Note de l'auteur: Bonjour/Bonsoir, mes chers lecteurs/trices! Je reviens avec un plus grand morceau d'histoire aujourd'hui! Comme l'indique le titre de ce nouveau chapitre, vous allez voguer dans différentes époques. On retrouve enfin les deux amoureux et vous allez savoir enfin dans quel état ils sont après cette nuit mouvementée. Après l'angst affreux que je vous ai offert dans le dernier chapitre, vous avez enfin droit à un peu plus de calme et de fluff, si tant est que ce soit possible dans cette fiction, mais si si, je vous jure, ça arrive!
Je tiens à préciser qu'il y a une mention potentiellement très anachronique de la Reine des Neiges (Disney) dans ce chapitre. Je considère le Sanctuaire un peu "hors du temps" et je ne me suis pas vraiment embarrassée d'ancrer cette histoire dans une époque précise. Les différents chapitres de Saint Seiya étant sortis à des époques différentes, je prends un peu des libertés pour les temporalités.
Pour celles et ceux qui se le demanderaient, nous en sommes vers les deux tiers de cette histoire, environ, à moins que j'aie une inspiration soudaine et que je décide d'étoffer davantage les choses. En tout cas, merci de me suivre aussi assidûment, et bien sûr, de me commenter. Je tiens aussi à vous dire que vous pouvez tout à fait poster des reviews sur les chapitres antérieurs, même si la suite est en ligne, et même si les chapitres sont postés depuis un moment, j'y répondrai toujours avec plaisir. Tous ces commentaires sont très encourageants pour moi!
En tout cas, bonne lecture à vous!
Chapitre 11 - Présent et passé
C'est vers midi que des coups peu discrets résonnèrent à la porte du temple du Verseau. Milo et Camus dormaient encore, assoupis l'un contre l'autre, absolument ignorants du fait que tout le Sanctuaire n'avait eu que leurs noms à la bouche depuis tôt ce matin-là. Milo avait fini par tomber de fatigue sur son livre, et Camus s'était rendormi bien avant lui, au son de sa voix réconfortante. Le Petit Prince trônait à côté de la main lâche du Scorpion, alors qu'une autre entourait le torse de son amant, complètement blotti contre lui.
Ni l'un ni l'autre n'avaient entendu les frappements qui avaient résonné à la porte d'entrée, mais quelqu'un le fit à leur place. Hyôga, qui était réveillé depuis quelques heures déjà, était en train de préparer le repas de midi dans la cuisine de Camus – une poêlée aux légumes toute simple. En entendant toquer, il décida d'aller ouvrir à la personne en question. Cela ne servait à rien d'attendre que ses aînés le fassent à sa place.
Le Cygne se retrouva face à la silhouette massive d'Aldébaran du Taureau, qui avait une expression presque timide sur le visage. Le disciple de Camus haussa un sourcil surpris.
« Ah ! Bonjour, Aldébaran.
- Salut, Hyôga, hésita le Taureau. Euh… Est-ce que… Je voulais savoir… Est-ce que Milo est là ?
- Euh, oui, il est ici, confirma Hyôga. C'est pourquoi ?
- Je voudrais lui parler. »
Hyôga prit un air embarrassé.
« Ah… En fait, il dort encore, je pense. Maître Camus est malade, et ils sont tous les deux très fatigués. »
Le Taureau hésita. Est-ce qu'il devait repasser ? Ou est-ce qu'il devait insister ? Il ne savait pas si Milo lui pardonnerait de ne pas l'avoir informé tout de suite de ce qu'il avait dit à Shion. Mais en même temps, il trouvait cruel de réveiller le Scorpion pour une information qui ne lui ferait pas plaisir à entendre.
Hyôga perçut l'indécision du Taureau et décida de choisir pour lui.
« Bon, de toute façon, il est tard. Il vaut peut-être mieux que je les réveille, fit-il avec un sourire à l'adresse du brésilien. Je vais voir dans quelle disposition ils sont. Rentre deux minutes, si tu veux.
- Merci, » lui répondit le Taureau avec une reconnaissance soulagée.
Aldébaran fit quelques pas dans la pièce à vivre du temple du Verseau. Hyôga le laissa là et se dirigea vers la chambre de son maître. Il frappa discrètement à la porte.
Derrière le battant en bois, Milo se réveilla dans un sursaut. Il ne se souvenait même pas s'être assoupi. A côté de lui, Camus n'avait pas bougé, et semblait encore dormir profondément.
D'autres coups plus insistants résonnèrent à la porte. Milo décida de se lever du lit et d'aller ouvrir. En se redressant, il constata avec plaisir que ses blessures lui faisaient bien moins mal que la veille. C'était un problème en moins, se dit-il avec un sourire.
Il ouvrit la porte pour se trouver face à Hyôga.
« Désolé de vous déranger, Milo, s'excusa le Cygne. Mais il est midi, et je me disais qu'il valait peut-être mieux que je vous réveille.
- Pas de problème, le rassura le grec.
- Camus va mieux ?
- Il dort encore, fit Milo en jetant un œil derrière lui. Mais il vaut mieux que je le réveille. Il n'a rien avalé depuis hier midi.
- J'ai fait la cuisine, annonça Hyôga. Il y en aura pour trois.
- C'est très gentil à toi. Qu'est-ce que tu as préparé ?
- Oh, juste des légumes sautés, rien d'extraordinaire.
- C'est déjà très bien ! Merci. Je vais aller réveiller Camus, dans ce cas.
- Avant ça, Milo, je voulais te dire… Il y a Aldébaran dans le salon. Il a dit qu'il voulait te parler. »
Milo prit un air perplexe.
« Aldé ? Qu'est-ce qu'il me veut ?
- Je sais pas, répondit le russe. J'ai pas demandé.
- D'accord. Je vais voir comment va Camus, et ensuite, j'irai lui parler. »
Hyôga donna son accord dans un hochement de tête et revint dans le séjour informer le Taureau qu'il aurait gain de cause.
Milo referma la porte derrière lui et revint auprès de son amant endormi. Il passa une main sur sa joue. Camus semblait aller un peu mieux, lui aussi. Il était toujours un peu chaud, mais c'était bien moindre comparé à la veille. Heureusement, les chevaliers d'or avaient tendance à récupérer assez vite. Et le médicament d'Aphrodite semblait efficace.
« Camus », l'appela-t-il avec douceur. Il ponctua ses paroles en lui donnant un baiser sur la joue.
Le Verseau grogna mais n'ouvrit pas les yeux.
« Camus, réveille-toi, insista Milo. Il est midi, et il faut que tu manges. »
Son amant gardait obstinément les yeux fermés. Le Scorpion se fendit d'un sourire joueur. Il se pencha complètement sur lui et commença à l'embrasser dans le cou.
« Milo… gémit Camus dans un murmure. Arrête… »
Ce qui enjoint inévitablement le Scorpion à continuer de plus belle. Le Verseau poussa un second grognement.
« Hm… Veux dormir. T'es cruel.
- Je sais », déclara Milo sur un ton malicieux.
Le Scorpion posa ses lèvres sur celles du Verseau, qui répondit un peu à son baiser.
« Tu es insupportable », asséna-t-il lorsque Milo lâcha sa bouche. Il ouvrit finalement les yeux pour les noyer dans ceux pénétrants du Scorpion.
« Comment tu te sens ? demanda le grec, attentionné.
- Pas en forme, murmura le Verseau. Mais… Moins mal que cette nuit.
- Tant mieux », répondit Milo en l'embrassant une nouvelle fois sur la joue.
Camus attira Milo un peu plus près de lui pour pouvoir le tenir dans ses bras.
« Tu es bien câlin, toi, observa Milo, ravi.
- C'est ta faute.
- Ma faute ? s'amusa son vis-à-vis.
- C'est toi qui as commencé.
- Mmh. Mais c'est toi qui termines, on dirait. »
Camus redressa un peu la tête pour échanger un nouveau baiser avec Milo, de son initiative, cette fois.
« Tu sais que tu ne devrais pas me provoquer comme ça, toi, susurra le grec.
- Il t'en faut peu.
- Qu'est-ce que tu veux. Il paraît que je suis complètement fou de toi.
- Même dans cet état-là ? grinça le Verseau, qui ne se sentait pas particulièrement attirant.
- Oh, Camus… Tu sais très bien qu'à mes yeux, tu seras toujours… excitant. »
Camus trouva cette affirmation à la fois complètement ridicule et attendrissante. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait comme une impression de déjà-vu. Pas un déjà-vu désagréable, évidemment. Mais ça ressemblait juste beaucoup trop à Milo de dire des choses pareilles.
Camus émit un faible sourire à ce constat.
« Tu souris ! observa Milo avec un ravissement non dissimulé. Tu ne dois pas aller trop mal, dans ce cas.
- Tes bêtises finiront par avoir raison de moi, un jour, tu sais.
- Mais non. T'es bien plus fort que ça. »
Camus appuya un peu plus son étreinte en réponse. Milo enfouit son visage dans son cou et se gorgea de son odeur familière.
« Je vais te laisser te lever tranquillement. Je resterais bien là avec toi tester le fantasme du malade convalescent, mais je dois aller discuter avec un gêneur dans ton salon.
- Tu parles de mon disciple ?
- Non, non. Je parle d'Aldé. Hyôga l'a fait entrer.
- Aldébaran ? s'étonna Camus. Qu'est-ce qu'il fait ici ?
- Je sais pas. Apparemment, il veut me parler.
- Mh… Bizarre », observa le Verseau.
Milo lui adressa un sourire et embrassa Camus légèrement sur les lèvres avant de se redresser.
« Mais ne t'inquiète pas, pour le fantasme. Ce n'est que partie remise », lui promit-il sur un ton espiègle.
Camus réprima un rire amusé devant son amant qui le considérait actuellement avec le même regard que celui du sale gosse qu'il avait été autrefois. Certaines choses ne changeaient pas.
Milo, sur le chemin de la sortie, farfouilla un peu dans les placards du Verseau pour trouver un haut et un bas à enfiler. Son état lui permettait de remettre un T-shirt sans trop serrer les dents, et puis, autant qu'il soit présentable pour aller voir le Taureau. C'était les fringues de Camus, lui n'avait pas grand-chose sur place, parce qu'ils étaient plus souvent au temple du Scorpion tous les deux. Mais comme ils faisaient pratiquement la même taille (même s'il avait une carrure moins fine que son amant), il n'avait pas à s'inquiéter beaucoup de celle des vêtements. Il enfila son haut et son bas prestement et il sortit de la chambre, laissant au français prendre le temps qu'il voulait pour se lever. Rien ne pressait.
Après avoir refermé la porte derrière lui, il alla à la cuisine trouver Hyôga. Il l'informa du fait que son maître allait un peu mieux. Il lui dit aussi qu'ils pourraient manger lorsque le Verseau serait debout et que lui-même aurait terminé sa conversation avec Aldébaran. Hyôga fut heureux et soulagé d'entendre que Camus était moins malade.
Milo se dirigea vers le salon ensuite, où il trouva effectivement Aldébaran assis sur le canapé. Le Taureau semblait essayer de se faire tout petit, ce qui était un peu un comble pour lui. L'instinct de Milo lui cria qu'il risquait de ne pas aimer la raison de la présence du brésilien en ces lieux.
« Aldé, l'interpella-t-il en arrivant. Tu voulais me voir ? »
Le Taureau se retourna vivement vers lui lorsqu'il arriva.
« Milo ! Oui. J'ai à te parler. »
Le ton un peu hésitant sur lequel avait été prononcé cette phrase fit frissonner le Scorpion.
« Oulà, essaya-t-il avec un sourire. C'est si grave que ça ? »
Aldébaran le considéra sérieusement.
« Disons que c'est important.
- Très bien. Tu veux rester ici pour en parler ?
- Où tu voudras. Mais tu devrais peut-être t'asseoir. »
Milo haussa les sourcils. Quelle catastrophe allait encore lui tomber dessus ?
Il choisit de s'asseoir dans un fauteuil face au canapé.
« Je t'écoute », le regarda-t-il avec intérêt.
Le brésilien sembla considérer ses mots.
« Comment tu vas, déjà ?
- Très bien, merci, répondit Milo sans réfléchir.
- Tu es sûr ? insista le Taureau.
- C'est quoi cette question ?
- Disons que ça n'a pas l'air d'être l'avis de l'intégralité des chevaliers d'or depuis ce matin. »
Milo se passa une main sur le visage. Voilà qui commençait bien.
« Génial, cingla-t-il sans chaleur. Je vois qu'Aphrodite s'est surpassé. Alors ? Viens-en au fait ! Qu'est-ce qu'il a trouvé à dire sur moi ?
- Que tu essayais ton Aiguille Écarlate sur toi-même. »
Le Scorpion fit une moue dépitée.
« Et donc, tu viens pour savoir si c'est vrai, c'est ça ?
- Pas vraiment, répondit calmement Aldébaran. En fait, je n'ai même pas besoin de te le demander pour le savoir.
- Super, s'agaça Milo. Je suis ravi de voir que ça marche toujours aussi bien, les rumeurs. Et tu te déplaces jusqu'ici pour me dire ça ?
- Non. »
Le huitième gardien le regarda avec perplexité.
« Ecoute, Milo. Beaucoup de gens t'ont vu avec des bandages conséquents sur le torse, hier. Ce n'est pas difficile de penser que c'est vrai.
- D'accord, d'accord ! s'exclama Milo. C'est bon, vous avez gagné ! Oui, c'est mon attaque ! Vous en avez pas marre de vous amuser à me descendre ? Franchement, le Sanctuaire pourrait s'occuper à d'autres choses !
- Milo, personne ne s'amuse à ça. Aphrodite est parfois mesquin, c'est vrai, mais je crois que ça partait d'une bonne intention, cette fois.
- Ah oui ? Eh ben sachez que la sensation n'y est pas !
- Milo… essaya de le calmer le deuxième gardien.
- Alors, maintenant que tout le monde sait tout, continua Milo, pourquoi tu es ici ? Tu n'as pas besoin de venir me demander comment je vais, puisque tu le sais déjà ! Je te signale que je dois m'occuper de Camus, il est malade, et je n'ai pas vraiment que ça à faire de perdre mon temps. »
Milo le toisait d'un air très mécontent, les bras croisés sur la poitrine. Le brésilien augurait mal de la suite, mais il se devait de dire au Scorpion ce qu'il avait fait ce matin-là.
« Milo, je suis là parce que je dois te dire quelque chose d'important.
- Quelque chose qui n'a pas de rapport avec ça ? s'étonna franchement le grec.
- Quelque chose qui est lié à ça.
- Lié à ça ?
- Oui. Milo… Tu te souviens sans doute de ce que tu m'avais promis. »
Milo écarquilla les yeux. Attendez… Mais qu'est-ce qu'Aldébaran allait lui dire, là ?
« Ce que je t'avais promis ? répéta le Scorpion sourdement.
- Tu m'avais promis que tu n'essayerais plus de te faire du mal, » se lança franchement Aldébaran.
Le grec ne répondit rien.
« Et tu te rappelles bien que la condition était que si tu ne tenais pas cette promesse, j'avais le droit de ne plus tenir la mienne. Je considère que ce que tu as fait, Milo, brise ta parole. »
Milo s'était figé, attendant la suite.
« Ce que je veux te dire, c'est que… Je me suis inquiété pour toi en entendant ces rumeurs. Il en va de ta santé. Je ne pouvais pas rester sans rien faire. Milo… Ce que j'ai vu cette nuit-là, avant qu'on ne ressuscite… Ce n'est plus un secret. »
Le Scorpion sentit une panique aveugle l'envahir.
« Tu n'as pas fait ça, prononça-t-il d'une voix blanche.
- Shion est au courant, Milo. Je suis allé le voir ce matin. Il fallait qu'il sache. C'est trop grave.
- Non… Tu n'as pas fait ça ! » répéta-t-il, le désespoir dans la voix.
Aldébaran se sentit très désolé pour son collègue.
« Je dois aussi te dire que… Shion ne m'a donné aucune garantie lui-même qu'il n'en parlera à personne. »
Milo aurait pu fondre en larmes ici et maintenant à cet unique constat. Il se prit la tête dans les mains. C'était quoi cette punition ? Paye ta journée qui commence bien ! Aldébaran n'aurait pas pu lui annoncer quelque chose de pire !
« Milo… Je suis désolé, essaya le Taureau.
- Pas suffisamment, apparemment, » lui parvint la voix étouffée et amère du Scorpion.
Le Taureau ne sut pas trop où se mettre. Milo n'avait pas redressé la tête, complètement assommé par les sentiments volcaniques provoqués par cette affreuse nouvelle. C'était vraiment injuste. Il essayait de remonter la pente, et Aldébaran s'amusait à lui mettre des bâtons dans les roues. Il réprima un sanglot.
« Je crois que tu devrais partir, Aldé », résonna encore la voix rauque de Milo, qui ne le regarda même pas.
Le brésilien hésita. Il ne voulait pas quitter les lieux avec l'impression de s'être brouillé avec son frère d'armes.
C'est à ce moment-là que Camus, qui portait un gros pull bien chaud sur les épaules, et les traits tirés, fit son apparition dans la pièce.
« Camus, prononça le brésilien en le voyant.
- Aldébaran, » le salua en retour le français.
Le regard du maître des glaces tomba sur Milo, qui était complètement prostré.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Camus, sans laisser montrer aucune émotion.
- Euh… rien, hésita Aldébaran. Je… Il vaut mieux que j'y aille, en fait. »
Le Taureau ne laissa même pas à Camus le temps de réagir. Il se leva prestement et partit du temple du Verseau quasiment au pas de course. Le français leva un sourcil. Qu'est-ce qu'il lui prend, à celui-là ? se dit-il en le voyant fuir de la sorte.
Le maître des glaces s'approcha doucement de Milo et posa une main fine sur son épaule.
« Qu'est-ce qu'il t'a dit ? » l'interrogea-t-il.
Milo redressa un peu la tête, et tenta de contenir son désarroi, mais Camus le perçut tout de suite.
« Prends-moi dans tes bras » lui demanda simplement le Scorpion.
Le Verseau n'hésita pas une seule seconde et il vint enlacer fermement Milo, qui s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait.
Camus l'embrassa sur la tempe succinctement.
« Qu'est-ce qu'il se passe qui te mette dans cet état ? murmura-t-il à son oreille.
- Rien, je… Une mauvaise nouvelle. »
Camus se dégagea un peu pour planter son regard dans le sien.
« Dis-moi », lui intima-t-il simplement.
Milo chercha dans sa tête ce qu'il fallait dire. Expliquer la vérité à Camus serait trop long, et surtout, il n'en avait pas le courage. C'était précisément la raison pour laquelle il avait supplié au Taureau de se taire. Il n'arriva pas à contenir un tressaillement en imaginant cette information intime en possession du Grand Pope.
« Milo ? l'appela encore le Verseau, qui accentua la prise qu'il avait sur ses avant-bras.
- Excuse-moi, finit par dire le Scorpion. C'est… C'est juste que tout le Sanctuaire est au courant de ce que je me suis fait, maintenant.
- Ah. Tu es allé voir Aphrodite, c'est vrai, reconnut Camus. Il a tout deviné, n'est-ce pas ?
- Voilà, confirma Milo, qui s'en tirait très bien avec cette demi-vérité.
- Ça devait arriver, philosopha le Verseau avec un fond de dépit dans la voix. Tu t'es tellement amoché que ça aurait été difficile de passer inaperçu.
- Je sais. »
Il y eut un moment de silence entre les deux, et le Verseau ressentit un malaise instinctif qu'il ne s'expliqua pas. Il embrassa Milo pour essayer de faire taire ce sentiment désagréable.
« Je ne t'ai pas remercié pour cette nuit, déclara le Verseau. Tu as été très courageux d'aller chez Aphrodite pour moi. Surtout dans ton état. Tu es vraiment quelqu'un de généreux, Milo. »
Compliment qui fit revenir un sourire sur le visage du grec. Il passa lentement les mains dans le dos de Camus et l'embrassa sur la jugulaire dans un remerciement muet.
Un raclement de gorge interrompit là leur rapprochement intime.
Hyôga, rouge d'embarras devant cette scène surnaturelle, avait fait son apparition dans le salon du Verseau.
Camus se raidit subitement, pris sur le fait. La fatigue lui avait fait oublier qu'il n'était pas seul dans son temple. Milo le regarda paniquer, un léger sourire en coin. Ah, Camus et son fameux maintien de chevalier des glaces…
« Euh… Le repas est prêt », balbutia Hyôga, encore un peu choqué de ce qu'il venait de voir.
Milo sentit que Camus ne savait plus trop où se mettre, aussi, il répondit pour deux :
« Merci, on arrive. »
Hyôga préféra tourner les talons rapidement pour essayer de bannir cette image de sa tête.
« Il faut vraiment qu'on retourne à ton temple, lâcha Camus.
- Oh, là, là, s'amusa Milo. T'en fais pas… Je crois pas qu'il a eu le temps de voir grand-chose.
- Et alors ?
- Il a plus huit ans, Camus.
- Ça ne change rien.
- Ce que tu peux être pudique…
- Et toi, clairement, pas assez.
- Camus… Tu as bien le droit d'être un humain, quand même. »
Le Verseau ne fit aucun commentaire, se contentant de le toiser froidement.
« Si tu y tiens, on redescendra. Mais ce serait quand même préférable que tu te reposes dans ton temple cet après-midi. Si tu te sens trop fatigué, je pense qu'il vaut mieux qu'on reste là une nuit de plus. Après, si tu as vraiment envie de bouger, promis, ce soir, on réintègre mon temple.
- Très bien.
- Allez, viens, ponctua Milo en lui faisant un baiser sur le nez. Y'a ton disciple qui s'est dévoué pour faire la cuisine. Tu voudrais pas rater ça ! »
Milo lui attrapa amoureusement la main et il l'invita à le suivre. Leurs doigts toujours crochetés, ils arrivèrent dans la cuisine, où Hyôga était en train de mettre la nourriture dans les assiettes. Milo en fut heureux. Il fallait que Camus mange, il se sentirait bien mieux ensuite.
Le repas de midi se passa sans encombre. Camus picora un peu son assiette, la maladie ne le mettant pas vraiment en appétit. Milo le surveilla du coin de l'œil pendant toute la durée du repas, et il prit bien garde à ce que son amant avale un autre médicament. Dans un coin de sa cervelle fatiguée, le Verseau se dit qu'il n'aimait pas tellement être materné de la sorte, mais il était trop épuisé pour en faire mention. Surtout qu'il était accaparé par ce sentiment de malaise diffus qui ne le lâchait pas. Il avait la sensation que quelque chose ne tournait pas rond dans le comportement du Scorpion, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Pourtant, Milo était calme, et il discutait tranquillement avec Hyôga devant lui. Il essaya de se raisonner en se disant que son amant devait toujours être nerveux à cause de cette rumeur qui circulait sur lui. Ah, s'il avait pu, il aurait scellé la bouche d'Aphrodite d'un étau de glace. Les chevaliers n'avaient-ils rien de mieux à faire que de plomber le moral déjà pas si haut de son amant ?
Après le repas, Hyôga prit congé de son maître, car il avait une virée en ville de prévue cet après-midi-là avec Seiya, Shiryû, Shun et Ikki. Le Verseau le remercia sur un ton neutre pour l'aide qu'il avait donnée jusque-là et pour le repas. Le Cygne parti, Milo décida de pousser son français sous la douche, avec l'argument que l'eau chaude le réchaufferait et régulerait peut-être la température de son corps. Les deux amants investirent la salle de bain ensemble. Tandis que Camus s'aventura sous le jet d'eau de la douche, Milo décida d'enlever ses bandages pour voir comment guérissaient ses coups d'Aiguilles. A présent, il avait des marques qui commençaient à cicatriser tranquillement. Le grec estima qu'il pourrait passer sous l'eau pressurisée sans se rouvrir ses piqûres, et un sourire lubrique s'étira sur ses lèvres. Après tout, pourquoi pas ?
Milo trouva donc le moyen de se faufiler lestement derrière Camus sous l'eau dans son plus simple appareil et se plaquer complètement sur lui. Il sentit son amant se raidir de surprise mais se détendre aussitôt à son contact.
Le seul rempart que Camus trouva contre l'attaque sensuelle de son amant fut un « Milo… » exaspéré.
« Je t'avais bien prévenu que ce n'était que partie remise » retentit la voix séductrice du Scorpion à son oreille.
Lorsque les amants eurent terminé leur interlude fusionnel, et sortirent de la douche rassérénés et propres, ils décidèrent de passer leur après-midi à se reposer tranquillement sur le canapé du salon. Milo proposa de regarder un film. Camus agréa rapidement. Il pensait que cette activité lui demanderait moins de concentration que de déchiffrer les pages d'un livre, et dans son état, ce n'était pas plus mal. En plus, il aurait la paix avec son amant, qui lui aussi pourrait se reposer un peu. Milo n'avait de fait pas beaucoup dormi cette nuit-là, puisqu'il avait fait la course pour lui trouver de quoi faire tomber sa fièvre, et qu'il lui avait gentiment lu un livre jusqu'à point d'heure.
Milo décida dans un trait d'humour un peu facile de mettre La Reine des Neiges. Camus se contenta de le considérer froidement lorsqu'il lui brandit au visage le DVD de son choix.
« Allez, Camus ! Je suis sûr que tu l'as jamais vu ! Je te jure que c'est bien !
- Je suis un adulte, Milo, cingla son amant, sans se départir de son calme à toute épreuve.
- Et alors ?
- Et alors, reprit-t-il sur un ton uni, tu me proposes un dessin animé pour enfants.
- Mais on s'en fout, si c'est bien ! C'est ça, ou je mets un film horrifique. »
Argument qui convainquit le Verseau. Sans mauvais jeu de mots, c'était un genre qu'il avait en horreur. Alors autant céder pour le premier choix.
« Très bien, mets-le, capitula platement Camus.
- Ouais ! sautilla sur place Milo. Je suis sûr que tu vas adorer. »
Le Verseau leva très légèrement un sourcil double, mais ne répondit rien. Lui, il avait surtout l'impression que son arachnide adoré se payait vaguement sa tête. Mais il ne le montra pas, évidemment.
Milo donna le disque à manger au lecteur DVD et il alluma l'écran qu'ils avaient dans le salon. Lorsque tout fut installé et que les premières notes du film retentirent, Milo vint s'assoir à côté de lui, et passa une main cajoleuse autour de sa taille.
Les orbes énigmatiques du Verseau se posèrent sur lui.
« Toi, tu as intérêt à me laisser regarder le film, maintenant que tu as insisté pour le mettre.
- Roh là là, tout de suite, se vexa Milo. Dis-moi si je dérange, hein… »
Camus eut un pincement au cœur soudain, face à cette déclaration, même s'il ne cilla pas. Il savait qu'il pouvait être un peu antipathique par moments, et parfois, il avait peur que le Scorpion ne se méprenne.
« Tu sais très bien que non. »
Et pour faire bonne mesure, il attira Milo plus contre lui. Le Scorpion, tout sourire, posa sa tête sur son épaule.
« Tu regardes des films de travers, toi, maintenant ? l'interrogea Camus sur un ton perplexe.
- Qu'est-ce que ça peut faire ? lui demanda Milo en retour, un peu sur la défensive.
- Rien, rien. »
Camus sentit Milo soupirer contre lui. Oui, décidément, son instinct ne le trompait pas, depuis le début. Milo n'était pas de si bonne humeur que ça.
« Milo… tenta Camus un peu plus à voix basse. Quelque chose ne va pas ? »
Le Verseau sentit son amant se raidir un peu. Il avait vu juste. Aussi, il continua :
« Si c'est à cause d'Aphrodite, ne t'en fais pas. C'est une rumeur, ça va se tasser. »
Camus entendit Milo grogner depuis son épaule.
« T'inquiète pas, Camus. Je le sais. »
Le Verseau ne sut quoi ajouter.
« Concentre-toi sur le film, plutôt. J'ai hâte de savoir ce que tu vas en penser… » ajouta Milo plus malicieusement.
Au fur et à mesure du visionnage, Camus devait bien avouer que malgré ses réticences muettes, Milo avait finalement eu raison – il passait un bon moment. D'ailleurs, il trouvait que la similitude était un peu ironique entre cette Elsa et lui. Mine de rien, son enseignement lui avait aussi appris à se départir de sa sentimentalité. Lui considérait que c'était quelque chose de nécessaire, mais bon. Qu'est-ce qu'un dessin animé savait réellement des techniques de glace ? Les gens qui étaient derrière cette création n'étaient jamais venus au Sanctuaire pour l'observer en action. Voilà qui aurait été bien étrange, se dit-il.
Au moment où Elsa était en train de chanter son émancipation en créant son palais des glaces, Milo le tira de sa contemplation pour lui demander avec intérêt :
« Tu sais faire ça, toi ? »
Camus considéra la question.
« Je n'en sais rien, avoua-t-il. J'ai seulement appris à utiliser mes pouvoirs pour attaquer. »
Il y eut un silence.
« C'est faux, rétorqua simplement Milo.
- Très bien, concéda son amant calmement. Disons plutôt que je ne me suis jamais lancé dans quelque chose de cette envergure.
- Préviens-moi si ça devait arriver. »
Il y eut un autre blanc entre eux.
« Tu as bien de la chance, Camus. Tes pouvoirs sont magnifiques. Tu peux t'en servir pour faire toutes sortes de choses merveilleuses, mis à part combattre. Moi, je ne sais que tuer.
- Bien sûr que non, Milo, le contra son amant comme une évidence. Ton attaque n'est pas taillée pour tuer, tu le sais toi-même. Elle est prévue pour offrir une chance de repentir à ceux qui t'affrontent. En un sens, c'est quelque chose de généreux.
- C'est moins beau, quand même, déclara le Scorpion.
- Tout dépend du point de vue. Il y a quelque chose d'idéal et de magistral dans ta manière de combattre, je trouve. »
Milo, touché, prit une des mains de Camus dans la sienne et en embrassa le dos.
« Merci », murmura-t-il sincèrement.
Le film continua son cours. Milo trouvait qu'il avait eu une bonne idée, dans l'ensemble. Un dessin animé était calme à regarder et plaisant, et son amant semblait y prendre goût. Lui-même trouvait que le film était beau et entraînant.
Cependant, une bonne demi-heure plus tard au moins, lorsqu'on arriva au moment où Anna découvrait les trolls, Milo eut de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts. La fatigue était en train de l'emporter, toutefois il fit tout pour lutter contre. Il voulait voir les réactions de Camus, qui était concentré sur le dessin animé. Malheureusement, il sentit l'engourdissement prendre possession de son corps, et il n'arrivait plus à regarder l'écran, devenu trop lumineux pour ses yeux. Ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes lourdement, et la tête toujours posée sur l'épaule bien dessinée de son amant, le sommeil l'emporta soudainement.
Le pays des rêves ramena le Scorpion quelques années en arrière. A un moment clé de son existence.
C'était durant une froide nuit de décembre. Le temps dehors était clair, mais glacial, et beaucoup des chevaliers qui étaient sortis ce jour-là avaient pesté contre les basses températures. Mais pas Milo. Aujourd'hui était un jour important. Alors, il s'en fichait bien, du froid. Rien n'aurait pu perturber sa bonne humeur. Le chevalier du Scorpion n'avait pas revu son meilleur ami depuis environ un an. Mais son glacial confrère lui avait fait savoir sa venue ce jour-là par lettres interposées, lui indiquant qu'il devrait faire son rapport annuel au Grand Pope. Milo avait compté les jours, qui s'étaient égrenés bien trop lentement, avant que Camus ne revienne au Sanctuaire. Le grec ne l'avait pas avoué à son ami, mais chaque minute qu'il passait loin du français lui faisait souffrir le martyre. Il ne comprenait pas comment quelqu'un qu'il ne voyait pas pouvait occuper ses pensées aussi incessamment. Mais cela faisait un moment déjà qu'il s'était rendu à l'évidence – il était fou amoureux de son ami des neiges.
Toutefois il ne s'était jamais déclaré. L'amitié du Verseau avait été très dure à gagner, et cette relation était si importante pour lui qu'il avait bien trop peur de tout risquer et de tout perdre. Camus avait toujours eu ce comportement froid à son égard, aussi, il lui était très difficile d'espérer que ses sentiments fussent partagés. Il était suffisamment honoré comme ça d'avoir une place dans la vie, et l'espérait-il tout de même un peu, dans le cœur du maître des glaces.
C'était compliqué. Milo savait que Camus tenait un peu à lui, mais il ne savait pas en mesurer l'envergure. En l'occurrence, les lettres que lui envoyait Camus depuis le début de son exil en Sibérie mentionnaient en long, en large et en travers ses inquiétudes envers ses disciples, et la façon dont il devait les éduquer, et cela rendait Milo un peu jaloux. Savoir que ces gamins prenaient potentiellement plus de poids dans la vie du Verseau que lui, alors qu'il avait tout donné pour qu'il l'accepte… le rendait parfois immensément triste.
Mais Milo s'était juré de ne rien en montrer. Camus ne tolérerait pas ce genre d'égarements. C'était aussi la raison pour laquelle le Scorpion avait choisi de ne jamais lui avouer son attirance. Il avait réussi à poser des mots clairs et définitifs sur ce désir hors-norme qu'il avait pour le chevalier du Verseau à environ treize ans, et il en avait dix-sept, désormais. Et rien ne s'était passé. Il avait vécu avec cette envie profonde de toucher le Verseau, de le faire sien, encore et encore. Il fantasmait sur lui, bien souvent. Non, pas « souvent ». Tout le temps, en fait. Et il s'en voulait. Il pensait à la manière dont le français réagirait s'il savait. Mal, très probablement. Abuser de son image si pure pour de vils désirs…
Aussi, Milo s'était promis d'être un ami exemplaire pour son entrevue avec Camus. Le Verseau ne pourrait pas rester bien longtemps. Il débarquerait le temps d'une soirée et serait obligé de repartir aux aurores. Il était malheureusement impossible qu'il abandonne ses disciples trop longtemps, car ils étaient tout de même encore assez jeunes. Maudits gamins, s'était dit Milo pour lui-même. Ils lui volaient son meilleur ami. Mais il ne le mentionnerait jamais. Il respectait trop Camus.
Milo avait préparé la soirée à l'avance avec minutie. Il savait que Camus allait d'abord passer chez le Grand Pope pour se débarrasser de son rapport, et qu'il redescendrait à son temple. Milo lui avait laissé une petite note au temple du Verseau pour l'inviter à dîner. Il avait même prévu une heure de rendez-vous.
Le Scorpion s'était fait tout beau. Il n'en avait pas trop fait, attention. Il ne voulait pas que Camus le traite de Casanova. C'était la réputation qu'il avait au Sanctuaire, et il savait que le Verseau n'en était pas ravi. Il avait opté pour une jolie chemise noire, et un jeans, pour couper l'effet trop habillé. De cette manière-là, il serait beau, c'est vrai, mais pas outrageusement séducteur. Il avait aussi fait l'effort de préparer lui-même un repas dans sa modeste demeure – il avait trouvé une manière d'aménager une cuisine au fur et à mesure de ses maigres payes. Il possédait dorénavant un four, quelques placards, des plaques à gaz… Et un peu de matériel pour faire un dîner digne de ce nom. Il s'était même procuré une petite chaine hi-fi pour mettre un peu de musique, voire écouter la radio. C'est que le temps était sacrément long, quand on était enrôlé à garder un temple où les ennemis ne venaient jamais. Il n'avait jamais vu une seule personne réussir à aller plus loin que la maison du Cancer. Alors pour lui, au huitième temple… Autant dire que les combats glorieux étaient chose rare.
Milo faisait les cent pas, frénétique, dans son modeste salon. L'heure du rendez-vous approchait. Il en était tout excité. A chaque fois qu'il revoyait Camus, il était toujours plus magnifique. Il grandissait, prenait de la maturité, et chaque année lui rajoutait un charme supplémentaire. Milo avait bien trop hâte de le revoir, et d'enfin pouvoir replonger ses yeux dans les orbes marins et troublants de son ami taciturne. Autant dire que Noël était insignifiant pour le Scorpion, à côté de cette unique soirée.
Lorsque vingt heures pile s'afficha à l'écran de son réveil, Milo entendit quelques coups discrets frappés à sa porte. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il allait revoir Camus ! Il était là, derrière cette porte !
Le Scorpion courut quasiment lui ouvrir. Le battant de la porte lui dévoila le visage tranquille du français, qui avait l'ombre d'un sourire aux lèvres. Milo eut une seconde de béatitude en découvrant le Verseau. Déesse, qu'il était beau. Lui aussi avait fait un effort, remarqua-t-il. Camus avait abandonné ses tenues austères d'entraînement pour opter pour une chemise bleu clair et un pantalon de toile, qui tombait élégamment sur ses jambes. La théorie de Milo se confirmait : Camus devenait de plus en plus magnifique avec les années.
« Camus ! » s'exclama-t-il, un grand sourire aux lèvres.
Le Scorpion n'hésita pas. Il se jeta littéralement au cou du Verseau pour le serrer fort dans ses bras. Son cœur se mit à battre la chamade au contact de son vis-à-vis. Contact que tout son corps avait rêvé pendant une année. Une année, bon sang ! Les bras de Camus se refermèrent timidement sur lui.
C'était si bon, pensa Milo, blotti contre celui qu'il aimait en secret. Il se gorgea à nouveau de son odeur familière de neige. Il lui avait tant manqué.
Milo se dégagea à regret de l'étreinte et invita son ami à rentrer dans son salon, qui était baigné dans une musique douce.
« Je suis tellement content de te voir ! Regarde, tu as vu ? J'ai fait des améliorations pour mon appartement ! Il y a un peu plus de meubles ! »
Camus, qui souriait toujours presqu'imperceptiblement, balaya la pièce du regard.
« J'ai fait le dîner ! J'espère que tu as faim ! »
Le Verseau n'avait même pas encore dit un seul mot. Et pour cause, il était complètement hypnotisé par le sourire éclatant de Milo, qui l'entraînait plus profondément dans ses appartements et qui le fit s'asseoir sur le canapé. Camus avait rarement vu Milo porter une chemise. Il trouva à part lui que le Scorpion était terriblement séduisant dans cette tenue, mais il essaya de faire taire ses pensées. Ce n'était pas le moment.
« Qu'est-ce que tu as préparé ? » finit-il par demander.
Milo sourit de plus belle en entendant enfin la voix chérie du maître des glaces.
« J'ai fait cuire du saumon ! Et des petits légumes, pour aller avec ! Je sais que tu adores le poisson !
- Une vieille habitude, rien de plus, se dédouana un peu le Verseau.
- Mais ça te va quand même ? s'inquiéta soudain le Scorpion.
- Bien sûr que oui, Milo. C'est parfait. Je suis impressionné de tous les efforts que tu as faits. Je n'en demandais pas tant ! »
Milo lui fit un doux sourire.
« Je te vois tellement peu souvent ! Ce serait un crime que je fasse pas un effort. C'est de notre devoir de passer une bonne soirée !
- Merci, Milo », répondit le Verseau en le regardant droit dans les yeux.
Milo se noya dans le regard de Camus quelques instants. Il était complètement sous le charme. Comment allait-il faire pour passer la soirée avec lui sans lui sauter dessus ? C'était proprement insoutenable…
Pour se donner contenance, le Scorpion fila à la cuisine leur ramener un apéritif.
Cette soirée se passa comme le grec l'avait envisagée : merveilleusement bien. Il discuta beaucoup avec le Verseau, le priant de lui raconter de vive voix l'entraînement des deux marmots des glaces. Camus se livra un peu, toujours avec sa discrétion coutumière, et il lui parla des quelques souvenirs agréables qu'il avait de la Sibérie. Milo lui raconta en retour les bêtises qu'il avait faites pour s'occuper au Sanctuaire, sous l'œil à la fois attendri et réprobateur de son ami. Certaines choses ne changeaient pas.
Ils finirent par passer à table, et ils y dégustèrent le saumon bien cuit et bien assaisonné de Milo. Le Verseau le complimenta d'ailleurs sincèrement sur sa cuisine, ce qui fit gonfler le cœur du Scorpion d'affection. Le grec était si heureux d'avoir réussi à préparer un repas qui ait plu à l'homme qu'il aimait secrètement. Il prit bien soin de noter cette recette dans son esprit pour lui refaire un jour. Pour le dessert, il avait préparé un crumble. Il aimait bien les pommes, et depuis qu'il avait un four, il trouvait que c'était dommage de ne pas l'utiliser. C'était un gâteau qui s'accommodait bien avec le temps hivernal. Chaud, sucré et surtout, réconfortant… Cela faisait écho au réconfort et à la complétude absolue qu'il ressentait d'avoir Camus auprès de lui. Oh, il devrait l'enlever, pour ne jamais revenir…
Ils entamèrent leur dessert, discutant toujours, les yeux dans les yeux, avec la musique de la chaîne hi-fi en fond. Camus était totalement subjugué, intérieurement. Milo s'était complètement surpassé. A lui aussi, il avait beaucoup manqué. Il ne l'avouait pas tout haut, mais avoir le Scorpion rien que pour lui le rendait immensément heureux. Que le destin était cruel de les séparer à ce point ! Et que Milo était séduisant ! Le grec le rendait complètement fou. Il n'arrivait pas à le lâcher des yeux, alors qu'il continuait son bavardage enthousiaste et incessant. Oh, déesse… Il voulait que cet instant dure une éternité.
Ils avaient terminé leur dessert depuis une quinzaine de minutes lorsque Milo remarqua un changement sonore dans sa chaîne hi-fi.
« Oh, j'aime bien cette musique », fit-il, une lueur particulière au fond des yeux.
Le Scorpion se leva de sa chaise, contourna la table et vint se poster devant Camus, un sourire charmeur aux lèvres. Il lui tendit une main.
« Tu veux danser ? »
Le Verseau ouvrit la bouche, et la referma. Était-ce une si bonne idée que ça ?
« Danser ? hésita-t-il d'une petite voix. Mais je… Je ne sais guère danser…
- Oh, Camus, ne me mens pas, fit Milo, dont le sourire s'élargit encore. Je suis sûr que tu es très doué. Et je m'en moque bien que tu le sois ou non, d'ailleurs. »
Camus regarda la main halée du grec, toujours hésitant. Néanmoins, il finit par poser la sienne, fine et fraîche, au creux de sa paume.
« Très bien. Mais juste une danse, alors.
- Comme tu voudras », répondit Milo, sans se départir de son merveilleux sourire.
Le grec l'entraîna avec lui au milieu du salon et il souda ses mains dans les siennes. Le Scorpion le regardait toujours, du magnifique bleu de ses yeux. Misère, se dit Camus. Dans quoi s'était-il embarqué…?
La suite fut comme un rêve, pour l'un et pour l'autre. Milo commença à bouger un peu en rythme sur la musique, entraînant Camus avec lui, qui fut obligé de suivre. Le Scorpion remarqua qu'effectivement, le Verseau lui avait servi un mensonge éhonté : il dansait magnifiquement bien. Les deux chevaliers se firent tournoyer un peu, l'un et l'autre. Ils ne se lâchaient toujours pas du regard. De fait, les mouvements qu'ils faisaient n'avaient réellement que peu d'importance. Milo pouvait sentir la fraîcheur des mains de Camus dans les siennes, qui pourtant, le brûlaient littéralement. Il fit tournoyer un peu le Verseau d'abord vers lui, refermant ses bras sur le torse de son partenaire pour le faire basculer en arrière, puis il le renvoya plus loin, un peu comme le mouvement d'un yo-yo, qui s'éloignait et qui revenait sans cesse. Milo sentait le désir se propager en lui petit à petit et prendre possession de tous ses membres, au fur et à mesure de leur exercice. Il ne savait pas si c'était la danse, la musique, ou l'amour qu'il ressentait pour l'homme qu'il entraînait avec lui dans son mouvement… Mais son cœur battait très fort dans sa poitrine. Il faisait tellement de bruit à ses oreilles qu'il avait presque l'impression qu'il dansait sur ce rythme là, et non plus sur celui de la musique qui se déversait dans la pièce. Comment Camus faisait-il pour ne pas l'entendre lui-même ? Et lui, comment faisait-il encore pour se contrôler alors qu'il avait devant lui Camus, qui le fixait de son regard pénétrant, et qui se déhanchait gracieusement devant lui ? Le Verseau était beau à s'en damner…
Son manque de contrôle intérieur finit par se révéler quand, au moment où il voulut faire tourner le français sur lui-même, il mit trop de force dans son mouvement. Il avait projeté le Verseau vers l'extérieur avec une passion débridée pour le faire tournoyer sous son bras. Camus perdit l'équilibre. Ses pieds ne répondirent plus et il tomba, emportant Milo avec lui. Le Scorpion avait toujours une main dans la sienne, et il avait raffermi sa prise par réflexe en le sentant partir.
Camus heurta le sol sur le dos et Milo atterrit de tout son long sur lui. Le français poussa un grognement de douleur étouffé.
« Aie !
- Oh, pardon, Camus, s'exclama le grec, confus. Tu ne t'es pas fait mal ? »
Mais le français ne répondit pas. Il se contenta de noyer son regard dans le sien. Milo pouvait sentir le torse de Camus se soulever et s'abaisser au même rythme que sa respiration, sous son corps. Il y eut un silence. Ni l'un ni l'autre ne firent de mouvement pour se relever. Le temps sembla s'arrêter. Le Scorpion se consumait littéralement de désir. Il en étouffait. Paradoxal qu'il brûle ainsi, puisque l'objet de son amour ardent, qui se trouvait sous lui, était d'ordinaire plutôt glacial. Mais en l'occurrence, il y avait une lueur trouble dans les yeux du Verseau. Quelque chose d'impalpable était suspendu entre eux. Camus lui semblait… magnétique. Rien d'autre ne compta plus pour Milo que ce regard bleu océan, et la sensation du corps de Camus contre le sien. L'odeur de son ami semblait avoir envahi la pièce, et troublait complètement ses sens. Camus était si beau. Camus…
Sans réfléchir, Milo posa ses lèvres sur celles du français. Et le cœur de Camus éclata dans sa poitrine.
C'était tout ce que Milo s'était imaginé, et même plus. Le Verseau avait les lèvres fraîches, et douces. Sa peau était encore plus délicate au toucher qu'il n'avait jamais pu le penser.
Mais subitement, le Scorpion réalisa son geste. Il venait d'embrasser Camus.
Pris de stupeur, il se redressa d'un coup, et se releva complètement. Il tituba un peu, et il commença s'éloigner du Verseau à tout prix, complètement paniqué. Qu'est-ce qu'il avait fait ? Il était allé trop loin ! Camus allait le détester ! Non, il ne pourrait pas le supporter !
Il tourna les talons pour essayer de fuir son propre temple, laissant son ami derrière lui. Il fallait qu'il parte, loin. Il ne savait pas où. Quelque part où il pourrait digérer sa honte. Ou sa détresse d'avoir brisé en un geste une relation de plus d'une décennie. Non, en fait, il n'avait pas de destination. Mais il y courrait le plus vite possible. Tout pour s'extirper de cette odieuse réalité. Tout pour qu'il croie que tout cela n'était qu'un mauvais rêve.
Milo s'était élancé vers la porte d'entrée et précipitamment, il fit un geste pour l'ouvrir. Cependant, une main fraîche l'en empêcha, se posant avec autorité sur son bras. Camus le retenait fermement.
« Milo… Ne t'en vas pas. »
Le Verseau avait murmuré cette phrase. Le Scorpion se figea en entendant cette demande.
« Milo… »
Camus l'avait contourné pour venir se poster devant lui. Dans ses yeux, on devinait la tempête d'émotions qu'il était en train de ressentir, même si son visage restait stoïque. Cela coupa le souffle du Scorpion.
« Tu peux m'expliquer ton geste ? » demanda-t-il, toujours calmement.
Milo ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Ses yeux s'embuèrent.
Le Verseau se rapprocha encore de lui, et saisit ses mains, délicatement.
« Milo… souffla Camus qui avait toujours ses iris plantés dans les siens. Recommence. »
Le français avait à peine murmuré son injonction. Le cœur du Scorpion fit un bond.
« Je… Je… Quoi ? s'étrangla-t-il tout de même.
- Recommence », répéta encore Camus, pratiquement comme une évidence.
Milo était complètement confus. Néanmoins, il choisit de se rapprocher de lui quand même. Lentement. Craintivement. Il avait peur que le Verseau ne se dérobe. Ou qu'il ait simplement fait cette demande pour se jouer de lui. Le maître des glaces aurait eu toutes les raisons de le rayer de sa vie pour son geste. Mais Milo accédait quand même à cette requête étrange. Il était fichu, de toute manière. Rien ne pourrait effacer ce qu'il avait fait auparavant, et il le savait. Il continuait de s'approcher du visage du français, et il était maintenant suffisamment près pour sentir le souffle de Camus s'échouer sur ses propres lèvres. Il était complètement grisé par l'anticipation de ce qu'il allait faire. Le maître des glaces l'avait ensorcelé il y avait des années. Il ne pouvait plus résister. Alors, il posa une seconde fois ses lèvres sur celles de son français. A ce contact, il crut qu'il allait imploser. Le Verseau, après un temps de latence, finit par lui rendre le baiser. D'abord avec réserve, timidement. On sentait la peur de se livrer vraiment. Mais petit à petit, Milo le sentit se détendre. Il dévora les lèvres du Verseau, et il finit par aller chercher sa langue. Camus lui en laissa l'accès. Le onzième gardien avait passé ses mains dans son dos et l'enserrait presque avec désespoir. Le Scorpion en aurait pleuré s'il n'était pas accaparé complètement par la bouche tentatrice qu'il goûtait encore et encore.
Mais au bout d'un moment, Milo dût laisser les lèvres de Camus, à bout de souffle. Il ne pouvait plus renoncer. Il fallait qu'il lui dise.
« Camus… Je t'aime, » déclara-t-il, la voix tremblante.
Le Verseau se contenta de le regarder, insondable.
« Depuis toujours », ajouta le Scorpion plus sourdement.
Camus sembla hésiter. Milo était suspendu à ses lèvres. Une peur intense de rejet lui noua les entrailles. Cette angoisse lui était extrêmement douloureuse.
« Milo… »
Le prénom avait été prononcé presque… tendrement. Il y eut un silence. Puis, résolument, Camus finit par lui dire :
« Je… Je t'aime aussi. »
Milo crut qu'il allait fondre en larmes. Il n'avait jamais espéré entendre de telles paroles dans la bouche de son glacial français.
« Tu as toujours été mon soleil… » avoua Camus. Milo dut tendre l'oreille pour entendre cette deuxième phrase.
Milo écarquilla les yeux, ébahi. Venait-il vraiment d'entendre le Verseau lui dire une telle chose ? Lui ? Lui qui ne disait jamais rien ? Lui qui déclarait sans se fatiguer qu'un chevalier des glaces devait bannir ses sentiments ?
« C'est… C'est vrai ? balbutia Milo, tremblant.
- Oui, Milo. C'est vrai, » le toisa Camus avec sérieux.
Cette fois, le Scorpion n'arriva pas à se contenir. La tension se relâcha, et il éclata brusquement en sanglots.
« Milo ? s'inquiéta vivement Camus. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? »
Le grec hocha négativement de la tête, à travers ses pleurs. L'émotion était simplement trop forte pour lui. Toutes ces années... Toutes ces années à attendre… Et il avait enfin entendu ce qu'il avait toujours rêvé d'entendre…
Camus posa une main hésitante sur l'épaule du Scorpion.
« Milo… Pourquoi pleures-tu ? Je croyais… Je croyais que ça te rendrait heureux… Non ? »
Milo sourit à travers ses pleurs. La confusion de Camus était touchante. Il n'était pas bien habitué aux sentiments, décidément.
« Si… hoqueta-t-il. Je suis l'homme le plus heureux du monde ! »
Et ses pleurs redoublèrent.
Camus ne sut pas où se mettre. Lui aussi, il avait un peu envie de pleurer, en voyant Milo ainsi déborder d'émotion.
« Mais… Dans ce cas là… Qu'est-ce qui te met dans cet état ? »
Milo se jeta dans ses bras et le serra contre lui avec force.
« C'est l'émotion. Excuse-moi, je ne sais pas pourquoi je pleure », arriva-t-il encore à prononcer.
Camus sentit le corps de Milo contre lui faire des soubresauts à chaque sanglot. Le Verseau n'arrivait même pas à comprendre comment lui-même était arrivé à lui dire ses sentiments. Comment avait-il réussi à lui avouer une telle chose ? Il avait cru qu'il n'y arriverait jamais. Il se croyait… Inaccessible. Même… Il ne comprenait pas comment quiconque pouvait s'intéresser à lui. Et certainement pas Milo, Milo qui était si vivant, si parfait… Il avait cru défaillir en sentant ces lèvres se poser sur les siennes sans prévenir. Et maintenant, l'émotion tremblante de Milo était terriblement contagieuse, et il sentit ses yeux s'embuer. Ah, non ! Il ne pouvait pas se mettre à pleurer, lui aussi ! De quoi aurait-il l'air ? Le français puisa dans toute son énergie pour contenir ses larmes.
Ils restèrent enlacés ainsi, un bon moment. Milo finit par se calmer, au bout de longues minutes. Toute la tension avait fini par s'évacuer de son corps. Camus, lui, savourait simplement le calme retrouvé. Et la douce sensation d'aimer, et d'être aimé, qui s'insinuait dans tout son corps. Oui. Lui aussi, il était le plus chanceux des hommes.
« C'est vrai, ça, demanda le français à voix basse, que tu m'aimes depuis toujours ?
- Oui, fit Milo. Bien sûr. Je n'ai pas tout de suite pu mettre des mots dessus, mais… Je sais que je t'aime depuis le jour où je t'ai rencontré. »
Camus appuya un peu leur étreinte, très touché.
« Et toi ? osa demander Milo. Jusqu'à aujourd'hui, j'étais loin de m'imaginer que… Que mes sentiments étaient partagés. »
Camus s'en sentit très triste. Il savait qu'il n'était pas démonstratif, mais pour lui, cela avait toujours été une évidence. Milo était cet être à la fois insupportable et séduisant qui le faisait se contredire lui-même sur ses propres doctrines. Il ne devait pas aimer Milo… mais il l'aimait quand même.
« Milo… Aussi loin que je m'en souvienne… Tu as toujours été le seul qui faisait vaciller mes belles convictions. A chaque fois, je me disais que je ne pouvais pas céder à mes sentiments… Mais… il y avait ton sourire. »
Camus fit une pause.
« Alors je crois que oui. Moi aussi, je… je… enfin… Depuis que j'ai croisé ton chemin, je… »
Le Verseau soupira.
« Excuse-moi, Milo. Malgré tout, je ne suis pas doué pour ce genre de choses…
- Je sais, le rassura doucement Milo. J'ai compris. C'était « je t'aime », la fin de ta phrase, non ? »
Le français hocha silencieusement de la tête.
« Camus… Je t'aime comme tu es… Et si tu n'arrives pas à me le dire souvent, ce n'est pas grave. Je le ferai pour deux.
- Milo…
- Tu n'as pas à te forcer. Je t'ai toujours aimé comme ça, de toute manière. »
Il y eut un silence entre eux.
« Merci, Milo. »
Milo lui donna un baiser à la base du cou. Camus tressaillit. Le Scorpion allait le rendre fou.
« On a vraiment été idiots, déclara Milo, l'amusement palpable dans la voix.
- Oui, lâcha Camus. Très. »
Un rire s'échappa de sa gorge sans qu'il puisse le retenir.
« Je crois que je n'arrive toujours pas à y croire, ajouta-t-il ensuite.
- Moi non plus, » avoua Milo.
Il l'embrassa encore au même endroit. Même frémissement.
« Je crois que… Je connais le remède à ce problème, murmura-t-il à l'oreille du maître des glaces.
- Et c'est ?
- Tu n'as pas une petite idée ? » fit malicieusement le Scorpion.
Camus, lorsqu'il comprit ce que voulait dire son vis-à-vis, se teinta délicatement d'un rouge qui n'avait rien à envier à l'écarlate de l'Aiguille.
« Milo ! s'étouffa-t-il presque. Je… Je… »
Le Scorpion se dégagea un peu de leur étreinte pour scruter son visage. Il ressentit la panique muette du Verseau instantanément en le détaillant de ses iris azurés.
« Eh ! Camus… N'aie pas peur. Tout va bien. Je ne te ferai jamais faire quelque chose que tu ne veux pas. »
Le grec vit le français prendre une plus grande inspiration – il tentait de se redonner contenance.
« Milo… Ce n'est pas que je… enfin… que je ne serais pas ravi de… »
Camus vit passer une lueur amusée (et très irritante) dans les prunelles bleues de Milo. C'est vrai, il ne trouvait plus ses mots, et il n'en était pas coutumier. Mais il ne voulait pas que le Scorpion se moque de lui ! Il faisait un effort, là !
Milo avait haussé les sourcils, et il avait un sourire en coin.
« Oui ? l'invita-t-il à poursuivre. Ravi de quoi ?
- Milo… Je ne suis guère habitué aux contacts physiques, tu le sais toi-même. »
Le grec garda le silence. Il savait que ce que venait de dire Camus était vrai. La plupart du temps, quand il y avait contact entre eux, c'était lui qui l'initiait. Et le Verseau n'était que peu tactile. D'ailleurs, il se demandait s'il ne l'était pas juste un peu avec lui, et c'était tout. Il attendit que Camus continue.
« Je risque d'être… décevant. »
De plus, le Verseau savait que Milo devait avoir un peu plus d'expérience que lui. On lui avait rapporté des bruits sur les quelques cours d'un soir qu'il avait menées à des filles éphémères en faisant des virées avec le Lion… La réputation de Milo n'était plus à faire.
« Camus… Tu ne seras jamais décevant. Je sais ce que tu penses : que j'ai beaucoup plus d'expérience que toi. Et que tu ne seras pas à la hauteur. Laisse-moi te détromper maintenant : ce sont les aventures que j'ai eues qui seront décevantes par rapport à toi. Et tu sais pourquoi ? Parce que c'est toi que j'aime. A chaque fois que j'ai pu m'égarer ailleurs… Je m'imaginais dans tes bras. Alors… Autant te dire que tu seras toujours bien plus satisfaisant à mes yeux que quiconque sur cette planète. Quel que soit ce que tu veux bien me donner. Camus… Tu me suffiras toujours. Parce que je n'ai jamais aimé que toi. »
Camus parvint à rester impassible extérieurement en entendant Milo prononcer ce touchant discours. Mais intérieurement, il faisait face à une tempête d'émotions.
« Tu as conscience que… Je risque de mettre un temps à… A m'habituer à tout ça. Je… Je ne voudrais pas que… Que tu t'ennuies…
- Moi ? M'ennuyer de toi ? s'offusqua légèrement Milo. Camus, s'il y a bien une chose que je sais, c'est que ça doit bien faire quatre ans au moins que j'ai compris que je suis amoureux de toi. Et pendant tout ce temps, et même en toute une vie, mon amour pour toi n'a jamais vacillé. Je dirais même qu'il s'amplifie de jour en jour. Et tu n'as rien fait de spécial. Et même, je ne te vois jamais ! Alors, quoi que tu fasses, tu ne m'ennuieras pas. »
Camus eut une expiration tremblante en entendant ces mots. Milo décida de le reprendre dans ses bras.
« Milo, retentit très faiblement le timbre timide de Camus. Je crois que… j'ai peur. »
Ouh là, se dit le grec. Le français devait être particulièrement ébranlé pour lui avouer une telle chose.
« Tu n'as rien à craindre, Camus. On ira à ton rythme. Après tout, je t'ai apprivoisé en tant qu'ami, alors, je saurai bien le faire en tant qu'amant, tu ne crois pas ?
- Si. Tu as toujours été parfait, Milo.
- Oh, je ne dirais pas ça, quand même. J'ai bien dû gaffer une centaine de fois, au moins.
- Elles sont oubliées, depuis longtemps. Merci… Milo. »
Le français posa avec une timidité touchante un baiser sur la joue du Scorpion. En retour, Milo lui fit le sourire le plus éclatant qu'il n'avait jamais vu.
