Note de l'auteur: Bonjour/ Bonsoir à tous/tes. Voilà la suite de mon histoire! Aujourd'hui, le chapitre est un peu plus calme! Et on a même de la nouveauté dans les personnages! En tout cas, j'espère que ça vous plaira!
Merci, toujours, je ne cesserai de le répéter, à toutes les personnes qui laissent des reviews! C'est adorable de votre part et ça m'aide beaucoup à avancer!
Et évidemment, merci à vous tous de me lire! Et de revenir lorsque je poste des chapitres! Vous êtes les meilleurs.
Je vous souhaite bonne lecture!
Chapitre 5 - L'ami porte conseil
Lorsque le jour pointa le bout de son nez, à l'issue d'une nuit où Camus avait vaguement somnolé peut-être deux heures, le français décida qu'il fallait trouver un moyen d'aider Milo, autant que possible. Cela passerait, d'après ses conclusions, certainement par une discussion avec les autres ors qui lui étaient proches durant ses cinq ans d'absence. Mais il ne voulait en aucun cas laisser Milo seul chez lui après l'épisode d'hier.
Il opta donc pour un compromis en sonnant télépathiquement son disciple à une heure matinale.
Ledit disciple dormait tranquillement dans son lit bien moelleux quand un « Hyôga » péremptoire retentit dans son esprit.
« Gheuh ? fit-il pour toute réponse.
- Hyôga, insista Camus.
- Euh, oui, maître ? Il se passe quelque chose ? demanda Hyôga en reprenant ses esprits.
- Hyôga, j'aurais besoin de ton aide. Est-ce que tu pourrais venir au temple du Scorpion, s'il te plaît ?
- Oui, maître, mais… euh… maintenant ?
- Non, dans quinze jours, ironisa ledit maître. Bien sûr que j'ai besoin de toi maintenant. Je ne prends pas plaisir à te réveiller.
- Très bien, maître. J'arrive le plus vite possible. »
Camus rompit la connexion immédiatement après avoir eu gain de cause.
Hyôga soupira, se redressa, mais s'affala à nouveau sur son oreiller. Il n'était guère matinal ; mais pour Camus, il fallait qu'il fasse un effort. Il avait une image de disciple modèle à redorer. Et puis, si son maître lui demandait quelque chose de ce genre, c'est qu'il y avait certainement un problème conséquent.
Hyôga s'habilla le plus vite qu'il put et au pas de course, il fila au temple du Scorpion. En arrivant dans les lieux, il alla toquer à la porte de chez Milo directement. Il eut à peine esquissé un geste que Camus lui avait ouvert.
« Hyôga. Merci de t'être déplacé, je t'attendais.
- Euh, de rien, maître. »
Camus ouvrit plus grand le battant de la porte pour laisser son disciple s'engouffrer dans la pièce à vivre. Hyôga le suivit, interloqué, jusqu'à la chambre.
« Bon, commença Camus. Voilà, dans ce genre de situations, une démonstration vaut mieux que de savants discours. Tu vas vite comprendre mon problème. »
Camus ouvrit la porte et fit signe à Hyôga de rentrer avec lui. Sur le lit, Milo dormait, toujours torse nu et couvert de bandages. Hyôga écarquilla les yeux devant les blessures importantes de Milo. Depuis quand est-ce que le Scorpion était comme ça ? La dernière fois qu'il l'avait vu, et c'était tout de même il n'y avait pas vingt-quatre heures, il n'avait qu'un seul pansement sur le bras gauche. Pas cette armée de sparadraps collés et enroulés sur sa peau.
« Mon problème est simple : tu peux constater l'état dans lequel se trouve Milo. Or, il se trouve que je dois aller discuter avec Aiolia ce matin, et je ne veux pas le laisser seul ainsi. Alors je te demande à toi si tu veux bien monter la garde. Je ne veux pas qu'il se re-blesse dans son sommeil ou qu'il panique à l'idée d'être seul. Est-ce que tu voudrais bien faire cela pour moi ? Je t'offre des croissants et une boisson chaude en dédommagement.
- Hein ? fit Hyôga. Euh, oui, bien sûr, maître. Mais si je puis me permettre… Qu'est-ce qui est arrivé à Milo ? »
Camus le considéra un instant.
« Je t'en parlerai peut-être une autre fois.
- Non, maître, dis-moi ce qu'il a, que je sache quoi faire s'il y a un problème ! »
Camus contint un soupir devant la répartie pertinente de son élève. De toute manière, il sentait que l'état de Milo n'allait pas rester secret bien longtemps.
« Ce sont trois coups d'Aiguille Écarlate. J'ai bien pansé et serré les bandages sur les blessures, et normalement ça ne saigne plus. Mais Milo est affaibli à cause de la perte de sang et la perforation de ses points vitaux. Il y a peu de chances qu'il se réveille avant que je ne revienne, cependant. »
Hyôga prit un air stupéfait.
« Comment ça, l'Aiguille Écarlate… Tu veux dire… Milo…
- S'est fait ça tout seul, oui, Hyôga. Peut-être que je t'expliquerai plus tard, s'il y consent. Mais pour l'heure, je dois partir. J'essayerai de revenir le plus vite possible. Contacte-moi par télépathie au moindre problème, et je reviendrai aussitôt.
- Très bien, maître. Mais… Milo n'a pas de chances de m'attaquer, quand même, s'il devait se réveiller ?
- Je ne sais pas, cingla froidement Camus. Depuis quand est-ce que tu as peur des affrontements, toi ?
- Je n'ai pas peur, je m'informe seulement, se défendit le Cygne.
- Je ne pense pas qu'il va t'attaquer, si ça peut te rassurer, consentit à le conforter Camus. Et puis, s'il devait y avoir un souci, j'ai tout un stock de sparadrap. Ce que tu vois sur Milo n'est qu'un échantillon de la collection dans ma trousse de secours.
- Très bien, maître, hésita le Cygne. Est-ce que tout va bien ? Tu as l'air fatigué.
- Je vais très bien, Hyôga, le foudroya du regard le Verseau, mais il se radoucit un peu. Il y a des croissants sur la table de la cuisine, que je fais livrer de France. Tu peux te servir. Il y a aussi du thé que j'ai préparé et des tasses à disposition.
- Merci, Camus.
- Dans la mesure du possible, surveille bien Milo. Il m'inquiète. Et s'il se réveille, fais-le moi savoir par télépathie.
- Oui.
- J'ai laissé un mot sur la table, au cas où il se réveillerait et se demanderait où je suis. Donne-le-lui seulement s'il se réveille. Avec un peu de chance, je serai revenu avant et ta mission sera assez ennuyeuse. Je n'espère certainement pas le contraire.
- D'accord, maître.
- Tu as bien tout compris ? Je peux vous laisser ?
- Oui, ne t'inquiète pas, Camus. Je veillerai sur Milo comme tu me l'as demandé.
- Merci, Hyôga. Je t'en suis très reconnaissant. »
Et pour appuyer ses dires, il posa une main affectueuse sur l'épaule de son disciple.
« Je serai au cinquième temple, je pense. A tout à l'heure, Hyôga. »
Et sans plus discourir, Camus fit volte-face. Il laissa Hyôga au milieu du salon, et partit d'un pas rapide en direction de la sortie. Il prit soin de refermer la porte derrière lui. Il était pressé, certes, mais tout de même civilisé.
Aiolia se réveilla en sursaut. Des coups sourds avaient résonné dans son sommeil, et continuaient encore à se faire entendre alors qu'il était éveillé. Il en tira cette conclusion : quelqu'un frappait à sa porte.
Le Lion était en galante compagnie. A ses côtés dormait Marine, le maître de Seiya, qui, seul lui le savait, avait un fort joli minois. Elle était allongée paisiblement sur le côté, la respiration calme, et Aiolia en voulut tout d'un coup au gêneur. On n'avait pas idée de venir le déranger si tôt, alors que sa chère et tendre se reposait après une dure journée d'entrainement. Le Lion poussa un grognement rageur et il se dirigea vers la porte, torse nu et en pantalon de toile, pour aller dire à son visiteur matinal sa façon de penser. Il était un chevalier d'or, tout de même ! Il voulait bien être tolérant, mais il avait ses limites. Ça lui apprendrait à être sociable. Camus et Milo, eux, au moins, n'étaient que rarement dérangés. Ouais, se dit le Lion. Mais qui voudrait aller déranger un psychopathe sadique et un frigide sans cœur ?
La porte qu'il ouvrit lui révéla justement le visage d'un certain frigide sans cœur qui n'aurait certainement pas apprécié cette appréciation sur son caractère.
Le Lion eut un froncement de sourcils surpris en tombant sur Camus du Verseau. Le maître des glaces venait quand même peu souvent lui rendre visite, si ce n'est…
« Ah non ! protesta Aiolia. Cette fois-ci, je n'y suis pour rien !
- Pardon ?
- Je sais pourquoi tu es là : Milo s'est encore mis minable en soirée et c'est moi que tu blâmes ! Eh bien non, cette fois, je n'ai rien à voir là-dedans !
- Euh, Aiolia, tenta le Verseau.
- Figure toi que hier soir, j'étais chez moi, tranquillement, avec Marine, et que j'ai pas vu Milo de la journée ! Tu peux même demander à Marine si ça t'amuse ! Alors c'est un peu facile de venir m'embêter à cette heure-ci alors qu'on dormait et que Milo fait n'importe quoi tout seul !
- Aiolia, déclara calmement Camus. Je ne viens pas pour ça. »
Le Lion stoppa net son réquisitoire et il y eut un silence gêné.
« Ah… émit Aiolia. Euh… Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de ta visite, alors ? »
Le Verseau le contempla un instant.
« C'est au sujet de Milo, en effet, annonça-t-il platement. En fait, il se trouve que j'aurais besoin de ton aide.
- Qu'est-ce qui lui arrive ?
- Il ne va pas bien, avoua Camus. Il se passe quelque chose que je ne comprends pas. Je venais te voir parce que tu es son ami et qu'il y a des chances pour que tu saches des choses que je ne sais pas. Je voudrais l'aider.
- Qu'est-ce que tu veux savoir, exactement ?
- Est-ce qu'il serait possible d'en discuter calmement et plus confortablement que sur le seuil de ta porte ?
- Hein ? Euh, oui, peut-être. Attends-moi une minute, Camus, je reviens. »
Sur ce, Aiolia referma la porte et laissa Camus dehors. Il voulait bien agréer à sa requête étrange, mais il fallait qu'il se rende un peu plus présentable.
Quand il revint dans la chambre à coucher, Marine s'était redressée dans le lit et le regardait d'un air pétri de curiosité.
« Qui c'était ? »
Aiolia s'approcha d'elle et l'embrassa sur le front.
« Camus. Je ne sais pas trop ce qu'il me veut. Mais apparemment il y a un souci avec Milo et il a besoin de mon aide.
- Un souci avec Milo ?
- Oui. Il ne m'a pas dit quoi.
- Ça ne m'étonne pas. Il n'est pas connu pour être bavard.
- Je sais.
- Ça doit être important. J'ai entendu dire que les chevaliers d'or du Scorpion et du Verseau étaient mis à l'arrêt une semaine par le Grand Pope. C'est assez louche.
- C'est vrai que je n'ai croisé ni l'un ni l'autre hier, réfléchit Aiolia. En général, je vois Milo au moins une fois par jour. Il a toujours un tour à jouer à quelqu'un ou une blague salace à raconter à la ronde, alors, difficile de l'éviter. Bon, Camus, je n'y aurais pas fait attention, c'est vrai.
- En tout cas, ça doit être significatif, vu l'heure qu'il est.
- Oui. Désolé, Marine, j'aurais aimé rester plus avec toi.
- C'est normal, mon Lion. Tu as des choses à faire. Ne t'en fais pas. Ça va me laisser du temps pour me lever tranquillement. Allez, mets un truc propre, au moins, que tu n'aies pas l'air d'une serpillière à côté de Camus.
- Moi, l'air d'une serpillière ?
- A tes heures, ce genre de choses arrive, le taquina Marine. Mais c'est pas grave, c'est toi le plus beau.
- Merci, ma chérie. »
Aiolia posa un baiser léger sur les lèvres du chevalier de l'Aigle, et il partit fouiller ses placards à la recherche de vêtements.
Camus poireautait dehors, et en attendant que le Lion ne repointe le bout de son nez, il se posait un million de questions, dans sa cervelle embrumée par le manque de sommeil. Qu'allait-il vraiment dire à Aiolia ? Il ne savait pas si parler de l'état de Milo était le trahir. En plus, il n'était pas sûr que son compagnon aime les manigances qu'il faisait dans son dos. Mais il devait l'aider, et il ne voyait pas d'autre moyen. Il lui semblait difficile de rester discret sur l'état de Milo tout en glanant des informations au Lion. Il se devait d'être à la fois honnête avec Aiolia pour qu'il mesure le problème et lui apporte des réponses, mais à la fois discret pour laisser une part d'intimité au Scorpion.
Aiolia reparut cinq minutes plus tard, vêtu cette fois d'une tenue d'entraînement ordinaire. Il guida Camus vers le devant de l'édifice et tous les deux s'assirent sur les marches qui descendaient vers la maison du Cancer, depuis le parvis du temple du Lion.
« Bon, commença le Lion. Alors, qu'est-ce qu'il se passe avec Milo ? »
Camus prit une grande inspiration, avant de se lancer.
« Milo est… Il ne va pas bien. Mentalement, je veux dire.
- Mentalement ? répéta Aiolia.
- Oui, fit le français. Il est… Il ne réagit plus comme avant. Il a du mal à dormir, il… Il se dépense beaucoup, et il fait croire à tout le monde qu'il est en pleine forme… Et là, depuis deux jours, il paye. »
Il y eut un silence.
« Qu'est-ce qui te fait dire qu'il ne réagit plus comme avant ?
- Eh bien, on va prendre le problème à l'envers. Est-ce que tu as souvent vu Milo pleurer ? Ou… »
Camus hésita, mais continua sur sa lancée.
« Se faire du mal ? »
Aiolia écarquilla les yeux.
« Quoi ? Tu veux dire que Milo… Délibérément… »
Camus hocha affirmativement de la tête. Le visage d'Aiolia s'assombrit. Un air désolé s'afficha sur ses traits.
« Ça a l'air plus grave que ce que j'avais pensé, murmura Aiolia pour lui-même.
- Que veux-tu dire par là ? Plus grave que quoi ? »
Aiolia dévisagea Camus. Effectivement, il comprenait que le français soit déstabilisé par le comportement de Milo. Lui, en revanche, l'était un peu moins.
« Tu as raison d'être venu me voir, éluda Aiolia. C'est vrai que tu n'as pas vu Milo évoluer pendant un moment. Alors, il lui reste sans doute des automatismes de sa vie d'avant. Après la bataille du sanctuaire… Il faisait de son mieux pour le cacher, mais il n'était plus le même homme. »
Le Verseau garda le silence. Il Aiolia le considéra un instant, puis il continua :
« Il était plus… grave, plus sombre. Dans l'ensemble, il était beaucoup moins insouciant. Mais ce ne sont que les personnes qui le connaissaient bien qui s'en étaient aperçues. Et personne ne lui a jamais fait de commentaire à ce sujet. Honnêtement, pendant un moment, il ne valait mieux pas trop chercher Milo. »
Le Verseau écoutait le Lion avec appréhension. Il s'agissait d'une période qu'il n'avait pas vécue, mais qu'il savait importante dans la vie de son amant. Pour lui, c'était comme s'il avait quitté Milo l'espace d'un instant ; Milo, lui, avait vécu avec la perte du Verseau pendant des années. Alors Camus, naïvement, s'était attendu à retrouver le même Milo qu'il avait quitté ; mais il se rendait à l'évidence, à présent. Il avait raté beaucoup de choses.
« Il faut que tu me racontes, Aiolia. Je veux aider Milo. J'ai demandé au Grand Pope une semaine pour m'occuper de lui. Et pour ça, j'ai besoin de comprendre ce qu'il lui est arrivé. Même si tu ne sais pas tout. Milo… Il ne veut pas m'en parler. Le peu de fois où j'ai posé des questions, il a dit que c'était sans importance, puisque je suis là, maintenant. Alors… Je viens recueillir le plus d'informations que je le peux. »
Aiolia acquiesça gentiment. Puis il eut une idée.
« Je sais ! s'exclama-t-il. Ça te dirait d'aller rendre visite à Mû ? Lui et moi étions assez proches de Milo pendant cette période. On pourrait en parler calmement tous ensemble. En plus, Mû est parfois plus attentif et compréhensif que moi. Il aura peut-être remarqué des choses qui auraient pu m'échapper. Qu'est-ce que tu en penses ? »
Camus hésita. Il ne savait pas si c'était une très bonne idée de mettre encore plus de personnes dans la confidence. Il avait déjà trahi Milo, quelque part, en acceptant de se faire aider par Hyôga et en parlant de la situation à Aiolia. Il avait peur que le Scorpion lui en veuille de dire à tout le monde qu'il n'allait pas bien en ce moment, même si c'était pour son bien, et même si c'était la stricte vérité.
« Je ne suis pas sûr, déclara Camus platement. Ecoute, Aiolia. Milo ne sait pas que je suis venu te parler de ça. Il ne sera pas content s'il apprend que je dis aux autres qu'il est… enfin, de son point de vue… en position de faiblesse. Hier soir, il a littéralement détruit une chaise en se mettant en colère. Alors mettre une personne de plus dans la confidence… »
Aiolia fit un sourire amusé.
« Ah, là, là, soupira-t-il. C'est du Milo tout craché. Mais ne t'inquiète pas, Camus. Mû et moi, on saura rester discrets. Et si Milo venait à le savoir… Je te promets qu'on prendra la responsabilité de lui expliquer nous-mêmes. Ça te va ?
- Très bien, capitula Camus. C'est entendu. Allons-y. De toute façon, je n'ai guère le choix. Et je le fais pour son bien. Alors, aux grands maux les grands remèdes.
- C'est bien pour ça que tu es venu me voir, de toute façon, non ?
- Effectivement. »
Aiolia lui fit un sourire, que Camus n'imita pas. Le Lion ne s'en formalisa pas. Il savait que le Verseau était comment dire… un poil associable. Mais il le trouvait touchant de s'inquiéter de la santé de Milo. Cela rassurait le grec. Il avait toujours un peu peur que le Scorpion se soit trompé et que Camus se joue de ses sentiments sans y accorder d'importance. Milo l'aurait tué pour cette pensée, se dit-il avec amusement. Mais Camus était parfois si imperméable aux émotions que le Lion se demandait bien ce que Milo lui trouvait. Cependant, le huitième gardien n'avait toujours eu que le nom du français à la bouche. Camus ceci, Camus cela, et regardez comme il est doué, et blablabla… Aiolia s'en était lassé. De plus, il ne savait pas, à l'époque, que les deux étaient épris l'un de l'autre, ce qui avait rendu le bavardage du Scorpion insupportable. Leur mise en couple officielle et aux yeux de tous était en fait très récente ; ils s'étaient ouvertement affichés depuis leur résurrection, seulement, qui datait de moins de trois mois. Le Lion ne s'était pas douté un instant de leur liaison avant que Milo ne lui explique la vérité.
Aiolia et Camus décidèrent donc de se rendre au premier temple pour y trouver Mû, qui était sans doute déjà levé à cette heure-là.
Ils passèrent par le temple du Cancer, où Deathmask les salua l'œil goguenard, les interpellant simultanément des surnoms hilarants de « Simba » et « Blanche Neige » ; mais il ne les retint pas outre mesure.
Dans le temple des Gémeaux, personne ne vint les accueillir. Et pour cause, les jumeaux semblaient occupés à leur loisir préféré, c'est-à-dire s'engueuler.
« Tu pourrais ranger ton bordel, Kanon ! A chaque fois c'est moi qui m'y colle ! J'en ai marre de devoir toujours passer derrière toi ! Et puis arrête de laisser traîner partout tes magazines de pervers ! Quelle image tu donnes de nous !
- Mais bien sûr, ça y est, Saint Saga, priez pour nous ! T'es exemplaire, toi, peut-être ! Monsieur je sais-tout-mieux-que-tout-le-monde qui sait même pas faire cuire trois pâtes ! C'est moi qui fais toujours tout, qui te nourris, et c'est comme ça que tu me remercies ! Franchement… »
Camus et Aiolia n'eurent pas le temps d'en entendre plus, car ils avaient quitté le temple d'un pas rapide, et ces règlements de compte familiaux se transformèrent en écho lointain au fur et à mesure de leur marche.
Au temple du Taureau, ils croisèrent Aldébaran, qui était en train de siroter un café serré à la fenêtre de sa cuisine. Il échangea des paroles aimables et chaleureuses avec Aiolia, qui l'imita, et il salua avec un peu plus de distance Camus, qu'il connaissait moins, mais toujours aussi amicalement. Aiolia et Camus déclinèrent sa proposition de prendre un café, arguant qu'ils étaient pressés, et c'est ainsi qu'ils quittèrent le temple en direction de chez Mû.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le temple du Bélier, son propriétaire s'avançait déjà à leur rencontre.
« J'ai senti vos cosmos s'approcher de chez moi, expliqua Mû avec un sourire. Ce n'est pas souvent que je vous vois vous promener ensemble, Aiolia, Camus.
- Disons qu'on a quelque chose de spécifique à régler, déclara Aiolia, qui fut appuyé par un hochement de tête de son glacial confrère.
- Je m'en doutais, fit Mû. Peut-être que vous voulez prendre le thé, pour m'expliquer ce qui vous amène ?
- Avec plaisir, Mû, c'est gentil, accepta le Lion.
- Shaka est là, ce matin, les informa Mû. Je l'avais invité pour le petit déjeuner. Mais vous tombez bien, comme ça, nous pourrons le partager. »
Camus retint un soupir dépité. Pour la discrétion, c'était raté, pensa-t-il. Mais il aurait dû l'anticiper. Les nouvelles allaient très vite, au Sanctuaire. Une personne mise au courant en valait une dizaine dans l'heure suivante.
Mû les invita à sa suite dans son petit salon confortable. Il y a avait là plusieurs poufs pour s'assoir et un canapé rempli de coussins qui avait l'air très moelleux. Au dessus de l'un des poufs, lévitait Shaka, qui avait les yeux ouverts, pour une fois. Après tout, il était simplement venu se détendre un peu avec son ami tibétain.
Shaka tourna la tête vers eux, un peu surpris de voir Aiolia et Camus débarquer au milieu de sa matinée tranquille.
« Tiens, Mû, tu ne m'avais pas dit que nous aurions de la visite.
- Je ne le savais pas moi-même, déclara Mû avec un doux sourire. Installez-vous, tous les deux. Je reviens avec des pâtisseries. »
Mû disparut dans la cuisine un instant. Camus et Aiolia en profitèrent pour s'asseoir dans le canapé.
Shaka, en face d'eux, les dévisagea de son regard clair. Les deux chevaliers d'ors furent un peu gênés d'être passés ainsi au crible. Il s'avérait qu'ils n'avaient pas tellement l'habitude de pouvoir contempler les yeux azur de la Vierge. Le chevalier, quand il daignait ouvrir les paupières, se mettait à tout observer avec minutie, comme pour pallier le temps qu'il passait en aveugle. Disons-le comme ceci : Shaka faisait rarement les choses à moitié.
« Alors, interpella-t-il ses deux confrères qui se jetaient des coups d'œil embarrassés. Qu'est-ce que Milo a encore fait ?
- Quoi ? fit Aiolia, surpris. Comment tu sais que…
- Il est tôt, et tu es levé, Aiolia.
- Et alors, je ne vois pas le rapport…
- Le rapport, c'est que Camus ne reste jamais en ta compagnie. Et à cette-heure-ci, d'habitude, tu es plutôt chez le Scorpion, Camus, n'est-ce pas ? Et vous venez à l'improviste voir Mû. Si tu étais venu tout seul, Aiolia, et en début d'après-midi, j'aurais pensé à une visite de courtoisie. Or, il se trouve que la personne qui vous lie tous ici est, selon mes observations, Milo du Scorpion. J'en conclus donc que vous êtes là à cause de lui. Alors, je répète ma question : qu'est-ce qu'il a encore fait ? »
Shaka tourna son regard inquisiteur vers Camus, qui ne laissa pas montrer son trouble. C'est à ce moment-là que Mû revint avec un plateau de pâtisseries au miel dans les bras. Il posa le tout sur la table et s'assit sur un pouf aux côtés de Shaka.
« Servez-vous, allez-y, les invita Mû. C'est fait pour ça.
- Merci, » répondit poliment Camus.
Mû leur offrit ensuite une tasse de thé fumante, et il entama la sienne.
« Alors, dites-moi tout, sourit Mû. Qu'est-ce qui vous amène chez moi de si bon matin, tous les deux ? »
Aiolia jeta un regard vers le Verseau peu loquace.
« Peut-être que tu devrais expliquer, Camus. Après tout, l'initiative vient de toi.
- C'est vrai », acquiesça le Verseau.
Camus hésita quelques secondes, puis il se décida à exposer son problème.
« Comme l'a deviné si facilement Shaka, il s'agit de Milo. Avant que de vous dire ce qu'il se passe, je voudrais d'abord vous demander votre discrétion. Il se trouve que Milo ne serait pas ravi de savoir que je dévoile son intimité ainsi, mais je n'ai pas le choix. Il lui arrive quelque chose qui dépasse mes capacités, si j'entends l'aider. C'est pourquoi je me tourne vers vous. Est-ce que je peux avoir votre parole que ce que je vous dirai ici restera entre ces murs ?
- Tu as ma parole, promit Mû.
- Si c'est pour Milo, je resterai discret, déclara Aiolia.
- Je ne suis pas du genre à m'abaisser à raconter des cancans, émit Shaka sur un ton un peu prétentieux. Il en va de mon honneur de chevalier d'or.
- Très bien, soupira Camus. Je vous remercie. »
Camus ferma les paupières un instant, puis il décida de raconter ce qu'il s'était passé.
« Milo… Va très mal. Je ne m'en étais pas rendu compte tout de suite, mais on dirait… qu'il a gardé des séquelles de son passé, et mentalement, ça l'affecte toujours. J'avais observé qu'il était constamment fatigué, ces derniers temps, et puis il y a deux jours, son état mental s'est aggravé d'un coup. Il s'est… Il s'est blessé tout seul, à cause de ses pensées sombres. Il… On dirait qu'il culpabilise, enfin, je n'arrive pas bien à cerner d'où vient le problème exactement. »
Camus déglutit. Personne n'avait songé à l'interrompre, pour l'instant.
« Hier soir, il a eu un accès de rage conséquent. On dînait tranquillement avec mon disciple et Shun d'Andromède. Hyôga lui a demandé comment il allait, et il s'est énervé d'un coup. Il a claqué la porte. Et une demi-heure plus tard… »
Camus réprima un frisson d'horreur en se rappelant dans quel état il avait trouvé Milo.
Mû l'encouragea :
« Oui, Camus ? Qu'est-ce qu'il s'est passé, ensuite ?
- Ensuite, continua Camus, je l'ai trouvé en sang. Il s'est infligé son attaque. Trois fois. Elle n'est pas mortelle pour lui, vous vous en doutez bien. Cependant, il saignait beaucoup, et il ne voulait pas se soigner. »
Un silence consterné accueillit ces paroles.
« La première nuit, je l'ai aussi trouvé blessé, accidentellement. Il m'a révélé qu'il ne dormait plus depuis des semaines. Et maintenant, il dort, mais il dort trop. Et en plus, il cauchemarde. Et je vous avoue… Que je ne sais pas ce que je dois faire. Je n'ai jamais connu Milo comme ça. Pour moi, c'est quelqu'un d'enjoué, de fier, de… Je ne l'imaginais pas capable de s'infliger lui-même sa propre attaque. »
Un air compatissant s'afficha sur les traits de Mû.
« Et où est Milo, en ce moment ?
- Dans son temple. Quand je l'ai laissé, il dormait. J'ai demandé à mon disciple de venir veiller sur lui pendant que je venais trouver de l'aide. Quand j'ai compris que Milo ne dormait plus et qu'il était capable de se faire du mal tout seul, hier, j'ai demandé audience avec le Grand Pope pour qu'il accorde au moins à Milo un temps de repos. Shion, dans sa grande bienveillance, m'a accordé une semaine, ainsi qu'à Milo, pour qu'il puisse se rétablir. Mais j'ai compris hier soir que je ne pourrais pas l'aider seul. Je sais qu'il y a toute une part de la vie de Milo dont je n'ai pas conscience, et c'est pour cela que je suis venu solliciter un regard extérieur.
- Qu'est-ce que tu attends de nous, exactement ? l'interrogea Aiolia.
- Que vous m'aidiez à avoir les bons réflexes avec Milo et que vous me renseigniez sur ce que je ne sais pas de lui. Plusieurs années de sa vie sont passées sans que ne je sache ce qui est advenu du Milo que j'ai connu pour en arriver à ce Milo que je côtoie actuellement. »
Mû jeta un regard à Aiolia, qui acquiesça silencieusement.
« L'homme est en constante évolution, énonça Shaka doctement. Il est vrai que Milo a parcouru un chemin difficile. Mais je sens qu'il va arriver au bout de ses peines. »
Camus haussa un sourcil.
« Euh… Merci, Shaka.
- Si tu veux, je peux te raconter ce que je sais de Milo après la bataille du Sanctuaire, offrit Aiolia. Mais peut-être que tu as des questions précises ?
- Oui, confirma Camus. Je veux déjà savoir une chose : est-ce que ce que je viens de vous dire vous étonne, venant de Milo ? Est-ce que vous avez déjà remarqué chez lui quoi que ce soit qui fasse écho à mes paroles ?
- Des choses me viennent à l'esprit, réfléchit Mû. Mais pas des choses aussi graves que ce que tu nous as raconté. Ou alors, c'était très ponctuel.
- Oui, appuya Aiolia. Il faut que tu saches que la plupart du temps, Milo agissait très normalement autour de nous. Si on s'est aperçu que tout n'était pas aussi beau qu'il le laissait paraître, c'est parce qu'on a pu le surprendre dans des moments de faiblesse. En plus, on ne savait pas que vous aviez formé un couple à ce moment-là. Alors, on ne s'imaginait pas que Milo ait pu souffrir beaucoup.
- Chacun avait perdu des amis dans la bataille, précisa Mû. Milo ne faisait pas exception. Même si on savait qu'il tenait beaucoup à toi, nous n'avions pas imaginé qu'il avait perdu plus qu'un ami.
- Milo est resté très secret à ton sujet, admit Shaka. Son cosmos était perturbé, parfois, mais il se dissimulait bien. Une habitude qu'il a gardée, à ce que j'entends.
- Malheureusement, déclara Camus qui fit tout pour contenir le malheur que lui inspirait ce constat. Qu'est-ce que vous appelez des moments de faiblesse ?
- Eh bien… hésita Aiolia. Un matin, par exemple, c'était dans les deux ans après ta mort, je suis venu plus tôt que prévu pour lui demander de me rejoindre à l'entraînement. Je suis entré dans son temple, assez discrètement parce que je me disais qu'il dormait encore, et je ne voulais pas le réveiller brusquement. Et quand je l'ai trouvé… Il gisait sur le canapé, inconscient, et ivre mort… Il y avait une bonne quinzaine de bouteilles d'alcool autour de lui, toutes vides. Son appartement était complètement jonché de débris. Il y avait des trucs partout par terre. Il n'a pas été content quand je l'ai réveillé, enfin, quand il s'est rendu compte qu'il avait un témoin. Je l'ai aidé à dessaouler. Mais le jour suivant, quand je suis revenu le voir, tout avait disparu : les bouteilles, le bazar… J'avais presque eu l'impression d'avoir rêvé. Et puis ensuite, je me suis simplement dit que Milo avait dû déconner, et qu'il ne le referait plus.
- Mais il y avait toujours de l'alcool dans ses placards, renchérit Mû. Ça m'est arrivé de passer le voir plusieurs fois et il y avait toujours des caisses d'ouzo sous l'évier de sa cuisine. C'est un détail que je ne lui avais pas fait remarquer.
- Vous voulez dire que Milo s'est rendu accro à l'alcool pendant des années ? émit Camus d'une voix blanche.
- Ce n'est qu'une hypothèse, temporisa Shaka. Beaucoup de chevaliers ont de l'alcool chez eux. Deathmask en a toujours, par exemple. Cela ne fait pas de lui un ivrogne. D'ailleurs, il ne manquerait plus que ça.
- Malheureusement, revint sur le sujet Aiolia, je ne surveillais pas Milo tout le temps. On a pu faire quelques virées en ville ensemble, mais en ma présence, il n'était pas excessif. D'ailleurs, c'est même lui qui avait tendance à écourter nos soirées. »
Il y eut un silence stupéfait devant les paroles du cinquième gardien.
« Milo ? Écourter des soirées ? demanda Camus, incrédule.
- Oui, c'était assez étrange, venant de lui. Mais il n'avait pas l'air de prendre beaucoup de plaisir à nos sorties. Il le faisait surtout pour me tenir compagnie. Ensuite, il se retranchait dans son temple le reste de la nuit. Dans le meilleur des cas, il dormait sagement. Mais sinon… je ne sais pas. »
Camus pâlit devant ces révélations. Il connaissait Milo. Enfin, justement : le Milo qu'il avait connu auparavant n'aurait voulu mettre fin à une soirée sous aucun prétexte. En plus, Milo n'aimait guère être seul. Alors qu'il décide délibérément de passer la fin de soirée sagement dans son temple… Camus se dit qu'il fallait qu'il ait une discussion avec son amant à ce sujet-là. Parce que ni Aiolia ni Mû ne pourraient réellement le renseigner sur ce qu'il se passait vraiment à cette époque.
« Et est-ce que vous avez déjà vu Milo s'infliger ses propres attaques ?
- Non, nia fermement Mû. Je pense qu'Aiolia peut le confirmer, mais jamais nous n'avons remarqué quoi que ce soit de similaire. En revanche, ce que tu dis me fait réfléchir. Parce que maintenant que tu parles de ça, je crois me souvenir que quand même, Milo revenait souvent bien amoché de ses entraînements. Il disait qu'il devait s'endurcir pour la prochaine guerre. Et nous n'avions pas vraiment d'arguments à opposer à ça.
- C'est vrai qu'il se poussait à bout, observa Shaka. Il se dédiait totalement à sa progression en tant que chevalier. Mais c'était souvent au prix de quelques bleus ou quelques fractures. En soi, cela n'a rien d'alarmant au Sanctuaire d'Athéna.
- C'est vrai, convint Mû qui essayait de rassurer Camus. Je te fais part de ces observations uniquement parce que je les lie à cette problématique. Si ça se trouve, le fait que Milo se soit mis un peu en danger durant des combats amicaux n'a rien à voir. »
Camus n'en était pas pour autant réconforté. Avant la bataille du Sanctuaire, il avait connu Milo extraverti : il n'était pas difficile de le lire. Milo livrait ses émotions sans faire beaucoup de tri. Il semblait toujours s'enthousiasmer passionnément pour la moindre chose malgré les difficultés, et surtout, il parlait beaucoup. Camus savait qu'il y avait des épisodes de la vie de Milo que ce dernier n'avait pas raconté, tout comme il ne se livrait encore moins lui-même. Le français trouvait qu'il n'y avait pas lieu de raconter son passé pour le ressasser. Il préférait faire fi des événements avec stoïcisme et aller de l'avant, comme on le lui avait enseigné, et comme lui-même l'avait enseigné à Hyôga et Isaak.
Cependant, il constatait que le passé n'était pas si anodin que cela dans la constitution d'un individu, et de sérieux démons semblaient ronger Milo désormais. Le Scorpion avait l'air d'avoir appris le contrôle de lui-même, et le paraître, et Camus en eut un pincement au cœur. C'était son rôle à lui, le contrôle des émotions et l'impassibilité, pas celui de son amant. Milo devait vivre au rythme de ses émotions, comme il l'avait toujours fait. C'était ce qui faisait sa force, et son charme. Cela l'attristait de constater que Milo mimait une habitude bien ancrée désormais, sans vraiment y mettre du cœur.
Il avait du mal à s'imaginer un Milo plus sérieux, mis à part lors de ses missions peut-être, ou durant d'importantes batailles. Ce que lui avaient confié Aiolia et Mû sur son comportement ne présageait rien de bon.
« Je vois, déclara-t-il après un silence. Aiolia, est-ce que tu l'as surpris dans d'autres moments de « faiblesse », à part celui-là?
- Les seuls dont je me rappelle, c'est les moments où il était un peu bourré, répondit le Lion. Il disait toutes sortes de choses tristes et incompréhensibles. Mais sinon, pas grand-chose de plus.
- Qu'est-ce que tu faisais pour l'aider, dans ces moments-là ? le pressa le Verseau.
- Euh… hésita le Lion, qui réfléchit à voix haute. Je faisais comme je pouvais. Je le ramenais chez lui et je le couchais en général. Et je lui laissais un verre d'eau et une boite d'aspirine à disposition près de son lit. Il n'y avait pas grand-chose à faire, en attendant qu'il dessaoule. Tu sais comment il est, non ?
- Justement, plus vraiment, rétorqua Camus. J'ai connu Milo alcoolisé, c'est vrai, mais ça restait occasionnel et festif. Et justement, je ne l'ai plus vu boire depuis notre résurrection. Enfin, il le fait peut-être dans mon dos, mais…
- Il faut peut-être que tu vérifies s'il y a encore cette réserve d'alcool chez lui, suggéra Mû. De toute façon, au vu de ce que tu nous racontes, il serait sage qu'il n'en consomme pas, pour l'instant.
- Milo n'est pas connu pour résister beaucoup aux tentations », appuya Shaka peu charitablement.
Un silence suivit cette assertion.
« Et toi, Shaka ? l'interrogea Aiolia. Tu n'as rien à ajouter que nous n'aurions pas dit ? Je sais que tu n'es pas aussi proche de Milo que nous, mais tu étais son voisin le moins loin, après la bataille du Sanctuaire.
- C'est vrai que Milo était particulièrement isolé, géographiquement, après cet événement, constata Mû. Il l'était déjà avant qu'Athéna ne revienne au Sanctuaire, puisque Dôhko n'était pas là et Aiolos n'était plus de ce monde, mais à ce moment-là, il était le dernier chevalier à s'en être sorti vivant. Il était aussi le dernier rempart avant la déesse en cas d'attaque.
- Son souhait de s'entraîner dur était tout à fait compréhensible, prononça Shaka. Quant à moi, vous vous doutez bien que je ne me rendais pas souvent dans ce lieu de perdition qu'est le temple du Scorpion.
- Tu es dur, Shaka, tenta Aiolia pour défendre son ami.
- Non, je ne dis que la plus pure vérité, continua la Vierge sans se laisser perturber. Néanmoins, pour répondre à ta question, Aiolia, j'ai souvent ressenti des perturbations dans le cosmos de Milo. La nuit, la plupart du temps. Il m'est arrivé de méditer à des heures tardives. Mais je ne peux vous révéler la teneur de ces perturbations. Il aurait été indiscret de fouiller le cosmos d'un confrère.
- Je croyais que de toute façon, Milo était un être de perdition, siffla un Camus ironique, qui n'avait pas aimé la manière dont Shaka avait qualifié l'endroit où il passait la moitié de sa vie.
- Il n'empêche que, contrairement à d'autres chevaliers au Sanctuaire, j'ai encore une vertu et une éthique. »
Mû écarquilla les yeux devant la réplique peut-être vraie mais peu diplomatique de l'indien.
« Euh, Shaka, tout de même, » le réprimanda doucement le Bélier.
Camus n'avait pas cillé, mais on devinait sous ses traits marqués par la fatigue un vif mécontentement.
Mû reprit les rênes de la conversation.
« Bon, en tout cas, nous pouvons en conclure que Milo a l'air de souffrir, et qu'il est de notre devoir de lui fournir de l'aide, décréta le Bélier. Déjà, il serait bon que cette semaine, il évite, effectivement, tout ce qui est alcool, et je pense que tu as pris la bonne décision d'aller voir Shion, Camus.
- Merci, fit le Verseau. Je vais tâcher de surveiller Milo comme je le pourrai.
- Si tu as besoin de nous, tu peux compter sur nous, l'assura gentiment Aiolia. Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on pourrait faire pour lui, nous ?
- Rester discrets sur tout ceci serait déjà merveilleux, déclara Camus avec une pointe de mélancolie dans la voix. Mais à bien y réfléchir… J'ai peut-être un service à vous demander.
- Oui ? l'invita Mû.
- Il se trouve que cet après-midi, j'ai promis à mon disciple de m'entraîner un peu avec lui. Je ne pourrai pas veiller sur Milo, néanmoins je voudrais respecter mon engagement avec Hyôga. Alors cela me soulagerait si l'un d'entre vous pouvait éventuellement passer le voir pendant mon absence. De plus, je pense que cela lui serait bénéfique de discuter un peu avec ses amis. »
Mû trouvait que le Verseau faisait des progrès admirables en psychologie. Le français était attendrissant, à se démener pour que son amant aille mieux. Le Bélier avait un peu de connaissances dans le domaine : c'était un sujet qui le fascinait. Il aimait écouter les histoires des uns et des autres et comprendre comment chacun fonctionnait. Au Sanctuaire, il n'était pas déçu : tout chevalier était un peu fou à sa manière, et il avait de quoi observer autour de lui. Mais essentiellement, il avait un profond désir d'aider les autres, et notamment ses compagnons d'armes. Il se doutait que Milo n'allait pas être la personne la plus simple à apprivoiser, surtout un Scorpion de mauvaise humeur et blessé dans son orgueil, mais il avait réussi à se faire au caractère bouillant du grec, tout comme Milo avait appris à apprécier la douce tranquillité du premier gardien avec les années. D'ailleurs, se dit Mû, cela faisait un moment qu'il n'avait pas pris le temps de discuter avec le Scorpion. C'était une bonne occasion de prendre quelques nouvelles.
« Je viendrai, se proposa Mû.
- Je peux venir avec toi, si tu veux, offrit Aiolia. Après tout, on ne sera pas deux de trop.
- Je vous tiendrai compagnie », déclara Shaka à la surprise générale.
Camus haussa les sourcils.
« Tu es sûr, Shaka ? Je croyais que tu ne voulais pas mettre les pieds chez Milo ?
- Il me semble peu moral de ne pas prêter assistance à une personne qui a besoin d'aide, se défendit Shaka. C'est pourquoi je viendrai. Milo est un frère d'armes, même si je n'approuve pas son mode de vie. »
Il y eut un silence durant lequel Camus sembla considérer la question.
« Je vous remercie tous de votre aide. Quoi que vous disiez à Milo cet après-midi, faites attention. Il est un peu colérique, et… S'il comprend que j'ai fait ma petite enquête auprès de vous…
- T'inquiète pas, Camus, rit légèrement Aiolia. Ça fait des années que je le pratique, le Milo. On sera trois, et il me semble qu'il est en convalescence.
- Justement. Je ne veux pas qu'il s'agite.
- Camus, tenta de l'apaiser le Bélier. Nous ferons attention.
- Tu as notre parole », promit Shaka.
Camus avait surtout peur des représailles qu'il risquait de se prendre lui-même, mais il n'en fit pas mention.
« Je devrai être à l'entraînement à quatorze heures. Je reviendrai probablement en début de soirée. Vous pensez que vous pourrez être là tout ce temps ?
- Si Milo est assez généreux pour nous offrir un café, je ne vois pas de problème », sourit Aiolia.
Il y eut un hochement de la tête affirmatif du Bélier et de la Vierge.
« Dans ce cas-là, je vous en suis très reconnaissant. Considérez que j'ai une dette envers vous.
- Enfin, Camus, c'est peu de choses, le rassura Mû. Tu nous demandes juste d'aller rendre visite à un ami. C'est rien que nous pourrions refuser ! »
Camus opina du chef. Au moins, il avait résolu le problème de son entraînement avec Hyôga. Avec trois chevaliers d'or pour le surveiller, Milo ne risquerait rien.
