Note de l'auteur: Voici enfin le tout dernier chapitre de cette fiction! Au menu, un épilogue et pas mal de fluff. Voilà, c'est tout!

J'espère que ce chapitre vous plaira, et que cette fin vous semblera satisfaisante!

J'en profite pour vous remercier encore beaucoup beaucoup de me lire et de m'avoir suivie jusqu'ici! Et encore un grand merci à toutes les personnes qui me commentent et qui le feront encore pour ce dernier chapitre! C'est un plaisir que de lire vos retours et y répondre!

Pour ceux qui liront la fiction bien après sa parution, je le redis, mais vous êtes complètement libres de me laisser une petite review, j'y répondrai toujours.

Pour la dernière fois pour cette histoire, je vous souhaite bonne lecture!


Chapitre 16 - La clarté du Soleil

Un an plus tard, Camus se souvenait encore bien de cette période assez sombre, durant laquelle il avait dû faire preuve d'une vigilance de tous les instants.

Après cette soirée qu'ils avaient passée sur le toit, Milo décida de prendre les choses en main sérieusement. Le lendemain matin, le Scorpion partit de bonne heure voir Shion, et il lui raconta les événements récents, tout en se justifiant le plus logiquement possible sur son comportement. Lorsqu'il rassura le Grand Pope sur le fait qu'il ne comptait pas se mettre en danger, et que la présence du Verseau l'y aidait grandement, Shion décida de leur donner la permission de partir à l'endroit de leur choix, pendant les quelques jours qui leur restaient.

Milo, ce même jour-là, rendit aussi visite à Aldébaran, pour le rassurer, et pour s'excuser de son comportement. Il renouvela la promesse de ne plus chercher à se faire de mal, même si à présent, il n'y avait plus l'enjeu qu'il puisse le trahir. C'était l'intention qui comptait, plus qu'autre chose. Le Scorpion, même s'il n'avait pas aimé que le Taureau trahisse son secret, ne pouvait pas complètement lui en vouloir. Le brésilien lui avait tout de même sauvé la vie à l'époque, et il semblait se faire du tracas pour lui. Le Scorpion lui dit qu'il comprenait sa réaction, car à sa place, il pensait qu'il en aurait sans doute fait autant. C'est donc en bons termes qu'il quitta le deuxième temple, satisfait d'avoir réglé au moins un problème pour de bon.

Camus finit par aller mieux. Grâce aux bons soins de Milo et aux médicaments, sa fièvre finit par baisser drastiquement. Ils décidèrent de partir le lendemain pour profiter des trois jours qu'il leur restait. Milo choisit le pays, la France, et Camus choisit la ville. Il décida d'opter pour Lyon, pour changer un peu de Paris ; de toute façon, lui et Milo avaient eu l'occasion d'aller plusieurs fois à la capitale au cours de diverses missions, et il pensait qu'il y aurait plus de découvertes à y faire, puisque la ville était moins connue et ratissée par les touristes.

Le Verseau fit même l'exploit exceptionnel de tenir son engagement d'inviter quelques membres de la garde dorée à dîner, comme il l'avait annoncé. Il leur était tout de même redevable. A la demande de Milo (qui lui avait fait les yeux doux), il invita aussi Aldébaran et Aioros à la soirée. Ainsi, Mû, Aldébaran, Saga, Aiolia, Shaka, Milo et Aioros se réunirent chez Camus, dans le temple du Verseau. Le français avait même fait l'effort de cuisiner lui-même un plat, un bon gratin dauphinois finement assaisonné et poivré, et une belle pièce de viande pour accompagner. Il prévit large, au vu de la quantité de guerriers affamés qui allaient s'attabler chez lui. Milo fut fidèle à ses dires. Malgré le bon vin que Camus avait choisi pour accompagner son repas, il n'en toucha pas une goutte. Le Verseau jugea ça presque dommage, ses papilles de gastronome trouvant les bons repas accompagnés d'eau et uniquement d'eau un peu tristes. Néanmoins, il était aussi très admiratif de la retenue de Milo et de son engagement. Le repas se passa dans la bonne humeur, malgré le fait que Saga et Aioros fussent à la même table, et Milo, qui les avait observés avec curiosité, était heureux de voir les deux frères d'armes se dérider et renouer leur ancienne complicité. Le Scorpion se dit avec amusement que si Saga lui-même arrivait à remonter la pente, il n'y avait aucune raison que lui n'y arrivât pas.

Le voyage qu'ils firent en France lui laissa ensuite un souvenir incroyablement doux. Milo aimerait toujours la ville de Lyon depuis qu'il y avait passé un aussi merveilleux moment avec son Camus. Bien sûr, le voyage ne fut pas sans ses hauts et ses bas. Quelques fois, le Scorpion dût combattre une panique soudaine, un cauchemar passager… Mais le Verseau avait fini par prendre le coup. Camus se rendit de plus en plus compte que Milo se remettait mal du deuil et de la perte qu'il avait subie. Le seul moyen de remédier au problème était de lui offrir son soutien et sa présence en gardant son calme. Lorsqu'il agissait de cette manière, le Scorpion finissait toujours par se sentir mieux. Les deux amoureux firent quelques compromis entre la soif culturelle de Camus et les envies romantiques (voire parfois un peu lubriques) de Milo. Ils firent quelques points touristiques de la ville, qui baignait dans la lumière douce du printemps retrouvé. Ils parcoururent la grande place Bellecour main dans la main, s'embrassèrent tendrement devant la vue surplombante de Fourvière, ainsi qu'au détour de quelques angles des rues médiévales de la vieille ville. Milo concéda le musée des Beaux-Arts au Verseau, qui était toujours prêt à remplir sa tête déjà bien faite, et Camus lui fit faire un tour au Parc de la Tête d'Or, sans en oublier le zoo, les jardins et les grandes prairies au bord du lac. Là, ils y firent une sieste sur l'herbe humide, bercés par la douce clameur des passants au loin.

Lorsqu'ils rentrèrent au Sanctuaire et qu'ils durent se résoudre à reprendre leurs activités normales, Camus fit très attention à Milo. Il redoubla d'attentions en tout genre, chose qui lui était peu familière, mais qu'il tenait à faire. Il veilla avec précaution au sommeil du huitième gardien. Milo, en retour, devenait de plus en plus serviable et prenait plus de tâches quotidiennes de leur vie à deux. Ils firent ce que Camus avait proposé, à savoir, se poser l'un et l'autre une question par jour. Petit à petit, Milo arriva à se livrer. Et Camus, de son côté, finit par laisser échapper des informations plus intimes, plus personnelles, afin que son amant le connaisse mieux. Parfois, l'exercice était difficile. Cela arrivait qu'ils n'aiment pas certaines réponses, mais même s'ils se disputaient, ils finissaient toujours par retomber dans les bras l'un de l'autre et d'essayer comprendre leur mésentente. Cela prit plusieurs semaines, même plusieurs mois. Mais Milo finit par arriver à décrire l'amplitude de la peine qu'il avait eue en perdant le Verseau, et lui parler des quelques habitudes qu'il avait prises pour faire son deuil. En retour, il en apprit plus sur les intentions de son amant, et peut-être aussi sur la façon dont son esprit fonctionnait. Même si le grec était bien conscient que son français garderait toujours un voile de mystère, et que ce serait ainsi. Après tout, il l'aimait aussi pour ça, et comme ça.

Shion, durant les mois qui suivirent, décida de parler à la déesse du besoin potentiel d'un psychologue dans le domaine. La réincarnation actuelle d'Athéna accepta d'offrir son aide pour améliorer le bien-être de ses chevaliers. Mû, dont l'intérêt avait été piqué depuis longtemps pour le sujet, se proposa de l'étudier un peu plus sérieusement et faire office de psychologue interne. La divinité donna gracieusement des fonds pour former le Bélier, qui était décidément de nature assez altruiste. Ce compromis rassurait Shion. Il avait confiance en son disciple, et former quelqu'un de l'intérieur permettait au domaine sacré de rester secret aux yeux de la Terre. Cela prit quelques mois de formation assez intensive pour Mû avant qu'il ne se décide à commencer quelques séances avec les chevaliers qui étaient intéressés. Athéna, de son côté, mit en place des temps réservés à la purification du cosmos de ses chevaliers : elle agréait de prêter un peu de son énergie divine à certaines heures pour les chevaliers qui le voulaient, et qui avaient besoin de se ressourcer dans sa puissance bienveillante.

Camus s'empressa de traîner Milo à la fois devant Mû et devant la déesse, même si ce dernier rechignait pas mal au début. Le Scorpion n'était jamais enclin à admettre ses faiblesses, et encore moins devant des tiers. Mais quelques discussions avec Mû finirent par lui faire changer d'avis. Parfois ils ne parlaient même pas de choses graves ensemble, et ce n'était qu'un échange, mais il se sentait toujours heureux d'avoir pu discuter un peu avec son ami du Bélier. Milo se disait de plus en plus que le premier gardien était quelqu'un de remarquable. Le Verseau ne pouvait qu'agréer à ce jugement, heureux de voir son Milo adoré reprendre un peu plus de contenance au fil des semaines, et de constater que ses sourires avaient l'air de plus en plus naturels et lumineux. Quelques mois plus tard, d'ailleurs, c'était le Scorpion qui avait fini par obliger le chevalier des glaces à aller discuter un peu avec Mû lui aussi. Le tibétain avait été très surpris de voir Camus débarquer chez lui avec un air timide et renfrogné derrière sa façade rigide, mais cela avait été aussi une occasion pour lui de connaître mieux ce mystérieux onzième gardien.

Malgré tout, Milo continua d'avoir quelques crises de panique, voire des pulsions dangereuses pour lui-même. Ces moments s'espacèrent de plus en plus avec le temps qui passait, mais ils étaient toujours là en toile de fond. L'immense deuil qu'avait dû affronter Milo avait laissé des traces, semblait-il, indélébiles. Le Scorpion avait cette blessure en lui, qui semblait se rouvrir de temps en temps. Lors de ces mauvais moments, Camus fut toujours à ses côtés, le rassurant de sa présence indéfectible. Le Verseau ne quitterait jamais plus son Scorpion, et c'était autant une promesse qu'il faisait à Milo qu'à lui-même. Lorsque Milo paniquait, il le ramenait doucement sur terre de sa voix grave et calme. Lorsque Milo ressentait cette urgence de se faire du mal, il le gardait en sécurité, il le protégeait et il l'enjoignait à garder courage. A ce jour, même un an après, ce genre de choses arrivait encore. Mais beaucoup moins souvent. Le soutien qu'il lui donnait, et celui qu'il recevait de la part de ses frères d'armes l'aidait grandement. De fait, le Scorpion faisait des nuits entières la plupart du temps, malgré quelques cauchemars occasionnels, et Camus avait aussi appris à repérer les situations potentiellement sensibles qui déclenchaient la détresse de son amant. Aussi, il faisait ce qu'il pouvait pour qu'ils les évitent. Le Verseau lui-même n'était pas parfait, il avait de nombreuses failles, que Milo s'efforçait de comprendre et de combler quand il le devait. Au fur et à mesure, les deux amants avaient réussi à développer une façon de communiquer plus saine et plus naturelle, et cette petite règle d'une question par jour finit par leur sembler futile au bout d'un temps. Ils avaient fini par ne plus vraiment ressentir le besoin de se poser ces questions. Ils savaient qu'ils pouvaient se parler au moindre problème, et c'est ce qu'ils faisaient, dorénavant, avec bien moins de cachotteries qu'un an avant. Même si Camus ne changea pas son habitude d'être réservé et peu loquace lorsqu'il s'y mettait, Milo le connaissait et savait s'enquérir de ses pensées bien plus facilement, à force de le pratiquer.

Un mystère cependant planait dans l'esprit du Verseau en cette fin d'après-midi d'avril : où était donc Milo ? Le onzième gardien ne l'avait pas vu de la journée, et il ne se l'expliquait pas. D'habitude, le Scorpion, malgré leurs activités quotidiennes, s'arrangeait toujours pour qu'ils se voient, au moins à midi pour partager le repas. Mais là, il n'avait pas eu droit à l'éclat des grands yeux rieurs et azur du huitième gardien pour illuminer son déjeuner. Ou même sa journée de manière générale. Le soleil avait beau être haut et radieux dans le ciel dégagé, Camus était toujours un peu contrarié s'il n'avait pas son Milo auprès de lui. Il avait tenté de scanner le domaine d'un coup de cosmos pour trouver celui de son âme sœur, mais son compagnon semblait purement et simplement masquer sa présence. Le Verseau, depuis son esprit logique et rationnel, n'arrivait pas à s'expliquer ce comportement. Il se triturait l'esprit depuis plusieurs heures pour essayer de comprendre ce qu'il se passait. Il craignait d'avoir vexé le Scorpion d'une façon ou d'une autre. Mais pourtant, Milo était beaucoup plus ouvert désormais lorsqu'il était blessé, aussi, le français n'arrivait à aucune conclusion satisfaisante. De plus, il se souvenait s'être endormi dans les bras de son amant la nuit précédente, après avoir fait l'amour d'une manière des plus torrides, et des plus romantiques qu'il ait jamais connues. C'était ce qu'il aimait avec Milo... Il y avait un réel échange, une réelle communion, une réelle fusion, même si parfois, il voulait qu'elle soit moins éphémère. Alors, la question était : que fabriquait donc Milo en ce moment même ?

Le Verseau, confus, avait entrepris de faire ce qu'il savait faire de mieux : il avait plongé le nez dans un gros livre pour faire taire son mécontentement. L'après-midi avait passé sans signe du Scorpion, jusqu'à ce qu'un message mental parvienne soudainement à Camus, et l'en fasse quasiment sursauter.

« Camus. Huit heures, ce soir, mon temple… »

Le pauvre Verseau n'eut même pas le temps de trouver la source du cosmos qui lui avait fourni cette précieuse information, puisque ce cher Milo décida de disparaître aussi vite qu'il était apparu dans son esprit. Cela agaça quelque peu le français qui sans se l'avouer, voulait son amant auprès de lui ici et maintenant. Mais finalement, il était très curieux. Pourquoi ce rendez-vous ? Il n'avait pu noter que les tonalités graves et naturellement sensuelles de la voix de son aimé. Au moins, le grec ne semblait pas fâché contre lui. Surtout malicieux et joueur, comme à son habitude… Cette pensée fit frissonner le français d'anticipation.

Le début de soirée finit par s'annoncer avec une lenteur presque provocatrice. Le Verseau décida d'arranger un peu sa toilette pour aller voir Milo. Après tout, le Scorpion lui faisait tant de mystère… Cela ne pouvait que dire qu'il aurait droit à une surprise. Alors tant qu'à faire, autant qu'il surprenne un peu Milo lui aussi, si cela était possible. Et puis, il ne se l'avouait pas trop, mais il aimait taquiner son amant en feignant la séduction innocente. Au départ c'en était… Puis avec le temps, le Verseau aimait de plus en plus provoquer cette lueur émerveillée et désireuse dans les yeux azur de son arachnide. C'était un petit jeu qui lui plaisait beaucoup, même s'il avait du mal à l'admettre. Il ne se lassait pas de voir Milo pratiquement baver devant lui.

Du reste, le sentiment était réciproque, sauf que Milo faisait beaucoup plus de rentre-dedans, sans s'embarrasser de subtilités. Ce que le Verseau savait apprécier aussi, sous la prunelle victorieuse du Scorpion en titre. Oh, il ne pourrait jamais se passer de ce sourire malicieux…

Camus se rendit compte qu'il s'était un peu égaré dans ses pensées, une chemise dans sa main inerte. Il devenait horriblement sentimental, se dit-il avec un sourire pour lui-même. Si on lui avait dit ça il y avait quelques années… Oh, et puis zut. Il y aurait certainement cru, en fait. Il avait toujours aimé Milo, et il n'y aurait rien vu d'étonnant. Seulement, il en aurait sans doute été un peu exaspéré. Mais plus maintenant. Il avait juste le droit d'être lui-même avec le Scorpion. Il n'était plus Camus du Verseau, chevalier d'or en titre de l'armée d'Athéna et chevalier des glaces impassible, il était juste amoureux de Milo. Quand il séparait les deux, dans son esprit, l'entrainement qu'on lui avait inculqué au niveau des émotions lui semblait moins contradictoire. Même s'il lui en restait encore des préceptes probablement scellés pour toujours dans son esprit… On ne se refait pas, pensa-t-il.

Le Verseau secoua la tête pour s'éclaircir les idées. Il enfila sa chemise lestement et la boutonna soigneusement. Un petit coup de peigne dans ses cheveux désordonnés n'était pas non plus malvenu. Lorsque son apparence lui parut satisfaisante et qu'il fut l'heure de se rendre chez Milo, il se précipita pratiquement hors de son temple tant il lui tardait de savoir ce que son amant préparait. Les surprises du Scorpion avaient toujours pour don d'être mémorables, bonnes ou mauvaises. Au moins, cela lui faisait des souvenirs à raconter.

En descendant les marches, il sentit le cosmos de Milo lentement réapparaître dans son temple. Décidément, son amant aimait les mystères, aujourd'hui. Un rendez-vous après le coucher du soleil dans son temple… Cela lui rappelait avec amusement un autre de ces fameux rendez-vous, à un de ses retours de Sibérie, qui avait fini par leur faire franchir la limite de l'amitié.

Arrivé devant la porte en bois, Camus prit une profonde inspiration et frappa légèrement dessus du dos de la main. Qu'allait-il déclencher ?

A l'intérieur, il lui sembla entendre un bruit de course précipité, un choc, un juron, un arrêt, et enfin, des pas qui se rapprochaient un peu plus lentement (mais avec une certaine rapidité tout de même) de la porte. Porte qui finit par s'ouvrir sur un Milo splendide, vêtu d'un costard dans lequel Camus n'aurait jamais cru le voir.

Camus écarquilla les yeux de surprise, et Milo se jeta sur lui pour le serrer avec force dans ses bras. Sa chevelure bouclée tomba souplement sur l'épaule du français. Celui-ci referma sans hésiter ses bras dans le dos musclé de son comparse.

Milo ne perdit pas de temps pour le tirer à l'intérieur, fermer la porte vivement et, calé contre elle, il l'embrassa à pleine bouche. Le Verseau se laissa faire. Il avait l'habitude de la fougue sans réserve de Milo. Et puis… Ne pas l'avoir vu de la journée avait provoqué en lui un horrible manque.

Lorsque Milo lâcha ses lèvres, Camus finit enfin par faire une remarque.

« On fête quelque chose ? »

Le grec lui fit un sourire amusé, et planta sur ses lèvres un baiser plus rapide et plus chaste.

« Non, pas particulièrement, répondit-il avec une pointe de malice dans la voix.

- Ton smoking… commença Camus, qui en fait, ne savait pas ce qu'il allait ajouter.

- Tu aimes ? » lui sourit Milo.

Le Verseau haussa les sourcils tandis que le Scorpion se détachait un peu de lui pour le laisser admirer sa tenue. Il ne put pas s'empêcher de rougir, comme l'adolescent de dix-sept ans qu'il avait été autrefois, devant les tentatives plus ou moins discrètes de séduction du huitième gardien.

« Je vais prendre ça pour un oui, rit Milo de bon cœur.

- Tu es magnifique, daigna lui accorder Camus dans un murmure. Tu aurais dû me dire de m'habiller mieux. A côté de toi, j'ai l'air d'un touriste.

- Mais non, le rassura Milo en lui prenant la main. Tu es toujours le plus beau, Camus. »

L'intéressé laissa un fin sourire étirer ses lèvres. Sourire que Milo lui rendit en le faisant avancer un peu plus profondément dans le séjour. Tout était parfaitement propre et rangé, et cela en étonna encore le Verseau. Certes, Milo avait fait des progrès depuis leur cohabitation, mais les lieux étaient quand même rarement aussi impeccables. Le Verseau avisa la table basse, sur laquelle attendait leur apéritif, et Milo avait même allumé quelques bougies çà et là. Sur la table à manger, qui était déjà mise, trônait un bouquet de roses d'un éclatant rouge écarlate. Milo avait dû se ruiner chez Aphrodite, en conclut Camus. Le français en était sans voix. Depuis quand Milo était-il aussi romantique ?

L'objet de ses pensées était en train de se diriger vers la petite chaine hi-fi, qui avait subsisté depuis la modernisation des temples, et il mit un peu de musique.

« Non, sérieusement… émit Camus en regardant un peu partout autour de lui. Tu es vraiment sûr que l'on ne fête rien ? Toi dans ce costume, ton appart… Les bougies… ? »

Le regard du Verseau finit par s'arrêter dans celui de Milo, qui souriait toujours doucement.

« Si tu n'aimes pas, je peux toujours les éteindre…

- Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, reprit le Verseau. C'est juste… Inhabituel…

- Mais ça te plaît ?

- Euh, oui… Bien sûr, c'est… »

Pour tout dire, Camus avait l'impression d'être tombé au beau milieu d'un film romantique.

« C'est ? le reprit Milo, qui attendait la suite.

- C'est exceptionnel », finit par dire le Verseau.

Le Scorpion eut un rire léger.

« Ravi que ça te plaise. Si ça te met dans cet état à chaque fois, je suis prêt à recommencer.

- C'est donc ça que tu as fait toute la journée… » conclut le Verseau, songeur.

Milo s'assit sur le canapé, devant leur apéritif, et il servit à Camus un verre d'un vin qu'il appréciait beaucoup. Milo s'était préparé pour lui-même un petit cocktail de jus de fruits pour accompagner son amant. Visiblement, le Scorpion s'était démené pour que tout soit parfait. Le Verseau se demandait bien pourquoi tous ces efforts. Bien qu'il sache que le Scorpion l'aimait plus que tout au monde, il ne comprenait pas d'où sortait cette soirée romantique, même s'il était charmé de l'initiative.

Leur petit dîner privé se poursuivit dans une douceur que Camus avait rarement connue. Il se rendit tout bonnement compte que Milo avait fait l'exploit de se transformer en prince charmant. Et en pensant exploit, il pesait ses mots, car il connaissait le huitième gardien comme un être survolté et à ses heures, bien plus sadique que romantique. Il avait peine à croire qu'il avait devant lui un homme qui avait été autrefois un assassin cruel au service du faux Pope. Non, il avait l'incarnation de la beauté brute devant les yeux, et rien que cette pensée provoquait d'agréables frissons en lui.

Milo finit par l'attirer à sa table, où il lui servit du poisson. Ce fut un détail qui attendrit Camus. Le grec savait qu'il aimait ça, et surtout, qu'il affectionnait cela d'autant plus que leur confession conjointe de leur amour s'était faite après un repas de ce genre. Le Scorpion semblait faire une sorte de redite de cette soirée-là, en encore plus réussie. Le Verseau en était très touché, mais décidément… Les questions tournaient encore dans son esprit. Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi aujourd'hui plutôt qu'un autre jour ? Ce n'était pas son anniversaire, ils l'avaient fêté quelques mois plus tôt, et encore moins celui de Milo, qui n'arrivait qu'en novembre. Ce n'était même pas l'anniversaire de leur résurrection, ou de leur mise en couple. Pourtant, étrangement, il n'osait pas demander à Milo ce qu'il se passait. Il avait envie de se laisser porter malgré tout, comme un spectateur devant une pièce de théâtre ou un tour de magie. En révéler les ficelles casserait l'effet, n'est-ce-pas ?

C'est ainsi que Camus décida de savourer ce que lui offrait le Scorpion au maximum.

Au terme de leur repas, qui s'était achevé sur une tarte aux pommes, (Milo en était effectivement très friand) le Verseau décida de prendre une initiative. Le français se voyait offrir des millions d'attentions, et même si son pauvre cœur en gonflait d'amour, il n'aimait pas ce jeu inégal ou il ne pouvait offrir à son tour. Aussi, Camus se leva de sa chaise après un blanc dans la conversation, et tendit gracieusement une main à Milo. Une lueur malicieuse passa à travers le regard de l'arachnide.

« Tu me devances, mon amour. »

Le Scorpion posa sa main dorée de soleil dans la paume neigeuse de sa jumelle. Le Verseau n'avait pas besoin de demander. Milo savait vers quoi l'entraînait Camus. Toute communication orale était bien superflue. Et puis, Camus lui aurait tendu la main pour le kidnapper, qu'il se serait laissé faire avec joie. Rien de mauvais ne pourrait jamais venir du Verseau, et le Scorpion en était certain.

Cette fois-ci, le français mena la danse tendrement. Milo était aux anges de voir son cher amant aussi réceptif à ses attentions. Cela pouvait se voir sur son visage détendu et heureux.

« Tu n'as pas perdu tes compétences de danseur, à ce que je vois.

- De telles choses ne s'oublient pas, mon cher Milo. »

Le Verseau venait de prononcer une de ces phrases qu'il appréciait particulièrement, celles qui peuvent être interprétées à plusieurs niveaux. Le Scorpion, au vu de la lueur amoureuse qui passa dans ses yeux, comprit tout de suite l'implicite.

Au lieu de s'effondrer au sol comme autrefois, les deux amants terminèrent leur petit exercice plus honorablement – c'est-à-dire encore debout, et liés par un tendre baiser.

A la fin de cet échange, Camus sentit pourtant Milo se tendre inexplicablement.

« Milo ? l'interrogea-t-il tout de suite, confus. Qu'est-ce que tu as ? »

L'intéressé secoua la tête, mais il ne parvint pas à masquer sa soudaine anxiété.

« Milo ? » répéta le Verseau, qui n'y comprenait plus rien. La soirée avait été parfaite jusque-là. Avait-il commis quelque maladresse ?

« Camus » prononça simplement son vis-à-vis.

Le français vit son amant grec prendre une profonde inspiration.

« Tu n'es pas idiot, commença-t-il. Je n'ai pas vraiment programmé une telle soirée pour du beurre… »

On y est, pensa Camus, soudain avide de savoir.

« Alors voilà, je… J'ai quelque chose d'important à te demander…

- Et c'est ? » répliqua calmement le Verseau.

Son regard avisa soudainement une petite boite carrée dans la main de Milo.

« Je voulais t'offrir ça », commença Milo, qui tendit le petit écrin à Camus.

Le Verseau s'en saisit, sans comprendre, et au moment où il l'ouvrit, il vit son amant s'agenouiller maladroitement sur le sol devant lui.

A l'intérieur trônait un anneau en or finement ouvragé et très délicat.

Camus poussa une exclamation de stupeur, n'osant comprendre. Il attrapa Milo, qui avait toujours le genou à terre dans une position instable, et l'empoigna pour le redresser. Milo eut une exclamation de surprise, mais il ne protesta pas plus.

« Milo ! bégaya pratiquement le français qui se teintait d'un beau rouge tomate. Mais c'est… C'est… ! »

Le grec planta son regard dans le sien.

« Je suis désolé, s'amenda-t-il. Je voulais te prononcer un joli discours romantique, mais y'a rien qui me vient… Je suis plus guerrier que poète, malheureusement… »

Le Scorpion saisit la main du Verseau avec une douceur inquiète. Camus tremblait sous le choc d'une telle demande. Il ne l'avait vraiment pas vue venir.

« Camus ? l'appela-t-il, anxieux. Est-ce que… Tu veux bien de moi ? »

Les yeux myosotis du Scorpion tremblaient d'émotion.

« Tu veux… Tu veux qu'on se marie ? prononça Camus, toujours sous le coup de la stupeur.

- Ben… Oui ! » sourit Milo avec appréhension.

Le Verseau en resta coi. Il tenta de se reconstituer un masque neutre sur son visage, mais il échoua lamentablement. Il était subjugué et touché au-delà de ce qu'il croyait possible. Lui, se marier ?

« Mais… Comment est-ce que… Est-ce qu'on a le droit ? s'enquit-il faiblement.

- Shion m'a dit que lui et Athéna seraient prêts à nous accorder leur bénédiction si tu acceptais. »

Milo continua de le fixer, attendant sa réponse.

Pris d'un élan d'émotion, Camus l'attira brutalement à lui pour l'embrasser profondément, tellement qu'il en fit pratiquement tourner la tête de son amoureux.

Lorsqu'il le lâcha, Milo demanda timidement :

« Ça veut dire oui ?

- Evidemment que ça veut dire oui, arachnide stupide ! » s'exclama Camus qui en rit nerveusement.

Milo lui rendit un sourire éclatant, soulagé et au comble du bonheur. Le Verseau l'attira fermement entre ses bras.

« Tu es incroyable, Milo… prononça-t-il encore. Je suis simplement désolé de ne pas pouvoir t'offrir quoi que ce soit en échange.

- Ta main ? répliqua simplement le Scorpion content de lui.

- Je veux dire de matériel, Milo, soupira Camus, amusé malgré lui.

- Tu pourras toujours réparer ce déséquilibre en me mettant toi-même une alliance, quand on se mariera.

- Tu as raison », agréa le Verseau, qui lui fit un grand sourire.

Montrant l'anneau à Milo, il lui demanda enfin :

« Tu me le mets ?

- Bien sûr, mon ange. »

Le Scorpion attrapa la bague et, avec émotion, la passa lentement sur l'annulaire du Verseau.

« Je t'aime, mon prince des glaces, murmura Milo pour ponctuer son acte.

- Je t'aime aussi, mon petit Soleil » répliqua Camus doucement.

Un baiser romantique conclut leur engagement.

Une chose, du moins, était sûre : Shion allait encore avoir de la paperasse à gérer …

FIN


Note de fin: Et voilà, c'est fini! J'espère que la fin de cette histoire vous aura semblé satisfaisante! J'ai beaucoup réfléchi à comment finir cette fiction, et ce n'était pas si évident de boucler la boucle. En tout cas, je vous remercie d'avoir lu cet écrit en son intégralité et de m'avoir suivi aussi fidèlement jusqu'à la fin! Vous poster une histoire était une expérience incroyable, et j'ai été très heureuse de vous la partager.

Je ne sais pas si je re-posterai une autre histoire de sitôt, celle-là m'ayant demandé beaucoup de passion et d'énergie. Cela dit, peut-être que l'inspiration reviendra et que je serai là pour vous partager autre chose! En attendant, j'ai plus ou moins pour projet de traduire cette fiction en anglais, donc elle apparaîtra peut-être aussi dans cette langue si j'ai le courage.

En tout cas, un grand merci à vous tous de m'avoir lue, encore une fois, et portez vous bien!