Note de l'auteur: Bonjour/Bonsoir à tous/tes! C'est avec plaisir que je vous poste la suite de cette histoire. Au menu... Un autre dîner comme on les aime. Voilà, je n'ai que peu de choses à vous dire avant de vous laisser découvrir le chapitre. Mais j'en profite pour remercier encore et encore les reviewvers/euses. Et bien sûr, mes merveilleux/ses lecteurs et lectrices. N'hésitez pas à commenter la fic, vraiment, c'est très apprécié, et je réponds toujours!

Quoi qu'il en soit, j'espère que vous aimerez ce texte, et je vous souhaite, comme d'accoutumée, bonne lecture!


Chapitre 8 - Le Scorpion et le canard

Milo resta un petit moment dans les bras de son amant. Il était heureux que Camus dorme. C'était un juste retour des choses. Néanmoins, lui n'était pas vraiment fatigué. Il s'était levé tard, et comme c'était encore le début de la soirée, il se dit qu'il valait peut-être mieux qu'il laisse le français se reposer, et qu'il aille se faire quelque chose à manger, par exemple.

C'est en ayant cette pensée qu'il se leva du lit. Sur le chemin de la sortie, il alla tout de même fouiller un peu dans les placards de Camus, pour y trouver une couverture supplémentaire. Que le Verseau aie froid était très inhabituel. Alors Milo se saisit d'un plaid en laine bien épaisse, et il le répartit sur son amant, qui s'était roulé en boule sur un côté du lit. Il faisait de la peine, comme ça, pensa Milo. Il avait l'air tout frêle, et cette sensation était accentuée par la place vide à côté de lui. Cela ne manqua pas de lui rappeler ces nombreuses nuits que lui-même avait dû passer seul. Nuits durant lesquelles il avait serré dans ses bras un oreiller pour essayer de faire taire le vide de son cœur. Milo se sentit un peu triste à cette pensée. Il reviendrait vite voir Camus.

Pas bien loin, dans la chambre d'amis du temple du Verseau, Hyôga déballait quelques affaires pour s'installer. Le Cygne était un peu chez lui où bon lui semblait au Sanctuaire, depuis qu'Athéna en avait repris les rênes, mais au temple du Verseau, il avait davantage l'impression d'être chez Camus. De n'être qu'un invité. Ou un apprenti à nouveau. Cette situation lui rappelait son entraînement avec nostalgie. Il ne l'avait pas su alors, mais même si son apprentissage avait été dur, il bénéficié pendant un temps d'un cocon de sécurité. Camus ne leur avait fait aucun cadeau, à lui et à Isaak, mais il avait quand même veillé à leur santé, voire leur bien-être. Hyôga se rappelait de ces histoires que Camus lisait quand il était petit et qu'il avait peur de s'endormir sans sa maman. C'était peu de le dire, que son maître était une figure paternelle pour lui ; le Cygne s'évertuait de jour en jour à essayer de le rendre fier. Et que Camus l'ait verbalisé devant lui… Avait touché Hyôga plus qu'il ne se l'était imaginé.

« Canard » retentit une voix moqueuse dans son dos.

Hyôga sursauta et se retourna vivement vers le nouveau venu.

Milo était calé dans l'encadrement de la porte ouverte, et le regardait avec un sourire amusé. Hyôga ne s'était pas attendu à revoir le Scorpion de sitôt après la mésaventure qui était arrivé au Verseau. D'ailleurs, il pensait qu'il passerait probablement la soirée sans être dérangé, à moins qu'il n'y ait une catastrophe. Cette pensée l'alarma.

« Milo ? Il y a un problème ? Camus va bien ?

- Tout va bien, répondit le Scorpion, surpris que Hyôga panique autant. Il n'y a aucun problème. Camus est hors de danger, maintenant. Même si c'est pas vraiment grâce à toi.

- Je suis désolé, fit le Cygne, la tête basse.

- Ce n'est pas à moi qu'il faut s'excuser.

- Je sais. »

Un silence lourd s'abattit entre eux.

« Camus dort, pour le moment, l'informa Milo. Mais je n'ai pas encore eu de dîner, et je me suis dit que toi non plus.

- Non, j'ai pas encore mangé.

- Tu m'aides à faire le repas ? proposa Milo. Avec mes blessures, j'ai peur de ne pas arriver à tenir debout trop longtemps pour faire la cuisine.

- Ah ! comprit Hyôga. Bien sûr que je vais t'aider.

- Merci », répliqua le grec.

Milo se dégagea de son appui contre la porte et d'un geste de la main, il lui fit signe de le suivre. Hyôga obtempéra, soucieux. Il ne savait jamais trop à quoi s'attendre, avec Milo. Le grec oscillait d'ordinaire avec lui entre une tendresse amusée et des envies de meurtre, et Hyôga avait toujours un peu peur de faire resurgir cette deuxième facette inquiétante.

Il y a Camus dans la pièce d'à côté, se dit-il pour se rassurer. Oui, mais… C'est quand même moi qui l'y ai mis, se rappela-t-il ensuite.

Milo devant lui marchait vers la cuisine d'un pas ferme, mais Hyôga remarqua vite qu'il se tenait légèrement le torse d'une main. Le Scorpion avait fait toute une course dans les escaliers, était resté assis sur une chaise pas si confortable que ça chez lui toute l'après-midi et s'était vautré sur le rebord rigide du lit de Camus. De fait, il se sentait affaibli.

Le Cygne accéléra le pas pour se porter à la hauteur du grec.

« Milo ? Tu veux un peu d'aide ? Je peux te soutenir pour marcher, si tu veux.

- Ça ira, merci, grinça le Scorpion. Je vais me mettre sur une chaise et on pourra commencer la cuisine.

- Tu es sûr ?

- Certain. »

Hyôga n'insista pas. Milo était une tête de mule, et surtout, il était fier. Etre blessé devant des témoins était quelque chose de difficile pour lui. Le Cygne en avait conscience.

Le grec arriva finalement à la hauteur d'une chaise et il s'y assit en poussant un soupir de soulagement. Le russe en eut de la peine pour lui. Pour le coup, il connaissait bien la sensation de l'Aiguille Écarlate. Ce n'était pas un souvenir qu'il chérissait. D'ailleurs, c'était une après-midi qu'il n'aimait pas trop se remémorer, dans son ensemble.

Hyôga se posta à sa hauteur.

« Qu'est-ce que tu veux faire à manger ?

- Déjà… Regarde ce qu'il y a dans les placards de Camus, ordonna Milo, l'air absent. Ce sera un bon début.

- D'accord. »

Le russe fit ce qu'on lui avait demandé, et il prit le temps d'ouvrir les nombreux rangements de chez son maître. Ils étaient bien remplis. Il y avait de quoi faire à manger pour deux semaines.

« Il y a beaucoup de légumes, le renseigna Hyôga. Des patates, carottes, courgettes, tomates… Sinon, il y a du poisson au congélateur. Il y a des œufs dans le frigo, et il y a de la farine… Quelques conserves. Des pâtes, du riz, des épices… »

Hyôga tourna un visage interrogateur vers Milo.

« Je pense qu'il vaut mieux faire quelque chose de simple, raisonna le grec. Tu as dit qu'il y avait des œufs. Ça te dit de faire une omelette ? On peut peut-être l'agrémenter avec des herbes, ou des champignons, si tu en trouves. Qu'est-ce que t'en penses ?

- Pourquoi pas, agréa Hyôga. J'ai vu du persil, de la ciboulette et du basilic quelque part.

- Parfait, commenta Milo. Dis-moi ce que tu préfères. »

Le Cygne hésita quelques secondes.

« Pourquoi pas du basilic ? J'ai jamais essayé dans une omelette.

- Est-ce qu'il y a des tomates ?

- Oui.

- D'accord. Toi, lave les feuilles de basilic et mélange les œufs dans un bol. Je me charge de découper les tomates. On va tout mettre ensemble à cuire. »

Hyôga obéit et donna donc quelques tomates au huitième gardien, ainsi qu'un couteau et une planche à découper. Une fois les ustensiles remis, il sortit quelques œufs de leur boite et les cassa, pour ensuite les battre ensemble avec une fourchette.

Le russe lava enfin le basilic et Milo lui remit les tomates qu'il avait coupées en dés. Il se chargea d'incorporer le tout au mélange.

Milo allait se lever pour trouver une poêle, mais Hyôga l'en empêcha.

« Non, reste où tu es, je vais les faire cuire moi-même. Pas besoin de te lever.

- Ça a intérêt à être fait correctement, gamin.

- Compte sur moi », répliqua le russe sur un ton assuré.

Avec un léger sourire, Hyôga trouva la poêle en question, la posa sur la plaque à induction de la cuisine, et fit cuire le mélange dans de l'huile d'olive. Il n'oublia pas l'assaisonnement.

Milo le surveillait tout de même de là où il était assis. Pas qu'il n'avait pas confiance en les talents culinaires du Cygne, mais… Quoique, si, en fait. Il n'avait pas confiance. Et puis, il préférait faire les choses lui-même. Mais dans ces circonstances, il devait ravaler sa fierté et accepter d'être un peu secondé.

« Où tu as appris à faire la cuisine, toi, d'ailleurs ? se renseigna Milo.

- Avec maître Camus, bien sûr, répondit Hyôga en surveillant la cuisson. Mais je pourrais te retourner la question.

- Ah, ça… Je suis assez débrouillard. Alors j'ai retenu quelques recettes que j'aimais bien, en regardant les autres faire, et voilà. Je ne suis pas aussi doué que ton maître, mais je sais survivre quelques mois avec un frigo rempli sans problème. »

Le Cygne se retourna.

« Je vois.

- Surveille le repas, toi, au lieu de me regarder », ordonna Milo.

Hyôga revint à ce qu'il faisait mais cela ne l'empêcha pas d'objecter.

« Tu sais, ils ne vont pas s'envoler, ces œufs.

- Si tu devais les laisser sans surveillance trop longtemps, y'aurait des petits poussins de ton genre qui se mettraient à éclore et voler partout. Très important, de surveiller les œufs. »

Hyôga eut un rire perplexe.

« Euh… Mais qu'est-ce que tu racontes, Milo… ?

- C'est un essai d'humour.

- D'accord. »

Milo éclata de rire en constatant que le Cygne n'avait aucun remords à esquinter sa fierté de boute-en-train.

Un silence confortable s'installa entre eux, et pendant quelques minutes, on n'entendit plus que le son de la friture qui émanait de la poêle. Milo semblait être retombé dans ses pensées, et il sursauta presque quand une assiette pleine arriva dans son champ de vision.

« Milo ? appela le Cygne.

- Oui ?

- Je voulais vérifier que tu allais bien.

- J'étais en train de penser, c'est tout.

- D'accord. Mais mange ton omelette, avant qu'elle refroidisse. »

Le Cygne avait eu le temps d'installer la table sans que Milo ne s'en soit vraiment rendu compte.

« C'est plutôt bon, le complimenta le Scorpion en goûtant son plat. Tu t'es bien débrouillé, canard.

- Moi c'est le Cygne », se renfrogna Hyôga.

Milo lui rendit un sourire espiègle pour toute réponse.

« Moi, je trouve que ça te va bien, comme surnom. Surtout quand on a un maître comme le tien qui joue la mère poule.

- Maître Camus n'a rien d'une mère poule.

- Oh, un peu, quand même, rit Milo. Tu ne sais pas combien il s'inquiétait pour vous, quand il vous entraînait en Sibérie. Et Hyôga par ci, et Isaak par là… A peine il me demandait comment j'allais.

- C'est vrai ? s'étonna le Cygne. Pourtant, il n'en donnait pas l'air.

- Si je te le dis, lui sourit Milo. Et puis, il s'est bien occupé de vous, non ?

- Si on oublie qu'il a failli nous laisser mourir de froid plusieurs fois, peut-être, admit le russe qui d'ordinaire, était plus élogieux envers le français.

- Il a fait ça ? s'étonna Milo.

- Euh… oui. Ça faisait partie de notre entraînement. Nous ne pouvions pas prétendre devenir des chevaliers des glaces sans résister au froid.

- Peut-être qu'il pensait tout simplement que vous seriez assez forts.

- C'est possible. Maître Camus laisse toujours une chance à ceux qui le méritent.

- Ça ressemble bien à un truc qu'il dirait, s'attendrit le Scorpion.

- Oui. Et toi, Milo ? Tu n'as jamais raconté comment tu t'étais entraîné. Il était comment, ton maître ? »

Milo faillit s'étrangler sur sa nourriture à cette question. Il ne l'avait pas vue venir.

« Euh… Ça t'intéresse ?

- Ben… Oui, si j'ai posé la question, hésita Hyôga.

- Tu sais, il n'y a pas grand-chose à raconter. Enfin, pas grand-chose de marrant, je veux dire.

- Il était pas gentil, ton maître ?

- C'est pas vraiment la question, répliqua Milo, dont le visage s'assombrit.

- Pourquoi ?

- Parce que ça n'aurait rien changé qu'il le soit ou non, » marmonna le Scorpion.

Hyôga le toisa un instant, interdit.

« Ça ne change rien à ma question, s'entêta le Cygne.

- On t'a jamais dit que tu étais trop curieux, par hasard ? » s'enquit Milo, avec une pointe d'amusement dans la voix.

Ce ton un peu joueur qu'employait Milo renseigna le russe sur le fait qu'il pouvait pousser un peu la conversation. Le Scorpion n'était pas de trop mauvaise humeur, et au lieu de s'énerver, il semblait contourner le sujet. Ce qui encouragea Hyôga à creuser un peu, même s'il savait qu'il s'avançait sur un terrain miné.

« Pourquoi tu ne veux pas en parler ? demanda d'un coup le chevalier de bronze, changeant de tactique.

- Hyôga, redevint grave le huitième gardien. J'ai mes raisons.

- Et c'est quoi, comme raisons ?

- Ecoute. Je n'ai rien de gai ou de léger à raconter sur mon entraînement. Et tu ferais mieux d'arrêter de poser des questions qui ne t'apportent rien, comme ça.

- Si, ça m'apporte des choses. Je m'inquiète des gens que j'estime, s'enferra le Cygne.

- Tu es vraiment borné, canard.

- Cygne.

- Canard.

- Cygne ! cria presque le bronze. Et puis, Camus me l'a toujours dit : il n'y a pas de question bête. »

Le Scorpion soupira à l'évocation de son amant. Parfois, il maudissait sa rhétorique superflue.

« Si tu tiens vraiment à savoir, tu ferais mieux de finir ton repas d'abord. J'en parlerai mieux avec un meilleur dossier, lâcha Milo.

- D'accord, » consentit le russe, surpris de sa chance.

Honnêtement, il ne s'était pas attendu à avoir eu gain de cause. Et c'était bien naturel : la dernière fois qu'il avait osé poser une question au huitième gardien en titre, ce dernier avait provoqué le décès instantané d'une de ses chaises les plus fidèles. Et menacé le Verseau par-dessus le marché. Alors Hyôga avait tenté, c'est vrai, mais plus pour la forme. Cependant il était bien curieux de savoir ce que Milo consentirait à lui raconter, ou s'il allait vraiment lui parler tout court. Après tout, il changerait peut-être d'avis.

Une fois son repas terminé, le Scorpion se leva avec précaution de sa chaise et se dirigea vers le canapé du Verseau, pour s'y affaler sans grâce particulière. Il n'en pouvait plus, d'être à la verticale en permanence. Il sentait tout le poids de sa cage thoracique qui pesait sur ses blessures. Tous les muscles en lui qui le tenaient debout s'activaient lorsqu'il était ne serait-ce qu'assis, et c'était très fatigant –pour ne pas dire douloureux.

Hyôga en avait profité pour débarrasser la table, et il prit un temps pour faire la vaisselle. Camus lui en voudrait s'il laissait du bazar chez lui.

« Tu veux une boisson chaude, Milo ? l'appela un Hyôga décidément très serviable, depuis la cuisine.

- Pourquoi pas, se laissa tenter le Scorpion. Tu sais faire du chocolat chaud ?

- Oui, je sais faire ! C'est une bonne idée ! J'en fais deux ! »

Hyôga fit donc le nécessaire pour trouver de quoi leur préparer leurs chocolats. Il passa quelques minutes supplémentaires dans la cuisine le temps que le lait chauffe, et peu après, il revint vers Milo au salon, avec les deux tasses en main. Il en posa une sur la table basse devant le canapé où était affalé plus qu'assis le Scorpion, et il trouva une place à l'autre bout pour s'assoir, son mug en main.

« Merci, se redressa un peu le Scorpion en titre. Tu es vraiment très serviable, Hyôga. Décidément, Camus t'a bien éduqué.

- C'est un bon maître.

- Je vois ça, » s'amusa Milo.

Hyôga avala une gorgée de son breuvage brûlant.

« Et donc, tu me racontes ?

- De quoi ?

- Ben, ton entraînement. Tu as dit que tu raconterais.

- T'es sûr de toi ? Tu veux pas plutôt me parler d'anecdotes drôles sur la Sibérie ? On passerait une soirée plus amusante, quand même.

- Je te les donne, mes anecdotes, mais quand tu m'auras fait part des tiennes.

- J'ai pas ça en magasin, des anecdotes rigolotes sur mon entraînement.

- C'est pas grave.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, au juste ? Quand même, canard. Tu sais que t'es la quatrième personne qui me soumet à un interrogatoire, aujourd'hui ?

- Ah bon ? C'est qui les trois autres ?

- Un mouton, un lion et l'incarnation actuelle de Bouddha.

- Mû, Aiolia, et Shaka ?

- Tu es drôlement perspicace, se moqua le Scorpion.

- Je vérifiais, c'est tout, se vexa un peu le Cygne. Qu'est-ce qu'ils voulaient ?

- Me cuisiner à la place de Camus sur mon passé.

- Ah. Ça a pas dû te plaire, en déduit Hyôga avec un sourire.

- Pas vraiment, non. C'est pas particulièrement agréable. »

Milo attrapa sa tasse et se concentra sur la chaleur qui s'en échappait, et qui s'insinuait dans ses mains.

« Tu t'es entraîné où, alors ? voulut savoir Hyôga.

- Sur l'île de Milos, en Grèce, soupira le grec. C'est de là que je tire mon nom.

- Tu as le même nom que le lieu où tu t'es entraîné ?

- Oui. Pourquoi ?

- Mais tu avais bien un prénom, avant ?

- Euh… J'en sais rien.

- T'en sais rien ?

- Ben, j'étais vraiment tout gamin, à l'époque, quand on m'a recruté. Je te signale que j'ai eu mon armure d'or à sept ans.

- Ouah. Moi, c'est l'âge où Camus a commencé mon entraînement. Mais je m'appelais déjà Hyôga.

- Eh oui. C'est la différence entre un or et un bronze, fanfaronna un peu Milo.

- Je t'envie pas vraiment, à vrai dire. Je suis content d'avoir eu droit à une petite enfance tranquille.

- Il n'y a pas vraiment lieu de m'envier, déclara Milo sur un ton uni. Et puis de toute manière, c'est bien simple : il n'y a qu'une seule armure du Scorpion.

- Heureusement. J'aimerais pas me retrouver face à dix types comme toi. Un Scorpion, ça suffit bien.

- Sale gosse, ponctua Milo sans vraiment se vexer. Je te signale à tout hasard qu'il y a déjà 12 types comme moi dans les environs.

- Pas faux, admit Hyôga avec un léger rire. Mais tu ne te souviens pas de ta famille ? Rien du tout ?

- Je sais pas trop. J'en avais peut-être, avant. Ils m'ont trouvé dans la rue. Je m'appelais surtout « vaurien », avant d'être recruté. »

Tu m'étonnes, pensa Hyôga. Milo enfant devait être encore plus espiègle que sa version adulte.

« Et pour maître Camus ?

- Camus quoi ?

- Il vient d'où, son prénom ?

- Il t'a jamais fait farfouiller dans une bibliothèque, ou quoi ? C'est un nom d'auteur français.

- Donc c'est pas son vrai prénom ?

Heureusement que Hyôga n'avait pas trop peur du ridicule, car cette question l'était pas mal. Milo faillit rire tout haut, tellement il trouvait les interrogations du Cygne naïves.

« Je te ferais remarquer que Deathmask n'est pas vraiment un prénom non plus, mais on l'appelle comme ça quand même.

- Oui, mais Camus devait avoir un vrai prénom, avant, non ?

- J'en sais rien. Je sais pas si tu as remarqué, mais il est pas extrêmement bavard, ton maître.

- Tu sais d'où il vient, sinon, toi ?

- A part qu'il est français, j'ai eu aussi peu de détails que toi. Je lui demanderai, à l'occasion. Mais tu sais, Hyôga, ce ne sont pas des questions qui ont beaucoup de sens, au Sanctuaire. On a un nom parce qu'on veut bien nous le donner. Le mien est rattaché à un endroit, celui de Camus à une personne, Aldébaran à une étoile. J'aurais pu m'appeler Antarès, si on suit ce raisonnement.

- Je t'avoue que je préfère Milo.

- Merci. Moi aussi. »

Hyôga but une autre gorgée de chocolat.

« C'était vraiment si horrible, pour que t'aies pas envie d'en parler ?

- Horrible, je sais pas. Mais c'était pas marrant, c'est sûr.

- Ton maître, il était malveillant ?

- Non, c'est pas ça, soupira le Scorpion.

- C'est quoi, alors ? tenta Hyôga qui était tout de même assez curieux.

- C'est l'entraînement en soi. Prétendre à l'armure d'or du Scorpion, c'est…

- C'est ?

- Particulièrement douloureux, admit Milo dans un murmure.

- Quoi, ton maître te frappait ?

- Non.

- Je ne comprends pas, alors.

- Hyôga, il faut que tu te rendes compte que mon attaque est empoisonnée. Tu vois bien la sensation que ça fait, vu que t'es un des rares qui a eu le droit aux quinze coups.

- Oui. C'est pas un souvenir très agréable, frissonna le Cygne. Mais je ne vois pas le rapport.

- Comment est-ce que tu crois que j'ai du venin dans les veines, Hyôga ? Je suis pas né avec.

- Ah. Ben j'en sais rien, admit le russe. Comment ?

- Le plus clair de mon entraînement consistait à survivre au poison que mon maître m'injectait tous les jours dans le corps. C'est comme subir mon attaque, mais en continu, si tu veux. Autant dire que peu de gens y survivent. Le poison est mortel, normalement. A moins d'avoir un cosmos assez fort pour y résister. »

Hyôga blêmit en entendant ces paroles. Il se souvenait bien que l'Aiguille Écarlate était un supplice sans nom. Imaginer vivre ça en continu… Non, il ne pouvait pas se l'imaginer.

« Et ça a duré combien de temps ? demanda-t-il d'une voix blanche.

- La phase où je résistais au poison, dans les un an. Je me suis entraîné une année en plus à lancer l'attaque et me battre.

- C'est affreux, commenta Hyôga, abasourdi.

- Je t'avais bien dit que ce n'était pas quelque chose de bien marrant à raconter, soupira le huitième gardien. De toute façon, j'ai survécu. Je ne vois pas à quoi ça sert de s'apitoyer dessus.

- On croirait entendre maître Camus quand il me dit d'oublier maman.

- Je le fréquente pas mal, tu sais, ironisa Milo.

- Moi aussi, mais j'ai jamais oublié maman quand même, » déclara Hyôga, l'œil farouche.

Milo eut un hochement de tête amusé.

« Allez, j'ai fait ma partie du job, décréta le grec. Mais toi, raconte-moi comment était Camus avec vous. Je m'en fais une petite idée parce que j'ai correspondu avec lui pendant ce temps-là, mais toi, tu l'avais pour toi en permanence. J'en suis presque jaloux, d'ailleurs.

- D'accord, agréa le russe. Je ne sais pas trop quoi raconter, comme ça. Maître Camus, il est assez égal à lui-même. Il était à la fois dur avec nous, mais… Il nous rassurait et il s'occupait bien de nous.

- Il vous lisait des livres.

- Ton maître, il ne te lisait rien ?

- Non. Et je ne savais pas lire moi-même.

- Tu ne savais pas lire ? Mais comment tu as appris ?

- Comme beaucoup de choses, gamin. Sur le tas. »

Hyôga haussa les sourcils d'étonnement. Milo était bien débrouillard.

« Tu as aussi appris le français sur le tas ?

- Un peu, fit Milo, une pointe d'amusement dans la voix. Je t'avoue que j'ai lu beaucoup de dictionnaires français-grec tout seul. C'est pas Camus qui m'a encouragé à le faire… J'ai juste fait un effort moi-même. Lui, il disait qu'il ne voyait pas trop pourquoi je m'acharnais, alors qu'on se comprenait en grec. Mais j'avais envie de le connaître mieux, tu vois ? Il est tellement secret. Au moins, en apprenant sa langue, je pouvais comprendre comment son esprit fonctionnait, le connaître mieux.

- C'est très généreux de ta part, loua le Cygne. Je ne sais pas si j'aurais eu le courage. Je parle déjà russe, ma première langue, et japonais, puis Camus m'a appris le grec, et maintenant je le parle parce qu'au Sanctuaire, je n'ai pas le choix.

- Je sais pas si je te conseille le français, admit le Scorpion. C'est pas la langue la plus facile à apprivoiser. A l'image de ton maître, en somme. »

Les deux chevaliers se regardèrent et se firent un sourire entendu.

« En tout cas si j'avais su qu'un jour j'allais affronter le type que j'ai surpris un jour passer complètement nu dans un des couloirs de l'isba ! » rit Hyôga.

Milo haussa un sourcil.

« Attends, quoi ? Tu parles de moi ?

- Je crois que c'est la première fois que je t'ai vu, pouffa le Cygne. J'étais un gamin, et je ne me suis pas vraiment posé de questions, sur le moment. »

Milo hésita entre éclater de rire ou se rétrécir de honte.

« Misère, si Camus savait ça...

- Oh, c'est pas si grave, j'ai pas eu le temps de voir grand-chose, le rassura le Cygne. T'étais loin.

- Et ça t'est pas venu à l'idée d'aller alerter ton cher maître sur le type bizarre qui rôdait dans la maison ?

- Pas vraiment, sourit Hyôga. Pour moi, Camus était un dieu. C'était pas un ver de terre comme toi qui allait lui faire quoi que ce soit.

- Ver de terre ? se vexa Milo. Je te rappelle que je suis un chevalier d'or. Je suis capable de te donner la mort à tout moment d'un coup bien placé.

- Je te rapporte ce que j'ai pensé, enfant. T'avais pas d'armure d'or sur le dos, faut dire. J'allais pas me méfier.

- T'es vraiment un gamin bizarre, Hyôga, asséna Milo.

- Eh, ça va pas être de ma faute si t'as aucune pudeur.

- Je pensais pas que j'allais être vu, aussi, grinça le Scorpion.

- Un point pour toi. »

Il y eut un silence.

« De toutes les anecdotes sur la Sibérie que t'aurais pu me raconter, j'étais loin de m'imaginer que t'en choisirais une avec moi dedans, admit Milo avec un sourire.

- C'est sûr que je vois ce souvenir différemment depuis que vous avez officialisé votre relation, avec maître Camus. Pour moi, t'étais juste cet ami un peu bizarre qu'il nous avait présenté. Je n'arrivais pas vraiment à m'expliquer ce que j'avais vu.

- Camus tenait vraiment à notre discrétion, avant sa mort. La résurrection a changé la donne. Il n'apprécierait pas de savoir que je me suis fait surprendre bêtement. Surtout de cette manière.

- Si vous n'aviez pas rendu ça officiel, c'est sûr que j'aurais eu du mal à deviner ! On ne sait jamais trop ce qui passe dans l'esprit de mon maître, des fois. C'est pour ça que tu n'en as jamais parlé, de votre relation, après la bataille du Sanctuaire ? Il ne voulait vraiment pas que tu le dises ?

- Exactement. »

Hyôga prit un air pensif.

« Qu'est-ce qui a changé, après la résurrection ?

- On s'est juste rendu compte qu'après toutes ces horreurs, il fallait qu'on vive notre relation comme on l'entendait, et qu'on arrête de se cacher. Et je ne suis pas contre la stabilité dans mon couple. C'était épuisant, d'être toujours clandestin.

- Je vois. Parfois, je me dis qu'on aurait peut-être pu régler ça autrement, avec Camus. Mais je n'ai pas beaucoup eu le choix. »

Milo plongea un regard intéressé dans le sien.

« Comment… Comment tu gères ?

- De quoi ?

- Ce qu'il s'est passé. Camus est mort pendant votre affrontement. Et maintenant il est vivant, dans la pièce à côté.

- Eh bien, je tente de me racheter, répondit le Cygne. D'être un bon disciple. Je ne sais pas quoi faire d'autre pour effacer ce que j'ai fait. D'ailleurs, je ne pense pas que ce soit possible. »

Milo ressentit soudain un peu de compassion pour le disciple de Camus. Il lui en avait voulu longtemps de lui avoir pris l'homme qu'il aimait. Mais c'était une colère qui se retournait souvent contre lui-même. Il n'arrivait pas à tenir complètement Hyôga comme responsable. Au fond, il se blâmait davantage pour ce qu'il s'était passé. Il aurait pu achever le gamin, il aurait pu l'emprisonner, il aurait pu courir au onzième temple arrêter le combat, il aurait pu essayer de persuader Camus de laisser passer son disciple… Milo se noyait parfois dans cette mer de possibilités qui auraient rendu son existence plus heureuse. Alors, il entretenait tout de même un peu de tendresse pour ce pauvre canard qui avait déjà assez de traumatismes en réserve pour y ajouter la mort de son maître. Quelque part, il avait l'impression de le comprendre, maintenant qu'il avait le loisir d'y réfléchir. Auparavant… La douleur de la perte ne lui avait pas permis ce luxe.

« Milo ? » s'inquiéta le Cygne, qui avait vu le regard du chevalier d'or s'assombrir. « Tout va bien ? »

Le Scorpion releva la tête vers lui.

« C'est rien, Hyôga. C'est juste… Que c'est un souvenir difficile à gérer, parfois. »

Hyôga garda le silence, gêné. Il culpabilisait de faire partie des responsables de tout ce malheur.

« Je suis désolé, fit-il, embarrassé.

- Ne t'excuse pas, consentit à dire Milo, même si ces mots lui arrachaient un peu la gorge. Tout n'est pas entièrement de ta faute. C'est aussi en grande partie la mienne. J'ai eu tort de t'en vouloir. »

Le Cygne faillit en tomber à la renverse tellement il était stupéfait des paroles du Scorpion. De toutes les choses qu'il aurait pu dire, il ne s'attendait pas à celles-là. Il connaissait bien la rancœur de Milo à son égard, et il la comprenait, car il savait qu'il en était responsable. Que cherchait à lui dire le grec, réellement ?

« Tu… Je… Comment ça ? hésita le Cygne, qui ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait.

- Je suis injuste envers toi, explicita Milo. Je me suis énervé contre toi, tout à l'heure, alors que tu ne faisais que me prévenir que Camus avait besoin d'aide. Je te blâme pour sa mort alors que c'est moi qui en suis responsable plus qu'autre chose. Je suis désolé. »

Milo avait baissé la tête, dépité. Et cette attitude fit honnêtement peur au chevalier de bronze. Milo qui s'excusait au lieu de le charrier ? Milo qui lui avouait ce genre de choses ? Ce n'était pas bon, vraiment pas bon, ça… Un frisson parcourut le long de son échine.

« Milo, je… Tout va bien ? Tu devrais peut-être aller te reposer. Tu n'as pas l'air d'être dans ton état normal. »

Le grec se redressa d'un coup, soudain furieux.

« Mais vous allez arrêter de me dire ça, oui ?! Je vais bien ! Je suis pas à l'article de la mort, quand même, merde ! »

Hyôga eut un mouvement de recul.

« Milo, calme-toi…

- Que je me calme ? Mais vous me courrez tous sur le système, tous ! C'est plus possible ! »

Il ponctua sa dernière phrase en frappant du poing sur la table basse, faisant sursauter Hyôga.

« Milo…

- Tais-toi ! J'en peux plus de toutes ces questions, encore et encore ! Je veux juste du calme, du calme ! Personne ne me le donne !

- Milo !

- J'en peux plus d'avoir mal partout ! Et qui va m'aider ? Qui peut m'aider ? Personne ! Tout le monde m'étouffe ! Tout le monde me demande des comptes ! J'en ai marre, marre, marre !

- MILO ! cria Hyôga. Arrête ! Tu vas réveiller Camus, si ça continue. »

Milo s'effondra sur lui-même et se prit la tête entre les mains. Il tremblait légèrement, du fait de sentiments divers qu'il contenait mal.

Hyôga n'osa pas bouger pendant un petit moment. Milo était devenu étrangement impulsif, et ç'en était plutôt effrayant. Il passait d'une émotion à une autre soudainement, un peu comme le temps changeait à la montagne – d'une rapidité sournoise et potentiellement dangereuse.

Puis le Cygne essaya de reprendre courage pour tenter d'apaiser un peu le Scorpion au tempérament imprévisible.

« Milo… Qu'est-ce que je peux faire ? Dis-moi ce que je peux faire pour aider ! »

Le chevalier d'or ne réagit pas, et il garda le visage enfoui dans ses mains, comme pour maîtriser son ressenti et faire le vide en lui.

Hyôga n'eut pas le temps d'insister, car il entendit une voix lasse derrière lui demander :

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

Le Cygne se retourna dans son assise, et vit que Camus était là, une couverture en laine sur les épaules. Il avait l'air épuisé. Et pour cause, il se tenait au mur pour rester droit.

« Maître ! » s'exclama Hyôga.

Camus se dégagea du mur pour faire un pas vers eux. Il s'était accroché aux parois du couloir tout le long de son périple, pour être sûr d'arriver à destination sans tomber. Il s'était réveillé et était inquiet des cris qu'il avait entendu dans son salon. Mais pour rejoindre son disciple et son amant, il devait maintenant se risquer à affronter le milieu de la pièce, en tenant sur ses jambes correctement.

Et ses jambes ne voulurent pas le soutenir. La fatigue, le froid, et ses membres raidis ne faisaient pas bon ménage. Camus sentit son corps partir en avant. Il regardait le sol s'approcher de son visage avec fatalisme quand une paire de bras puissants le retinrent dans sa chute.

Milo avait accouru à la vitesse de la lumière en voyant Camus basculer depuis le mur.

« Toi, tu n'as rien à faire hors de ton lit », affirma le Scorpion, qui avait retrouvé son calme.

Il redressa un peu le maître des glaces entre ses bras en retenant un gémissement de douleur. Ses blessures ne lui accordaient guère de faire ce genre d'exercice.

« Tu criais, argumenta faiblement le français.

- Et alors ?

- Je devais… voir ce qu'il se passait. »

Camus ferma les yeux un instant. Le poids de son corps était complètement soutenu par son amant, qui le tenait fermement dans ses bras. Juste un moment, il lui fallait juste un moment et il se redresserait. Seulement une minute…

« Hyôga ! entendit-t-il le timbre inquiet du Scorpion appeler. Viens m'aider ! Je n'arriverai pas à le soulever seul. »

Le disciple du Verseau se rua vers eux et aida Milo à soutenir correctement son maître.

« On va l'allonger sur le canapé, déjà », décréta le grec.

Hyôga et Milo procédèrent précautionneusement pour amener Camus avec eux et l'étendre sur le canapé.

« Camus, tu es toujours là ? demanda Milo, car le Verseau n'avait pas rouvert les yeux.

- Hm, émit le français pour toute réponse.

- Hyôga, va chercher la couverture par terre, s'il te plait. Je préfère qu'il soit tenu au chaud vu ce qu'il s'est pris tout à l'heure.

- Tout de suite », obéit le Cygne, ravi d'avoir son petit rôle.

Milo s'assit sur le rebord du canapé et posa une main sur le front de son amant.

« T'es un peu chaud, je trouve. Surtout pour un chevalier des glaces », observa Milo.

Camus rouvrit les yeux.

« C'est la fatigue, marmonna-t-il. Tu sais que tu es épuisant, Milo du Scorpion.

- Je sais », admit le grec de bonne grâce.

Hyôga les interrompit en posant la couverture sur Camus.

« Merci, Hyôga, le regarda le Verseau. Si vous pouviez arrêter de vous crier dessus ce soir, au moins ce soir… Je vous en serais reconnaissant.

- On ne se criait pas dessus », répondit le Cygne.

C'est Milo qui criait tout seul, rajouta-t-il dans sa tête, pour lui-même.

« Vous simuliez une dispute pour le plaisir, je suppose ? demanda Camus avec lassitude.

- Mais non, voulut le rassurer Milo. Tu sais comment je suis, je parle fort.

- Justement, je sais comment tu es… » émit le Verseau qui referma les paupières.

Milo et Hyôga se regardèrent.

« Je pense qu'il vaut mieux que je te ramène à ton lit, Camus. A moins que tu ne veuilles manger quelque chose ? Il est encore temps, si tu veux. »

Milo passa la main dans les cheveux bleu-vert de son vis-à-vis, qui rouvrit les yeux.

« Je ne crois pas que je me sens de manger.

- Peut-être qu'il faudrait que tu boives au moins un peu, maître.

- Bonne idée, Hyôga, lui sourit Milo. Tu veux un thé, Camus ? Ou une infusion ?

- Je sais pas si c'est nécessaire, fit l'intéressé d'une voix faible.

- Ton disciple a raison, Camus. Ce serait quand même bien que tu boives quelque chose. Tu veux bien ? Après, promis, on te laisse tranquille.

- Une infusion, alors », soupira le concerné.

Hyôga n'attendit même pas que Milo lui demande de bouger. Il fit directement volte-face pour aller d'un pas empressé vers la cuisine préparer ladite infusion.

Le Scorpion se pencha sur son amant et posa ses lèvres sur son front. Le Verseau ferma les yeux pour savourer le contact.

« Tu n'as plus froid ? murmura la voix de Milo contre lui.

- Toujours un peu, admit Camus tout bas.

- L'infusion va te faire du bien, alors, » susurra le Scorpion à son oreille.

Milo passa les quelques minutes suivantes à faire voyager sa main dans les cheveux lisses de son amant, en une caresse réconfortante. Camus avait toujours les yeux clos, et Milo craignait qu'il ne se rendorme, au vu de son épuisement, avant que Hyôga ne revienne. Cependant, le rythme de sa respiration suggérait qu'il était encore réveillé.

Hyôga finit par réapparaître quelques minutes plus tard avec la tasse fumante entre les mains.

« Camus, l'appela doucement Milo. Ton infusion est prête. »

Le Verseau rouvrit les yeux péniblement.

« Tu veux de l'aide pour te redresser un peu ? »

Un hochement de tête succinct suffit à donner sa réponse à Milo. Le Scorpion passa ses bras sous les épaules de son amant et l'aida à s'assoir pour qu'il puisse boire. Le grec se cala derrière son amant et il servit d'appui à Camus pour qu'il reste droit.

Hyôga choisit de se jucher sur l'un des accoudoirs du canapé, ne sachant pas trop où se mettre.

Il y eut un moment de silence entre les trois hommes. Camus sirotait sa tisane, appuyé contre Milo. Milo, lui, le surveillait comme du lait sur le feu, et Hyôga parcourait du regard tout et n'importe quoi dans la pièce, pour faire passer son sentiment de désœuvrement.

« C'était à quel sujet, la dispute ? voulut savoir Camus, qui ne lâchait pas l'affaire.

- Rien, soupira Milo. Je me suis encore énervé pour rien, c'est tout.

- Parce que ?

- On… On parlait de… Enfin… » hésita Hyôga.

Le Cygne trouvait assez peu courtois d'avouer à Camus qu'ils étaient en train de parler de sa mort.

« Oui ? s'enquit le Verseau, le toisant avec neutralité.

- De comment on avait géré ta mort », fit le Cygne d'une petite voix.

Camus resta interdit.

« Ah », fit-il platement.

Puis il replongea le nez dans sa tasse pour avaler les dernières gorgées de son infusion.

« Et ça vaut la peine que vous vous disputiez ? fit-il après ce temps de flottement.

- Non, mais, on ne se disputait pas, se défendit le Cygne.

- Milo ? » l'interpella le Verseau, qui voulait avoir sa version.

Milo leva les yeux au ciel.

« Non, mais c'est bon, c'est ma faute, grinça-t-il. Il m'a demandé comment j'allais parce que je lui ai fait l'offense de m'excuser. Alors je me suis énervé.

- Toi ? s'étonna Camus. Tu t'excusais à Hyôga ? Mais de quoi diable ?

- Parce que je lui ai crié dessus, tout à l'heure, quand il est venu me chercher pour me dire qu'il t'avait blessé à l'entraînement.

- Tu t'es vraiment excusé de ça ? n'en revint pas le français.

- Quoi, c'est si inhabituel ?

- Un peu, quand même, » s'immisça faiblement le Cygne.

Le Verseau retint un sourire, avant de reposer la tasse sur la table basse face à lui, et de se ré-appuyer un peu sur le Scorpion derrière lui.

« Vous êtes vraiment impossibles, de me faire sortir de mon lit pour des broutilles, lâcha le français.

- Justement, on va t'y ramener. Tu n'as rien à faire sur ce canapé, décréta Milo.

- Non ! » refusa tout net le Verseau.

Milo échangea un regard surpris avec Hyôga.

« Camus, tu dois être raisonnable. Tu ne tiens pas sur tes jambes, et tu es épuisé. Tu te reposeras mieux dans ton lit, le raisonna le grec.

- Non, je… S'il te plait, Milo.

- Camus… Tu n'aurais même pas dû te lever. Non, je te ramène, et puis c'est tout.

- Milo, le supplia presque le Verseau. Je t'en prie, je ne veux pas rester seul. Je n'aime pas me réveiller sans toi et ne pas savoir où tu es. Laisse-moi rester avec toi, ce soir. »

Milo sourit malgré lui, et Hyôga faillit en tomber de son accoudoir tellement les paroles de son maître étaient sentimentales et de son point de vue, complètement contre-nature.

« Bon, lâcha finalement Milo. Je crois qu'il est temps pour nous de regagner notre chambre, dans ce cas ».

Le Scorpion sentit Camus se détendre insensiblement à ces paroles.

« Hyôga ? Tu veux bien m'aider ? »

Sur ces entrefaites, les trois chevaliers entamèrent une procession inverse pour ramener Camus dans la chambre. Le français fut soutenu par les épaules de son amant et de son disciple qui le portaient, et ils le hissèrent sur le lit, avant de l'aider à se rallonger. Camus ferma instantanément les yeux au contact du matelas.

Milo raccompagna Hyôga jusqu'à la porte.

« Merci pour ce soir, Hyôga, fit Milo avec un sourire en coin. Tu es vraiment très généreux de rester ici pour nous aider. Je te revaudrai ça. Enfin, quand j'aurai plus tous ces pansements.

- Vous n'avez besoin de rien d'autre ? s'enquit le Cygne par acquis de conscience.

- Pour le moment non, le rassura le Scorpion. Décidément, Camus ne t'a vraiment pas élevé n'importe comment… C'est gentil de t'en inquiéter.

- Milo ?

- Oui ?

- Est-ce que je peux te poser une question ? hésita le Cygne, en jetant un coup d'œil vers son maître, qui n'avait pas bougé d'un centimètre.

- Vas-y.

- Il est tout le temps comme ça avec toi, maître Camus ? »

Le sourire de Milo se fit plus malicieux.

« Oulà… Mon cher canard, ce que tu as vu n'était que la face émergée de l'iceberg. »

Hyôga pouffa à ce jeu de mots facile.

« Peut-être qu'il ne vaudrait mieux pas que je sache, en fait, avoua le russe, faisant preuve d'une maturité soudaine.

- Pas faux.

- Bon, je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Passe une bonne nuit, Milo. Appelle-moi au moindre problème.

- C'est noté. Bonne nuit à toi aussi, Hyôga. »

Milo referma la porte en bois de la chambre de Camus doucement, laissant le Cygne regagner ses pénates.

Le Scorpion se retourna pour observer son amant qui était étendu sur les draps. Il revint vers lui, et tira les couvertures et la couette qui se trouvaient sous lui pour les replacer sur lui.

Camus ne dormait pas, mais il était à présent dans un demi-sommeil, complètement engourdi, mais conscient de la présence de Milo à côté de lui. Le grec se faufila sous les couvertures et en relâchant les muscles qui le tenaient debout depuis tout ce temps, il laissa échapper un soupir d'aise.

« Milo » souffla le français à côté de lui.

Camus, les paupières closes, s'était tourné vers lui et essayait de l'atteindre vaguement, à l'aveuglette. Milo eut un sourire attendri. Il éteignit la lumière et répondit à la demande muette de Camus en se blottissant contre lui et en l'attirant dans ses bras.

Le Verseau émit un grognement satisfait et il marmonna quelque chose que Milo ne put saisir.

« Qu'est-ce que tu as dit ? voulut savoir le huitième gardien.

- Embrasse-moi » fut la réponse plus perceptible que le français chuchota.

Ce que Milo s'empressa d'accomplir. Le Verseau étant épuisé, le baiser fut tendre, mais tout simple. Il s'en dégageait une sensation… d'intimité complète, pensa Milo en redécouvrant la peau fine des lèvres de son amant.

Camus, complètement rasséréné par ce geste romantique, sombra dans le sommeil rapidement. Et Milo, qui le tenait toujours entre ses bras, sentit une inquiétude familière remonter en lui : arriverait-il à s'endormir, cette nuit ?

En attendant, il choisit de fermer les yeux, et il posa les lèvres sur le front de son amant endormi.