Note de l'auteur: Bonjour tout le monde! Voici la suite de mon histoire! Quelques complications surviennent encore... Complications que je vais vous laisser découvrir!

Petite note concernant le dernier chapitre: on m'a gentiment signalé que j'avais commis une petite erreur sur l'ordre des langues que Hyôga avait su maîtriser, étant donné qu'il est d'abord russe. J'ai donc procédé à une petite modification de ses dires, histoire de coller un peu plus correctement au personnage. C'est l'histoire d'une ou deux phrases, mais si ça vous dit, vous pouvez jeter un œil de nouveau au chapitre 8, que j'ai modifié à cet effet. Il ne s'agit que d'un détail qui n'a pas vraiment d'incidence sur l'intrigue, pas d'inquiétudes.

Sur ces belles paroles, je vous remercie de me lire et de me commenter, et je vous souhaite une agréable lecture !


Chapitre 9 - Fièvre

C'était une après-midi d'été particulièrement ensoleillée. Le mois de juin régnait sur le Sanctuaire, et l'astre du jour y était presque plus puissant que le Grand Pope lui-même. Quelques gardes se risquaient à faire des rondes sous la chaleur écrasante, mais la plupart des chevaliers étaient bien forcés de trouver un coin d'ombre, ou un plan d'eau pour se rafraîchir. Les plages qui bordaient le domaine étaient, néanmoins, surtout fréquentées par les chevaliers d'or, étant donné qu'elles étaient normalement interdites – dans ce genre de cas, c'était les ors qui faisaient la loi, et puis c'était tout. Les simples soldats préféraient éviter ces dieux vivants le plus possible, par peur de représailles, méritées ou non. Surtout ces démons du Cancer et des Poissons, qui avaient bien grandi et qui commençaient à être connus pour leur cruauté gratuite. Et puis, il y avait toujours le jeune Scorpion, benjamin des chevaliers d'or, un sale gosse qui vous surprenait régulièrement pour vous tendre un piège, caché derrière une colonne antique.

Mais pas aujourd'hui. Il faisait chaud et il était bien plus sage de se cantonner à la fraîcheur des édifices en pierre.

Le jeune chevalier du Verseau quant à lui, du haut de ses neuf ans, n'arrivait à trouver de repos nulle part. Son temple lui semblait se changer en four de minute en minute… Alors il essayait désormais l'ombre des arbres. On aurait pu penser que la pierre était plus isolante, mais le Verseau voulait un peu d'air, et il n'aimait pas nécessairement le côté renfermé des temples. Il avait donc choisi un pin parasol un peu à l'écart des douze maisons, et s'était assis à la base du tronc avec un livre, dans l'optique de s'occuper l'esprit. Il avait l'impression qu'il fondait de minute en minute, et la lecture était une distraction bienvenue au milieu de cette agonie.

Ce moment de calme ne dura, hélas, pas très longtemps. Camus était si concentré qu'il ne vit pas le perturbateur de son après-midi arriver au loin. Des grands yeux bleus avaient repéré sa gracieuse silhouette depuis un pan de colline rocailleux.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » l'interrogea une voix familière, alors que son propriétaire s'approchait de lui.

Camus releva les yeux de son bouquin à contrecœur, pour les poser sur l'inopportun qui lui servait de visiteur.

« Je lis. »

Un rire léger lui répondit.

« Je vois bien que tu lis ! Mais pourquoi tu es dehors alors qu'il fait aussi chaud ?

- Je pourrais te retourner la question. »

L'intéressé fit un grand sourire. Le vent fit virevolter ses boucles bleu-violet.

« Moi ? Je cherchais des grenouilles ! déclara-t-il fièrement.

- Tu cherches des grenouilles par ce temps, toi ? Le soleil t'a liquéfié le cerveau, ou quoi ?

- Ben, pourquoi pas ? Je suis sûr qu'il y en a par ici ! »

Camus haussa les sourcils, mais son vis-à-vis ne se laissa pas démonter.

« Tu ferais mieux de rester à l'ombre, Milo. Histoire de préserver le peu de neurones qu'il te reste.

- T'es méchant.

- Je suis réaliste.

- Pff, ça empêche pas que t'es méchant. »

Malgré ses propos, le Scorpion miniature était quand même heureux : cette remarque était une invitation à rester avec lui à l'ombre. Son ami français était un peu caractériel, et il fallait sans cesse l'apprivoiser. Mais Milo s'en fichait. Camus était son ami rien qu'à lui, et il acceptait ses amis comme ils étaient. Même si des fois, il était triste que le Verseau ne sorte pas plus de ses bouquins pour jouer avec lui. Il fallait toujours que ce soit lui qui le fasse fonctionner comme un enfant normal.

Milo s'assit à côté de son meilleur ami et pencha sa tête curieuse en-dessous du livre pour en déchiffrer le titre.

« Lé… piti… prasse.

- Le Petit Prince, corrigea Camus tout de suite.

- Ça veut dire quoi ? »

Mais Camus ne l'en informa pas. Il préféra se replonger dans sa lecture, afin d'éviter de faire la conversation à Milo. Après tout, c'était lui qui était venu le déranger. Bon, pas que sa présence soit réellement désagréable… Mais Milo l'empêchait toujours de lire. Il avait tout le temps une aventure en réserve dans laquelle l'embarquer.

Théorie qui se vérifia lorsque sans prévenir, Milo lui chipa le livre des mains.

« Alors, ça veut dire quoi ?

- Rends-moi mon livre !

- Pas avant que tu m'aies répondu !

- Rends-moi mon livre, je te dis ! Tu vas l'abîmer ! »

Milo s'amusait à mettre l'objet de convoitise hors de la portée du Verseau avec un sourire farceur.

« Donne-moi ça ! s'énervait Camus.

- Tu le veux tant que ça ? »

Camus le regarda d'un air menaçant, qui contrastait avec ses traits enfantins.

« Eh bien tu vas devoir l'attraper ! » s'exclama Milo, qui sauta sur ses jambes et se sauva.

Le petit Verseau, fou de rage contenue, se jeta à sa suite. Devant lui, il entendait clairement le rire tonitruant du Scorpion, qui criait : « Tu m'attraperas pas ! »

C'était qu'il courait vite, Milo, malgré ses huit ans. Il était d'ores et déjà reconnu pour sa vitesse inégalée, au sein de la garde dorée. Camus doutait d'arriver à le courser assez longtemps pour lui reprendre son livre. Constat qui l'énerva encore plus et qui l'enjoint à redoubler d'énergie pour l'attraper. Le Scorpion passerait un sale quart d'heure quand il l'aurait rejoint. Meilleur ami ou pas.

Milo devant lui n'était d'ailleurs même pas à sa vitesse de course maximale. Pour lui, cet exercice entre les rochers s'apparentait à une promenade de santé. Il se demandait bien ce qu'il y avait dans ce maudit bouquin pour que Camus ait décidé de donner toute son énergie à le courser. Le Scorpion était très content que son petit tour de passe-passe marche à ce point.

Camus, lui, avançait avec de plus en plus de difficulté. Maudit Milo. Ce petit monstre semblait puiser l'énergie du soleil et s'en gorger pour aller plus vite. Le Verseau, lui, se sentait de plus en plus accablé par la chaleur et la lumière. Il avait la sensation progressive d'étouffer tant l'air était brûlant, au soleil. Sa peau cuisait, et il avait l'impression de respirer du feu. Il avait chaud, si chaud…

Camus finit par voir trouble. Devant lui, il vit Milo se retourner, un air inquiet sur le visage. Mais il n'eut pas le temps d'intervenir plus que cela. Le français avait basculé de la falaise sur laquelle ils couraient pour tomber dans la mer en contrebas. La mer glacée. Son corps prit un choc gelé instantanément. Tous ses os lui semblèrent de glace. Le froid l'envahit. Il était complètement frigorifié, maintenant. Mais il sentit d'un coup deux petites mains s'agripper à lui. Milo. Milo le remontait à la surface. Il allait atteindre le soleil, et ne plus avoir froid, plus que quelques mètres et ils allaient arriver à la surface. Quelques mètres…

Camus émergea non pas de la mer, mais de son rêve d'un seul coup. Ses yeux s'ouvrirent sur le plafond de sa chambre plongée dans la pénombre. Un rêve, tout ça n'avait été qu'un rêve… Pourtant… La sensation de froid n'était pas partie. Il se sentait toujours aussi congelé que dans sa vision. Et il se rendit compte qu'il était en sueur. Le Verseau se mit à claquer des dents. Surtout ne pas utiliser mon cosmos gelé, se dit-il. Rien que de penser à ses capacités de chevalier lui donnait encore plus froid. Son corps fut parcouru d'une vague de frissons. De fait, il se sentait très mal. Et il avait soif.

Le français, dans sa détresse, chercha de la main une présence familière à ses côtés. Son bras tomba sur l'épaule de son amant, assoupi face à lui.

Camus ne voulait pas réveiller Milo, qui avait besoin de repos. Mais il se sentait si mal. Il avait besoin de lui.

« Milo », chuchota-t-il en le prenant par l'épaule, la secouant doucement.

Son amant se réveilla d'un seul coup. En fait, il dormait d'un sommeil léger et il n'avait réussi à s'assoupir que peu de temps auparavant. Ses inquiétudes ne lui permettaient pas de dormir très profondément, et il restait dans une sorte de stase désagréable, de laquelle le Verseau venait juste de le tirer.

« Camus ? » s'inquiéta-t-il tout de suite.

Milo s'alarma en sentant le Verseau trembler à côté de lui.

« Milo… J'ai froid. »

Le Scorpion alluma instantanément la lampe de chevet. Et à la lumière, son amant avait l'air très mal. Il était pâle, en sueur, et il semblait transi de froid.

« Froid… » répéta Camus.

Milo posa tout de suite la main sur le front de son amant.

« Par Athéna ! Mais tu es brûlant ! » s'horrifia le Scorpion.

Ceci expliquait cela, pensa le Verseau.

Sans hésiter, Milo s'extirpa du lit. Il fallait trouver de quoi faire baisser la fièvre, et vite.

« Milo… souffla encore Camus. Ne me laisse pas…

- Je ne te laisse pas, répondit le Scorpion calmement. Je vais chercher de quoi te soigner. »

Et sur ces paroles, Milo quitta la pièce au pas de course vers la salle de bain, où il pensait que le Verseau rangeait la collection de médicaments qu'il avait. Seulement, en ouvrant les placards, il ne trouva pas ce qu'il cherchait. Pas de boîte pleine de cachets, seulement le nécessaire pour se laver, et c'était presque tout. Ce constat le fit paniquer. Il revint prestement dans la chambre où était Camus.

« Camus ! Qu'est-ce que tu as fait de tous les médicaments ? Je ne les trouve pas !

- C'est normal, répondit le français à mi-voix. La trousse de secours est restée au temple du Scorpion.

- Oh non ! » s'exclama Milo.

Il n'aurait ni la force ni le temps de descendre jusque chez lui trouver la trousse manquante.

« Attends-moi, Camus, je reviens. Il faut qu'on trouve de quoi faire baisser ta fièvre au plus vite. Je vais chercher ton disciple. »

Il ne laissa pas le temps à son amant de répliquer, et il courut frapper chez Hyôga.

Le Cygne lui ouvrit, le cheveu hirsute et l'œil peu alerte.

« Hyôga, vite, aide-moi, Camus est très malade !

- Hein ? se réveilla un peu le Cygne.

- Il faut que tu m'aides à faire baisser sa température ! Il est brûlant et je ne sais pas quoi faire ! »

Milo parlait à toute allure dans son angoisse.

« Qu'est-ce qu'il a ?

- Il tremble, il a froid, et il a de la fièvre. Il n'y a pas de médicaments et… »

Sa voix se brisa. Milo sentit des larmes lui monter aux yeux mais il les combattit courageusement. Hors de question qu'il s'effondre alors que son amant avait besoin de lui.

Hyôga ne manqua pas de le remarquer.

« Ouh, là, Milo. Du calme. Tout va bien. On va trouver une solution. »

Le Scorpion croisa ses bras sur sa poitrine dans l'espoir de se contenir. Et sans prévenir, Hyôga eut un geste inattendu : il se jeta pratiquement sur Milo pour le prendre dans ses bras. Milo qui écarquilla les yeux de surprise, mais qui sentit les larmes qu'il essayait de retenir couler. Il renifla. Qu'est-ce qui lui prenait, bon sang. Le voilà réduit à pleurer dans les bras du gamin.

« Voilà, murmura Hyôga en faisant un cercle avec sa main dans le dos du Scorpion. Tout va bien. Chaque problème a une solution. »

Il finit par lâcher Milo qui avait semblé se calmer un peu à son contact.

« Ça va mieux ? demanda-t-il avec un maigre sourire.

- C'était super bizarre, déclara le Scorpion, qui avait été très surpris de la manœuvre. Mais merci. »

Hyôga eut un rire embarrassé.

« Maintenant, redis-moi tout ça calmement. »

Le Scorpion expliqua sommairement la situation.

« Et il n'y a vraiment rien ici ?

- Non. Camus a une immense trousse de secours, mais elle est restée chez moi. Il l'a utilisée ce matin pour changer mes bandages. C'est tellement bête, je sais exactement où elle est… Mais je ne pense pas que ce soit raisonnable de descendre trois temples et de les remonter alors qu'il y a urgence…

- Je vais aller chez Shura, se proposa d'office Hyôga. Il aura peut-être quelque chose pour calmer un peu la fièvre.

- Bonne idée, fit le Scorpion.

- Aussi, je pense que ça pourrait être bien de lui mettre un gant de toilette frais sur le front, en attendant. Et de faire en sorte qu'il reste bien sous les couvertures. Tu peux aussi préparer une bouillotte. Je crois qu'il en a une dans les placards de la chambre.

- D'accord, merci. Je vais regarder.

- Ça va aller, Milo ?

- Il faut bien.

- Bon, je me sauve, il n'y a pas de temps à perdre. »

Le Cygne partit sans prendre le temps de s'habiller convenablement, mais il n'en avait cure. Que ne ferait-il pas pour son maître adoré !

Milo retourna dans la chambre informer Camus de la situation. Il fit quelques pas dans la pièce et il s'assit au bord du lit pour passer une main sur le front de son amant, afin d'en chasser la frange. Camus tremblait toujours. Cela lui fit un pincement au cœur.

« Ton disciple est parti demander des médicaments chez Shura.

- Mh, émit le Verseau, qui regardait Milo comme s'il voulait se noyer en lui.

- Je vais m'occuper de toi en attendant. Tu as une bouillotte dans le coin ?

- Placard du haut », émit platement le français.

Milo embrassa son Camus sur la joue avant de le délaisser pour trouver la bouillotte.

« Je vais la remplir. Je suis là tout de suite » promit-il.


Une demi-heure passa. Le Scorpion avait fait le nécessaire pour s'occuper de son Verseau. Il avait mis de l'eau chaude dans la bouillotte, qu'il avait ensuite confiée à Camus, qui claquait malheureusement toujours des dents. Il avait aussi mis un linge humide sur son front dans l'espoir de faire descendre un peu sa température. Pour l'heure, il était assis au bord du lit, une main tenant celle de Camus et l'autre dans ses cheveux. Il avait déjà remouillé plusieurs fois le linge. Milo s'inquiétait beaucoup, mais tentait de ne pas céder à la peur. Perdre encore Camus était une pensée qu'il n'arrivait pas à supporter. Alors ses doigts accomplissaient de petits cercles sur la main de Camus pour l'apaiser. Ainsi, il se rappelait de la présence de la peau de son amant, bien vivant, sous ses doigts. Camus avait les yeux mi-clos, et à part prononcer son nom quelques fois, il n'avait pas dit grand-chose. Milo ne savait pas s'il était préférable que Camus se rendorme ou non en un sens, cela lui permettrait de prendre le repos dont il avait indéniablement besoin. Mais d'un autre, il ne pourrait pas lui demander oralement son état. Et lui administrer un traitement. En parlant de ça, où était le maudit canard ?

Sa réponse lui fut donnée lorsque le Cygne arriva, en toquant sommairement sur la porte ouverte pour annoncer sa présence. Un air désolé s'affichait sur ses traits.

« Milo, l'interpella-t-il.

- Tu as les médicaments ? » s'empressa le Scorpion, qui se releva d'un coup.

Mais sa main resta bloquée dans celle de Camus. Avec un réflexe instinctif malgré sa fièvre et sa fatigue, le Verseau avait subitement raffermi sa prise sur Milo, de peur qu'il ne s'éloigne de lui.

« Milo, l'entendirent-ils murmurer.

- Je suis là, Camus, le rassura instantanément le grec d'une voix douce. Alors, Hyôga ? Tu les as, oui ou non ?

- Non, soupira le Cygne. Je suis vraiment désolé, Milo. On a retourné tout le temple pour en trouver, mais Shura n'avait rien sur lui. Il avait d'autres médicaments, mais rien contre la fièvre. Il m'a dit que de toute façon, il n'en utilisait que très rarement. Il n'a pas beaucoup foi en l'industrie pharmaceutique. »

Milo poussa un grognement rageur.

« Mais c'est pas vrai ! s'emporta-t-il. Jamais là quand il faut, cette maudite biquette !

- Il m'a suggéré d'aller voir chez Aphrodite, continua le Cygne en faisant fi de la colère du Scorpion. Apparemment, il aurait tout un arsenal sur lui. »

Milo eut envie de se prendre la tête entre les mains. Voilà ce qu'il avait voulu éviter.

« Je peux y aller, si tu veux, offrit le Cygne.

- Non ! Hors de question ! » trancha Milo sur un ton autoritaire.

Hyôga haussa les sourcils de surprise.

« Mais… Il faut bien soigner maître Camus, non ?

- Effectivement, mais ce ne sera pas toi qui iras là-haut !

- Pourquoi ? Tu es blessé, et manifestement, Camus a besoin de toi ici.

- Aphrodite va t'arracher tous les commérages du monde, et ni Camus ni moi n'avons besoin de ça. Alors c'est moi qui vais y aller.

- Milo, je te promets que je ferai attention.

- Non, non. Je ne laisse pas une proie facile entre les mains d'Aphrodite. Il vaut mieux que ce soit moi.

- Mais tu es blessé !

- Et alors ! Tu crois que ça me fait plaisir ? s'énerva le grec. Shura n'a rien dans ses placards, et Aphrodite va savoir tout de ma vie privée d'ici cinq minutes si je te laisse y aller ! Alors bien sûr que je vais m'y coller !

- Mais Milo, je ne suis pas si indiscret que ça.

- Ça se voit que tu connais pas Aphrodite.

- Mais c'est juste histoire de lui demander des médicaments !

- Hyôga, tu es bien trop innocent pour un être aussi manipulateur que le chevalier d'or des Poissons. Tu me remercieras plus tard. Moi, ça fait des années que je le connais. Je sais qu'il va m'avoir quand même, mais ce sera toujours moins pire parce que j'ai déjà eu affaire à ses manigances… Alors… Fais-moi confiance.

- Bon, d'accord, se résigna Hyôga. De toute façon, je sais bien que tu ne changeras pas d'avis.

- Tu comprends vite, canard.

- Cygne.

- Canard.

- Je te déteste, Milo, s'exaspéra le pauvre Cygne. Dis-moi si je peux faire quelque chose pour Camus, en attendant.

- Surveille-le bien. Change son linge de temps en temps. Vérifie que la bouillotte marche toujours. Et ne te sers pas de ton cosmos. Il est glacé, et comme Camus a froid... Fais-moi savoir mentalement le moindre changement.

- C'est tout ?

- Oui. J'y vais, maintenant. »

Milo se pencha sur son amant pour chuchoter à son oreille.

« Camus, il faut que je m'absente. Je vais aller trouver de quoi te soigner. Ne t'inquiète pas, il y a ton disciple pour veiller sur toi. Je serai de retour le plus vite possible.

- Où tu vas ? s'éleva faiblement la voix du Verseau.

- Chez Aphrodite, murmura Milo.

- Reviens vite », lui demanda le français dans un souffle.

Milo se redressa et laissa la main de Camus. Il partit de la chambre d'un pas rapide, et il jeta un dernier coup d'œil derrière lui. Hyôga avait attrapé une chaise et s'était assis près du lit de son maître. Parfait, pensa-t-il. Heureusement qu'il pouvait compter sur le canard.


Les temples zodiacaux avaient quand même une allure sinistre, la nuit, se dit Milo en approchant du temple des Poissons. Il trouvait que ces colonnes en marbre avaient quelque chose de menaçant dans l'obscurité de la montagne. Il se fit la réflexion qu'il n'aimait particulièrement pas l'allure du temple du Verseau, la nuit. Et pour cause, cela lui rappelait trop un souvenir qu'il essayait d'effacer de sa mémoire – la fameuse remontée des marches entre les temples avec Athéna en tête après la bataille du Sanctuaire, pour ne trouver que des cadavres sur le chemin. Alors, il n'aimait pas beaucoup s'y promener la nuit. L'édifice lui semblait chargé d'une mélancolie particulière, et c'était aussi un peu le cas avec le temple des Poissons. Même s'il lui semblait menaçant en partie parce que l'entretien qu'il allait avoir avec son propriétaire l'était. Mais c'était un autre débat.

Milo se dirigea vers les appartements privés du Poissons. Il espérait que les dires de Hyôga étaient exacts, et qu'Aphrodite avait bien ces maudits médicaments.

Il toqua résolument à la porte, préparé au pire. Il se demandait dans quelle disposition il allait trouver son frère d'armes à cette heure avancée de la nuit. Est-ce qu'il était aussi méticuleux sur son apparence de jour comme de nuit ?

Aphrodite ne tarda pas à lui ouvrir, et Milo eut sa réponse – il était aussi impeccablement coiffé et maquillé qu'en journée. D'ailleurs, il ne le réveillait sûrement pas, constata le Scorpion. Il y avait de la lumière dans son séjour et dans les pièces plus loin.

« Milo ! s'exclama Aphrodite avec enthousiasme. Quelle bonne surprise !

- Salut Aphrodite, ponctua le Scorpion avec un vague signe de la main.

- Je suis flatté de te voir ! Je n'aurais pas pensé qu'on puisse vouloir admirer ma beauté même en pleine nuit.

- Euh, Aphro… hésita Milo, qui eut l'envie subite d'éclater de rire. En fait, j'aurais un service à te demander.

- Tout ce que tu veux, mon mignon ! Mais entre, entre !

- Non, ce ne sera pas nécessaire, j'ai juste besoin de…

- Oh, ne fais pas ton précieux, ça ne te va pas ! rit le Poissons. Entre donc ! »

Milo n'eut d'autre choix que de faire quelques pas dans le salon du chevalier des Poissons.

« Crabbie ! appela le suédois. Regarde qui est là ! »

Oh non, il ne manquait plus que ça, s'apitoya le Scorpion.

« Ça a intérêt à être quelqu'un intéressant, s'imposa la voix de Deathmask, qui arriva ensuite dans la pièce. Oh ? Salut, Milo.

- Salut, fit le Scorpion.

- Alors, tu t'es fait jeter du temple du Verseau et tu viens faire la manche ici ? demanda le Cancer sournoisement.

- Hein ? Mais non ! s'exclama Milo en fronçant les sourcils.

- Mais enfin, Deathmask, tu pourrais être plus courtois envers mon invité, le rabroua un peu Aphrodite.

- Oh, ça va, il est pas en sucre. »

Aphrodite tourna ensuite son attention sur Milo.

« Alors, qu'est-ce que tu voulais me demander ? Si c'est parce que tu es en panne de vernis rouge, pas de panique : j'ai toutes les teintes, vermillon, écarlate, bordeaux… J'ai même d'autres couleurs si tu voulais changer un peu le look de ton attaque.

- Aphro… se retint de rire Milo. Au risque de te décevoir, ça ne marche pas comme ça.

- C'est bien dommage, se désola le Poissons. Je t'aurais bien vu lancer des Aiguilles Turquoise, pour changer.

- Bon, alors, il accouche, monsieur manucure ? C'est quel service que tu viens demander à cette heure ? s'immisça le Cancer.

- Je veux savoir si Aphrodite a des médicaments contre la fièvre.

- Tu sais, Milo, pour ce que tu as, je pense qu'il vaut mieux des antidouleurs, observa le Poissons en pointant du doigt les bandages du Scorpion.

- C'est pas pour moi, s'exaspéra le grec.

- Quoi, c'est pour Blanche Neige ? ricana l'italien.

- Il a pris froid », admit Milo.

A ces mots, Deathmask éclata d'un rire mauvais.

« C'est pas drôle, Deathmask ! se vexa Milo en le foudroyant du regard.

- Un peu, quand même, se défendit le Cancer en retrouvant son calme.

- Comment il a fait ? s'enquit Aphrodite.

- Un accident pendant qu'il s'entraînait. Il a pris un coup de gel trop fort.

- Ah bon, le regarda le Poissons, pensif. Et toi, alors, Milo, ces bandages, c'était pendant un entraînement que tu t'es blessé?

- Aphrodite, je suis pressé.

- Oooh, il y a quelque chose que tu ne veux pas nous dire, déclara malicieusement le Poissons.

- Aphrodite ! S'il te plait !

- Ça va, ça va, ce que tu peux être méfiant, chantonna un peu le suédois. Tu sais bien que je ne fais que m'inquiéter de ton bien-être.

- Que c'est touchant, ironisa Deathmask.

- Tu veux quel genre de médicaments, Milo ?

- N'importe quoi qui puisse calmer des douleurs, de la fièvre, du froid…

- Bon, je vais te chercher ça. »

Aphrodite fit volte-face et disparut dans une pièce adjacente.

« Tu sais, c'est pas bien de pas avoir tenu tes engagements. J'attends toujours un combat contre toi, fit Deathmask.

- On se la donnera quand tu veux dès que j'aurai plus tous ces bandages, décréta Milo.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Une dispute avec Camus qui a mal tourné ? s'enquit Deathmask, l'œil goguenard.

- Arrête de dire n'importe quoi, le toisa Milo d'un air menaçant.

- T'as raison, il est bien trop faible pour te porter un seul coup. »

Cette moquerie eut le don de faire monter la colère du Scorpion.

« Redis ça pour voir !

- Franchement, Milo, t'en fais un peu trop pour ta princesse. T'es plus le chevalier d'or du Scorpion, t'es devenu son chevalier servant ! Et vas-y que je te chouchoute, et vas-y que je défends ton honneur, et vas-y que je te rapporte tes médicaments de fragile en plein milieu de la nuit », se moqua encore le Cancer.

Le Scorpion attrapa son vis-à-vis d'un geste vif et le bloqua contre le mur, pour lui mettre son Aiguille Écarlate à la gorge.

« C'est pas par là, Antarès, je crois me souvenir.

- Ça suffit, Deathmask, siffla Milo, hors de lui.

- Milo, Crabbie, pas de ça dans mon salon. Je ne veux pas de sang sur mon tapis hors de prix, » les réprimanda Aphrodite qui revenait dans la pièce.

Milo lâcha le Cancer et s'approcha d'Aphrodite.

« Tu as ce qu'il faut ?

- Bien sûr, sourit Aphrodite en lui donnant plusieurs boites de médicaments. J'ai toujours tout ce qu'il faut, pas comme ce rustre de Shura ! Moi au moins, je suis parfait.

- Woah, s'ébahit faussement Deathmask.

- Merci, Aphrodite. C'est très généreux de ta part.

- Mais bien sûr, mon mignon. Je suis surpris que Camus n'avait lui-même pas de médicaments.

- Ils sont restés au temple du Scorpion.

- Pourquoi ?

- Il a utilisé les bandages sur moi ce matin, et voilà.

- Hm. Ça a pas l'air d'être des blessures ordinaires. C'est quoi ? »

Milo s'écarta un peu d'Aphrodite.

« Rien, s'entêta Milo.

- C'est ta propre attaque, non ? » fit le Poissons mine de rien, l'air de tout.

Mais il lit dans les pensées ou quoi ? s'apeura le Scorpion.

« Bien sûr que non ! nia fermement Milo. Vous me croyez assez stupide pour m'attaquer moi-même ?

- T'es sûr que tu veux mon avis là-dessus ? intervint Deathmask avec un sourire sardonique.

- Non, trancha Milo sans le regarder.

- Tu peux nous le dire, Milo. Crabbie et moi, on sait être discrets, tu sais.

- Arrête avec ce surnom, Aphro, se vexa le Cancer.

- C'est pas beau de mentir, vous savez, soupira Milo.

- Bon, d'accord, j'admets ! fit Aphrodite en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Mais en tout cas, pour que ce soit aussi sérieux, et puisque que tu ne confirmes pas que tu t'es fait ça à l'entraînement… Tu admettras que ça laisse peu d'options.

- Il faut que je vous laisse », blêmit Milo.

Aphrodite était un démon. Un vrai. Impossible de cacher quoi que ce soit à cet aimant à rumeurs.

Milo fit volte-face et d'un pas rapide, il regagna la porte pour retourner chez le Verseau.

« J'ai aussi mis des antidouleurs dans le paquet de médicaments ! L'interpella Aphrodite d'une voix forte. Utilise-les ! »

Le Scorpion, malgré la recommandation, partit sans demander son reste.


Lorsqu'il fut de retour chez le Verseau, Milo se demanda ce qu'il venait de déclencher. Il s'en voulait d'avoir été si permissif. Aphrodite allait répandre la rumeur de sa blessure de par tout le Sanctuaire. Tous allaient désormais connaître sa vulnérabilité. C'était quelque chose qu'il avait voulu éviter à tout prix, et voilà. Il serait à jamais le fou qui non content d'assassiner, se portait des coups lui-même à l'occasion. Et il savait qu'il n'arriverait pas à faire taire le Poissons. C'était comme essayer d'empêcher une fuite d'eau avec ses mains. Ça ne menait nulle part et ça finissait quand même par vous éclabousser.

Mais il essaya d'éloigner ces pensées de son esprit pour le moment. Il fallait soigner son Camus, d'abord. Il pourrait se morfondre ensuite.

Lorsqu'il pénétra dans la chambre, le paquet de médicaments en main, Hyôga se leva de sa chaise tout de suite, pour venir à sa rencontre.

« Alors, il avait ce qu'il fallait ? s'enquit le disciple avec espoir.

- Oui, heureusement, soupira Milo. Comment il va ?

- Pas bien mieux, fit Hyôga avec un regard désolé pour le Verseau.

- Va chercher un verre d'eau, s'il te plait. Il faut qu'il avale un médicament.

- D'accord. »

Le Cygne parti, Milo s'approcha de son amant et prit sa main dans la sienne.

« Camus ? » l'appela-t-il doucement.

Le Verseau, qui avait les yeux fermés et les sourcils froncés, ouvrit ses orbes bleu marine pour contempler le Scorpion.

« Camus, je suis de retour. Et j'ai des médicaments. Il va falloir que tu te redresses un peu pour boire. Tu veux bien ? »

Un simple hochement de tête lui fut rendu. Camus était toujours brûlant et manifestement, si l'on en croyait son expression défaite, il se sentait encore très mal. Milo l'embrassa sur la joue tendrement.

Hyôga revint, un verre d'eau à la main.

Milo l'aida à se redresser et comme il l'avait fait dans le canapé auparavant, il servit d'appui à son amant. Camus avait en effet du mal à rester droit.

Milo ouvrit une des boites que lui avait donné Aphrodite et en sortit un cachet.

« Tiens, il faut que tu boives celui-ci », dit-il en tendant un médicament à Camus.

Camus avala le tout en petites gorgées. Milo sentait les muscles du dos du français jouer pour qu'il reste à la verticale. On sentait qu'il faisait un effort considérable pour rester dans cette position. Le Verseau se concentra pour boire l'intégralité de son verre d'eau. Il avait tout de même conscience que la fièvre entraînait parfois la déshydratation et c'était mieux de s'en prémunir. Quand ceci fut fait, Camus eut un relâchement soudain, et complet. Sa tête retomba entièrement en arrière, pour tomber mollement sur une des épaules de Milo, qui le soutenait comme il pouvait, et tout son poids s'avachit entièrement d'un seul coup.

« Hé, là ! » s'exclama le Scorpion, surpris d'un tel abandon de la part du Verseau.

Milo ne lutta pas et rallongea Camus prestement au fond de son lit. Il espérait vivement que le médicament aurait un effet rapide. Il reprit tout de suite la main de son amant dans la sienne. Camus lui rendit faiblement l'étreinte. Le Scorpion était vraiment inquiet : Camus était quand même peu souvent affaibli de cette manière. Hyôga l'avait bien amoché. Et aussi… Lui-même, avec ses problèmes, y avait contribué.

« Il va aller mieux, Milo », voulut le rassurer le Cygne.

Milo ne répondit rien, et ferma brièvement les paupières.

« Comment ça s'est passé, avec Aphrodite ? »

Le Scorpion porta son regard sur lui, un regard très las.

« Si mal que ça ? » s'enquit le Cygne devant cette réponse muette.

Milo secoua la tête, fataliste.

« Ouais. Tu peux être sûr d'entendre une rumeur peu flatteuse sur moi d'ici demain matin. »

Le russe grimaça. Il avait de la peine pour Milo. Depuis le début, le Scorpion faisait de son mieux, et il ne méritait pas de telles complications.

« Je suis désolé. Tu veux que je reste pour veiller sur Camus ? Tu as l'air d'avoir besoin de te reposer aussi, Milo.

- Non, il vaut mieux que je le fasse, résista le Scorpion.

- Comme tu veux. Je serai dans la chambre, si tu as besoin.

- Merci. »

Milo s'était dit à juste titre qu'il valait mieux un peu d'intimité à Camus pour le moment. Le Verseau n'aimait pas beaucoup plus que lui être dans un état de faiblesse avéré devant des témoins. Il était moins colérique, mais c'était à peu près tout.

Une fois sorti de la pièce, Milo embrassa Camus sur la joue.

« Tu te sens de te rendormir ? demanda-t-il d'une voix douce.

- Je ne sais pas, prononça Camus, les yeux fermés. J'ai froid. »

Milo l'enlaça tendrement quelques secondes.

« Tu veux que je te lise quelque chose, en attendant que tu te rendormes ? proposa le Scorpion.

- Tu ferais ça ? fit Camus d'une petite voix.

- Bien sûr, sourit Milo.

- Je veux bien », soupira le Verseau.

Milo se dirigea vers la bibliothèque et attrapa le premier livre en français qu'il trouva à sa portée.

« Je vais te lire quelque chose dans ta langue, Camus. Qu'est-ce que tu en dis ?

Camus ouvrit ses yeux enfiévrés et les posa sur Milo, qui se calait contre lui avec son ouvrage en main.

« Je t'aime, Milo. »

Milo embrassa son amant sur les lèvres à ces mots, très touché.

« Moi aussi. Je t'aime, Camus. »

Puis Milo ouvrit son livre et commença son récit.

« Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait « Histoires Vécues ». Ça représentait un serpent boa qui avalait un fauve. »

Evidemment, se dit Camus, qui fit un maigre sourire en reconnaissant le texte immédiatement. Le Petit Prince