1. lenni vagy nem lenni

Hongrie n'a jamais vraiment aimé le café. Ce n'est pas l'une de ses boissons préférées et ça ne le sera sûrement jamais, mais à cet instant précis, c'est ce dont elle a le plus besoin.

Elle ne cherche pas une quelconque compagnie, mais Autriche se désigne comme telle. Assit en face d'elle, la tête plongée dans un journal, il l'évite du regard.

« - Tu sais, récemment je suis allé voir une conférence.

- Hum. »

Autriche tourne une page de son journal, l'air désinvolte.

« - Il y avait beaucoup de monde. J'ai pu me faufiler calmement.

- Tu as trouvé du temps pour toi même, c'est bien.

- Je sens une pointe de jalousie dans ta phrase. »

Le brun lève les yeux vers Hongrie et tombe nez à nez sur son sourire moqueur.

« - Pas du tout.

- Enfin bref... j'ai bien aimé. Même beaucoup ! »

Habituellement, Hongrie n'est pas trop du genre à aimer les activités intellectuelles. Elle préfère un peu plus tout ce qui engendre un effort physique, qui la stimule et qui la bouscule des chantiers battus. Mais pour une fois, il faut dire que cette conférence c'est avéré beaucoup plus intéressante qu'elle ne le croyait.

« - C'était à propos de... du comportement humain. Reprend-t-elle en jouant avec la touillette de son café.

- Depuis quand cela t'intéresse-t-il ? »

À vrai dire, depuis pas si longtemps. Mais ça, jamais Hongrie n'osera l'avouer. Autriche a pris l'habitude de la voir fuir à chaque fois qu'il sortait un livre ou bien de refuser toutes sorties improviste dans les bibliothèques universitaires les plus réputer de Vienne.

Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

« - Si tu étais venu avec moi, tu ne poserais pas de question aussi débile.

Hongrie se penche en arrière en étirant ses bras et semble soudainement toute excitée. Elle, qui paraissait assez fatiguée à cause du jet lag il y a quelques instants, sent déjà les effets du café.

- Je t'écoute. Reprend Autriche en pliant son journal en quatre.

- Cela portait sur les méandres du comportement humain.

- Les méandres.

- Oui, les méandres ! C'était plus une étude sociale que scientifique. Connaitre les différentes formes de langages, la psychologie humaine tout ça... et surtout, qu'est-ce qui fait de nous des êtres humains. Bref, c'était ouf. »

Autriche redresse ses lunettes sur son nez en croissant ses jambes. Il attend pendant un instant que plusieurs personnes passent à côté d'eux avant de reprendre la parole.

« - Tu reprends ton langage familier.

- Tu écoutes quand je te parle ?

- Oui. »

Les deux Nations se regardent dans le blanc des yeux et Autriche peut distinguer l'excitation dans les pupilles d'Hongrie.

« - Penses-tu que cela peut nous aider pour le meeting ?

La brune sourit en rapprochant ses sourcils.

- Bah... pourquoi pas ? Tu penses comme moi alors ! »

Non, Autriche ne pense pas comme elle. C'est de la simple déduction et il connaît Hongrie depuis bien trop longtemps pour connaître ses réelles intentions.

« - Pas vraiment. Mais j'aimerais bien entendre ta pensée de vive voix.

- Tu vas me prendre pour une folle.

- Dis-moi.

- Ne penses-tu pas que, depuis le début, nous ne sommes que de simples humains essayant de jouer un rôle ?

- Depuis le début de quoi, Elizabeta.

- De tout. »

L'heure avance, le vent se lève et il serait regrettable d'arriver au meeting mouillé par la pluie et surtout en retard. Les deux nations se lèvent et prennent respectivement une simple valise noire et un gros sac à dos. L'hôtel est à présent vide et Hongrie s'autorise même un sourire en apercevant quelques gardes du corps à la sortie.

Dans la voiture, un silence de plomb s'installe. Mais ceci et loin d'être gênant. Autriche profite de ce moment paisible pour mettre des écouteurs dans ses oreilles et Hongrie pour regarder par la fenêtre et épier le cortège de sécurité les suivant.

Arrivée sur place, la brunette respire profondément pendant un instant. En frôlant le sol avec ses baskets toutes neuves, Hongrie ressent comme de l'électricité dans l'air. Les poils sur son bras se redressent, un frisson parcours son dos et sa salive devient pâteuse.

Autriche arrive à côté d'elle et repositionne le col de sa chemise. En croisant son regard, celle-ci sait parfaitement qu'il ressent la même chose. Et bizarrement, ça ne la dérange pas. Au contraire, elle aborde un large sourire en tenant fermement les bretelles de son sac à dos.

« - Toi qui n'aime pas les photos, tu vas être au paradis.

Autriche lève les yeux devant lui et aperçoit la foule noire de photographes et de journalistes qui l'attend impatiemment. Il souffle et redresse ses lunettes, une nouvelle fois.

- Au fil des siècles, on s'y fait. »

Après quelques secondes ayant attendu que leurs conseillers et gardes du corps les suivent, les deux Nations décident de finalement s'avancer. Les flashs les percutent immédiatement de plein fouet et les caméras de chaînes de télévision suivent leurs moindres faits et gestes.

En tournant la tête, Hongrie remarque qu'ils ne sont pas les seuls à arriver. Mais avant qu'elle ne fasse le moindre commentaire, elle et Autriche se précipitent dans le hall de l'entrée.

« - Finalement... je retire ce que j'ai dit. C'est toujours un supplice. Reprend Autriche dans un murmure.

- Pas pour certain en tout cas. »

Les deux Nations guettent fixement l'extérieur du hall et plus précisément France qui sourit fièrement devant les caméras en secouant sa main. À quelques mètres de lui, Belgique répond même aux journalistes en se faisant dépasser par un Pays-Bas assez pressé.

Arrivant devant Hongrie et Autriche, celui-ci se contente seulement d'un simple hochement de tête. Il les dépasse finalement et s'engouffre dans un couloir sans fin.

En reconcentrant son attention vers le sourire charmeur de France, Autriche réfléchi.

« - Lui qui s'est plaint plusieurs fois qu'il était trop oublié lors des grandes réunions... on dirait bien qu'il a trouvé un nouveau moyen de se faire remarquer.

- Chacun joue son propre rôle. » Reprend Hongrie.

Les deux Nations s'avancent finalement un peu plus. Le bruit des flashs commence à s'éloigner petit à petit mais pas la curiosité d'Autriche.

« - Tu ne comptes vraiment pas te débarrasser de cette idée saugrenue.

Hongrie affirme que non. Au fil du temps et des événements, les attitudes des autres Nations ont changé, elle-même y compris et ça, elle l'a bien évidemment remarquée. Certain choisissent de jouer sur leur image et popularité alors que d'autre préfèrent rester dans l'ombre et prendre des décisions quand cela est obligatoire. Et encore, il existe une multitude d'autre comportements que chaque Nations adopte en fonction de sa personnalité, de ses envies et de son histoire.

C'est précisément ce qui les rend différents mais en même temps un peu plus proche de leurs semblables.

Hongrie s'arrête un instant et tourne son visage vers Autriche.

« - Je pense que ces réunions vont être très intéressantes. »

Le brun ne peut qu'agréer.