Note de l'auteur: Bonjour, bonsoir! J'espère que vous vous portez bien et que l'ajout de cette suite vous réjouira ! Voici le chapitre 15 de cette histoire. Il s'agit là de mon avant-dernier chapitre, et le tout dernier chapitre s'apparentera à un épilogue. Cela me fait bizarre d'être arrivée si proche de la fin, mais c'est un plaisir que de vous partager cette petite histoire. En tout cas, vous avez le droit à une dernière dose de drama avant le final ! Après la petite pause avec le Sagittaire, les deux amants reviennent sur le devant de la scène. J'espère que la lecture de ce chapitre vous sera plaisante !

Merci encore et toujours à toutes les personnes qui me suivent et me commentent!

Bonne lecture !


Chapitre 15 - Nuit étoilée

Le Sagittaire et le Scorpion discutèrent dans la bonne humeur pendant une petite demi-heure. Cela remonta le moral de Milo de recevoir son voisin, qui de tout temps débordait de positivité. Après cette discussion tendue qu'il avait eue avec son amant, la conversation plus légère et plus optimiste du Sagittaire lui semblait rafraîchissante et revigorante. Milo, même s'il savait qu'il ne réglait pas ses problèmes en les évitant non plus, se sentait un peu plus prêt à affronter les difficultés maintenant qu'Aioros l'avait encouragé et qu'il lui avait donné son soutien. Aiolia avait bien de la chance d'avoir un grand frère comme lui. Du moins, c'était la réflexion que se fit Milo, surpris d'un tel revirement positif de sa journée.

Le Sagittaire se retira au bout d'un moment : il finit par se rendre compte qu'ils avaient discuté un peu plus longtemps que ce qu'il avait cru. Milo le raccompagna gentiment jusqu'à la sortie de son temple, et lui recommanda avec un sourire d'éviter de prendre un verre à chaque temple. Le pauvre risquait d'arriver au temple du Lion l'année suivante. Aioros eut un dernier rire, avant de faire volte-face et partir tranquillement en direction du bas du domaine.

Aioros avait de la chance avec la météo, se dit d'ailleurs Milo. Il avait cessé de pleuvoir, le temps de leur petite conversation, et le ciel était en train de se dégager. Pile pour le coucher de soleil. Le Scorpion resta quelques minutes sur le parvis de son temple à regarder l'azur d'un air satisfait. Avec les nuages qui s'éparpillaient, le ciel prenait des teintes grandioses. L'orbe brûlant du soleil descendait lentement derrière les collines rocailleuses face à lui, colorant l'air et les nuages de teintes allant de l'orange mûre au rose saumon. Derrière lui, le bleu de la nuit commençait à prendre le pas sur la clarté du jour, et quelques étoiles discrètes firent leur apparition. Tout n'était pas gris, se dit le grec avec un sourire mélancolique. Il avait eu la chance de sortir de chez lui au bon moment pour contempler cette magnificence. Ce n'était donc pas une journée de perdue.

Les iris bleus du Scorpion suivirent le mouvement du soleil lentement, pendant quelques minutes. C'était ce sentiment étrange qui le prit, quand on regarde un coucher de soleil, et qu'on peut admirer le dernier grain de lumière qui disparaît derrière la terre. On voit l'astre du jour s'effacer, lentement, pour se dire qu'il reviendra le lendemain. Cela a quelque chose d'un peu… effrayant, que de se tourner vers la nuit. De l'affronter. Mais l'obscurité a ses vertus. Au moins, on y voit mieux la lumière… Et ces chères constellations gardiennes qui veillent depuis leur lointain sur le chaos des hommes.

Lorsque le soleil fut bien descendu derrière les collines, Milo sortit de ses réflexions, et se décida à rentrer dans son temple pour de bon. Le début de la soirée s'annonçait, et le Scorpion se dit qu'il était temps qu'il considère ce qu'il pourrait faire comme dîner à Camus. Il fallait que ce soit quelque chose que le Verseau ait envie de manger, même malade. Même si lui, il était d'humeur à s'enfiler une bonne pizza, il était à peu près certain que son amant avait besoin de quelque chose de plus léger. Comme il avait un peu de temps devant lui, il pourrait cuisiner quelque chose d'un peu élaboré. Il sortit un livre de recettes que le Verseau lui avait offert il y avait un bon moment – il l'avait gardé, ça et beaucoup de choses, par sentimentalité, et il s'en servait beaucoup pour trouver des idées de repas. Il tomba sur une recette de curry qui lui sembla appétissante, et il décida de la préparer. Il espérait que cela plairait au français.

Lorsque son plat fut prêt, il le couvrit et le garda au chaud. Le temps ne pressait pas pour manger le dîner, mais il était content qu'il soit fait. Il se décida d'aller déranger Camus, pour vérifier son état et lui proposer son repas. Cependant, il n'avait pas en tête de le faire manger immédiatement. Milo voulait aller au rythme de son amant, en douceur.

Le grec entra le plus discrètement possible dans la chambre et il y rejoint le onzième gardien à pas de loup. Camus était étendu sous les couvertures. Son sommeil, en revanche, ne semblait pas très paisible. Il avait les sourcils froncés et le visage crispé. Le Scorpion se sentit désolé pour lui. Il posa une main sur le front du Verseau assoupi, pour chasser la frange. Camus semblait avoir toujours pas mal de fièvre. Il était en sueur, constata Milo. La température devait lui donner trop chaud.

« Milo » gémit Camus, qui bougea un peu dans son sommeil.

Le Scorpion l'embrassa simplement sur la joue, et il crocheta ses doigts dans les siens.

Le grec resta une ou deux minutes comme ça, à regarder le Verseau dormir. Il n'osait pas trop le réveiller. Mais il finit changer d'avis en constatant que manifestement, le sommeil de Camus n'était pas agréable, et qu'il valait mieux que son amant reprenne un médicament pour se sentir mieux.

« Camus, chuchota-t-il donc à son oreille. Réveille-toi… »

Le Verseau bougea encore, et il ouvrit les yeux dans un papillonnement de paupières. Milo fit descendre la main qui dormait son front pour aller entourer sa joue de manière réconfortante. Il effleura d'une caresse sa peau claire. Les pupilles du français finirent par rencontrer les siennes, et le Scorpion y décela un net soulagement.

« Milo… l'appela Camus, qui n'avait pas revêtu complètement son masque de glace, et qui laissait montrer un désarroi étrange.

- Oui, Camus. Qu'est-ce qu'il y a ? »

Le Verseau le regardait si intensément que le Scorpion crut qu'il allait se noyer dans l'océan des iris face à lui.

« Prends-moi dans tes bras », lui intima simplement le chevalier des glaces.

Obtempérant, Milo se pencha, passa ses deux bras doucement dans le dos de Camus, pour s'allonger au-dessus de lui et enfouir sa tête dans son cou.

« Voilà. C'est mieux ?

- C'est mieux, confirma le Verseau distraitement.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? l'interrogea Milo avec sollicitude. Pas que je ne sois pas flatté que tu veuilles de ma présence, mais… »

Le Scorpion ne finit pas sa phrase. Il avait peur de commettre une indélicatesse en disant n'importe quoi.

« Mais ? le reprit quand même le Verseau.

- Mais en général, tu me demandes ce genre de choses quand quelque chose va mal », finit le Scorpion.

Ce qui n'était pas entièrement faux. Camus passa à son tour ses bras dans le dos de Milo et alla jouer avec sa chevelure offerte, qui tombait derrière lui en une cascade de boucles sauvages.

« J'ai fait un mauvais rêve, annonça-t-il le plus platement possible.

- Raconte-moi », murmura Milo à son oreille.

Camus hocha de la tête négativement.

« Ça ne te servirait à rien de savoir…

- On devrait se dire un peu plus les choses, tu ne penses pas ? tenta le Scorpion, avant d'hésiter un instant. Mais… Je ne veux pas te forcer non plus, Camus.

- Tu as raison », capitula ce dernier dans un soupir.

Milo, qui avait toujours son visage dans la nuque de son amant, le sentit prendre une profonde inspiration.

« J'ai rêvé que… je t'ai retrouvé mort. Tu t'étais… fait mal, et je ne suis pas arrivé à temps. »

Les mots avaient été prononcés avec lenteur, comme si Camus peinait à les faire sortir. Ou peut-être était-ce la vision qu'il avait en tête qu'il ne voulait pas amener à la réalité. Le Scorpion resta interdit un instant, ne sachant pas trop quoi dire. Il voulut rassurer le Verseau, mais il ne sut trouver les mots justes sur l'instant. Il avait l'impression que de toute façon, ces mots justes n'existaient pas. Il était en train de réfléchir à la meilleure façon d'amener un peu de réconfort à son français, lorsqu'il sursauta. Quelque chose d'humide venait de s'échouer contre son visage.

« J'ai tellement peur, Milo… » lâcha le Verseau d'une voix étranglée.

L'intéressé releva un peu la tête pour mieux regarder Camus. Il écarquilla des yeux lorsqu'il constata que des larmes s'échappaient de ceux de son amant. Camus pleurait silencieusement. Si des larmes coulaient de ses yeux, son visage, quant à lui, parvenait à conserver une neutralité étrange. Il ne trahissait aucunement son émotion. Mais, il y avait cette la lueur dans ce regard… Et Milo y percevait nettement de la détresse.

« Camus… » L'appela Milo, perdu.

Le Scorpion fut désemparé devant l'accès d'émotion de son amant. Et ce, certainement du fait de sa rareté : il avait tellement peur de faire ce qu'il ne fallait pas, de froisser le français dans un moment de vulnérabilité, qu'il n'osait guère dire quoi que ce soit. Le Verseau était un peu plus ouvert avec lui depuis qu'ils étaient revenus, certes... Mais en l'occurrence, sa fièvre ne devait pas arranger son cas. Il prit le visage de Camus entre ses mains et tenta d'en essuyer les larmes. Malheureusement, elles furent bien vite remplacées par d'autres.

« Camus, non. C'était un rêve. Je… Je suis là, tu vois ? Je suis là. »

Pour illustrer son propos, il posa tendrement ses lèvres sur celles de Camus, qui tremblotaient légèrement. Il les goûta doucement, avec le plus d'attention possible.

« Il faudrait que tu reprennes un médicament… Tu te sentirais mieux… » chuchota ensuite le Scorpion contre sa bouche.

Camus ne répondit pas, mais il avait toujours l'air profondément triste.

Milo l'embrassa encore, pour faire bonne mesure. Et encore. Il espérait ainsi chasser ce désarroi dans le regard du français.

« Mon amour… » osa Milo dans un murmure.

C'était une formule qu'il n'employait que très peu souvent. Et elle résonnait avec d'autant plus de force lorsqu'il le faisait.

« Je ne vais nulle part, continua le Scorpion. Je ne veux être nulle part ailleurs que dans tes bras. »

Milo vit son amant empêcher un sanglot de passer ses lèvres.

Et cela le mit en colère, d'un seul coup. Le Verseau pleurait si rarement. Et ce n'était jamais injustifié. Il avait tout à fait le droit de relâcher la tension, s'il en avait besoin. Camus ne le lui refusait jamais, à lui. Et là, il voyait son amant se brider de manière totalement injustifiée à ses yeux.

« Camus… Tu as le droit de pleurer, tu sais… »

Une lueur mécontente passa un instant dans les yeux qui l'observaient.

« Je pense ce que je dis. Si tu as besoin de pleurer, mes bras sont aussi faits pour ça. Tu n'as pas à te retenir parce que je suis là. »

Milo revint se caler dans le creux du cou du Verseau, et il y déposa ses lèvres. Il sentit sous sa peau le cœur de Camus qui palpitait et la chaleur anormale de son corps. Pauvre Camus… Il était épuisé. Cela serra le cœur de Milo d'autant plus. Le Verseau ne se laissait que très rarement emporter par ses émotions… Mais les circonstances récentes, sa fatigue et sa fièvre avaient dû venir à bout de son maintien.

« Ce n'est que moi, Camus. Tu n'as pas besoin d'être un chevalier des glaces pour moi. Tu peux juste être… toi. »

Le Verseau ne répondit toujours pas. Milo le sentit essayer de lutter quand même – le français semblait faire rempart avec son corps pour contenir ses pleurs, et sous le Scorpion, Camus était pris de quelques tressautements.

« Chuut, Camus… Je t'aime. Tout va bien. Jamais je ne te laisserai. Tu peux rester dans mes bras autant de temps que tu veux. Tu le sais… »

Milo lui donna un second baiser plus appuyé contre sa peau un peu moite. Il sentit Camus tressaillir à ce contact.

Après un temps de latence plutôt bref, la prise de Camus se raffermit dans le dos de Milo. Il le plaqua avec fermeté contre lui. Milo entendit son amant laisser échapper un sanglot. Puis un deuxième. Et le Verseau se mit à pleurer franchement. Chose… rare et inquiétante pour le Scorpion, qui en avait décidément beaucoup vu ces quelques derniers jours. Au moins, cette fois, Camus semblait avoir décidé de relâcher la digue de ses émotions. Il avait l'air d'en avoir drôlement besoin, s'il en jugeait par l'intensité des pleurs qui se répercutaient contre lui.

En tout cas, Milo décida de ne pas bouger de sa position d'un seul pouce. Entendre les échos de voix brisés de Camus s'échapper de ses lèvres lui faisait diablement mal, mais il fallait qu'il tienne bon. Le Verseau avait besoin de lui. Milo savait que ce qu'Aldébaran avait dû dire au Grand Pope n'avait pas dû plaire à son amant lorsqu'il en avait eu vent. A sa place, il aurait été complètement terrifié, alors il comprenait bien que le maître des glaces puisse en cauchemarder.

Milo pouvait sentir la respiration saccadée de Camus sous son torse. Il n'y avait bien qu'avec lui que le maître des glaces s'abandonnait ainsi. Le Scorpion eut soudainement l'impression de revoir l'enfant tout frêle que Camus avait été derrière ces pleurs. Et lui aussi ne se sentait pas bien plus vaillant qu'un gamin. Mais les sentiments et l'attachement qu'il ressentait pour le français étaient les mêmes. Ils en avaient fait, du chemin. Et le grec constatait avec émotion que le cœur de Camus restait identique, bien préservé derrière sa glace coutumière. Il en redoubla d'affection pour lui.

Camus pleura pendant assez longtemps. Milo ne se fatigua à aucun moment. Il resta près de lui. Il ne dit rien. Il n'y avait rien à dire. Il y avait juste à aimer, il le savait. Et c'était bien tout ce qu'il était capable de donner à ce moment-là. Les mains qui étaient dans le dos du Verseau accomplissaient de tendres cercles réconfortants. Réguliers, vigilants, attentionnés. Il ne chercha pas à se redresser pour croiser les orbes océanes du Verseau, qui se répandaient en vagues d'eau salée. Il voulait laisser à Camus un peu d'intimité. Alors il se contenta d'embrasser doucement sa peau à divers endroits dans son cou, et autour. Délicatement. Il n'appuya pas trop ses lèvres sur la peau qui lui était offerte. Il la traita avec un respect et une douceur peu coutumiers. Il goûta délicatement son épiderme comme un mets rare. Il ne cherchait pas à s'imposer au Verseau. Il tenait simplement à lui rappeler sa présence aimante. C'était tout ce qui comptait.

Camus finit par se calmer, la fatigue gagnant sur son ressenti. Ses sanglots s'espacèrent. Milo ne bougea pas. Il continuait de presser doucement ses lèvres à divers endroits (il venait juste de déposer sa bouche derrière son oreille, à la base de ses cheveux). Il attendait simplement que le Verseau décide de lui faire signe s'il avait besoin de quoi que ce soit.

« Milo » finit par chuchoter le français.

Le Scorpion se redressa un peu, pour revenir regarder le Verseau profondément. Camus avait réussi à se reconstruire une façade calme, même si on devinait à l'éclat de son regard qu'il avait pleuré. Le Verseau indiqua sa bouche en posant un doigt sur sa lèvre inférieure, avant que de replacer sa main dans le dos de Milo.

Le grec accéda à la demande muette. Il s'avança lentement, avant d'effleurer les lèvres qui l'avaient demandé. Il laissa leurs souffles s'entremêler, grisé. Ce fut le Verseau qui se redressa un peu pour attraper cette bouche qui lui faisait si envie. Milo avait passé le dernier quart d'heure à le gratifier de baisers légers et amoureux de partout dans le cou. Par conséquent, c'est avec une certaine voracité qu'il ravagea les lèvres de son vis-à-vis.

Lorsque Camus daigna lâcher sa bouche, Milo lui fit un tendre sourire. Le genre qu'il ne réservait qu'à lui seul.

« Tu te sens mieux ? » osa-t-il demander.

Camus lui rendit un hochement de tête affirmatif et discret.

Milo l'embrassa sur le bout du nez et colla leurs fronts ensemble.

« Il faudrait que tu avales un autre médicament, Camus », murmura-t-il encore.

Le Verseau le fixa d'une manière troublante.

« A une condition, rétorqua-il faiblement.

- Et c'est ? »

Au lieu de répondre, Camus lui bâillonna la bouche d'un baiser très peu chaste.

Milo connaissait son amant par cœur, et en l'occurrence, il comprit vite la demande implicite.

« Tu devrais être raisonnable, Camus. On a tout le temps pour faire ça après. »

Le Scorpion n'en revenait vraiment pas que ce soit lui qui dise ça.

« On a tout le temps pour faire ça maintenant, le reprit le Verseau, imperturbable.

- Camus…

- Milo. »

Le Verseau s'était redressé pour attraper le lobe d'oreille du Scorpion. Milo sentit un frisson parcourir tout son corps. Des deux, il n'était pas connu pour être le plus raisonnable, et quand il essayait de l'être, son amant essayait de faire voler en éclats ses résolutions. C'était injuste.

« Tu joues avec le feu, Camus, l'avertit Milo.

- J'espère bien, répondit calmement le onzième gardien.

- Camus, essaya encore Milo malgré tout. Je t'assure que tu te sentirais bien mieux. Tu ne veux vraiment pas… ?

- C'est toi que je veux, Milo. »

Il y eut un silence, avant que Camus ne souligne encore :

« Maintenant. »

Ses désirs étaient des ordres pour les oreilles amoureuses du Scorpion, qui laissa s'envoler ses mises en garde loin de son esprit, et qui fondit encore sur la bouche de Camus, pour échanger avec lui un baiser sulfureux.

Camus ne voulait plus quitter Milo. Il le voulait avec lui. Il le voulait contre lui. Il le voulait en lui. Son horrible cauchemar lui donnait l'urgence d'aimer son Scorpion ici, et maintenant. Sans plus attendre. Il voulait le sentir vivant sous ses doigts. Il voulait l'aimer. Il voulait se persuader que Milo n'irait nulle part. Nulle part d'autre qu'entre ses bras. Et Milo avait commencé le travail en martelant son cou de baisers tout doux. Alors oui. Il ne voulait pas attendre. Il ne voulait pas être raisonnable ou rationnel. Ni son cauchemar, ni l'amour qu'il portait au Scorpion l'étaient, du reste.

Les deux amants s'aimèrent tendrement. Délicatement. Aucune violence dans leur étreinte. Juste le désir de sentir la chaleur de la peau de l'autre sous ses doigts. Camus étant un peu fiévreux, Milo avait l'impression inhabituelle de faire l'amour à un brasier au lieu d'un glacier. La peau du chevalier des glaces était chaude et moite, et une fois que leurs corps furent libérés de leurs habits, le Scorpion profita de cette sensation peu coutumière en collant leurs deux corps autant que possible. Camus, lui, embrassait avec précaution chaque cicatrice que le Scorpion s'était faite. Il tentait de combler complètement ces vilaines blessures en passant sa langue brûlante dessus. Comme si toute la ferveur de son amour effaçait les multiples douleurs de son Milo. Autant sur son corps que dans son cœur.

A la demande implicite du Verseau, ce fut le Scorpion qui l'investit doucement et qui mena la danse. Le son mélodieux du plaisir qu'il laissait échapper était plus beau que n'importe quelle symphonie aux oreilles du grec. Il s'y joignait lui aussi, ajoutant un deuxième instrument à leur concert intime.

Lorsque les deux hommes eurent atteint leur point d'orgue, Milo retomba naturellement dans les bras bien dessinés du maître des glaces, qui le gardèrent tout contre son torse en sueur. Un apaisement certain luisait à présent dans les prunelles amoureuses du Verseau. Milo lui fit un sourire lumineux. Ah, s'il s'écoutait, il partirait loin avec Camus. Pour ne passer du temps qu'avec lui. Éternellement. Et lui faire l'amour autant de fois qu'il lui disait « je t'aime ».

« Tu n'as pas perdu ton énergie, monsieur le vieillard de vingt-cinq ans », plaisanta Camus, son calme retrouvé.

Milo eut un rire rauque, et il l'embrassa fougueusement.

« Et toi, tu te débrouilles plutôt bien pour un gamin immature.

- C'est une très belle description de toi-même, lui asséna le Verseau en souriant.

- Il faudrait savoir, sourit Milo, une lueur malicieuse dans les yeux. Tu ne te contredirais pas un peu ?

- Je ne prétends pas être parfait, répondit calmement le Verseau, sans se départir de son sourire.

- Pourtant, tu l'es.

- Flatteur.

- Jamais de la vie, s'insurgea le Scorpion. Tu es plus beau qu'un dieu, mon Camus. »

Le Verseau rougit un peu.

« Tu ne devrais pas blasphémer ainsi, mon Milo.

- Oh, je peux bien dire ce que je veux. Je suis moi-même un blasphème ambulant.

- Non », répondit seulement Camus.

Milo lui lança un regard intrigué.

« C'est Deathmask, le blasphème ambulant », déclara le français le plus sérieusement du monde.

Le Scorpion éclata de rire. Camus lui attrapa le visage et l'embrassa pour le faire taire.

« Toi, tu es un ange, tout simplement », murmura le onzième gardien.

Milo, touché, embrassa révérencieusement le dos de sa main.

« Je n'ai rien d'un ange. Mais merci, Camus. Je t'aime… »

Ils se regardèrent sans rien dire quelques instants, un sourire heureux sur les lèvres. Milo lui fit un léger baiser sur la joue.

« Maintenant, tu vas me faire le plaisir de prendre un médicament, toi, décida le Scorpion, qui lui caressa la joue tendrement. Comment tu te sens ?

- Fatigué, répondit le Verseau. Et... Ça tourne encore un peu. Mais ce n'est rien. »

Le Scorpion eut une moue désolée pour lui. Il se faisait un peu de souci, pour être honnête.

« Reste allongé, mon Camus. Je reviens tout de suite. »

Toujours nu comme un ver, Milo partit à la recherche des fameux médicaments et d'un verre d'eau. En adulte plutôt responsable, il trouva rapidement ce qu'il fallait à Camus dans sa trousse de médicaments. Il faisait des progrès tous les jours. Il passa rapidement dans sa cuisine trouver un verre. Sur les plaques chauffantes, leur repas attendait toujours sagement.

Lorsqu'il revint dans la chambre, muni du verre d'eau et du médicament, Camus se redressa lentement en position assise. Il fit une grimace qui n'échappa pas à Milo.

« Tout va bien ?

- Oui. Un peu mal à la tête. Mais ça ira.

- Tiens, bois. »

Milo lui tendit le verre gentiment. Camus s'en saisit et le but rapidement.

« J'ai fait le repas, annonça le grec. Tu te sens de le manger ?

- Oui. Mais je crois qu'après notre exercice, on ferait mieux de se laver.

- T'as pas tort. De toute façon, ça peut attendre. Je réchaufferai le plat s'il faut… »

Camus se leva complètement et entraîna derrière lui Milo pour la troisième douche de la journée.


Après avoir mangé le plat de Milo – qui était fort bon, avait pensé Camus – les deux chevaliers décidèrent de monter sur le toit du temple pour observer le ciel nocturne quelques minutes. C'était Camus qui avait demandé. Le Scorpion avait d'abord refusé, arguant que le froid de la nuit ne lui ferait pas du bien, mais le Verseau avait insisté. Le temps était redevenu clair, et il avait envie de poser ses yeux sur la voûte céleste. Milo finit par accepter, à la condition que Camus prenne avec lui une couverture bien chaude et une bouillotte. Le Scorpion s'échinait suffisamment pour que le Verseau prenne ses médicaments, ce n'était pas pour qu'il aggrave sa maladie derrière.

Les deux chevaliers s'étaient installés l'un contre l'autre sur l'arrête du toit. Camus avait fait en sorte que son arachnide se blottisse contre lui sous la couverture. Il n'était pas contre de la chaleur humaine. Enfin, surtout celle de Milo, en fait.

Depuis quelques minutes, leurs yeux se délectaient de la vision de la voûte céleste au-dessus d'eux. Les différents astres scintillaient de couleurs ténues et différentes : certaines étoiles luisaient de rouge, d'autres arboraient un bleu glacé et mélancolique… Et les quelques planètes qui se promenaient sur l'écliptique semblaient les fixer sans cligner, tel les yeux auxiliaires du soleil en son absence. La lune était en train de se lever à l'horizon, et il n'y avait pas d'autre lumière que les différents temples et baraquements dans la montagne. Les chevaliers étaient suffisamment loin de la civilisation moderne pour souffrir de la pollution lumineuse. Quelque part, c'était tant mieux. En levant les yeux, les chevaliers avaient plus de chances d'apercevoir leurs constellations gardiennes.

L'air frais du soir glissait doucement sur leurs visages et faisait voleter leurs cheveux. La nuit allait être fraîche, mais douce. Après tout, c'était le printemps.

Les deux hommes regardaient dans la même direction, en silence, savourant la proximité de l'autre. Tout leur semblait riant sous ce ciel paré de mille feux. Camus ne se lassait jamais de la splendeur des cieux. Il aimait à se rappeler sa fragilité lorsqu'il essayait de s'imaginer la grandeur de l'univers. Lors de son séjour en Sibérie, à l'époque, il avait beaucoup contemplé la voie lactée, qui de plus, s'habillait de magnifiques aurores boréales de temps en temps. Pas de ça ici sous le ciel de Grèce. Mais il avait bien mieux que les aurores boréales, aussi magnifiques avaient-elles été. Il avait Milo.

« C'est beau » fit Camus au bout de quelques minutes de silence.

Un sourire malicieux se forma sur les lèvres du Scorpion, dans l'obscurité.

« Oui. Et tu sais ce qui est encore plus beau ?

- Toi », répondit le Verseau sans l'ombre d'une hésitation.

Milo laissa échapper un léger rire, amusé.

« Tu m'ôtes ma réplique de séducteur de la bouche.

- Tu n'as pas besoin de ça pour me séduire, Milo », affirma le Verseau sans le regarder.

Milo lui fit un baiser léger sur la joue avant que de relever les yeux vers le ciel.

« Tu sais, Milo… Je suis certain que tout ira mieux, avec le temps. On aura le temps de se parler, de discuter de tout ce qu'on a omis de se dire… Et je suis sûr que tu ne feras plus d'insomnies, d'ici peu. Je trouve que se poser des questions à tour de rôle, ce n'est pas si mal… Peut-être qu'au lieu de nous enfermer dans des conversations éprouvantes, nous pourrions simplement nous poser une question par jour, toi et moi… »

Camus s'interrompit. Il scruta les traits détendus de Milo, qui semblait songeur.

« Tu as raison… Ça me convient, Camus. Et je voulais te dire… Merci de te préoccuper de moi.

- C'est bien normal, Milo. »

Il y eut un silence confortable entre eux. Puis Camus reprit la parole, pour demander :

« Est-ce que ça te dirait de partir un peu du Sanctuaire ? Tu aurais peut-être besoin de changer d'air. J'en ai parlé à Shion, tout à l'heure. Il peut nous donner sa permission pour nous retirer quelques jours, mais je crois qu'il veut avoir la certitude que tu seras en sécurité avant de se prononcer…

- Tu as fait ça ? s'étonna Milo. Oh, Camus… Ce serait juste génial de partir ensemble. Rien que tous les deux.

- Oui. Rien que nous deux. Pas d'Aphrodite pour répandre des rumeurs, pas de Hyôga pour me coller aux basques…

- Le rêve, s'émerveilla le Scorpion à cette simple pensée. Tu es vraiment le meilleur, Camus. Je sais pas si je suis digne de toi.

- Bien sûr que si, voyons. Milo. N'en doute jamais. »

Le Scorpion passa une main derrière la nuque de son amant pour l'attirer à lui et joindre leurs lèvres. Elles menèrent une danse qu'elles avaient longuement et assidûment répétée auparavant. Lorsque Milo rompit leur rapprochement, il déclara d'une voix ferme sa résolution :

« J'irai voir Shion demain matin, et je lui expliquerai la situation. C'est pas juste que tu fasses le messager à ma place. Je vais prendre mes responsabilités. »

Camus hocha brièvement de la tête.

« Milo… Je voudrais juste m'assurer d'une chose… Ce que m'a raconté Shion… Tu… Tu n'as pas eu d'idées de ce genre, récemment ? »

Le Scorpion plongea ses iris bleutés dans le regard de Camus, un peu assombri par l'obscurité. Le huitième gardien réfléchit un instant, afin de choisir ses mots correctement.

« J'ai plus aucune raison de refaire une telle chose, Camus. Tu es à mes côtés. Tant que tu le seras, jamais je ne te quitterai. »

Le grec prit la main du français dans la sienne, et le ton fut solennel. Camus ne s'y trompa pas : Milo lui faisait une promesse, celle de rester en vie, celle de rester avec lui, celle de l'aimer, et ce, à tout jamais.

« Et pour l'alcool ? demanda encore timidement Camus.

- Je n'en bois plus. J'ai pas touché à un seul verre depuis la résurrection. Je crois pas que j'y retoucherai un jour. Ma véritable drogue, de toute manière… C'est toi. Tu le sais. »

Le Verseau serra un peu plus fort la main qui était dans la sienne.

« Je t'aime, Milo. »

Le Scorpion lui fit un sourire, dont la blancheur fit contraste avec l'obscurité. Milo restait ce qu'il avait toujours été, se dit Camus. Un être lumineux…