorties, parce que ça devenait ingérable. Et Camus avait dû choisir de ne pas le réveiller pour qu'il prenne conscience son manque de responsabilité.
Face à ces considérations angoissantes, Milo entreprit de se lever rapidement du lit pour rattraper son retard et minimiser les dégâts, quand, d'un seul coup, il ressentit une douleur aiguë dans le bras sur lequel il s'était appuyé pour se redresser. Il poussa un cri.
« Aïe ! »
Son bras gauche. Il baissa son regard dessus. Il était effectivement pansé méticuleusement d'une quantité non négligeable de sparadrap.
Oh non. Ce n'était pas une cuite avec Aiolia qu'il s'était pris. C'était dix fois pire.
Le souvenir de sa mésaventure nocturne lui revint d'un coup. Comment une telle chose avait-elle pu lui échapper ?
Camus. Il fallait qu'il trouve Camus. Milo mit pied à terre, mais à cause de son épuisement, ses membres étaient peu alertes : il manqua de trébucher en se levant et se réceptionna contre le mur, alors qu'il avait voulu marcher en ligne droite vers la porte.
Ledit Camus n'était en fait pas bien loin. Il était en train de lire un énorme pavé dans le canapé du salon, (canapé qui avait vu de près le drame de la nuit précédente), lorsqu'il avait entendu Milo pousser un cri. Il s'était alors rué vers la chambre pour vérifier l'état de son arachnide. En ouvrant la porte, il tomba sur un Milo qui venait de s'accrocher au mur, à défaut de marcher droit.
« Milo ! Ça va ? »
Milo eut envie de se prendre la tête entre les mains tellement il se sentait gêné d'être pris dans cette position de faiblesse qui ne seyait point à la glorieuse chevalerie d'Athéna. Il fit de son mieux pour ne pas le montrer.
« Ça va, ça va » répondit-il, avec une pointe d'agacement envers lui-même.
« Quelle heure il est ? demanda-t-il ensuite.
-Environ dix-sept heures, l'informa platement le Verseau.
-Dix-sept heures ?! » cria le Scorpion, paniqué.
Milo se repoussa violemment du mur, et se rua en avant dans l'espoir de sortir le plus vite possible. Son pas de course un peu hasardeux finit par être stoppé par un deuxième croche-patte involontaire. Cette fois-ci, ce fut Camus qui le réceptionna avant qu'il ne tombe au sol de tout son long.
« Où est-ce que tu crois aller ?
-Les arènes ! Je dois… Deathmask, il va me tuer, j'ai promis…
-Et tu crois que tu vas faire un opposant qualifié, avec tes jambes qui ne marchent pas ? lui demanda Camus sur un ton amusé.
-Dis, Camus, je ne te permets pas, fit le Scorpion, vexé. J'ai des choses à faire et je suis sacrément en retard alors si tu voulais bien… »
Milo tenta de se dégager.
« Camus, mais laisse-moi passer, tu vois bien que j'ai des soucis à régler !
-Déjà Milo, tu vas me faire le plaisir de te calmer. Et ensuite, tu n'as aucun problème à régler.
-Mais si, tu m'as pas entendu ou quoi ? Deathmask va me trucider, parce que je devais faire un entrainement avec lui ! Et je suis tellement con que bien sûr, pas fichu de me lever à l'heure ! Alors si tu tiens à ce que je reste en vie, laisse-moi aller m'excuser, au moins.
-Tu es vraiment têtu, Milo. Tu peux m'écouter quand je te parle ? Je te dis qu'il n'y a aucun problème ! »
Milo expira un grand coup pour se calmer et plus posément, il demanda :
« Comment ça, il n'y a pas de problème ?
-J'ai parlé au Pope de la situation, et il a accepté passer le mot à tout le monde que tu serais au repos. Je suis absolument certain que Deathmask a été averti. Il a veillé à ce que tes tâches d'aujourd'hui soient reprises par d'autres chevaliers. »
Milo était stupéfait.
« Tu as fait ça ? Quand ?
-Ce matin, tôt.
-Je pensais pas que tu le ferais vraiment…
-Ta confiance en moi me touche.
-C'est pas ce que je voulais dire ! C'est juste que… T'aurais pas dû te donner tout ce mal.
-Et pourquoi ça, Milo du Scorpion ? Donne-moi une seule raison valable. »
Milo n'en trouva pas, et il y eut un silence.
Camus en profita pour ajouter :
« Shion nous a accordé à tous les deux une semaine de repos. »
Milo écarquilla les yeux et éclata d'un rire tonitruant. Mais voyant que Camus avait l'air sérieux, il s'arrêta aussi sec.
« Attends, c'est sérieux ? Mais comment tu as fait ?
-J'ai simplement expliqué que tu étais tellement épuisé que tu t'étais infligé ta propre attaque sans le faire exprès, et que j'avais trouvé cela assez dangereux. Alors, il m'a donné une semaine pour que je puisse m'occuper de toi, et que ça ne se reproduise pas. »
Honnêtement, le Scorpion n'en revenait toujours pas.
« Je ne comprends toujours pas comment tu as fait pour qu'il nous donne une semaine. Et à nous deux, en plus !
-Disons que… lire tous ces pavés de rhétorique n'a pas été si inutile que ça.
Milo eut droit à un sourire franc – et rare – de la part d'un Camus qui avait l'air assez fier de lui. Il lui sauta au cou et l'étreignit avec force.
« Oh merci, Camus, tu es vraiment le meilleur !
-Je sais, » répondit le Verseau, que la modestie n'étouffait pas.
Milo n'aurait pu s'en formaliser.
Le français se dégagea doucement de l'étreinte, mais il garda sa prise sur Milo pour éviter qu'il ne vacille de nouveau.
« J'ai vraiment dormi longtemps, constata le grec.
-Tu semblais en avoir sacrément besoin… Mais tu dois avoir faim. En plus, avec tout le sang que tu as perdu cette nuit, ça ne te ferait pas de mal de manger un peu.
-Pourquoi pas, » lui concéda le Scorpion.
Camus guida Milo hors de la chambre jusque vers le salon, où il le laissa s'affaler sur le fameux canapé. Milo préférait largement être assis, pour le moment. Il se sentait essoré, à cause de tous ces évènements.
« Attends-moi, je reviens avec de quoi nous faire un goûter. »
Camus tourna les talons pour se rendre dans la cuisine. Milo en profita pour s'installer à sa guise dans le canapé. Il remarqua l'énorme livre que son amant était en train de lire. Il eut un sourire amusé. Comment Camus faisait-il pour lire des choses pareilles ? Il était incorrigible. Ce truc-là avait la même taille qu'une encyclopédie. Remarque, cela ne le surprendrait même pas que c'en soit une.
Milo n'eut à attendre que quelques minutes avant que Camus ne revienne de la cuisine avec un plateau. Il y avait disposé deux tasses fumantes et une armée de gâteaux divers. Cela allait certainement plaire au Scorpion.
Et Camus avait bien raison. Lorsqu'il posa le plateau sur la table basse, le grec lui fit un sourire éclatant. On dira ce qu'on voudra, Milo reste quand même un grand gamin, se dit Camus.
« Cette tasse est pour toi, lui indiqua-t-il. Je t'ai fait un chocolat chaud. Et sinon, tu peux manger ce que tu veux. J'espère que ce sera suffisant.
-Oh merci Camus ! s'exclama Milo, ravi de tout ce que le Verseau faisait pour lui. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
-C'est à se demander, » le taquina son amant, un sourire en coin.
Milo lui rendit son sourire et il décida d'entamer son chocolat chaud. Camus, quant à lui, s'était préparé un thé. Evidemment, le chocolat était excellent, et réconfortant. Pile ce qu'il fallait à un Scorpion qui avait besoin de reprendre du poil de la bête.
Quelques minutes passèrent dans un silence apaisant. Milo se régalait de gâteaux et de chocolat, et Camus l'observait avec attention en sirotant son thé. Mine de rien, Camus était toujours inquiet, mais il avait prévu de laisser un moment de calme à Milo avant que de le questionner sur les évènements de la veille. Le Verseau s'était levé tôt et il avait eu le temps de réfléchir à ce qu'il s'était passé, sans que cela ne le rassure beaucoup plus. Même avec du recul, il trouvait la mésaventure de la nuit précédente effrayante, et il espérait bien pouvoir avoir des réponses de la part de Milo. Jusque-là, le Scorpion avait retrouvé un comportement habituel. Seules les restes de cernes et la fatigue dans ses yeux trahissaient ce qui lui était arrivé. Mais à part ça… Milo donnait l'illusion d'être en parfaite santé, se dit Camus en frémissant intérieurement.
Milo, quant à lui, voyait bien que Camus le surveillait du coin de l'œil. Il pourrait essayer de le duper avec toutes les friandises du monde, ça ne marcherait pas. Il était touché que son amant s'inquiète pour lui, mais il redoutait les questions qu'il risquait de lui poser. Il savait que Camus n'en aimerait pas les réponses. Et la dernière chose qu'il voulait était de se fâcher avec son amant en plus du reste.
Quand Milo eut fini son chocolat et mangé correctement, Camus se leva et posa sa tasse vide sur le plateau avant de le remporter vers la cuisine. Milo savait très bien ce qui allait se passer ensuite : le Verseau allait gentiment le cuisiner pour comprendre ce qu'il s'était passé. Oh, comme il n'avait pas envie de s'expliquer. Il avait le sentiment que ce qui lui arrivait, de toute manière, n'était pas explicable.
Il avait très envie de fuir, mais il savait qu'il n'aurait pas la paix tant qu'il n'aurait pas parlé avec Camus. Il se surprit à se dire qu'il aurait vraiment aimé rester endormi, s'il avait pu.
Quand Camus revint, il s'assit près de lui sur le canapé. Milo avait à la fois envie de se blottir dans les bras de Camus, et de fuir son regard bleu marine inquisiteur.
La première question ne tarda pas à être posée.
« Comment tu te sens ? »
Milo dut avouer qu'il ne s'attendait pas à ce que ce soit celle-là qui fût posée en premier, et surtout pas sur ce ton à la fois doux et inquiet. Camus devait vraiment se sentir touché par la situation pour laisser poindre ses émotions dans sa voix.
« Ça va, répondit sommairement Milo.
-Tu me dis la vérité ? »
Camus se faisait presque suppliant, maintenant. Milo avait vraiment dû l'inquiéter. Cela n'allait pas être facile à gérer. Milo décida d'accéder à la requête.
« D'accord, capitula-t-il en évitant le regard de son vis-à-vis. Pour être honnête, j'ai l'impression qu'un train m'est passé dessus. Ou plusieurs trains, même. »
Camus sembla satisfait de la réponse, même s'il n'était pas heureux de l'entendre.
« Tu as l'air d'avoir épuisé tes réserves d'énergie dernièrement. C'est vrai que tu ne dors pas du tout ? »
Milo hésita.
« Je dors… mal. Enfin… Je ne trouve pas le sommeil, plutôt. Je finis par m'endormir, mais jamais pour très longtemps. Et après tu dois me réveiller, parce que j'ai des choses à faire en journée. C'est comme ça. »
Camus fronça les sourcils.
« Depuis combien de temps est-ce que c'est comme ça ?
-Je sais pas, répondit Milo. Plusieurs semaines. Plus d'un mois, peut-être. Je n'ai pas bien la notion du temps. Trop longtemps, surtout. »
Camus garda le silence. Il devait ingérer les informations, et surtout faire fi de cette pointe de tristesse dans la voix de Milo qu'il n'aimait pas du tout. Mais il devait savoir ce qu'il se passait. Milo ne pouvait certainement pas rester dans cet état. Qu'est-ce que Camus deviendrait si Milo perdait sa malice et son humour habituel ? Il n'osait y penser.
« Milo, dit-il sur un ton uni. Je me doute que tu ne dois pas en avoir envie, mais il faut que tu m'expliques ce qu'il s'est passé cette nuit. Je ne te jugerai pas. »
Milo garda le silence et déglutit péniblement. C'était certain, il n'avait pas envie d'en parler. Ou plutôt, il craignait d'en parler. Mettre les mots sur les choses… ça les rendait réelles. Et Milo n'avait pas envie de ça.
« Cette nuit… c'était un accident, c'est tout.
-Pardon de te dire ça, Milo… mais de mon point de vue, tout ça n'avait guère l'air accidentel.
-J'avais pas prévu de m'infliger ma propre attaque, c'est arrivé malgré moi. Je n'ai pas voulu que ça arrive. A la base, je voulais juste prendre un verre d'eau, comme je t'ai dit. »
Il y eut un silence.
« Admettons que ta blessure soit accidentelle… Pourquoi n'as-tu pas fait tout de suite le nécessaire pour te soigner ? Tu le sais pourtant mieux que quiconque, que ton attaque provoque des hémorragies abondantes. Pourquoi te mettre en danger comme ça ?
-Quand je m'en suis aperçu, j'ai immédiatement cherché de quoi colmater ma plaie. J'ai fouillé partout dans les tiroirs de la cuisine pour trouver quelque chose. Je suis pas fou !
-C'est donc ça que tu faisais quand je t'ai trouvé, n'est-ce pas ?
-Oui. »
Jusque-là, le récit de Milo se tenait à peu près. Camus ne comprenait pas comment on pouvait s'infliger sa propre attaque accidentellement, mais il voulait bien agréer au récit de Milo s'il tenait la route.
« Mais pourquoi tu ne m'as pas dit que tu cherchais un pansement, au lieu de me dire que tu cherchais un verre d'eau ? Je t'aurais aidé à trouver quelque chose. En plus, je sais précisément où je mets les affaires dans la trousse de secours. Tu peux d'ailleurs m'en remercier, parce que… je n'ose imaginer l'état dans lequel tu serais si j'étais intervenu plus tard.
-Je me sentais idiot. Idiot de m'être fait ça tout seul. Et puis… Je voulais pas t'inquiéter.
-Eh bien bravo, tu as réussi, ironisa Camus. Tu as de la chance que j'aie trouvé ton comportement suffisamment suspect pour vérifier que tout allait bien.
-Je suis désolé, Camus, s'amenda le Scorpion, honteux. Ce n'était pas mon intention.
-Milo… réfléchit à voix haute le Verseau. Si tu voulais vraiment remédier au problème… Comment se fait-il que je t'aie retrouvé par terre, en larmes, et le bras en sang ? »
Milo avait l'estomac complètement noué par cet interrogatoire. Il commençait à regretter d'avoir avalé quoi que ce soit avant de se livrer à cet exercice d'aveux pénibles. Il ne savait pas quoi répondre à Camus. Rien qui fasse sens. Pour lui, ou pour Camus.
« J'en sais rien, articula-t-il.
-Comment ça, tu n'en sais rien, fit Camus en fronçant les sourcils.
-Je savais plus quoi faire, lui avoua Milo d'un ton las. J'avais trop de choses en tête. Il fallait que je soigne ma blessure, mais le temps qu'on discute, elle avait déjà eu le temps de tout tâcher… Et j'ai trouvé ça inutile, sur le coup. J'étais fatigué, et… J'avais plus envie de penser à rien. »
Constat que Camus, une fois de plus, ne trouva guère rassurant. Que Milo se sente trop fatigué pour en oublier une blessure très dangereuse…
Il lui demanda sur le ton le plus neutre possible :
« Quelles choses avais-tu en tête ? Est-ce que ce sont les mêmes que celles qui retiennent ton sommeil ?
-Oui, » prononça Milo d'une voix un peu rauque. Parler lui coûtait.
L'expression de Milo était hantée, maintenant. Camus en vint à se demander s'il était raisonnable de trop solliciter Milo, qui malgré tout, avait l'air encore fatigué, malgré ses longues heures de sommeil. Mais il savait qu'il devait aussi en apprendre plus pour l'aider vraiment. Si toutefois il en était capable. Car c'était la question qu'il était en train de commencer à se poser.
« Milo… Est-ce que ce sont les mêmes pensées ont causé cette blessure que tu as au bras ? »
Le Scorpion hocha affirmativement de la tête.
« Tu es sûr que tu ne t'es pas fait cette blessure intentionnellement ? »
Nouvel hochement de tête, négatif, cette fois.
« Donc… j'en déduis que c'est ton état d'esprit qui t'a mené à agir de cette manière ? »
Milo ferma les yeux. Et il prit une grande inspiration.
« Il y a tous ces souvenirs, commença Milo, les paupières closes et les sourcils froncés. J'ai du mal à m'en débarrasser. Ils tournent dans ma tête en permanence. Encore… Et encore… Mon entraînement. Toutes ces nuits passées seul au Sanctuaire pendant que tu étais en Sibérie. Ou alors ces nuits à combattre le poison que mon maître me mettait dans les veines. La brûlure et le désespoir que je ressentais quand je ne voyais pas l'aube arriver. Je ne voulais même pas la voir, en fait, l'aube, parce que tout allait recommencer. Et puis, il y a eu le faux grand Pope. Il m'a fait tuer des dizaines et des dizaines de gens. Il y avait des femmes, des enfants… Cette petite fille, celle qui n'a pas fui devant moi. Qui a vu le monstre que je cachais. Et les fuyards à mettre à mort. Ils couraient tous sous une pluie d'aiguilles rouges. Et moi j'en riais à l'époque. J'étais fou. J'en redemandais presque, pour chasser l'ennui. Ensuite, ces gamins qui sont arrivés au sanctuaire. Ils m'ont fait comprendre que j'avais tué tous ces gens pour rien, et que rien ne justifiait mes actes. Tout ce sang, et c'est moi qui l'avais fait couler. C'était ma faute et uniquement la mienne ! J'ai l'impression qu'il tâche tout, parfois, ce sang. Mes mains, mes vêtements, et même nos draps. Et puis ta mort. Quand je t'ai retrouvé gisant dans la glace de ton temple. Tu étais tout froid, tout immobile, et tout était blanc… Et ensuite, de nouvelles nuits à essayer de… D'oublier ton visage… Tout était sombre… Et je… Je… J'arrive pas à, à… »
Milo se rendit compte qu'il avait l'impression d'étouffer. Il s'était perdu dans son récit et dans des souvenirs terribles. Il revit le visage de Camus tel qu'il avait été ce jour maudit, de telle sorte qu'il en oublia la présence de son amant réel, en face de lui, qui l'écoutait. Il rouvrit les yeux et se rendit compte qu'il voyait flou. Il n'arrivait pas à faire partir cette horrible image de sa tête, maintenant qu'il en avait parlé. Il ne savait plus si Camus était encore là, ou s'il s'était imaginé qu'il avait été là et que tout ça n'avait été qu'un beau rêve. Si ça se trouvait, il était en train d'halluciner tout seul dans son temple. Il devenait fou, définitivement. Il avait imaginé la résurrection de Camus, c'était obligé. Il s'inventait ces chimères heureuses pour ne pas sombrer. Tout n'était qu'illusion. Il était tombé bien bas.
Camus regretta d'avoir fait parler Milo quand il le vit prendre des respirations de plus en plus hésitantes et commencer à trembler. Il se rapprocha instinctivement de lui pour lui saisir la main. Milo avait le regard fixe et vague, et il ne respirait à présent plus qu'en saccades. Le Verseau comprit immédiatement ce qu'il se passait son amant était en train d'être submergé par la panique, et il fallait l'en faire sortir. Camus prit un Milo qui pleurait de nouveau par les épaules et il appela son nom, inquiet.
Milo, au milieu de ses pensées noires, entendit la voix lointaine de Camus qui disait son nom. Il se sentait très mal, et il avait toujours le sentiment de s'étouffer, mais il choisit de se concentrer dessus. Il voulut focaliser son regard embué de larmes sur la silhouette de son amant qui était devant lui et qui essayait de lui parler.
« Respire, Milo » lui disait le Verseau.
Milo tenta de prendre une grande goulée d'air, mais n'y parvint pas.
« Oui, Milo. Essaye encore. » La voix de Camus lui semblait assourdie par tout ce qu'il ressentait, mais il voulait s'y raccrocher. Il voulait y croire.
Le Scorpion fit une nouvelle tentative, et cette fois, il sentit l'air emplir ses poumons.
« C'est ça. C'est bien Milo. Continue. De grandes respirations profondes. »
Petit à petit, Milo parvint à stabiliser sa respiration. Il sentit les tremblements qui l'avaient pris diminuer, et il se rendit compte à présent qu'il avait pleuré sans en avoir conscience. Camus le tenait toujours par les épaules et lui accordait son entière attention. Il continuait de lui parler calmement.
« Tout va bien, Milo. Je suis là. Tu es en sécurité, tu es dans ton temple, avec moi. Il fait soleil dehors, et tout le monde va bien. Je suis là, et je ne vais nulle part… »
Camus le rassura doucement pendant quelques minutes, jusqu'à ce que Milo retrouve définitivement son calme. Lorsque le français constata que son vis-à-vis avait l'air d'être sorti de sa panique, il lui demanda, avec précaution :
« Tu te sens mieux ?
-Oui, » parvint à prononcer Milo.
Il y eut un silence.
« Qu'est-ce qui m'est arrivé ? S'inquiéta ensuite le Scorpion.
-Tu as fait une crise d'angoisse. Mais tout va bien, Milo. C'est quelque chose de normal. Tu n'es pas en danger. »
Milo ne sembla pas vraiment satisfait par cette explication, mais il ne la commenta pas.
« Je suis désolé, déclara-t-il.
-De quoi donc ? lui demanda le Verseau surpris.
-Je voulais pas t'inquiéter, explicita Milo.
-Ne t'excuse pas, Milo, fit un Camus un peu las. Tu en ferais autant si nos rôles étaient inversés. »
C'était une affirmation, et non pas une question. Camus savait parfaitement qu'il aurait le soutien entier et infaillible du Scorpion si une telle chose devait lui arriver.
Milo, en effet, ne contesta pas cet état de fait.
Camus attira Milo d'un seul coup dans ses bras et l'étreignit de toutes ses forces. Milo lui en faisait vraiment voir de toutes les couleurs, ces temps-ci.
« C'est moi qui suis désolé, Milo, soupira Camus. Je n'aurais pas dû te pousser à bout.
-Mais j'ai choisi d'en parler, Camus, le rassura le Scorpion. Je suis le seul responsable. »
Cela n'empêcherait pas le Verseau de se sentir quand même un peu coupable.
« Est-ce que je peux te demander une chose ?
-Tout ce que tu veux.
-La prochaine fois que tu te sens accablé par de telles pensées, ne reste pas dans ton coin, plaida Camus. Viens me voir. Ou va voir qui bon te semble. Tu peux en parler à qui tu veux, ça n'a pas d'importance pour moi. Mais s'il te plait… Ne continue pas comme ça. Je ne suis pas sûr de pouvoir régler ton problème à moi tout seul, ou même comprendre tout ce que tu as à dire, mais je pourrai t'écouter.
-D'accord, Camus. La prochaine fois, au lieu de m'attaquer moi-même, je t'en parlerai, agréa Milo sur un ton ironique, avant de reprendre son sérieux. Merci, Camus. De t'inquiéter et d'essayer de m'aider. Tu es la personne la plus merveilleuse que je connaisse. »
Et pour appuyer ses dires, Milo se dégagea légèrement de l'étreinte et posa ses lèvres sur celles de son amant. Camus lui rendit le baiser d'abord délicatement, puis avec un peu plus de fougue. Ils s'embrassèrent comme ça quelques minutes, savourant le calme retrouvé. La tristesse au fond des yeux de Milo s'était maintenant résorbée. En fait, il se sentait soulagé. D'avoir pu parler et de ne pas s'être fait jeter par Camus. Camus qui avait été parfait de bout en bout et qui l'avait écouté sans le forcer à parler pour autant.
Le Verseau, pour sa part, s'était fait un peu peur, et il se jura de veiller avec plus d'attention sur son bel amant. Il était soulagé que Milo se soit reposé et qu'il ait accepté de lui parler. Il ne supporterait pas de le perdre, et c'est bien cette peur qui l'avait étreint quand il avait découvert Milo affligé de sa propre attaque la nuit précédente. Il allait bien s'occuper du Scorpion cette semaine. Il se donna pour mission de faire en sorte à ce que Milo reprenne un rythme de sommeil normal. Il savait qu'une semaine ne suffirait probablement pas à régler complètement la question au regard de ce que lui avait dit son amant, mais il comptait essayer de soutenir le Scorpion jusqu'à ce que le problème finisse par s'estomper. Il savait bien que Milo avait des horreurs dans son passé, et que peu pourraient le comprendre. Milo en était conscient lui-même. C'était le lot de beaucoup de chevaliers. Tous avaient plus ou moins souffert de leur condition, que ce soit par leurs entraînements, leurs affrontements ou des pertes d'êtres chers, tant l'espérance de vie au Sanctuaire pouvait s'avérer courte. Mais il savait qu'ils pourraient s'épauler tous les deux et que petit à petit, ils s'adapteraient à cette vie plus calme et plus paisible qui ne leur était pas familière.
Milo le sortit de ses pensées pour lui accorder un autre baiser léger.
« Je t'aime » lui souffla-t-il simplement.
Touché plus qu'il ne se l'avouait par ce genre de confessions, Camus l'embrassa sur le nez en retour.
« Je t'aime aussi, Milo » déclara-t-il dans un élan de sincérité amoureuse. Milo lui adressa un sourire rayonnant – que Camus verbalise ce genre de choses était une rareté qu'il savait apprécier à sa juste valeur. Camus était tellement content de revoir Milo sourire après toutes ces émotions qu'il lui rendit lui-même un de ses sourires les plus solaires – quoi ? Il en était capable, il ne fallait pas croire !
Le regard tendre de Milo se teinta soudain de malice. Le Scorpion raffermit d'un seul coup la prise qu'il avait sur Camus pour le faire vaciller en arrière et le faire tomber sur le canapé. Milo se cala à califourchon sur les hanches de son amant, et se pencha vers lui avec un sourire tendancieux. Et lorsque sans surprise il l'embrassa avec une telle passion que le Verseau faillit en oublier son propre nom, Camus eut la certitude que cette fois, il avait bel et bien retrouvé son Milo.
