Note de l'auteur: Devinez qui, tel le père Noël, vous livre le nouveau chapitre au milieu de la nuit des fêtes ? C'est mouééé !

Plus sérieusement, Joyeux Noël tout le monde! Je reviens avec la suite de mon histoire, en espérant qu'elle sera à votre goût. Ce sera mon cadeau du jour! Aujourd'hui, le retour du grand Milo. Le chapitre sera lui aussi assez calme, même si, navrée, je vous laisse sur un cliffhanger cette fois-ci. Vous allez devoir attendre un peu pour la suite, mais... c'est les risques du métier de lecteur, si j'ose dire...

Je remercie encore beaucoup beaucoup tout le monde. Vous êtes vraiment géniaux de me lire, de revenir me lire... C'est juste trop bien! Merci encore infiniment aux personnes qui me laissent des reviews. Je sais que c'est redondant, mais j'ai vraiment à cœur de le faire à chaque fois, car elles sont très encourageantes pour moi. Et puis j'apprécie beaucoup d'avoir vos retours!

Sur ce, je ne vous retiens pas plus, et je vous souhaite bonne lecture.


Chapitre 6 : L'apprivoisement du Scorpion

Le glorieux Chevalier d'Or du Scorpion en titre fut tiré d'un sommeil profond par une voix grave qui appelait son nom. Quel dommage. Il était bien, là. Il rêvait qu'il se reposait dans son lit, avec Camus, et que ce dernier le soignait tendrement après une bataille. Il grogna. Il voulait rester au pays des rêves. Il faisait un beau songe, et on venait le déranger.

« Milo, réveille-toi, insista la voix.

- Mnon, marmonna Milo dans un demi-sommeil. Veux dormir.

- Tu auras toute la nuit, rétorqua le gêneur. Milo. Allez. Il faut que tu reprennes un rythme normal. »

Le Scorpion ouvrit les yeux à contrecœur.

Libérez le Kraken, pensa Camus en voyant Milo poser son regard embué sur lui. Il fit d'ailleurs sans en avoir conscience une référence mentale à son disciple Isaak.

« Bien dormi, Milo ? lui demanda son amant, soucieux.

- Ça peut aller, répondit l'intéressé dans un froncement de sourcils. Toi, on dirait pas, par contre. »

Milo ne pouvait que le constater en observant les traits tirés du français.

« Tout va très bien, Milo.

- Tu n'as pas dormi du tout, devina aisément le grec.

- Non, je…

- Te fatigue pas. Je le sens. »

Camus choisit de ne rien dire. Milo fit mine de se redresser un peu du lit, mais le Verseau posa sa main fraîche sur son torse.

« Attends, avant de bouger. Dis-moi d'abord comment tu te sens. »

Milo sembla réfléchir à la question sérieusement.

« J'ai toujours mal, annonça le Scorpion. Mais je pense que je pourrai me lever.

- Tu es sûr ?

- Certain.

- Tant mieux. Il va falloir que je change tes bandages, et cela m'aidera si tu peux te redresser un peu. »

Il y eut un silence, durant lequel Milo se noya dans les iris bleu marine de Camus. Camus qui eut l'air d'avoir une absence, puisque sa main resta à plat sur le torse de son amant.

Milo se saisit doucement de cette main pâle et il la fit remonter jusqu'à sa bouche, pour en embrasser légèrement le dos avec un sourire charmeur.

Camus eut l'air de se rendre compte de son abandon momentané au contact des lèvres de son amant diabolique et séducteur.

Il retira sa main avec un hochement de tête embarrassé. Le sourire de Milo se fit plus espiègle.

« Oh, pardon, monseigneur, vous aurais-je offensé de mes ardeurs ? se moqua Milo dans son plus beau français.

- Tu as vraiment fait des progrès dans ma langue, toi, tout de même », constata Camus qui tentait de cacher son trouble.

Le Scorpion ne manqua pas de relever le double-sens de cette phrase, depuis son esprit mal tourné.

« Ça m'étonnera toujours, ça, de te faire rougir à la moindre chose, déclara le grec dont le sourire s'élargit encore.

- Milooo, le gronda un peu le Verseau.

- Mais continue, j'aime ça », ajouta le Scorpion joueur.

Ce qui eut pour effet de faire rougir le maître des glaces une fois de plus, sous l'œil à la fois amusé et lubrique de Milo.

Sans un mot, Camus décida de passer néanmoins tendrement sa main dans le dos du grec pour l'aider à se redresser. Milo grimaça sous la douleur de ses blessures, mais ne fit aucun commentaire pendant cette manœuvre. Le huitième gardien arriva en position assise, et Camus le tint par les épaules pour l'aider à rester à la verticale.

« Ça va toujours ? s'inquiéta le chevalier des glaces.

- Oui, grinça Milo. Misère. J'avais oublié à quel point l'Aiguille Écarlate était douloureuse.

- Tu ferais bien de t'y marquer, bougonna le Verseau malgré lui. Tu te sens de te mettre debout ?

- Donne-moi un moment. »

Milo prit le temps de s'habituer à la position assise, et Camus l'observa sans rien dire.

Après une petite minute de silence entre eux, le huitième gardien amorça un mouvement pour se dégager du lit.

« Attends, Milo, je vais t'aider ».

Camus assista son amant en laissant un bras préventif dans son dos. Milo posa les pieds au sol, lentement, puis en prenant appui sur le lit, il se redressa pour mettre son poids sur ses deux jambes. Le Verseau s'était levé du lit en même temps que lui pour suivre son mouvement.

Une fois complètement debout, le onzième gardien vit le grec pâlir.

« Milo ?

- Ça va, dit son amant en prenant une profonde inspiration. Ça va passer. Il faut que je me réhabitue. »

Il y eut un moment de flottement. Camus regardait Milo dans les yeux, à l'affût du moindre malaise. Puis il inspecta l'aspect général du Scorpion, qui laissait franchement à désirer.

« Il faudrait te laver, constata le français. Tu es dans un état inquiétant. »

Milo ne lui répondit pas, et soupira seulement.

« Allez, viens. Comme ça, j'en profiterai pour changer tes pansements et vérifier l'état de tes blessures. »

Le Verseau prit d'autorité le poignet de Milo dans sa main, et précautionneusement, il guida le Scorpion jusqu'à la salle de bain. Une fois arrivé dans les lieux, il aida son amant à retirer ses vêtements et il entreprit de défaire les bandages avec une attention particulière. Milo se concentra, pour faire en sorte de respirer profondément pendant cet exercice. Chaque mouvement de tissu sur sa peau blessée provoquait une douleur aiguë dans tout son corps.

Une fois que Camus eut retiré tous les pansements, il inspecta les plaies. Il fut heureux de voir que rien ne semblait infecté, même si Milo allait mettre du temps à guérir. Il ne s'agissait pas de piqûres normales, et leur cicatrisation se ferait lentement. Pauvre Milo, pensa Camus.

Le Verseau aida ensuite le Scorpion à se laver avec un gant de toilette et une bassine d'eau. Il ne voulait pas tenter de le mettre sous la douche, pour éviter que l'eau sous pression n'agresse trop les plaies. Milo se laissa faire tranquillement. Ses blessures le faisaient souffrir, mais il aimait avoir Camus pour lui tout seul, à s'occuper de lui. Le Verseau fut particulièrement doux. Il le lava avec minutie. A chaque fois qu'il passait sur une piqûre, il faisait très attention. Il appuyait le moins possible avec son gant pour éviter de rouvrir la plaie. Mais il passa partout, d'abord avec du savon, puis il le rinça tranquillement ensuite. Il fit glisser son gant consciencieusement sur chaque partie de son corps, du visage jusqu'à ses pieds. Il s'attardait parfois un peu sur une zone qu'il savait sensible pour prodiguer une caresse, puis il continuait. Il connaissait ce corps par cœur, et toutes ses possibles réactions. Il en appréciait chaque parcelle. Une fois Milo lavé, séché, et rhabillé d'un pantalon de toile, Camus attrapa la boîte de sparadrap pour refaire les bandages. Il prit le plus de précautions possibles, même s'il vit parfois Milo tiquer lorsqu'il passait sur une blessure. Une fois qu'il eut terminé de tout remettre en place et que son Scorpion était affublé de pansements propres et solides, il acheva sa tâche en capturant ses lèvres dans les siennes.

Milo, qui était un peu crispé par la douleur que lui avaient causé toutes ces manipulations, se détendit soudainement au contact chéri.

Lorsque le Verseau rompit le baiser, il tira une chaise qui se trouvait dans la salle de bain et il la posa près du lavabo.

« Assieds-toi, Milo. Je vais te laver les cheveux. »

Le Scorpion ne se fit pas prier, et il s'affala sur la chaise plus qu'il ne s'assit dessus.

« Penche la tête en arrière, s'il te plaît ».

Pendant une petite dizaine de minutes, Camus prit soin de la chevelure de son arachnide adoré. Il passa d'abord la longue tignasse bleue sous l'eau, qui prit une teinte plus sombre. Un peu comme le ciel le soir après le coucher du soleil, les cheveux déjà foncés de Milo changèrent d'éclat, pour un bleu nuit profond au contact de l'eau. Le Verseau passa ses doigts entre les mèches pour les démêler sommairement. Il aimait la texture des cheveux de Milo. Le Scorpion avait la chevelure étrangement soyeuse, même s'il ne l'entretenait guère. Mais celle-ci s'amusait à s'onduler sans cesse de courbes rebelles, contrairement à la coiffure de Camus qui restait complètement plate quoi qu'il fasse. Le Verseau avait les cheveux épais, heureusement, sinon sa crinière aurait eu moins d'effet.

Camus passa ensuite du shampoing sur la tignasse de son amant et ses mains répartirent la mousse dessus avec application. Il en profita pour masser le crâne du Scorpion, qui en soupira d'aise. Milo avait les yeux clos et il savourait le toucher des doigts de Camus sur sa tête. Cela avait un pouvoir relaxant inégalé. Le Verseau vit le Scorpion sourire béatement sous ses caresses et cela lui arracha lui-même un sourire. Les meilleurs moments qu'il passait avec Milo étaient définitivement ces instants de calme où ils prenaient soin l'un de l'autre. Il n'y avait pas besoin de parler, simplement… Se concentrer sur le bonheur immédiat et la présence aimante de l'autre.

Le Verseau rinça à l'eau chaude les cheveux plein de savon de son amant, et il répéta le processus une deuxième fois. Milo se laissait aller, et prenait de profondes respirations. Il voulait que cela dure pour toujours. Qu'est-ce qu'il pouvait aimer son Camus, bon sang.

Au terme d'un lavage aussi tendre qu'efficace, le Verseau se saisit d'une serviette propre et il frotta la tête de Milo avec pour sécher ses cheveux comme il faut. Il en profita pour donner un ultime massage à l'arrière du crâne du Scorpion de ses doigts expérimentés à travers le tissu de la serviette. Puis il regroupa les mèches de cheveux ensemble avec ses mains, une fois le tout un peu séché. Camus attrapa le sèche-cheveux que Milo avait laissé en vrac dans un tiroir, et il passa quelques minutes à passer ses doigts dans les mèches bleu-violet qui séchaient progressivement. Ensuite, il chercha une brosse, rapidement, dans les placards de la salle de bain. Il ne mit pas longtemps à en trouver une, un peu trop inutilisée à son goût. Il allait y remédier. Il posa une de ses mains à plat sur la tête de Milo et il passa lentement la brosse de haut en bas pour démêler soigneusement les mèches de cheveux. Le Verseau utilisa la brosse de partout, cherchant à défaire le moindre nœud, dans un perfectionnisme complètement affectif. Il sentait la crinière de Milo couler entre les pics de la brosse, pour ensuite s'onduler dès qu'il avait fini de l'étirer.

Lorsque Camus acheva son intéressant exercice, il reposa la brosse sur le bord du lavabo. Milo rouvrit les yeux et lui sourit tendrement.

« Merci, Camus. C'était merveilleux. »

Le Scorpion se leva de sa chaise et il enlaça fermement le Verseau, qui lui rendit l'étreinte avec précaution, mais tendresse.

« Si tu savais comme je t'aime », murmura Milo à son oreille.

Touché, le Verseau ne répondit rien.

« Milo, commença-t-il, sans pour autant se dégager de l'étreinte. Il va être bientôt quatorze heures. Tu sais que j'ai promis à mon disciple de m'entraîner avec lui, hier.

- C'est vrai, admit le Scorpion sans le lâcher non plus. J'espère que tu vas y aller.

- Oui, je vais y aller, mais… Il faut que tu manges, Milo. Tu as perdu beaucoup de sang hier soir. Te reposer ne suffira pas.

- Je sais.

- Tu sauras te débrouiller, pour faire à manger ?

- Ne t'inquiète pas, Camus. Y'aura aucun souci.

- Vraiment ?

- Vraiment. »

Milo embrassa Camus à la base du cou.

« J'ai retrouvé les lettres que je t'avais envoyées, cette nuit, dans ta table de chevet. Elles étaient bien cachées.

- Tu vois.

- Mais tu pourrais éviter de garder ces horribles magazines.

- Pardon, Camus. Je te jure que je les lis jamais. Je les ai laissés là parce que c'est une bonne planque pour tes lettres, c'est tout.

- Tu ne me mens pas ?

- Non. Je préfère qu'on dise de moi que je suis un pervers plutôt qu'on se moque des sentiments que tu entretenais pour moi.

- Entretiens pour toi », corrigea le Verseau.

Milo eut un sourire ému à cette déclaration.

« Je verrai si je peux trouver une cachette plus éthique, si tu y tiens vraiment.

- Je n'y serais pas opposé, effectivement. »

Milo desserra doucement son étreinte et en se dégageant du corps de son amant, il fit glisser ses mains le long de ses bras, pour saisir celles de Camus.

« Milo, il faut que je te dise… Il y a Hyôga qui est déjà dans le salon, et qui nous attend. J'avais besoin de sortir un peu du temple ce matin, et il est gentiment venu à ma demande pour veiller sur toi.

- Quoi ?

- Je suis désolé, Milo. Je ne voyais pas d'autre solution.

- Et alors ?

- Et alors… Alors, il a vu tes bandages, forcément. »

Au lieu de s'énerver, Milo fronça les sourcils et plongea son regard perturbant dans le sien.

« Qu'est-ce que tu ne me dis pas ?

- Comment ça ?

- Tu me parles de ton disciple pour me cacher ce que tu es allé faire ce matin. »

Milo devenait diablement perspicace.

Mais son inquisition fut soudainement interrompue par de grands coups frappés à la porte. Un « Ouh, ouh, Milo ! Tu es là ? » résonna à travers le temple.

C'était la voix d'Aiolia du Lion.

« Qu'est-ce qu'il fait là ? » demanda Milo à voix haute.

Il ne laissa pas à Camus le temps de l'en informer, et il alla d'un pas conquérant vers la porte trouver lui-même la réponse à sa question. Lorsqu'il passa dans le salon, il aperçut effectivement Hyôga qui essayait de déchiffrer l'énorme volume du Seigneur des anneaux de son maître, sans beaucoup de succès. Le Cygne se leva, au garde à vous, mais Milo ne lui prêta pas attention et continua sa marche jusqu'à l'entrée.

Lorsqu'il ouvrit le battant de sa porte, il ne se retrouva pas face à un, mais trois chevaliers d'or.

« Milo, mon ami ! s'exclama Aiolia, enthousiaste. On venait te rendre visite! Ça fait longtemps qu'on t'a pas vu dehors !

- Euh, salut Aiolia, hésita Milo, qui dévisagea ensuite tout le monde. Pas que je ne sois pas content de vous voir, mais… Qu'est-ce que vous faites tous là ?

- Je n'ai pas eu de tes nouvelles depuis un moment, moi aussi, sourit doucement Mû. Alors on a ramassé au passage Shaka dans son temple, pour le sortir un peu.

- Bonjour, Milo, le salua courtoisement Shaka.

- Tu nous offres un café ? demanda Aiolia d'une voix forte.

- Quelle bonne idée, » s'immisça une voix derrière Milo.

Camus les avait rejoints et s'était posté derrière son Scorpion, flanqué de Hyôga. Milo le toisa d'un air circonspect.

« Vous tombez à merveille, tous les trois. Je devais justement partir m'entraîner avec mon disciple. Vous pourrez profiter de votre après-midi tous ensemble ! »

Milo plissa des yeux, mais Camus ne cilla pas.

« On ne veut pas te jeter dehors, fit gentiment Mû.

- Mais vous ne me jetez pas dehors. Et puis, cela fait plaisir à Milo, de changer de compagnie, de temps en temps. N'est-ce pas, Milo ?

- Hein ? fit Milo, ébahi de la façon dont Camus invitait trois personnes chez lui. Je… Oui, mais, enfin… »

Tous les chevaliers regardèrent Milo s'empêtrer dans son discours avec amusement.

« Bon, euh, ben entrez, alors… se résigna le Scorpion.

- A tout à l'heure, Milo », fit Camus sur un ton léger, avant que de quitter le temple rapidement, suivi de son disciple, qui n'avait pas cherché à se faire remarquer outre mesure.

Milo savait pertinemment que Camus venait de lui refourguer trois confères en guise de gardes du corps, mais il était éberlué de ce tour de force. Il n'avait aucune idée de comment une telle chose avait pu se produire.

Il invita ses trois frères d'armes dans son salon, qui s'assirent dans le canapé en rang d'oignon.

Tout cela était assez bizarre, pensa Milo. La présence d'Aiolia ne le surprenait pas. Celle de Mû était plutôt inhabituelle. Quant à celle de Shaka ? Camus aurait pu lui annoncer qu'il s'était pris de passion pour la télé-réalité que ça l'aurait moins étonné.

La Vierge ne l'avait honoré de sa présence que très peu de fois. Il ne se rappelait même pas l'avoir déjà invité à boire quelque chose.

« Du coup… café ? proposa-t-il à la ronde.

- Volontiers, agréa Aiolia pour tout le monde. Vous verrez, Milo fait un des meilleurs cafés du Sanctuaire. En excluant ceux de Deathmask, bien sûr.

- En même temps, t'es moins souvent invité chez lui, se moqua Milo.

- Honnêtement, à part Shura, Aphrodite, et toi, Milo, peu de gens mettent les pieds au temple du Cancer, avoua Mû.

- On se contentera du second meilleur café, tant pis », rit Aiolia.

Shaka se dit à part lui qu'un être aussi noble et pur que l'incarnation de Bouddha méritait mieux que le second meilleur café du Sanctuaire, mais il préféra ne pas en faire la remarque. Il était peut-être au-dessus du café que leur proposerait Milo, mais pas complètement au-dessus de la courtoisie.

« En fait, je n'ai pas encore mangé, admit Milo. Est-ce que vous voudrez vous joindre à moi ?

- Qu'est-ce que tu comptes faire à manger ? l'interrogea Aiolia.

- Je ne sais pas encore, sourit le Scorpion.

- On va t'aider à trouver, si tu veux », lui proposa Mû.

Le Bélier avait une intention moins naïve derrière cette proposition généreuse : investi de la mission de surveiller Milo, il se dit que l'opportunité était à saisir pour vérifier le contenu de ses placards.

Les trois chevaliers d'or suivirent le Scorpion dans la cuisine. Pendant la demi-heure qui suivit, ils fouillèrent les rangements et se constituèrent un menu digne de ce nom – quelques escalopes à faire à la poêle, accompagnées de patates. Mû en profita pour ouvrir un peu les placards du Scorpion, mais il ne trouva pas ce qu'il cherchait ; le stock d'alcool qu'il avait vu sous l'évier quelques années plus tôt avait disparu. Si le huitième gardien consommait encore de l'alcool, il n'était pas dans la cuisine, se dit Mû. Il espéra que c'était un signe que Milo ne buvait plus, mais il restait inquiet. Milo se baladait torse nu et bien recouvert de bandages, tableau non pas surprenant pour un chevalier mais inquiétant si celui-ci était censé rester dans son temple toute la journée.

Milo les accueillit avec toute la grâce qu'il put, alors qu'il les invita à table pour partager le repas. Aiolia accaparait le gros de la conversation, et Mû faisait des remarques de temps en temps de sa voix calme. Shaka n'intervenait que très peu, et en général, c'était pour énoncer un précepte obscur, qui provoquait un blanc réflexif dans leurs échanges.

Les quatre chevaliers mangèrent ensemble et passèrent de longues heures à discuter. Milo était loin d'être quelqu'un d'ennuyeux. Il avait toujours une plaisanterie à raconter. Mû en profitait pour l'observer un peu, puisqu'il était la plupart du temps en retrait. Oh, il riait de bon cœur aux pitreries de son compagnon d'armes, évidemment. Shaka moins. Mais Shaka… Était Shaka, et personne ne lui en tenait réellement rigueur. Et puis, si même la Vierge s'était déplacée, c'était que l'heure était grave.

Milo se sentait un peu fatigué d'avoir à tenir la conversation à trois personnes d'un coup, mais il tint bon. Il avait toujours mal à cause de sa petite séance privée d'Aiguille Ecarlate, et se tenir assis lui coûtait un peu. Mais ce qu'il n'aimait pas, c'était cette attention plutôt hors du commun que ses confrères lui accordaient. Il avait l'impression d'être observé et c'était très désagréable. Même s'il avait l'art et la manière de mettre ses invités à l'aise, il n'aimait pas ce climat insidieux où il avait la sensation de faire office de sujet à analyser.

Sa suspicion se confirma quand, au bout d'un moment, au détour d'une discussion sur le port du masque pour les femmes au Sanctuaire, Shaka l'interrogea mine de rien, l'air de tout :

« Et sinon, les bandages, Milo, c'est pourquoi ?

- C'est vrai que tu ne nous a pas dit pourquoi tu étais mis à l'arrêt par le Grand Pope, » ajouta Aiolia.

Milo les dévisagea d'un air sombre, tentant tant bien que mal de contenir son mécontentement face à ces questions désagréables.

« Ecoute, Milo, essaya Mû, c'est difficile de ne pas remarquer que tu t'es blessé… On s'inquiétait, voilà tout.

- Nous ne sommes pas là pour te juger, prononça calmement Shaka.

- C'est simplement que comme tu ne t'es pas entraîné récemment, c'est facile de se demander comment tu as pu te faire ça », renchérit Aiolia.

Milo garda le silence un instant, avant de les toiser intensément. Les trois chevaliers étaient littéralement suspendus à ses lèvres : ils se demandaient si le Scorpion allait oser leur mentir.

« Bon. Pourquoi est-ce que vous êtes là, vraiment ? les fixa Milo en croisant les bras.

- On te l'a dit, tenta Aiolia. On n'avait pas eu de nouvelles depuis un moment et…

- Arrêtez avec vos excuses idiotes. Votre présence n'est pas un hasard, je le vois bien, » fit Milo sur ton dur.

Effectivement, se dit Mû. Le Scorpion était une créature difficile à apprivoiser ; il constatait qu'essayer de questionner Milo sur ses faiblesses attisait son agressivité. Pourtant, il fallait bien poser des questions pour avancer, se dit-il avec fatalisme.

« Milo, nous voudrions simplement t'aider », lui dit Mû en gardant son calme.

Le Scorpion sembla considérer ses paroles un instant. Cependant, il fit soudainement la connexion entre les événements.

« Camus. C'est à cause de Camus, c'est ça ? »

Milo avait mis dans le mille. Les trois chevaliers se regardèrent, gênés.

« Oh, intéressant, continua Milo. C'est lui qui vous a demandé de venir, c'est ça ? »

Son regard se teinta d'une lueur orangée.

« Milo, voulut le raisonner Mû d'une voix ferme. Nous serions venus de toute manière.

- C'est vrai, ça, dit Aiolia pour soutenir le tibétain. Je comptais passer te voir, aujourd'hui. Ne pas t'avoir avec moi… Ça me manque.

- Et c'est ça vos excuses pour venir vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ? » ne se laissa pas attendrir le Scorpion.

Le regard de Mû se chargea de mécontentement.

« Ecoute, Milo, ça suffit. Camus est inquiet pour toi, et nous le sommes aussi. Je ne vois pas pourquoi est-ce que tu le prends aussi mal. »

Milo ne répondit rien, mais ses yeux ne rechangèrent pas de couleur pour autant.

« Camus nous a dit que tu ne voudrais pas dévoiler ta vie privée. Et sache que nous ne sommes pas venus ici pour ne pas la respecter, appuya Mû.

- N'en veux pas à Camus, énonça Shaka. Il a de bonnes intentions à ton égard, et si tu dois te mettre en colère contre quelqu'un, fais-le contre nous, mais pas contre lui.

- Ne le tente pas », fit Aiolia dans sa barbe.

Milo les observa de son air inquiétant quelques secondes, avant de les interroger :

« Qu'est-ce que vous voulez de moi, exactement ?

- Rien de plus que t'apporter notre soutien, fit le Lion.

- Et il ne vous a pas traversé l'esprit que PEUT-ETRE je saurais me débrouiller tout seul ? » répliqua Milo d'un ton tranchant.

Mû fronça ses points de vie et fit de son mieux pour ne pas s'énerver devant la tête de mule qu'était devenue le Scorpion.

« Milo… Camus du Verseau est un grand garçon, et responsable, en plus de ça, donc…

- Responsable, c'est un bien grand mot, s'immisça Shaka. Moi, je suis responsable, par exemple, lui…

- Ce n'est pas le moment de faire ce genre de commentaire, Shaka ! siffla Mû pour le faire taire. Camus sait se débrouiller tout seul, et il s'abaisse rarement à demander de l'aide. Et je le retrouve sur le pas de ma porte, flanqué de ton ami Aiolia, ce matin à l'aube. Alors tu vas me faire le plaisir d'arrêter de te foutre de nous et de faire semblant que la situation ne te dépasse pas ! »

Il y eut un silence ébahi après l'éclat peu commun du Bélier. Aiolia le brisa d'une petite voix :

« En même temps, c'est Camus qui est dépassé, pas Milo.

- Mais enfin, tu vois bien que si Camus est dépassé, c'est que l'heure est grave ! Ce type a toujours réponse à tout, d'habitude !

- Eh, dites, je suis là, hein, intervint Milo. Vous dérangez pas trop.

- Tiens, tu te décides à parler, toi ? Bien, alors c'est peut-être le moment de nous dire ce qu'il se passe ! »

Milo écarquilla les yeux devant la colère peu habituelle de Mû. Cela lui fit perdre son humeur assassine pour un amusement qu'il ne s'expliqua pas, et ses yeux redevinrent bleus dans le processus. Il ne fallait pas trop chercher le Bélier, on dirait. Un rire força son chemin entre ses cordes vocales.

« Eh ben, secoua-t-il la tête, souriant malgré lui. J'invite des gens chez moi et je me fais engueuler, dis donc.

- C'est ton mec qui nous a invités, précisa charitablement le Lion.

- Simple détail de courtoisie, répliqua Milo sans se laisser perturber.

- Tu as l'air bien énervé, Mû, s'étonna Shaka. Tu veux une infusion à la camomille ? »

A ces mots, Milo fixa Shaka, interdit, avant d'éclater d'un rire tonitruant, suivi par Aiolia de près. Mû, quand à lui, avait pris un air renfrogné devant le peu de respect que Shaka avait pour son humeur.

Lorsque Milo redescendit de son fou rire et passa une main devant ses yeux pour en essuyer les larmes, il déclara :

« Si vous voulez vraiment, je dois avoir ça dans mes placards quelque part… Camus boit beaucoup d'infusions.

- Ça te ferait du bien d'en consommer au moins cinq par jour, marmonna le Bélier sur un ton pincé.

- Oh, Mû, te vexe pas, rit Milo.

- Loin de moi l'idée d'avoir voulu te blesser, Mû, fit Shaka en guise d'excuse. Je te trouvais un peu tendu, voilà tout.

- Tu crois ? rétorqua Mû avec ironie.

- Eh, Mû, l'interpella Milo pour qu'il cesse de bouder. C'est bon, t'as gagné. Je vais y répondre, à tes questions. De toute façon, est-ce que j'ai le choix.

- Bien sûr, répondit Shaka, méditatif. Tout être vivant peut choisir de répondre ou non à une question, s'il en a la capacité, même si toutes les questions n'ont pas de réponse. Et d'ailleurs…

- Oui, c'est bon Shaka, on a compris, » sourit Aiolia devant l'instant philosophie que leur octroyait la Vierge.

Mû tourna un visage plus calme et plus doux vers Milo.

« Tu veux bien nous dire ce qu'il t'arrive, alors ? »

Milo plongea son regard dans les yeux verts du Bélier.

« J'aurais une condition avant ça.

- Laquelle ? l'interrogea Aiolia.

- Je veux que vous me promettiez qu'à aucun moment vous n'impliquerez les commères que sont devenues Aphrodite, Deathmask et Kanon.

- Tu sais, il y a des chances que tu entendes parler d'eux même sans notre aide, parla franchement le Lion.

- Peut-être bien. Mais si vous vous considérez mes amis, je vous prierai de rester discrets. Et si vous ne vous en sentez pas capables, je vous raccompagne dès maintenant à ma porte. Pas besoin de faire durer le plaisir. »

A ces mots, Mû eut un sourire amusé.

« C'est quand même assez drôle. Camus nous a demandé la même chose ce matin avant de venir nous parler. Pas en ces termes, mais…

- Non, Camus n'aurait pas daigné mentionner les noms impurs d'Aphrodite, Deathmask et Kanon tout haut, mais il l'a pensé très fort, se moqua le Lion.

- Comment tu parles de mon mec, toi, s'offusqua Milo.

- Oh, ça va, si on peut plus rigoler…

- Je te répète ce que j'ai dit à Camus ce matin, intervint Shaka. Je ne suis pas du genre à m'abaisser à raconter des cancans.

- Non, c'est pour ça que tu es venu en glaner chez moi, ironisa Milo.

- Milo, je te prierai de me respecter. A aucun moment je n'avais d'idées impures de ce genre en tête. Je suis quand même venu jusqu'à toi, dans cet antre de débauche, pour te venir en aide !

- Un antre de débauche ? répéta sourdement le pauvre Scorpion.

- Dis, Shaka, essaya de calmer le jeu Aiolia. Tu gagnerais à être plus courtois, quand même.

- Il m'a provoqué, fit la Vierge vexée.

- Dites, si vous arrêtiez de vous comporter comme des enfants, ce serait bien, voulut recentrer Mû.

- Mû, là, tu n'aides pas, avec ce genre de commentaire, fit le Lion.

- Ecoute, je suis venu là pour apporter de l'aide à Milo, pas pour le voir se disputer avec Shaka. Je sais qu'on ne dirait pas comme ça, mais j'ai d'autres choses à faire de mes journées.

- Moi aussi, avoua Milo. A part ça, vous me jurez que ce que je vous dirai restera entre nous ?

- Oui, répondirent-ils tous en décalé.

- Bon, d'accord. Tu as le droit de poser tes questions, Mû, » abdiqua Milo dans un soupir.

Le silence se fit, un peu solennel. Mû dévisagea la Vierge et le Lion, avant de reconcentrer son attention sur Milo.

« Je vais commencer par reposer la question que t'a posé Shaka tout à l'heure. Pourquoi est-ce que tu portes des bandages ? »

Milo prit une grande inspiration résignée.

« Parce que je me suis blessé.

- C'est pour ça que le Grand Pope a ordonné ta mise au repos ?

- Pas vraiment, c'est Camus qui est venu le demander.

- Pourquoi ? demanda Shaka.

- Parce qu'il s'inquiétait. »

Mû, voyant que Milo n'avait pas envie d'être bien coopératif, changea de tactique.

« Ça te fait mal, ce qu'il y a en dessous de tes pansements ? Tu veux peut-être qu'on aille se mettre à un endroit plus confortable que ces chaises ?

- Non, ne vous embêtez pas.

- Ok, Aiolia, Shaka, on bouge, fit Mû sur un ton définitif. Tu veux de l'aide pour te déplacer, Milo ?

- Mais je viens de vous dire que…

- Milo, le sermonna Mû. Viens. Quelle que soit la gravité de tes blessures, tu seras mieux avec un bon dossier. Et d'après ce que tu as, je dirais que ce ne sont pas que des égratignures. Donc arrête de faire l'enfant. Alors ?

- Alors quoi ?

- Alors, tu veux de l'aide pour bouger ?

- Non, non, ça, je peux me débrouiller, merci. »

Sur ces paroles, les quatre chevaliers d'or se levèrent de leur chaise et allèrent se réinstaller dans le salon de Milo. Le Scorpion grimaça en se levant de sa chaise, mais il n'eut aucune difficulté à suivre les autres. Le soulagement fut palpable pour lui quand il put s'installer dans le fauteuil, qui présentait un dossier plus mou et moins exigeant pour son torse endommagé.

Les trois autres se postèrent face à lui, sur le canapé, attendant visiblement la suite.

« Et si tu nous racontais simplement ce qu'il se passe ? suggéra Aiolia.

- Je ne suis pas sûr d'arriver à vous faire un résumé cohérent de la situation, avoua Milo.

- Est-ce que tu sais ce que Camus est allé dire au Grand Pope, par exemple ? essaya Mû.

- Non, sourit Milo. Camus garde ses secrets de rhétorique pour lui, en général. »

Pas de chance, pensa Mû. Ça aurait pu faire un point de départ. Le Bélier rechignait à partager les détails de ce que leur avait dit Camus le matin même. Il ne voulait pas créer de problèmes dans leur couple avec un Milo qui ne ferait plus confiance à sa moitié. Ils savaient à peu près ce qu'il s'était passé, mais Mû souhaitait l'entendre de la bouche du grec.

« Milo, comment tu t'es fait ça ? demanda Mû en pointant son torse du doigt.

- Euh… Je… Je… »

Milo se reprit.

« C'est de ma faute. C'est moi qui me suis fait ça.

- C'est pour ça que Camus est inquiet, l'aida Aiolia.

- Oui. »

Il y eut un silence.

« C'est ton Aiguille Écarlate, n'est-ce pas, demanda Shaka, qui pourtant le savait pertinemment.

- Oui, fit Milo d'un air contrit.

- Pourquoi t'être fait ça ? l'interrogea encore Mû.

- Parce que je… je… Je me sentais coupable. Je me suis énervé contre Camus, hier, et… Je ne sais pas ce qui s'est passé dans ma tête. Mais c'était trop. »

Effectivement, si c'était la raison qu'il avait donnée à Camus, ce n'était guère surprenant qu'il n'en mène pas large, se dit le Bélier.

« Qu'est-ce qui est… trop ? lui demanda Mû avec douceur.

- Tout. Tout est trop. La résurrection, tout ça… je crois que je ne sais pas où j'en suis.

- J'aurais pensé que tu serais content de revoir tout le monde vivant, pourtant, remarqua Aiolia.

- Je le suis, répliqua Milo. C'est pour ça que je ne comprends pas. Mais je crois que… C'est dur pour moi de me faire à l'idée que Camus est vivant alors que j'ai passé des années à porter le deuil pour lui. »

Shaka avait, pour sa part, peu de notion de ce qu'était réellement le deuil. Il voyait la vie comme un continuum de réincarnations sans cesse, et la mort n'était qu'un passage. Alors, il avait du mal à ressentir ce que c'était. Mais il voyait les autres êtres humains autour de lui souffrir de la perte, et cela le chagrinait, étrangement.

« En clair, tu trouves que tout ce bonheur est trop soudain, ou trop factice, c'est ça ? tenta Shaka.

- Non, il n'est pas factice. Vous ne pouvez pas savoir ce que j'ai ressenti quand j'ai revu Camus vivant pour la première fois. C'était… C'était une des plus belles choses que j'ai pu vivre de mon existence. Mais maintenant…

- Maintenant ? l'encouragea Aiolia.

- J'avais pris des habitudes, avant qu'on ressuscite. Toute cette douleur, ça m'a marqué, et je ne m'en étais pas rendu compte. Camus, lui, il est tout pareil. Mais moi… J'ai peur de ne pas pouvoir être ce que j'étais avant, parce que c'était tellement difficile d'être tout seul. Et puis il y a eu toutes ces insomnies, qui m'ont fait comprendre que je pouvais essayer tant que je pouvais, je n'arriverais plus à être ce moi que Camus avait connu. »

Aiolia, depuis le début du problème que le Verseau avait soulevé en venant le solliciter, n'était pas enchanté de savoir que Milo lui avait caché une peine incommensurable sans l'avoir laissé l'aider.

« Mais Milo, commença-t-il… Déjà, pourquoi tu ne m'avais rien dit, à l'époque ? Je n'aime pas savoir que tu étais mal tout ce temps et que tu ne me l'as jamais confié. Je suis ton meilleur ami, quand même !

- Aiolia, intervint Mû. Tu ne peux pas lui en tenir rigueur. Milo a géré son deuil comme il a pu. Tu ne l'aides pas maintenant en lui mettant des accusations sur le dos.

- Peut-être, mais ça prouve que tu ne me fais pas confiance, se renfrogna le Lion.

- Aiolia, essaya Milo d'un air désolé. Ça n'a rien à voir. Camus n'avait jamais voulu que j'en parle. Pour moi, c'était faire honneur à sa mémoire que de me taire. Je ne pouvais pas le trahir, c'était au-dessus de mes forces.

- Mais Camus était mort ! s'exclama Aiolia. Il n'allait pas venir vérifier !

- AIOLIA ! s'indigna Mû. Mais ça ne va pas ? Milo vient de te dire que c'était important pour lui, et toi, t'as vu comment tu parles ? »

Aiolia poussa un grognement mécontent.

« Excuse-moi, Milo. Je n'aime juste pas te savoir mal sans rien pouvoir faire. Mes mots ont dépassé ma pensée.

- C'est bon, Aiolia… C'est du passé, de toute façon, se résigna le Scorpion.

- Oui, mais c'est un passé qui te travaille, d'après ce que je comprends, parla Mû avec douceur.

- Je ne sais pas quoi faire, avoua Milo. Ça n'a aucune raison d'être là. Tout va bien, maintenant. Je ne comprends pas pourquoi je suis comme ça.

- Certaines blessures prennent du temps à cicatriser », déclara Shaka sagement.

Mû prit un temps pour réfléchir à la situation.

« Est-ce que tu as parlé à Camus de ça ? Du fait que tu as souffert de votre séparation ?

- Oui, je l'ai mentionné, répondit le Scorpion. Il est venu faire sa petite inquisition, comme vous en ce moment.

- Ce n'est pas une inquisition, le contredit Shaka.

- Peu importe.

- Mais est-ce que tu lui as parlé de comment tu étais avant ? Et du fait que ça peut être ce qui influence ton comportement aujourd'hui ?

- Non, admit Milo. Mais… je sais pas si j'ai envie de le faire. Camus n'a pas à savoir ce qu'il s'est passé. Je vais pas lui raconter comment j'ai fait le deuil de sa propre personne. Ça n'a aucun sens.

- Au contraire, je pense que ça pourrait en avoir, si tu y regardais bien, lui indiqua Mû. Mais Milo… J'ai une question pour toi, concernant ce qu'il s'est passé avant notre résurrection.

- Oui ?

- Aiolia m'avait raconté qu'un jour, il t'avait retrouvé en coma éthylique dans ton temple, et que tu avais consommé beaucoup d'alcool. Et ça m'est revenu à l'esprit lorsque tu as parlé du fait que tu étais mal. Est-ce que tu… Tu étais raisonnable, avec l'alcool, sinon ? »

Milo fronça les sourcils.

« Je ne suis pas sûr que j'ai vraiment envie de répondre à cette question », fit le Scorpion.

Mais son silence parlait évidemment de lui-même.

« Milo…

- Non. Je ne veux pas parler de ça. Je suis désolé. La façon dont j'ai fait mon deuil de Camus… C'est privé. Si j'ai pu m'égarer par le passé… Ça ne concerne que moi.

- On voulait juste s'assurer que tu n'aies pas pris de mauvaises habitudes maintenant, lui assura Aiolia pour défendre le Bélier.

- Ecoutez, je fais ce que je peux, ragea le Scorpion. Je sais que je suis pas toujours exemplaire, mais je suis un grand garçon.

- Tu t'infliges ta propre attaque tout seul, alors excuse-nous de nous inquiéter ! » s'exclama le Lion.

Milo allait se mettre plus en colère quand une tornade blanche déboula d'un seul coup dans son modeste salon, sans prendre la peine de frapper ou de s'annoncer.

Le Scorpion le reconnut tout de suite : c'était Hyôga du Cygne. Il s'en inquiéta immédiatement en constatant l'état paniqué du chevalier de bronze face à lui, et surtout, l'absence de son mentor à ses côtés.

« Hyôga ? Mais…

- Milo ! s'exclama le Cygne. Viens vite, c'est Camus, il…

- Il quoi ? le pressa le Scorpion, qui s'angoissa devant l'inquiétude manifeste du Cygne.

- Il y a eu un accident pendant l'entraînement, et… Camus s'est pris un coup de gel trop fort… ça a brisé sa garde… il est tombé, et depuis, il est inconscient.

- PARDON ? » cria Milo.

Hyôga blêmit en voyant le Scorpion se lever lestement et avancer d'un pas menaçant vers lui, les yeux orange et une expression meurtrière sur le visage.

« Hyôga du Cygne ! Qu'est-ce que tu as fait à Camus, espèce d'assassin ?! » tonna Milo qui avait sorti son ongle rouge.

Heureusement pour Hyôga, Aiolia s'était aussi redressé, et il retint Milo en lui agrippant fermement le bras.

« Milo ! Calme-toi.

- Lâche-moi, s'énerva Milo. Je vais le tuer ! Je vais le tuer pour avoir osé blesser Camus !

- MILO ! s'imposa Mû. Arrête de t'emporter inutilement. C'est un accident. Il vaut mieux que nous aillions voir comment il va, plutôt que tu assassines son disciple. »

Milo se détendit un peu et plongea son regard agressif dans celui apeuré de Hyôga.

« Tu perds rien pour attendre, gamin. Alors, qu'est-ce que tu attends ? BOUGE ! Montre nous où il est ! Il n'y a pas de temps à perdre ! »

Sur ces paroles, les quatre chevaliers se précipitèrent à la suite du Cygne, qui ouvrit la marche de sa plus belle course.