Note de l'auteur: Bonjour! Je vous offre donc aujourd'hui le douzième chapitre de cette histoire, déjà. Vous avez eu votre dose de fluff dans le chapitre précédent, alors accrochez-vous, car les affaires sérieuses reprennent! Je tiens à m'excuser d'avance pour l'affreux cliffhanger que vous allez trouver en fin de chapitre. C'est une technique vieille comme le monde, m'enfin... Etant donné que vous allez retrouver des personnages vieux de 200 ans dans ce chapitre, on dira que ça fera ton sur ton!
J'en profite pour remercier encore mes reviewvers/euses de leur soutien, et vous tous de lire cette suite!
J'espère que ce chapitre sera à votre goût! Bonne lecture!
Chapitre 12 - Mise au point
Camus se rendit compte que son arachnide adoré avait cédé à l'appel de Morphée assez rapidement. Il choisit de le laisser dormir. Après tout, le dessin animé lui plaisait, et il devait bien à Milo de le laisser se reposer un peu, puisqu'il lui avait fait la lecture toute la nuit.
Lorsque le film toucha à sa fin, Camus se leva discrètement du canapé, et y déposa doucement son amant, afin qu'il continue sa sieste. Il alla éteindre l'écran et le lecteur DVD. Au moment où il était en train de ranger la boite du dessin animé dans son étagère, il entendit frapper à la porte. Décidément, c'était le jour des visites.
Ne souhaitant pas déranger Milo, il alla ouvrir le plus vite possible. Et il fut quelque peu surpris de découvrir Dôhko sur le pas de sa porte.
« Vieux maître, le salua Camus avec un signe de tête courtois. Que me vaut l'honneur ?
- Salut, Camus, répondit son aîné en faisant moins de manières. Je suis bien content de tomber directement sur toi ! Tu es l'homme que je cherche ! »
Camus faillit lever un sourcil ironique, mais il s'en empêcha.
« Pour quelle raison est-ce que vous me cherchiez ?
- Oh, Camus, tutoies moi ! Je sais que j'ai au moins deux cents ans, mais on est du même rang, quand même. Et puis, j'ai retrouvé mon corps de jeune, fit Dôhko fièrement.
- Comme tu veux, répondit calmement le Verseau.
- Je venais te voir parce que je redescends de chez Shion : il m'a envoyé ici pour te dire qu'il te convoque au palais, là-haut. »
Camus croisa les bras sur sa poitrine.
« Maintenant ?
- Il sait que tu es malade, alors tu pourras venir le voir quand tu le jugeras bon. Mais il voudrait quand même que tu viennes lui rendre visite aujourd'hui, si ça ne te pose pas trop problème. »
Le Verseau hocha légèrement de la tête.
« Je ne suis pas au meilleur de ma forme, c'est vrai, admit le français du bout des lèvres. Mais je pense que je devrais avoir assez d'énergie pour passer le voir.
- A la bonne heure, sourit son aîné.
- Après tout, je pourrais y aller maintenant. Milo dort… Tu penses que ce sera long ?
- Je ne sais pas moi-même, admit Dôhko. Notre Grand Mouton sait parfois être imprévisible. »
Le Verseau trouva intérieurement le surnom assez amusant, mais rien ne passa sur son visage.
« Mais dis-moi, Camus… Comment va Milo ? »
Et c'est reparti, pensa le français, en réprimant une furieuse envie de lever les yeux au ciel.
« Il est fatigué, éluda-t-il.
- Tu sais que tout le Sanctuaire ne parle que de vous, depuis ce matin. C'est pour cela que je pose la question. Je ne veux pas être indiscret.
- Si tu veux vraiment connaître son état, tu peux rester dans mon temple et attendre qu'il se réveille pour lui demander. Après tout, je vais m'absenter.
- C'est une suggestion ou une demande ? fit Dôhko qui n'était pas dupe.
- Disons que si je devais aller voir le Grand Pope maintenant, cela m'arrangerait. »
Dôhko tenta de sonder plus avant les traits de Camus, mais à part une vague pâleur, et la fatigue, causées par sa maladie, il n'arriva rien à déceler. Le Verseau était fort.
« D'accord, agréa-t-il facilement. J'espère que tu as de la lecture.
- Tu me poses vraiment la question ?
- C'était de l'humour. »
Camus ferma les paupières un instant.
« Merci, Dôhko. S'il te plaît, dis bien à Milo où je suis parti, s'il se réveille. Je ne veux pas qu'il s'inquiète.
- Il fait ça souvent ? lui demanda la Balance.
- Tu serais étonné… »
Son aîné haussa les sourcils.
« Eh ben ! Décidément, on ne s'ennuie pas, au Sanctuaire. Ça me change des Cinq Pics ! »
Tu m'étonnes, pensa Camus. De plus, Dôhko ne vivait pas en permanence avec l'ouragan nommé Milo. Cela faisait une différence énorme entre eux, niveau tranquillité.
« Bon, eh bien, je ne vais pas te retenir, Camus. J'imagine que je fais comme chez moi ?
- Tant que tu ne saccages pas mon temple, c'est l'idée. »
Dôhko eut un rire franc.
« Aucune inquiétude. A tout à l'heure, Camus.
- A tout à l'heure. »
Leur discussion terminée, Camus ne perdit pas une seconde. Il dépassa la Balance, qui franchit la porte de son temple, pour se diriger vers les marches qui menaient vers les hauteurs du Sanctuaire. Le Verseau se demandait bien ce que pouvait bien lui vouloir Shion alors qu'il savait son état. Cela n'augurait rien de bon, se dit-il en frissonnant intérieurement…
Le Grand Pope n'avait pas beaucoup bougé de son bureau depuis ce matin-là. Certes, il avait eu le plaisir de passer un peu de temps en compagnie de son cher Dôhko, mais finalement, depuis qu'Aldébaran était passé le voir, le problème « Milo » tournait dans son esprit, sans qu'il trouve une réelle solution. Peut-être était-ce parce que justement, lui avait dit Dôhko, il n'était même pas sûr qu'il y ait réellement un problème. C'est vrai, il y avait deux jours, Camus était venu le voir pour lui dire que Milo s'était blessé par inadvertance à cause de sa fatigue. Shion avait trouvé ces explications bizarres, mais soit. Ils étaient en temps de paix, et il n'allait pas non plus refuser à ses chevaliers, qui avaient déjà beaucoup donné, de se reposer s'ils en avaient vraiment besoin. Puis, il y avait eu la rumeur d'Aphrodite, qui ne l'avait pas inquiété plus que ça : elle ne faisait que souligner le problème précédent, se faisant plus alarmante. Et ensuite, Aldébaran était venu lui apporter ce nouvel élément plutôt étrange sur la santé mentale de son huitième gardien… Alors, il désirait en avoir le cœur net : Camus ne lui avait pas mentionné de blessures importantes, et la rumeur lancée par Aphrodite, même si ce dernier avait tendance à être alarmiste, décrivait quand même Milo bien amoché. Il savait qu'Aphrodite des Poissons avait tendance à exagérer le tableau quand cela l'arrangeait, mais l'ancien Bélier s'était rendu à l'évidence. Si on lui rapportait qu'un de ses chevaliers était mal en point, et surtout un de ses gardiens d'élite, il était de son devoir de vérifier ce qu'il se passait, et d'apporter de l'aide si nécessaire. Au pire, il se serait dérangé pour rien, mais il aurait garanti la sécurité à la fois du chevalier en question, et du domaine.
D'autant plus que la nouvelle de la maladie soudaine de Camus ne l'avait pas ravi. Il lui ordonnait de se reposer, et le Verseau tombait malade ! Il y avait de quoi devenir fou. Mais malgré cela, il fallait qu'il sache ce qu'il se passe. La dernière fois que le français était venu le voir pour lui parler du problème, il n'avait pas posé assez de questions. C'était ce qu'il allait faire à présent.
En fait, il attendait le Verseau de pied ferme. Il le savait en route pour son palais, puisque Dôhko l'en avait prévenu télépathiquement. Il avait chargé la Balance d'aller s'enquérir poliment de l'état de Milo, dans la mesure du possible… Et d'après ce que lui avait révélé le septième gardien par conversation mentale, l'infiltration chez le Verseau avait été bien plus facile qu'il ne l'avait cru.
Il n'eut pas à attendre très longtemps avant que des coups ténus ne résonnent à la porte de son bureau, et que Shion ne somme son visiteur d'entrer. Camus se glissa dans la pièce. Il n'avait pas son armure, mais il fit tout de même un salut respectueux au Grand Pope, qui était assis derrière son bureau. Shion le trouva vraiment plus pâle qu'à l'accoutumée. La rumeur n'avait pas menti. Le Verseau semblait effectivement assez malade, et fatigué, en plus de cela. Rien à voir avec la dernière fois qu'il l'avait vu.
« Camus, l'appela-t-il depuis sa chaise. Assieds-toi, je t'en prie. »
Malgré sa faiblesse apparente, le français s'assit avec grâce en face de lui. Il était comme d'accoutumée : insondable.
« Vous m'avez demandé, Grand Pope ?
- Effectivement, Camus. J'ai des questions à te poser. Je tâcherai d'être le plus bref possible, parce que je vois bien que tu es fatigué.
- Ne vous en faites pas pour moi, marmotta le Verseau.
- Ça ne te réussit pas beaucoup, d'avoir des jours de repos, on dirait », commenta Shion.
Camus continua de le fixer, impassible.
« Est-ce un reproche ?
- Non, ce n'en est pas un. Je suis simplement surpris. Et c'est bien pour cela que je t'ai fait demander.
- Vous aviez des questions, c'est bien cela ?
- Oui, j'en ai. Beaucoup. »
Shion fit une pause pour contempler le visage du Verseau. Rien. Toujours rien.
« J'imagine qu'à présent, tu es au courant que depuis ce matin, tout le monde ne parle que de toi et Milo. Enfin, surtout de ton cher Milo, en fait.
- Grâce à Aphrodite, oui, je le sais.
- Ecoute, Camus. Je ne suis pas du genre à m'alarmer beaucoup pour des rumeurs. Cependant, il est de mon devoir de veiller à votre sécurité. Et on m'a rapporté que Milo avait souffert d'importantes blessures, qui justifiaient qu'il porte des bandages conséquents. Et toujours d'après cette rumeur, Milo se serait fait ça lui-même. Alors, je sais que tu es venu me demander des congés en me disant que Milo s'était blessé accidentellement. Mais tu n'avais pas dit que les blessures étaient si graves. »
Camus soutint le regard sans se laisser perturber.
« C'est tout simplement parce qu'au moment où je suis venu vous voir, il n'avait qu'une blessure bénigne sur le bras.
- Et maintenant ?
- Maintenant, des coups dans l'épaule, le torse, le bras… Qui justifient qu'il ait eu à porter ces pansements.
- Ces blessures datent de quand ?
- Avant-hier.
- Mais tu es justement venu me voir avant-hier.
- Il s'est fait ça après notre discussion, je ne pouvais pas savoir. »
Shion se massa les tempes.
« Bon. Je t'ai laissé du temps pour t'occuper du problème, Camus du Verseau, et je vois que ça s'empire. Qu'est-ce qui le justifie ?
- Altesse, je n'avais pas conscience de la gravité de la situation. Ce qui arrive à Milo m'étonne autant que vous.
- Et donc, qu'est-ce que tu comptes faire de ces jours de repos maintenant que la situation a évolué ?
- Quand je suis venu vous voir, je voulais les utiliser pour recaler correctement Milo, de sorte qu'il ne soit plus aussi fatigué. Mais maintenant, je cherche à régler un problème plus vaste. Alors, je continuerai à utiliser cette semaine à cet effet, avec votre permission. »
Shion ne trouva pas l'argumentaire bien convaincant, aussi, il continua à poser ses questions. Le Verseau restait bien trop vague à son goût.
« Camus, est-ce que tu pourrais me faire un rapport détaillé et sincère sur la santé de Milo, s'il te plaît ? Il me semble que s'il y a vraiment un problème majeur, je dois être mis au courant pour t'aider à le régler.
- Altesse, je ne suis pas sûr qu'il apprécierait.
- Il n'a pas à apprécier ou non. C'est un ordre, chevalier du Verseau. Tu ne me donnes pas l'impression de savoir toi non plus comment régler le problème, alors je veux au moins être mis au courant de ce qu'il se passe vraiment. Dans les détails. »
Camus garda le silence. Il semblait hésiter.
« Exécution, Camus, lui ordonna encore son supérieur.
- Très bien, capitula le français, intérieurement dépité de ce qu'il était obligé de faire. Milo semble rongé par une culpabilité que je ne m'explique pas. Aussi, un soir, après le dîner, il s'est énervé sur mon disciple, et au moment où je ne regardais pas, il s'est donné trois coups d'Aiguille Écarlate. Quand je l'ai trouvé comme ça, il voulait encore se frapper. J'ai réussi à le calmer et à lui faire me promettre de ne plus jamais se faire une telle chose.
- Qu'est-ce qui te garantit qu'il ne le fera plus ?
- Il l'a juré sur ma tête.
- Ah, fit Shion, étonné. C'est… peu orthodoxe, mais... Disons que je te fais confiance là-dessus. Tu dis qu'il culpabilise… Pour quelle raison exactement ?
- Je ne suis pas sûr, hésita le Verseau.
- Tu es intelligent, Camus. Dis-moi ce que tu en penses.
- Je crois qu'il culpabilise beaucoup d'avoir laissé Hyôga passer sa maison, pendant la Bataille du Sanctuaire.
- Pourquoi ça ? Devoir de chevalier ?
- Non, parce que mon affrontement avec mon disciple m'a tué. »
Un silence glacé se fit.
« Il n'y a que ça ? demanda encore Shion. Parce que je me doute que tu as dû lui expliquer que ce n'était pas sa faute.
- Effectivement, admit le français. Je sais simplement que d'après Aiolia et Mû, Milo a beaucoup changé pendant mon absence, et qu'il n'allait pas forcément très bien. Mais Milo n'a jamais vraiment voulu me parler du temps qu'il a passé sans moi. Je sais juste qu'il a fait une bêtise un jour avec l'alcool, d'après le Lion. Mais c'est tout.
- L'alcool ? » s'alarma Shion.
Camus perçut tout de suite l'inquiétude dans les yeux de l'atlante.
« Oui. Pourquoi ? Qu'est-ce que vous savez que je ne sais pas ?
- C'est bien Aiolia qui t'a parlé de ça ?
- Oui, en effet.
- Et d'où tient-il cette histoire ?
- De lui-même. Il a découvert, d'après ce qu'il m'a dit, un matin, Milo, complètement dans le coma, au milieu d'une quinzaine de bouteilles d'alcool. »
Shion pâlit.
« Et… Il consomme encore de l'alcool, aujourd'hui ?
- Pour être honnête, je ne crois pas l'avoir vu boire quoi que ce soit d'alcoolisé depuis ma résurrection. Mais ce n'est que de mon point de vue, évidemment.
- Certes, mais tu es quand même la personne qui lui est le plus proche. Je suppose que Milo refuserait tout net de répondre à ce genre de questions, et c'est bien pour ça que c'est toi que j'ai demandé à sa place.
- Grand Pope… Vous ne m'avez pas répondu. Qu'est-ce qui vous alarme à ce point ? »
Camus le fixait avec une lueur très ténue d'inquiétude au fond des yeux.
« Eh bien, si je t'ai fait demander, c'est parce qu'Aldébaran est venu me faire une confession bien étrange, ce matin. Camus… Je pense que le problème de Milo doit être lié à toi. Manifestement, il était en très mauvais état après la bataille du Sanctuaire.
- Vous n'en savez rien !
- Si, je le sais. C'est ce que je vais te raconter maintenant. Tais-toi, et écoute-moi. »
Shion était conscient qu'il allait commettre une énorme indiscrétion, concernant ce qu'Aldébaran lui avait conté le matin même, mais il pensait qu'il était sain que Camus soit mis au courant. Le Verseau souhaitait aider Milo, cela se voyait. Mais il avait aussi l'air d'être un peu dans le déni, lui aussi. Alors, autant qu'il lui mette les bonnes cartes en main. D'autant plus qu'il commençait à être convaincu que le problème de Milo était lié au Verseau. Peut-être valait-il mieux qu'ils règlent cela tous les deux tranquillement, mais en attendant, cela ne ferait pas de mal au français de prendre la mesure du problème.
Milo, au sortir de son beau rêve, fut fort désappointé de ne pas trouver son amant auprès de lui. La sensation lui était tragiquement familière. Il en avait fait, de ces songes de son Camus ! Mais pendant les cinq ans qui avaient précédé sa résurrection, ces songes s'accompagnaient souvent de cruelles déceptions. Milo avait rêvé de la présence de son amant, encore et encore, pour toujours se réveiller dans des draps froids et désespérément vides. Il y avait toujours cet ascenseur émotionnel qui s'opérait au sortir de l'un de ces doux rêves. Et là, le Scorpion était rappelé à une cruelle situation qu'il aurait préféré oublier. Ne pas avoir Camus près de lui au réveil lui donnait l'horrible impression que c'était la réalité qui devenait rêve ; tout se mélangeait. Il se prenait à ne plus savoir si ce qu'il avait vécu avant de s'endormir était bien réel… Avait-il halluciné d'avoir regardé un dessin animé avec Camus ? Est-ce qu'il était venu au temple du Verseau dans le but de se recueillir, comme il l'avait fait quelquefois, et s'était assoupi là ? Ses quelques visites dans ce temple avaient été une très mauvaise idée, après coup. Le temple du Verseau vide se faisait, à l'époque, encore plus oppressant que n'importe quel endroit du Sanctuaire, et il avait fini par l'éviter. Le constat était simple : pourquoi Camus n'était-il plus contre lui ? Pourquoi n'était-il pas en vue ? Pourquoi…
« Hé gamin », fit une voix sur le côté.
Milo sortit de sa panique intérieure pour tourner la tête depuis son canapé, et voir, à sa grande surprise, que Dôhko était là, assis dans un fauteuil, un énorme livre entre les mains.
« Dôhko ? Qu'est-ce que tu fais là ? le questionna Milo.
- Je squatte, répondit son aîné le plus naturellement du monde.
- Tu squattes ? répéta bêtement le Scorpion.
- Ouais. »
Cela ne calma pas pour autant l'inquiétude de Milo.
« Où est Camus ? Il était là, avec moi, et je me suis endormi…
- Ton français est au temple d'Athéna. Convocation du Grand Pope.
- Quoi ?! » s'alarma complètement le grec.
Dôhko tourna vers lui un regard aussi surpris qu'amusé.
« Eh, du calme, gamin. Shion ne va pas le manger, quand même. »
La Balance avait effectivement un aperçu d'entrée de jeu sur la santé mentale du Scorpion. A peine était-il réveillé qu'il avait des réactions exacerbées.
« Ben dis donc, commenta la Balance, voyant bien que le Scorpion écumait d'angoisse. Quand il m'avait dit que tu t'inquiétais… Je pensais pas à ce point-là.
- Tu as vu Camus ? l'interrompit presque Milo.
- Bien sûr que oui. C'est lui qui m'a invité à venir faire la baby-sitter, pendant son absence. »
Milo croisa les bras sur son torse, un peu vexé.
« A vous entendre tous, on dirait que j'ai 3 ans.
- Oh, crois-en mon expérience, c'est bien quand les gens te rajeunissent. »
Dôhko lui fit un sourire amusé, mais Milo ne lui rendit pas. En fait, le Scorpion semblait toujours pris par une inquiétude tenace.
« Qu'est-ce qui te fait peur à ce point ? redevint sérieux la Balance.
- Rien… Rien, c'est juste… Cet entretien avec Shion… Tout le monde parle de nous… Toi, tu viens « squatter » comme par hasard… »
Milo ne termina pas sa réflexion. S'il était en fait mort d'angoisse, c'était parce qu'il savait où Camus était, à présent. Il avait peur des manigances entre lui et le Grand Pope. Et Shion risquait de lui dire… De lui parler de… De…
Dôhko s'était déplacé et avait posé une main sur son épaule.
« Tout va bien, Milo. Les gens autour de toi… Ils ne veulent que ton bien. Tu le sais, non ? »
De ça, le Scorpion n'était pas si sûr, aussi, il ne répondit rien.
« Bon, j'avoue qu'Aphrodite n'est pas très malin de balancer des histoires sur les gens, comme ça… Mais je pense qu'il s'inquiète pour toi. Tous les chevaliers d'or aussi. »
Milo prit une profonde inspiration, dans l'espoir de se calmer un peu.
« Tu as raison, je ne devrais pas m'en faire autant, soupira-t-il légèrement. Je n'apprécie juste pas qu'on parle de moi comme si j'étais… une pauvre chose. Je suis un chevalier d'or, quoi. Je mérite le respect ! Et ces rumeurs sur moi… Passe encore que les autres ors le sachent. Même si ça ne me fait pas plaisir. Mais si tout le domaine est au courant…
- Tout le domaine n'est pas au courant, Milo. Tu sais bien que les rumeurs d'Aphrodite ne sont réservées qu'à l'élite », sourit le vieux maître.
Dôhko posa ses deux mains sur les épaules du Scorpion, pour le regarder droit dans les yeux.
« Ça va bien se passer, Milo. Je t'assure. »
Camus était blême. Oui, il était déjà pâle naturellement, et il l'était encore plus à cause de sa maladie, mais… Shion savait que là, cette pâleur n'étaient réellement due qu'à une seule chose : le récit lugubre qu'il venait de terminer.
« Vous mentez, ce n'est pas possible, finit par lâcher le Verseau au bout d'un moment. Milo n'aurait jamais fait ça. Rien ne le justifie.
- Tu penses vraiment qu'Aldébaran aurait pris plaisir à inventer une telle chose ? »
La question rhétorique de Shion ne trouva pas d'objection de la part de son interlocuteur. Camus semblait terrassé par la découverte de l'égarement de son amant. Milo, son beau Milo… Comment avait-il pu ? Et surtout, pourquoi ? Est-ce qu'il était encore en danger maintenant ?
Le français leva un regard perdu vers son Grand Pope.
« Qu'est-ce que je dois faire, Shion ? Je ne sais pas ce que je peux faire ! »
L'ancien Bélier était impressionné : il avait vu l'incarnation de la neutralité entrer dans son bureau. A présent, et à la seule évocation de Milo en danger, Camus avait l'air complètement désemparé. Le Scorpion avait une influence non négligeable sur le Verseau, nota Shion. Aussi, il ne lui semblait pas illogique que l'inverse pût être vrai.
« Tu pourrais peut-être en discuter avec lui, lui suggéra doucement l'ancien Bélier. Camus… J'ai l'intime conviction que si c'est toi qui le fais… il y a des chances que Milo veuille bien te répondre. Je crois qu'Aldébaran ne lui était pas assez proche pour qu'il ait pu avoir envie de lui expliquer. Mais toi… Toi, il y a des chances que cela marche. »
Camus tenta de reprendre le contrôle de ses émotions. Shion le vit essayer de reconstituer un masque neutre sur son visage, cependant, il n'y arriva qu'imparfaitement.
« Je… Je peux essayer…
- Camus, je ne cherche pas à te forcer. Cependant, tu admettras que tant que je n'ai pas la raison du geste de Milo à cette époque-là, je suis en droit de considérer qu'il peut récidiver, surtout au vu des événements récents. Maintenant, s'il t'explique pourquoi il l'a fait, et que tu considères qu'aujourd'hui, il n'y a plus de danger… Je vous laisserai tranquille. Comprends bien, mon devoir est de veiller sur votre sécurité, Camus. Les événements récents prouvent qu'il y a un problème. Chevalier du Verseau, je t'ai chargé d'aider Milo à se rétablir, si toutefois tu t'en sens capable. C'est pour cela que je t'ai raconté ce qu'il s'est passé.
- Je… Je vous remercie, Grand Pope. Je crois que… malgré tout, je préfère être au courant de ce qu'il s'est passé. Je vais faire mon possible, vous avez ma promesse.
- Tu n'as pas besoin de le promettre, je le sais, sourit le Grand Pope en titre. Camus… Je ne te demande pas de me donner tous les détails de ce qu'il s'est passé… Mais je tiens à ce que tu puisses apporter des éclaircissements sur l'état de Milo. Et si tu estimes que tu ne seras pas assez pour l'aider tout seul… Tu n'auras qu'à me le faire savoir, et je ferai en sorte de consulter la déesse et réfléchir à une stratégie à adopter. En attendant, je te laisse toujours les jours de repos que je t'ai donnés précédemment. Utilise-les bien.
- Merci. Je vous en suis très reconnaissant, fit Camus en inclinant gracieusement la tête.
- Et prends le temps de te soigner. Je tiens à ce que ma garde dorée reste opérationnelle.
- Oui. »
Camus posa une main sur son menton, songeur.
« Grand Pope… Je voulais vous demander…
- Oui ?
- Si j'arrive à trouver la source des maux de Milo… Et que je vous en fais part… Je me disais que, dans tous les cas, Milo gagnerait sans doute à faire un séjour hors du Sanctuaire, pour s'aérer l'esprit. Alors, je voulais vous demander… Est-ce qu'il serait possible de nous donner la permission de nous retirer quelque part, hors du Sanctuaire, quelques jours, pour qu'il puisse se recharger ? »
Shion prit le temps de réfléchir un peu à cette requête plutôt soudaine.
« Je t'accorderai ça seulement si tu peux m'apporter la preuve que tu sauras gérer correctement son problème. Je ne suis pas opposé à l'idée, mais je veux avoir un aperçu clair de son état avant que de te donner ma permission.
- Merci beaucoup, Grand Pope. Soyez assuré que je viendrai au rapport dès que possible.
- Très bien. Nous en reparlerons donc à ce moment-là, si tu le veux bien. »
Camus donna son assentiment dans un hochement de tête.
« Je sais que tu es fatigué, Verseau, aussi, je ne te retiendrai pas plus longtemps. Soigne-toi bien, et fais attention à Milo. Tu peux disposer. Passe une bonne soirée.
- Merci. Passez une bonne soirée aussi, Grand Pope. »
Dôhko, pour aider Milo à décompresser, lui avait proposé une partie de cartes, en attendant que Camus ne revienne. En cherchant un peu sur les étagères de quoi s'occuper, ils étaient tombés sur ce paquet de cartes classique, et ils s'affrontaient depuis en bataille. Ils n'avaient pas grand-monde sous la main pour faire un jeu bien plus intéressant, de toute manière.
Le Verseau était redescendu à son temple prestement, inquiet de ce qu'il avait entendu, mais surtout, en colère. Il ne s'expliquait pas vraiment pourquoi, mais ce que lui avait raconté Shion le mettait dans une rage froide qu'il contenait tant bien que mal. L'idée que Milo ait pu oser se faire ça… et au nom de quoi, en plus, il n'en savait rien… L'énervait au plus haut point. Il avait cru son amant plus raisonnable, moins inconscient… Et surtout, il en avait plus qu'assez, des cachotteries de Milo. Quelle autre catastrophe taisait-il encore, à ce compte-là ? Il avait l'impression de ne même plus connaître le grec, alors qu'il était la personne la plus importante de sa vie !
Lorsque le Verseau pénétra dans le salon où Dôhko et Milo s'affrontaient toujours en duel de cartes, le Scorpion leva la tête vers lui. Et en posant son regard dans celui de Camus, il comprit instantanément qu'il y allait y avoir un problème. Ses yeux étaient insondables pour qui ne le connaissait pas, mais Milo y décela très nettement un profond mécontentement. Le huitième gardien se crispa sur son jeu.
Le français s'approcha d'eux, et il ne quitta pas Milo de son regard glacial. C'est donc sans même regarder le Vieux Maître qu'il lui demanda simplement :
« Dôhko. Laisse-nous, s'il te plaît. »
C'est bête, pensa Milo. Il était justement en train de gagner contre la Balance. Dôhko hocha légèrement la tête et se leva du canapé, toujours aussi conciliant.
« Très bien, je vous laisse. C'était un plaisir, Milo. Et merci pour ton hospitalité, Camus. »
Ni l'un ni l'autre ne lui répondirent. Le chinois savait fort bien qu'ils avaient un gros souci à régler, et ce, de manière immédiate, aussi, il ne s'imposa pas plus et prit rapidement le chemin de la sortie.
Lorsque la porte se referma derrière lui, Camus s'avança pour se poster devant Milo, le toisant de toute sa hauteur. Le Scorpion était assis sur le canapé, et pour le coup, il se demandait ce qui allait encore lui tomber dessus. Il avait presque envie de ne jamais le savoir. De fuir très loin.
« Camus… essaya-t-il.
- Comment as-tu pu oser ? » le coupa le Verseau.
Milo déglutit. Il devinait aisément la fureur de son compagnon dans ce ton de voix. Le français semblait complètement écumer de rage, et le grec devait avouer qu'il ne l'avait vu que très rarement aussi en colère.
« De quoi ? balbutia-t-il.
- Tu sais très bien de quoi ! attaqua encore son amant. Figure-toi que j'ai eu une conversation très intéressante avec le Grand Pope ! Je sais fort bien ce qu'Aldébaran est venu te dire tout à l'heure ! Et toi, avec quel aplomb tu as osé me mentir ! »
Le Scorpion sentit une panique immense l'envahir. Il était coincé. Camus savait. Il savait et il lui en voulait.
« Comment tu as pu !? fulmina encore son vis-à-vis. Comment tu as pu me cacher une chose pareille ?! Je ne compte pas pour toi à ce point-là, c'est ça ? »
Milo secoua négativement de la tête, au désespoir. Camus n'allait tout de même pas se mettre à croire ça !
« Bien sûr que non ! s'exclama-t-il, tremblant. Tu es tout, pour moi !
- Pas suffisamment, apparemment ! »
Camus avait levé la voix. Milo sentit la tétanie le prendre. Il fallait qu'il résiste. Qu'il calme le Verseau. Qu'il dise quelque chose de cohérent !
« Je ne l'ai pas dit pour te protéger !
- Eh bien, ça marche bien ! Tu as idée d'à quel point c'est agréable d'apprendre ce genre de choses de la part du Grand Pope ? Il semble actuellement en savoir plus sur toi que moi !
- C'est faux ! le coupa le Scorpion.
- Ah oui ? Donne-moi une seule raison de te croire ! »
Milo ne répondit rien, et baissa la tête. Il n'avait aucune excuse. Rien à dire. Nada. Il ne pourrait pas arranger cette situation. Il était en faute, et il le savait. Et Camus lui-même le savait. Il n'aurait plus qu'à lui laisser le privilège de l'engueuler autant qu'il voudrait…
« Et puis, je ne t'ai jamais connu aussi inconscient ! repartit le français de plus belle. Tu essaies de te donner la mort, et ensuite, tu fais comme si de rien n'était ! Mais ce n'est pas rien, Milo ! »
Milo ne regardait même plus Camus. Il essayait seulement de ne pas céder à sa panique. Se contrôler. Faire abstraction.
« Tu es un chevalier d'or ! Le plus haut grade de notre chevalerie après le Pope ! Tu as pratiquement la force d'un dieu ! Tu représentes un exemple, et tu oses faire ce genre de choses ? Sans donner même d'explications ! Ce que tu as fait est indigne de toi ! Rien ne justifiait que tu fasses une telle bêtise ! Suis-je encore en droit de croire à ta sécurité maintenant ? A ta bonne foi ? »
Camus ne tentait même plus de se contenir, nota le Scorpion. L'heure était grave.
« Tu peux me répondre quand je te parle ? tonna-t-il encore. Je n'ai même pas les mots pour exprimer à quel point ton comportement me déçoit ! Ne suis-je à ce point rien pour toi, pour que tu me mentes de cette façon ?! Et pour essayer de partir comme ça, parce que ça te chantait, sans rien dire à personne ? Qu'est-ce que tu as à dire pour justifier un acte aussi inqualifiable ?! »
Le Scorpion sentit ses nerfs lâcher. Il éclata en pleurs, mais il se redressa pour planter un regard furieux dans celui de son amant.
« TAIS-TOI ! hurla-t-il. Voilà pourquoi je voulais rien te dire ! T'en as rien à faire, hein, de ce que je ressens ! Tu ne vois que notre devoir ! Tu vois ce que je ressens comme une faiblesse ! Et tu sais quoi ? Grand bien t'en fasse ! T'as raison, c'est ma faute ! Oui, je suis décevant ! Et tu sais ce qui va te décevoir encore plus ? Le jour où j'ai voulu mourir, c'était pour toi ! Oui, pour toi ! Je voulais mourir pour te rejoindre ! Alors tu pourras bien me faire la morale sur mon devoir de chevalier ! Je n'en étais plus un ! Mon âme était morte ! Alors je me fichais bien de ce que mon corps allait devenir ! Je n'étais plus un chevalier, je n'étais plus rien ! Alors, oui, dis-moi que je suis décevant. J'étais pire que ça ! J'étais mort… »
Milo n'en dit pas plus. Sans que Camus n'aie le temps d'esquisser le moindre mouvement, le Scorpion l'avait immobilisé sur place d'un coup de Restriction et en avait profité pour lui fausser compagnie.
« Milo ! cria Camus en le voyant fuir. Milo ! »
Camus voulut hurler de rage, mais il se retint. La Restriction qu'avait opéré Milo sur son corps était diablement efficace. Il pouvait sentir avec effroi le cosmos de son amant s'éloigner de lui à grande vitesse. Qu'avait-il fait ! Il ne manquerait plus que le grec fasse une bêtise, maintenant !
Le Verseau était fatigué. Il était malade. Et ses mots avaient dépassé sa pensée. Savoir que Milo lui avait caché un événement aussi grave… Oui, cela le mettait hors de lui. Cela le mettait en colère parce qu'il mourait de peur. Il était trop inquiet. Il avait vu Milo se frapper lui-même de ses propres yeux. Savoir qu'il avait été capable de pire n'était guère rassurant. Et surtout… Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il l'avait fait pour lui ? Comment ça, pour lui ? Quelle était encore cette idée saugrenue ? Valait-il lui-même la peine tant que ça pour qu'on puisse vouloir mourir pour lui ?
Camus sentit sa colère changer de cap pour se retourner contre lui-même. Il avait fait n'importe quoi. Il aurait dû rester impassible, comme il l'avait toujours fait. En parler calmement. C'était le seul moyen de désamorcer un conflit. Il le savait pertinemment. Et il en avait vu la preuve maintes et maintes fois. Le sang-froid était l'ami de toutes les victoires. Mais voilà, comme d'accoutumée, Milo… Faisait voler en éclat ses bonnes résolutions et son entraînement rigide. Savoir le Scorpion en danger… même s'il s'agissait d'un événement passé… avait réussi à rompre son glacial maintien. Son sang n'avait fait qu'un tour, lorsqu'il avait vu son amant poser ces yeux magnifiques et faussement innocents sur lui à son retour. Mais il le voyait bien : sa bêtise risquait de lui coûter cher. Il fallait qu'il retrouve Milo, coûte que coûte.
Camus enflamma son cosmos jusqu'à son paroxysme pour tenter de se défaire de la Restriction de son amant. Il y mit toute sa volonté. Et au bout d'un moment, il sentit ses membres recommencer à lui obéir. Il allait réussir à vaincre l'attaque de Milo sur sa mobilité. D'ailleurs, il sentait que ce n'était pas complètement de son fait. Le cosmos qui maintenait l'attaque en place était en train de se dissiper lentement. Milo ne devait plus y faire attention, aussi, l'effet disparaissait progressivement. Cela arrangeait bien Camus. Il n'avait qu'une hâte : se lancer à la suite du bouillonnant Scorpion.
Lorsque Camus sentit la contrainte définitivement quitter ses membres, il ne prit pas le temps de réfléchir, comme il en était coutumier. Non, il partit de son temple au pas de course, malgré la fatigue, suivant du mieux qu'il pouvait l'aura de son compagnon. Il fallait qu'il le retrouve. Et ce, rapidement…
