Note de l'auteur: Bonjour/Bonsoir tout le monde! C'est avec pas mal d'appréhension que je poste ce chapitre. Il justifie complètement le rating M de l'histoire. Là, on va plonger bien dans l'angst total, et je préviens en avance qu'il y a un essai de yaoi, qui est un peu explicite. Le chapitre est assez intense émotionnellement, et on arrive sur des choses psychologiques vraiment sombres, donc je me permets de vous avertir une dernière fois avant que vous ne me lisiez. Je considère que ce sera le dernier warning que je ferai sur le sujet parce qu'à présent vous savez que mon histoire se base beaucoup sur la psyché de mes personnages. Voilà, j'espère que malgré ça, ça vous plaira quand même.
Je tiens encore à remercier toutes les personnes qui me lisent et qui reviennent pour ce chapitre. Et spécialement toutes les personnes qui laissent des reviews. Vous êtes géniaux!
J'espère que cette entrée en matière ne vous aura pas pour autant découragé, et je vous souhaite une bonne lecture.
Chapitre 4 - Frayeur
Durant la demi-heure qui avait suivi, Camus avait entrepris de ranger la pièce pour se vider la tête. Il avait ramassé la chaise que Milo avait cassée en petits morceaux et il l'avait mise à la poubelle. Il en rachèterait une autre. Il avait débarrassé la table, puis fait la vaisselle. Lorsque tout était enfin propre et rangé, et que l'entièreté la pièce était en ordre, Camus eut un moment d'hésitation réflexive. Milo n'avait pas reparu de la chambre depuis qu'il s'y était retranché dans sa colère. En général, son compagnon n'était jamais bien énervé contre lui très longtemps. Camus était habitué à le voir revenir, un sourire charmeur aux lèvres, pour lui présenter des excuses sincères. Mais aujourd'hui, rien. Camus avait-il froissé Milo à ce point-là ? En même temps, il avait mis une chaise hors d'état de nuire, se dit Camus. Milo avait beau être impulsif, il était rarement si destructeur. Camus leva la tête et son regard tomba sur les trois encoches sur le mur que le grec avait laissées. Il savait que Milo n'aurait pas osé l'attaquer, mais tout de même. Il trouvait étrange que son amant se soit emporté du fait des malheureuses paroles de son disciple. Il n'aurait pas dû laisser échapper ces mots sur l'état de Milo devant tout le monde, il n'en était pas fier. Mais il avait été décontenancé par la réaction volcanique et soudaine du Scorpion. Oui, il fallait certainement qu'il s'excuse. Peut-être cela ramènerait-il le huitième gardien à la raison. Camus s'excusait rarement. Il trouvait ces mots futiles, sans preuve de bonne volonté réelle, mais il savait que certains avaient besoin d'entendre ces paroles. Pour Milo, il ferait un effort.
Camus se dirigea alors résolument vers la porte de la chambre qui avait claqué plus tôt. Il colla son oreille contre elle, avec un peu d'appréhension. Il sentait bien le cosmos de Milo, à l'intérieur, mais il n'entendait aucun son. Aucune autre explosion n'avait résonné dans le temple durant la demi-heure qu'ils avaient passé séparés, et Camus estimait que c'était un bon début. Mais il se demandait bien ce que Milo pouvait fabriquer en silence dans la chambre. Il n'aimait guère lire, et il ne l'entendait pas bouger du tout. Bizarre, pour un être aussi remuant que Milo.
Camus décida de faire connaître sa présence avant d'entrer. Il avait très envie d'utiliser ses techniques d'espion sur Milo, mais par intégrité personnelle, il ne le fit pas. Le Scorpion n'apprécierait certainement pas ce genre de comportement en plus du reste.
Il toqua à la porte. Pas de réponse. « Milo ? » appela-t-il. Le silence régnait toujours. Milo était-il vraiment si fâché que ça ?
Camus entrebâilla la porte et passa la tête à l'intérieur de la pièce. Il chercha du regard son compagnon qui était assis en silence sur le lit, la tête basse. Ses cheveux longs formaient un rideau devant son visage. Le maître des glaces ne pouvait pas distinguer son expression de là où il était. Milo ne fit aucun mouvement qui attestait qu'il avait entendu Camus rentrer. Le Verseau prit cela comme un bon signe. Milo aurait déjà pu l'envoyer bouler, mais il ne l'avait pas fait.
Camus s'approcha de Milo d'un pas hésitant.
« Ecoute, Milo… essaya-t-il. Je voulais m'excuser pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû trop parler. Je comprends que tu te sois fâché et… et… »
En arrivant à hauteur de Milo, Camus poussa une exclamation horrifiée.
Le Scorpion était encore en sang.
Trois nouvelles entailles rouges décoraient son corps. Il en avait une sur l'avant-bras droit, une autre dans l'épaule plus haut, et enfin une dernière un peu au-dessus de la hanche, du côté gauche. Marques qui ressemblaient sans conteste à la première, accidentelle, qu'il s'était fait la nuit précédente. Elles saignaient beaucoup, évidemment.
Milo n'avait pas réagi ni au discours de Camus ni à son exclamation de stupeur. Non, il gardait la tête basse, immobile. Camus se baissa à sa hauteur pour pouvoir scruter son visage. Il posa un doigt sous son menton pour le forcer à rencontrer ses yeux.
Il n'y avait aucune expression sur le visage de Milo. Il avait le regard fixe, et neutre. Camus sentit la peur l'envahir. Il ne fallait pas qu'il panique.
« Milo » tonna-t-il. Mais il n'eut pas le temps d'en dire plus, car Milo le coupa.
« Ça marche pas » prononça-t-il.
Camus fixa son amant avec angoisse.
« Qu'est-ce qui ne marche pas ? demanda Camus d'une voix blanche.
- Ça, fit Milo avec un geste vague de la main. Ça fait presque plus mal. Le poison marche plus. »
Camus pâlit. Il voulut appliquer une main sur l'avant-bras droit de Milo pour limiter un peu le saignement de la blessure, mais la voix de ce dernier s'éleva dans un murmure.
« Laisse, Camus.
- Pardon ? voulut crier Camus, mais seul un filet de voix franchit ses lèvres.
- Laisse, répéta Milo calmement. Je l'ai mérité. J'ai voulu porter la main sur toi. »
Camus avait envie d'hurler sur Milo pour son inconscience et pour cette déclaration absurde, mais il s'admonesta au calme.
« Non, tu n'as pas voulu porter la main sur moi. C'est ce pauvre mur qui s'est pris ton attaque. Arrête de dire des bêtises, par Athéna ! Laisse-moi te soigner maintenant, ou tu vas être en danger ! »
Ce que vivait Milo était hors de ses compétences, pensa Camus qui paniquait intérieurement. Il ne laissa pas le temps à Milo de répliquer et il fonça ventre à terre chercher la trousse de secours.
Lorsque Camus revint dans la pièce, Milo avait laissé pousser son ongle rouge, et il semblait considérer un nouvel endroit où se frapper.
Camus poussa un cri d'horreur et instinctivement, il envoya une gerbe glacée sur la main de Milo, qui sursauta au contact de l'impact gelé.
« MILO ! TU ARRETES CA TOUT DE SUITE ! » hurla Camus à un Milo stupéfait.
Milo commençait d'ailleurs à pâlir dangereusement. Camus courut vers lui, la trousse de secours en main, afin d'éviter qu'il ne s'évanouisse comme la nuit précédente.
« Enlève ton T-shirt, ordonna Camus sur un ton qui n'admettait aucune objection. Plus jamais tu ne me fais ça, tu m'entends ? Jamais ! Si je te retrouve encore comme ça, je ne réponds plus de mes actes. »
Milo le toisait toujours de son air hagard. Lorsqu'il souleva son T-shirt, et qu'il l'envoya bouler dans un coin de la pièce, Camus put voir de près l'ampleur des dégâts. Milo s'était bien amoché.
Camus retint une nouvelle exclamation devant les blessures profondes de Milo. Celles-là n'avaient pas été infligées par erreur, et elles avaient l'air bien pire.
Le onzième gardien se saisit du désinfectant et entreprit de nettoyer d'abord la plaie sur l'épaule. Plusieurs compresses y passèrent. D'un doigt, il appuya sur la plaie et il enflamma son cosmos, pour y souffler un peu de froid. Cela arrêterait momentanément la perte de sang. Milo ne réagit pas. Camus sortit alors du sparadrap de la boîte et il enserra fermement l'épaule du Scorpion avec. Il réalisa un pansement du mieux qu'il put. Il répéta ensuite le processus sur le bras droit, puis sur le creux de la hanche. Pour le dernier pansement, il fut obligé d'enrouler le torse de son vis-à-vis de sparadrap, faute de mieux. Il espérait que les bandages tiendraient.
« Allonge-toi, Milo », lui ordonna-t-il, une fois que tout était pansé correctement.
Le Verseau aida son amant à se caler correctement sur le lit en passant une main dans son dos. Une fois Milo installé sur les draps, Camus se leva pour fouiller dans les placards et lui trouver quelque chose de propre et confortable, pour le rhabiller un peu.
« Qu'est-ce que tu fais, demanda Milo à mi-voix.
- Je te cherche de quoi te rhabiller de propre. Tu ne vas pas rester dans ce pantalon tâché de sang, expliqua Camus. Tu te sens de remettre un haut ?
- File-moi juste un bas, ça suffira », répondit le Scorpion.
Camus trouva ce qu'il cherchait : un bas de survêtement très ample qui ferait aussi un excellent pyjama. Le Verseau, l'objet en main, revint vers Milo et s'assit sur le bord du lit. Le Scorpion fit un mouvement pour se redresser afin de prendre le pantalon à Camus, mais ce dernier l'en empêcha en posant une main ferme sur son torse.
« Reste où tu es, je vais t'aider. Évite de bouger, Milo. Je ne veux pas que tu rouvres tes blessures. »
Le Verseau déboutonna le jeans ensanglanté du Scorpion et il le retira doucement en le faisant glisser sous ses jambes. Il fit l'exact inverse avec le survêtement, qu'il enfila dans une jambe, puis une autre. Il souleva un peu le corps de Milo pour faire passer l'habit jusqu'en haut, sous ses fesses, afin de le recouvrir comme il fallait. Puis Camus se décala un peu pour se rasseoir plus proche de la tête de lit, où Milo reposait sur un oreiller. Il caressa d'une main affectueuse la joue de son amant, avant de lui demander :
« Comment tu te sens ? »
Milo, qui avait fermé les yeux au contact de la main, les rouvrit pour les plonger dans ceux du Verseau.
« Mal » grinça-t-il.
Camus l'embrassa sur la tempe. Les émotions qu'il ressentait provoquaient en lui une grande confusion ; il y avait de la colère, contre Milo et lui-même, de la peur, et aussi une tristesse profonde. Voir Milo alité à cause de blessures qu'il s'était lui-même infligé provoquait en lui une détresse peu commune.
Camus refoula une subite envie de pleurer. Il se sentait complètement dépassé. Il voulait protéger Milo de lui-même, et sur le moment, il ne savait pas quelle était la marche à suivre. Quel idiot il avait été de laisser Milo seul après un accès de rage ! Il avait suffi d'une demi-heure pour le retrouver ainsi. Milo aurait besoin de rester allongé toute la soirée, à présent.
Mais qu'est-ce qu'il se passait ? Il n'avait jamais vu ça. Il avait dû lire quelques expériences similaires dans des fictions ou des bouquins à thème psychologique, mais pour lui, les tentatives d'autodestruction avérées étaient un mythe. Il ne s'imaginait pas que le fier chevalier du Scorpion en aurait été capable. Lui qui était si solaire d'habitude, en arriver là… Ce constat lui serra d'autant plus le cœur.
« Qu'est-ce qu'il se passe, Milo ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » lui demanda-t-il sur un ton presque démuni.
Milo le regardait toujours avec cet air indéchiffrable au visage. Le huitième gardien qui d'habitude était si exubérant, n'affichait qu'une neutralité terne et une vague confusion. Il ne semblait ni être en colère, ni avoir peur, ni quoi que ce soit. En fait, il était apathique.
« J'ai manqué te tuer. T'as pas peur ? »
Décidément, Milo avait du mal à changer de disque.
« J'ai peur, Milo. Mais pas pour les raisons que tu crois. J'ai peur pour toi, pas de toi. Tu ne m'aurais jamais fait de mal. Tu le sais, non ? »
Il y eut un temps, puis le regard de Milo changea. Une lueur de panique éclaira le fond de ses yeux.
« Non, je ne sais pas. Je sais pas ce que je suis capable de faire. Je suis dangereux ! Je suis un monstre ! J'ai ce que je mérite ! D'ailleurs, jamais je n'aurai suffisamment ce que je mérite pour ça ! Rien que pour avoir osé penser… Pour avoir osé… Pour… Non. Laisse-moi ! Laisse-moi, j'ai même pas assez expié ma faute ! »
Milo avait commencé à s'agiter en tenant ce discours et son regard oscillait de tous les côtés. Il avait presque l'air d'ignorer où il se trouvait. Il essaya de se redresser, et ses bras s'agitèrent vainement. Son ongle rouge avait poussé sur sa main, et le Scorpion frôla ses bandages avec son index pour trouver où frapper ensuite.
Camus réagit à toute vitesse. Il saisit la main de Milo avec précipitation et la bloqua sur le lit. Il eut bien fait, car un coup d'Aiguille Ecarlate, qui était au départ destiné au corps du Scorpion, alla se ficher dans le mur. Il empêcha son amant de se redresser en le plaquant complètement sur le lit, faisant ainsi rempart avec son corps. La température de la pièce avait baissé. Milo essayait de se débattre sous lui, mais Camus avait une prise ferme sur lui et l'immobilisait complètement.
« Arrête, Milo ! Arrête ! Cesse de te débattre ! tonna Camus.
- Non, non, répéta Milo qui paniquait complètement, à présent.
- ARRETE-TOI DE BOUGER ! IMMEDIATEMENT ! » hurla le Verseau.
Cela eut le mérite de faire cesser soudainement le délire de Milo, qui relâcha tous ses muscles d'un seul coup. Camus lui criait rarement dessus, et lorsque ce genre de choses arrivait, cela lui faisait l'effet d'une douche froide.
A l'instant où Camus sentit Milo s'immobiliser, il s'affaissa sur lui. Sa prise se desserra un petit peu, mais pas complètement. Le Scorpion sentit Camus trembler.
« Arrête, s'il te plait. Je ne peux pas… C'est trop dur… »
La voix de Camus se brisa.
Milo en eut le souffle coupé. Non, Camus n'allait quand même pas…
Camus ramena son visage à sa hauteur.
… Pleurer ?
Une larme solitaire coulait sur sa joue.
« Camus… » souffla Milo.
Une deuxième larme fit son apparition dans les yeux de son vis-à-vis. Oh non ! Mais qu'est-ce qu'il avait fait ! Il avait réussi à faire pleurer le Verseau.
« Camus, non ! le supplia Milo. Non, ne pleure pas, ne pleure pas… Je… »
Mais Milo ne sut quoi dire. La situation était exceptionnelle. Rassurer le Verseau lui semblait futile, après cet éclat de panique.
« Je ne peux pas te voir te faire ça, parla Camus à travers ses larmes. Je ne peux pas. Je ne veux pas… Je ne veux pas te perdre… Qu'est-ce que je ferais sans toi, Milo ? »
Milo voulut se dégager un peu pour réconforter Camus, mais ce dernier resserra sa prise subitement quand il le sentit esquisser un mouvement.
« Plus jamais je ne veux te trouver dans cet état, Milo. Plus jamais. Je ne peux pas le supporter. Que tu veuilles t'infliger ta propre attaque… Je n'y arrive pas. J'ai trop peur pour toi.
- Camus, tenta Milo.
- Non, tu vas m'écouter, fit Camus, qui pleurait toujours. Je ne veux plus que tu te fasses ça. Sous aucun prétexte. Alors, tu vas me promettre que tu ne vas plus tenter de t'auto-mutiler, coûte que coûte. Je préfère encore te geler au lit plutôt que de risquer que tu ne te fasses du mal ».
C'était une perspective qui n'enchantait guère Milo. Mais il resta silencieux. Il ne savait pas s'il était capable de faire une telle promesse. Il n'avait pas contrôlé son envie de se faire du mal. Elle était venue toute seule, sans qu'il ait réfléchi beaucoup. Ça avait semblé adéquat, sur le moment. Mais maintenant, son amant pleurait au-dessus de lui. Il trouvait que ce qu'il s'était fait était au fond bien peu de chose, mais Camus semblait être d'un autre avis.
« Promets-le moi, insista Camus. Promets-moi que tu ne vas plus essayer de te faire du mal.
- Camus, je…
- Promets le moi. »
Milo considéra Camus un moment.
« D'accord, capitula-t-il en fermant les yeux un instant, avant de les rouvrir pour contempler son vis-à-vis. Je te le promets.
- Tu me promets quoi ?
- Je te promets que je ne tenterai plus rien contre-moi-même. Je ne me ferai pas de mal.
- Jure-le-moi.
- Je te le jure sur mon honneur de Chevalier d'Or. Satisfait ?
- Jure-le sur ma tête.
- Non, je peux pas.
- Milo ! S'il te plaît.
- Bon, d'accord… Je le jure sur ta tête. »
A ces mots, Camus eut un soupir de soulagement. Il lâcha avec précaution les mains de Milo et il s'affala complètement au-dessus de lui. Il passa ses deux bras dans le dos de son amant pour l'enserrer tendrement, et il pressa son visage dans le cou du Scorpion. Il pleurait toujours silencieusement mais cette fois de soulagement. Il s'était fait une sacrée frayeur. Milo referma ses bras sur Camus. Il caressa son dos d'un mouvement léger de la main pour le réconforter un peu.
Cela prit quelques minutes, mais Camus finit par se calmer totalement. Milo pouvait sentir la respiration du Verseau, redevenue régulière, qui s'échouait au creux de son cou.
« Il va falloir que je m'excuse aux deux gamins », déclara Milo pour briser la glace.
Camus eut un rire nerveux. Il se redressa un peu pour noyer ses yeux bleus marine dans ceux bleu ciel de Milo.
« J'en ai bien peur », répondit-il dans l'ombre d'un sourire. Camus pencha son visage vers Milo et il se saisit de ses lèvres.
Pour une fois, Milo mit un peu de temps à répondre franchement. Il appuyait le baiser de manière un peu craintive, mais adoratrice. Le baiser restait chaste, mais tendre.
Camus brisa le rapprochement de leurs bouches pour reprendre son souffle, et il en profita pour passer une main sur le visage de Milo afin de chasser sa frange indisciplinée de son visage.
« Hyôga et Shun m'ont chargé de te remercier pour le repas. Ils ont trouvé ça très bon. »
Milo eut l'air sincèrement étonné.
« Il n'y a rien à remercier… Ce serait un miracle qu'ils aient envie de revenir après mon comportement de ce soir.
- Milo, le réprimanda Camus. Ne dis pas n'importe quoi. Ils seront très heureux de revenir, j'en suis sûr. Tu es une personne merveilleuse. Je ne sais pas qui ne voudrait pas t'avoir à sa table. »
Le Scorpion le contempla un moment, interdit.
« Merci, Camus. Tu es un ange. »
Il redressa un peu sa tête de l'oreiller pour l'embrasser sur la joue.
« Est-ce que tu as besoin de quoi que ce soit ? Dis-moi si je peux faire quelque chose pour toi.
- Je sais pas, Camus. Je me sens… épuisé. Et… j'ai mal.
- Tu veux un peu de cosmos pour t'apaiser ? Ou un peu de froid pour soulager tes blessures ?
- Non, Camus, ne t'embête pas. Ça n'en vaut pas la peine. »
Mais Camus ne l'écouta pas il enflamma tout de même son cosmos et il partagea son énergie avec Milo. Il sentit le Scorpion se détendre un peu sous l'ondée rayonnante qui l'enveloppait. Cela lui procurait la même sensation que les rayons du soleil sur sa peau, mais en plus caressant et réconfortant, alors que l'astre du jour pouvait s'avérer cruel et brûlant. Le cosmos du Verseau était à la fois familier et frais. Milo ferma les paupières. Il n'eut pas de mal à s'imaginer ailleurs, étendu dans une grande prairie d'herbe fraîche, balayée par un vent doux. Le tout sous un soleil clément qui le dardait de rayons chaleureux.
Camus crocheta ses doigts dans ceux de Milo. Cela le rassurait. Le Scorpion était là, avec lui, et il n'irait nulle part. Il serait là pour y veiller. Il aimait son arachnide doré plus que tout. Chaque coup que le Scorpion s'était porté avait eu un effet similaire dans sa poitrine. Il aimait Milo immensément, et depuis toujours. Il l'aimait tout entier. Même s'il était colérique, même s'il était bordélique, même s'il était un peu sadique… Cela n'avait aucune importance. Ils s'aimaient et pour lui, c'était un miracle à apprécier à sa juste valeur. Camus ne se serait jamais imaginé que Milo ait pu l'aimer de la même façon que lui l'aimait. Il se pensait trop différent et trop peu sociable pour attirer l'attention de qui que ce soit. Mais il y avait Milo, Milo qui le regardait, qui lui souriait, qui le taquinait… Milo qu'il devait protéger. Milo qu'il aiderait, coûte que coûte. Milo qu'il ne laisserait pas seul.
Camus posa un nouveau baiser à la commissure des lèvres de son amant. Il frôla sa joue de sa bouche, laissant son souffle s'échouer sur sa peau, et il en fit un deuxième sur son front, puis un troisième sur la jugulaire. Milo avait toujours les yeux fermés. Il se laissa aller à l'apaisement procuré par les attouchements que lui prodiguait son amant incroyable. Camus employait décidément les grands moyens. Milo ressentait toujours un malaise lointain, qui se tapissait au fond de lui, mais il sentait sa raison reprendre un peu le dessus sur son ressenti affreux. Il ne savait pas pour combien de temps. Mais il décida de se laisser aller dans les bras du Verseau qui le cajolait.
Camus qui d'ailleurs était bien entreprenant. Milo savait que le Verseau avait dû avoir peur. Il n'arrivait pas à s'imaginer à sa place sa situation l'accaparait complètement. Mais son instinct lui criait que le français cherchait à la fois à le réconforter et à se réconforter lui-même à son contact. Et il n'allait certainement pas lui refuser une telle chose.
Camus, s'il n'avait pas pu tenter « le fantasme de la cuisine », en avait un moins avouable qui se formait dans son esprit, alors qu'il attrapa le lobe d'oreille de son Scorpion avec ses lèvres. Non, se dit-il, sans pour autant arrêter sa caresse. Ils ne pouvaient pas, Milo était alité, et il ne fallait pas qu'il bouge. Il n'allait pas jeter son dévolu sur un blessé, aussi séduisant soit-il.
Mais pourtant, il était déjà bien collé au torse joliment dessiné de Milo, qui était orné de bandages qu'il avait lui-même appliqués. Le grec était toujours brûlant au toucher, et Camus n'arriva pas à faire taire son désir naissant. Se rabibocher sur l'oreiller, pensa-t-il. Une technique vieille comme le monde.
Il se fit néanmoins violence pour éviter que la situation ne dérape. Milo était beaucoup trop beau pour son propre bien, se dit le Verseau qui rougit à cette même pensée. Il fallait qu'il s'arrête là. En prenant cette résolution raisonnable, il fit un baiser léger sur les lèvres de son amant et il décida de s'écarter un peu.
« Pourquoi tu t'arrêtes ? murmura le Scorpion, toujours plongé dans le réconfort qu'il tirait de la présence du onzième gardien.
- On ne peut pas, Milo, rétorqua froidement Camus. Tu es blessé. Je ne veux pas que tu bouges.
- Je ne suis pas obligé de bouger, fit malicieusement le grec. Jusqu'à présent, je ne bougeais pas, je te signale.
- Milo, ce n'est pas raisonnable.
- On s'en fout, du raisonnable. Continue, s'il te plait.
- Milo… s'exaspéra le onzième gardien.
- Allez, Camus. Tu en meurs d'envie. Et moi aussi, avoua le Scorpion en se mordillant la lèvre. Je suis sûr que tu sauras être très… inventif. Tu trouveras le moyen pour que je bouge pas. »
Milo était décidément ingérable. Le seul tintement de sa voix tentatrice faisait voler en éclat toutes ses bonnes résolutions. Camus eut une dernière once d'hésitation.
« Camus, arrête de te faire prier. Finis ce que tu as commencé. Aime-moi », souffla le Scorpion.
Milo tira Camus à lui sur ces belles paroles, et scella leurs bouches en un baiser passionné. Le maître des glaces, après cet intéressant exercice, dévisagea son amant de ses orbes marins.
« Tu as intérêt à ne pas bouger.
- Je serai sage comme une image, sourit le Scorpion.
- Ne fais pas des promesses que tu ne peux pas tenir.
- Oh, tu t'ennuierais autrement, non ? »
Milo s'était légèrement redressé pour embrasser Camus au creux de l'oreille, et mordiller un peu cette dernière au passage.
Camus laissa échapper une expiration mal contrôlée sous sa langue exercée.
« Oui ! Mais…
- Mais ? le taquina Milo d'une voix rauque.
- Mais… Ce soir, c'est moi qui m'occupe de tout. »
Milo rit sourdement et déposa un baiser léger sur son nez.
« Alors tu as intérêt à ne pas être ennuyeux… »
Camus haussa un sourcil double, amusé.
« Est-ce que tu insinuerais que je le suis, d'ordinaire ?
- Loin de moi cette idée.
- Tu vas voir si je suis ennuyeux. Je vais même te faire mourir… d'ennui. »
Il ponctua cette phrase en embrassant Milo dans le cou. Il fit ensuite glisser sa langue lentement sur le haut de son torse, pour retracer la ligne d'une clavicule. Milo n'en demandait pas mieux.
Camus redessina les lignes des muscles parfaitement sculptés de son amant sous lui, d'abord de ses mains, puis de sa bouche. Il ne pouvait pas atteindre l'entièreté de la peau bronzée de Milo à cause de ces maudits bandages, mais il prit garde d'en goûter les contours avec application. Lentement. Sensuellement. Il sentit Milo se tendre sous lui alors qu'il passait près d'un téton.
« Tu as raison… Qu'est-ce qu'on… ah… s'ennuie » déclara le Scorpion dans un gémissement.
Le français ne répondit pas, sa bouche étant prise à flatter ses abdominaux, plus bas. Milo, dans un moment de lucidité à travers son désir, se dit qu'il gagnait vraiment à se laisser faire et à s'abandonner aux caresses du Verseau, qui prenait rarement l'initiative de leurs contacts. C'était une chose rare mais terriblement plaisante pour lui.
Camus, après un moment de caresses linguales soutenues, descendit suffisamment bas pour atteindre la lisière de son survêtement. D'un geste délicat, il passa la main sous les couches de tissu pour aller se saisir de l'anatomie de son amant qui se réveilla franchement à ce toucher.
Il garda sa main en place et il se colla sur le corps de Milo pour joindre à nouveau ses lèvres aux siennes.
Il continua sa douce torture sur l'entrejambe de son amant, qui gémissait maintenant sur ses lèvres. Même enveloppé dans du sparadrap, Milo était extrêmement séduisant, se dit Camus. Et même… oui, le sparadrap ajoutait un charme étrange à la scène. A la place du fantasme de la cuisine, il avait droit au fantasme du blessé alité. Et quand le blessé était une personne aussi splendide que celle qu'il avait sous les yeux…
Milo, quant à lui, était au comble du plaisir d'avoir son amant si majestueux s'occuper de lui, mais il n'était pas sûr d'apprécier ce jeu inégal.
« Camus, essaya-t-il au sortir d'un baiser langoureux. Laisse-moi au moins… »
Une caresse un peu trop appuyée par la main experte de son amant, sous son pantalon, lui fit pousser une exclamation de plaisir, et il en oublia la nature même de cette revendication.
Quelques minutes passèrent ainsi, pendant lesquelles Camus prodigua à Milo des caresses de plus en plus audacieuses et sensuelles, jusqu'à ce que le Scorpion, qui sentait qu'il allait atteindre sa limite, ne se rappelle de ce qu'il avait voulu dire plus tôt. Et cela lui semblait d'autant plus important qu'il pouvait sentir, physiquement, que le Verseau prenait plaisir à ce petit jeu. Il était aussi dans un état d'excitation avancée, si l'on en croyait la bosse qui déformait le haut de son pantalon et qui se frottait sur son corps.
Milo, qui sentit l'orgasme approcher, saisit à contrecœur la main de Camus pour arrêter son mouvement.
« Non, Camus, je… ensemble… »
Camus consentit à cette requête en laissant Milo déboutonner son jeans de là où il était, pour qu'il atteigne son intimité, lui aussi. Camus laissa Milo lui offrir le même genre de touchers délicieux, alors qu'il reprenait lui-même son mouvement sur le Scorpion. Ils ne prirent pas le temps de se déshabiller totalement. Cela leur parut futile, puisque l'objectif était de limiter leurs mouvements en garantissant tout de même le plaisir de l'autre. Et puis, les deux amants appréciaient les variations dans leurs manières de s'aimer. Camus au-dessus et Milo en-dessous, ils atteignirent le septième ciel au même moment, après un ballet de mains et de bouches savamment étudié et répété pendant des années.
Ils accompagnèrent leur osmose commune en s'embrassant passionnément. Leurs bouches s'entrechoquèrent, alors qu'ils se tendirent dans un même ensemble.
Une fois l'orgasme passé, Camus s'effondra sur le torse de Milo. Les bras du Scorpion se refermèrent naturellement sur lui, comme si cela avait toujours été leur place. Il y eut un silence entre les deux hommes, qui redescendaient doucement de leur point d'orgue. Seules leurs respirations erratiques troublaient la tranquillité retrouvée. Camus aimait ce calme après l'extase. Il avait tout simplement le droit de savourer le contact de Milo. Et cela était bien suffisant. Il ne voulait être nulle part ailleurs que dans les bras de son magnifique Scorpion. Milo était quant à lui au comble du bonheur d'avoir son beau prince des glaces au creux de ses bras puissants il ne le disait pas à Camus, mais il était toujours incrédule, même avec le temps, de sa chance d'avoir eu gain de cause avec le froid Verseau. Verseau qui lui révélait un tout autre visage derrière des portes closes. Il ne se lassait pas de le voir lentement fondre de désir, pour laisser tomber petit à petit son masque de maître des glaces, et s'abandonner à lui comme si c'était sa véritable place. Il se sentait parfois comme l'incarnation de la bassesse humaine à côté de son amant angélique, gracieux et altier. Que Camus accepte de rester en sa compagnie, et ce, après autant d'années… Il considérait qu'il était le plus chanceux des hommes.
Camus porta son visage à la hauteur de celui de Milo pour goûter ses lèvres une fois de plus.
« Je t'aime, Milo », prononça-t-il en français.
Décidément, Milo enchaînait les miracles. Ces mots résonnaient si peu à ses oreilles, malgré la longévité de leur couple. Le Scorpion sourit de toutes ses dents en entendant ces douces paroles.
« Je t'aime aussi, Camus. Plus que tout.
- J'espère que tu t'es ennuyé, murmura Camus.
- Oh que oui, rit Milo. Je dirais même que je me suis passionnément ennuyé.
- Bien. J'ai tout de même une réputation à tenir.
- C'est vrai. Tu es si beau, mon Camus.
- Toi aussi, Milo. Tu es beau. »
Milo appuya un peu l'étreinte de ses bras dans le dos du chevalier des glaces.
« Camus… Je suis épuisé. »
Le Verseau posa ses lèvres tendrement sur la joue de Milo.
« Alors dors… Dors, Milo, mon beau Milo. Je veillerai sur toi. »
Camus se délogea un peu de leur étreinte pour changer de position. Il bascula du corps de Milo et se mit à ses côtés dans le lit. Il attira le Scorpion, face à lui, entre ses bras. Ils devraient tous deux retirer et nettoyer leurs vêtements, mais pour l'instant, peu importait. Ils avaient mérité un moment de calme. Juste un moment.
Milo sourit amoureusement à Camus et il ferma les yeux. Il se rapprocha un peu de son amant pour se blottir contre son torse. Une fois installé, il cala son visage au creux de son cou. Il avait l'air complètement essoré et il était toujours un peu pâle. Sa respiration était néanmoins profonde et régulière. Mais le Verseau devinait aisément que ses blessures devaient toujours le faire souffrir.
Cela n'empêcha pas Milo de sombrer rapidement dans un sommeil que le Verseau espérait réparateur, tirant réconfort et plaisir de la présence de son Camus près de lui.
Camus, s'il avait enjoint son cher Milo à dormir, n'arriva pas à faire de même. Il était trop inquiet pour le Scorpion après ces cauchemars et surtout cette automutilation gratuite. Il voulait être là au moindre problème et aussi, il voulait surveiller l'état des blessures de Milo. Il avait peur que son amant ne se rouvre par mégarde une entaille en bougeant dans son sommeil. Alors Camus garda l'œil ouvert malgré l'heure avancée de la nuit.
Vers trois heures et demie du matin, constatant qu'il n'y avait aucun moyen qu'il dorme, il décida de se déloger un peu des bras de Milo pour se trouver quelque chose à lire. Il alluma la lampe de chevet qui était sur la table basse du côté du lit du Scorpion. C'était un mignon petit meuble en bois que Milo avait trouvé chez un antiquaire, un jour qu'ils étaient de passage en France tous les deux. Camus n'arrivait pas vraiment à comprendre pourquoi ce meuble-là en particulier avait provoqué un coup de cœur chez le huitième gardien. Milo, se souvenait-il, avait exprimé beaucoup d'enthousiasme en le voyant dans la boutique. Il était ensuite reparti avec, très content, et depuis, il trônait à côté de leur lit, dans le temple du Scorpion.
Camus se demanda ce que Milo pouvait bien y ranger. Curieux, il ouvrit le premier tiroir. Rien d'autre que des piles usées, des boutons de rechange et des modes d'emplois inutilisés.
Il referma le tiroir et en ouvrit un second un peu plus profond. Là, il eut une moins bonne surprise. C'est apparemment là que Milo cachait des magazines plutôt tendancieux et coquins, une collection que ce maudit Kanon avait dû inspirer à son amant terrible. Camus se souvenait que pendant sa jeunesse, il avait vu le Gémeau numéro deux se balader avec des exemplaires de ces magazines douteux dans tout le Sanctuaire. Il se faisait copieusement réprimander par ce cher Saga, qui était plutôt du genre à lire des revues politiques. Camus, à la vue de ces choses qu'il réprouvait au plus haut point (pourquoi Milo gardait-il des trucs pareils alors qu'ils étaient en couple ? Vraiment, il n'avait aucune once de respect !) alla pour fermer le tiroir quand un détail le fit tiquer. Le meuble avait deux tiroirs, mais pourtant, il semblait plus vaste. Camus retira totalement le deuxième tiroir, et il s'aperçut que dessous, là ou à l'extérieur on ne voyait que le bas du meuble, reposait une boîte simple et sans artifices. On aurait dit d'ailleurs que le meuble était prévu pour avoir ce double fond. On avait du mal à le soupçonner, surtout qu'il s'agissait d'un bête meuble de chevet. Peut-être était-ce ce qui avait tant plu à son compagnon.
Camus se saisit de la boite et il la posa sur ses genoux. Il l'ouvrit rapidement, et il tomba sur une montagne de paperasse. Qu'est-ce que Milo pouvait bien garder dans cette vieille boîte poussiéreuse ? Camus ne soupçonnait pas l'âme d'un archiviste en Milo.
Il prit un papier au hasard, et voici ce qu'on put y lire :
« Milo,
Il faut que tu arrêtes de m'écrire. Ce n'est ni raisonnable, ni sûr. On ne sait pas dans quelles mains pourraient tomber ces lettres. Je ne voudrais pas que tu aies des problèmes.
La vie en Sibérie est parfois un peu monotone, mais je m'y fais. Isaak et Hyôga font des progrès, même si je ne sais pas si Hyôga sera assez fort pour aller au bout de l'entraînement. Il n'arrête pas de pleurer sur sa défunte mère, et malgré tous mes conseils, il n'arrive pas à lâcher prise et à se concentrer sur son devoir.
J'ai réussi à meubler correctement mon isba. C'est certainement plus luxueux que ce que vous avez au Sanctuaire. J'espère que tu t'en sors, dans ton temple, et que tu as trouvé de quoi te faire un coin confortable où dormir. Prends le temps de dormir, c'est important.
J'ai commencé à lire des livres à mes disciples, le soir, après l'entraînement. On dirait que ça les aide à trouver le sommeil. J'avais un peu de mal à les mettre au lit à l'heure au début, mais avec cette méthode, j'ai la paix. Tu pourrais essayer de lire un peu, toi aussi. Si tu veux, je te donnerai des conseils.
J'espère que tu te portes bien, Milo. Ne fais pas trop de bêtises. Sinon, tu auras affaire à moi quand je repasserai au Sanctuaire !
Ton ami,
Camus »
Ah. On dirait qu'il venait de mettre la main sur leurs fameuses correspondances, lorsque lui était en Sibérie et Milo au Sanctuaire. A l'époque, ils n'étaient pas officiellement ensemble. Amoureux, certainement. Mais ni l'un ni l'autre ne se l'était avoué. Cela avait mis un peu de temps, mais au fur et à mesure de ces lettres et de ces entrevues, ils avaient fini par se rendre à l'évidence – se cacher leur amour était stupide et dommage.
Voilà donc où Milo cachait ces lettres. Camus trouvait effectivement que la cachette était plutôt bonne. Personne n'aurait eu l'idée de fouiller sous des magazines cochons pour y trouver toute une correspondance sentimentale. La boite non plus ne payait pas de mine. Parfois, les cachettes les plus banales étaient les plus discrètes.
Camus se saisit d'une deuxième lettre.
« Milo,
Qu'est-ce que tu as fait ? Je t'avais dit qu'il ne fallait pas que tu désobéisses au Pope pour faire un crochet en Sibérie ! Tu ne me réponds pas, et je m'inquiète. D'habitude, il y a un délai moins long entre nos lettres. Je sais qu'en ce moment le Grand Pope est un peu rigoureux, et qu'il est assez généreux sur les coups de fouet. Dis-moi que tu vas bien ! Et si jamais tu t'étais pris une correction, soigne toi bien. Il ne faut pas que ça s'infecte, si tu as des blessures.
De mon côté, l'entraînement avance bien. Mes deux apprentis sont maintenant capables de générer de la glace à volonté. Ce n'est qu'une question de temps avant que je ne puisse leur apprendre des attaques. Même si ces deux garnements savent déjà jouer aux batailles de boules de neige sans que je n'aie rien demandé. Isaak m'a envoyé un projectile gelé en plein dans la tête un jour que je revenais tranquillement à l'isba. Il a eu droit à une bonne correction.
Même si je m'occupe en enchaînant livre sur livre et l'éducation de mes disciples, je m'ennuie un peu sans toi, Milo. Je dois bien avouer que tes bêtises sont parfois distrayantes. Ne prends pas cela pour une invitation à en faire d'autres, néanmoins.
Et donne-moi de tes nouvelles au plus vite.
Ton ami à qui tu manques,
Camus »
Le Verseau se souvenait bien de cette fois-là. Il s'était fait un sang d'encre pour Milo. Le Scorpion, contre toute règle établie, était venu lui rendre visite un soir, en Sibérie, alors qu'il avait une mission en Russie de l'ouest. Milo n'avait pas voulu se priver un instant de l'opportunité de revoir Camus. Alors, en dépit des ordres du Grand Pope, qui étaient de revenir au Sanctuaire monter la garde dès la mission accomplie, Milo avait désobéi pour aller profiter de son meilleur ami le temps d'une soirée. Camus avait écrit à Milo, mais aucune lettre ne lui était parvenue rapidement. Et pour cause, Milo lui avait expliqué dans la lettre qui avait suivi, qu'il s'était pris une cinquantaine de coups de fouets en rentrant et une semaine dans les prisons du palais du Pope. Il avait mis deux semaines à se remettre de ses blessures correctement, et à envoyer une réponse à Camus. Mais Milo lui avait répété maintes et maintes fois que cette soirée où ils s'étaient vus avait valu toutes les sanctions du monde. Camus sourit devant le romantisme du Scorpion. Ils n'étaient même pas encore en couple que Milo était déjà capable de mettre sa vie en jeu pour lui. Attendri par ces réminiscences, Camus embrassa la joue de Milo, étendu sur le côté face à lui. Le Scorpion poussa un soupir de contentement dans son sommeil.
Camus trouvait cela étrange de retomber sur des choses qu'il avait pu écrire il y avait des années. Tout cela lui semblait si loin. S'imaginer un temps où il n'était pas en couple avec Milo lui semblait dérisoire. En même temps, il l'avait toujours aimé.
Cela lui donnait envie de relire quelques-unes des lettres que Milo lui avait envoyées, et qui étaient rangées bien proprement dans un dossier de sa bibliothèque. Il était bien caché derrière une rangée d'encyclopédies.
En attendant, il attrapa une troisième lettre.
« Mon Milo,
J'aurai bientôt achevé l'entrainement avec Hyôga. Je pense que d'ici quelques mois, je serai de retour au Sanctuaire pour une période prolongée. Je suis certain que cette nouvelle te remplira de joie.
Depuis qu'Isaak est mort il y a un an, l'entraînement n'a jamais vraiment été le même. Je pense que Hyôga fera un bon chevalier du Cygne, s'il respecte ce que je lui ai enseigné. On dirait qu'il a appris une leçon lorsqu'Isaak est venu le sauver. J'espère qu'il saura en tenir compte dans sa vie de chevalier.
Milo, les rumeurs dont tu m'as fait mention sur le Grand Pope et une fausse Athéna m'inquiètent. Je ne sais pas quelle est l'ambiance au Sanctuaire, mais j'ai effectivement reçu des missives ici qui me mettaient en garde contre des ennemis éventuels à surveiller. Je ne voudrais pas avoir à rentrer trop tôt : il faut que je finisse d'enseigner à mon disciple tout ce que je sais. Je mettrais en péril des années et des années de travail si j'étais appelé à venir garder mon temple.
Sois sur tes gardes, Milo. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais j'ai un mauvais pressentiment. Alors, s'il te plaît, fais bien attention à toi.
Il s'est passé trop de temps sans que j'aie pu te revoir. Ton sourire et ton énergie me manquent. Non, tu me manques terriblement, tout entier. Même si je ne voudrais pas revenir au Sanctuaire avant l'heure, je le ferais avec soulagement en sachant que je reverrais au moins ton visage.
Je t'aime
Camus »
Cette lettre était bien plus récente. Elle datait de quelques mois avant la bataille du Sanctuaire. Camus frissonna en y repensant. Il jeta un regard à Milo, qui était endormi. Camus n'arrivait pas à s'imaginer la vie sans Milo, mais il se rappela soudainement que Milo avait dû vivre quelques années sans lui. Leur résurrection troublait leurs âges respectifs. Quand il y réfléchissait, à l'époque, Milo était plus jeune que lui, de plus de six mois. Mais maintenant, le grec était, d'une manière étrange, plus âgé que lui d'environ cinq ans. Ils avaient retrouvé, tous, un corps restauré par les soins de la déesse, et chacun était revenu dans un corps qui avait l'âge de leur mort. Le cas le plus étrange à vivre était Aioros, qui était ressuscité dans un corps de jeune adolescent puisqu'il qu'il avait succombé à quatorze ans Aiolia se retrouvait avec un grand frère plus jeune que lui de presque une dizaine d'années. Finalement, le Verseau se rendit compte que dans cette histoire, il était loin d'être le plus à plaindre.
Mais cela n'empêchait pas que Milo avait dû vivre cinq longues années sans lui. Il y avait un pan entier de la vie du grec dont Camus ignorait pratiquement tout. Milo n'avait jamais dit grand-chose sur cette période sombre où il avait apparemment caché son deuil du mieux qu'il avait pu à son entourage. Camus comprit soudain d'où lui venait cette expertise de la dissimulation et de la mise en scène. Il avait eu cinq ans en plus pour s'entraîner. Le Verseau se dit alors qu'il avait peut-être intérêt à aller demander conseil aux personnes qui l'avaient connu un peu de près durant cette époque. Cela lui donnerait peut-être une idée plus claire sur la façon d'aider son amant aujourd'hui.
Milo poussa un grognement mécontent dans son sommeil. Camus le vit remuer un peu, et froncer les sourcils. Le Verseau délaissa la boîte qu'il avait entre les mains. Il reposa les lettres à l'intérieur et en ferma le couvercle, avant de tout remettre à sa place, sous la pile de ces magazines honteux. Une fois ceci fait, il revint s'installer plus près de Milo qui s'agitait. Un « non, non » suivi d'un gémissement plaintif s'échappa de sa gorge. Camus prit Milo dans ses bras et il le berça doucement. Il entendit Milo prononcer son nom. Puis le répéter douloureusement. Le Verseau posa ses lèvres sur le front du Scorpion endormi et il enflamma son cosmos pour l'envelopper d'une énergie rassurante.
« Je suis là, Milo, je suis là. Tu fais un cauchemar, ce n'est pas réel. Chhhut, Milo. Repose-toi… »
Camus sentit son amant se détendre un peu au son murmuré de ses paroles. Milo reprit une respiration plus profonde et il se lova instinctivement dans le giron du Verseau, qui en devint tout attendri.
« Je t'aime », chuchota-t-il au Scorpion endormi.
Il n'avait jamais prononcé autant ces mots que durant les dernières vingt-quatre heures.
