Disclaimer : Le film et la musique utilisés ne m'appartiennent pas, et sont respectivement propriétés de Céline Sciamma et SYML. En espérant que vous aimerez, et que vous me laisserez quelques mots pour que je puisse m'améliorer...
Portrait de la Jeune Fille en Feu
Chapitre 1
Marianne avait longtemps rêvé d'une vie différente. Depuis l'enfance, tout paraissait la mener à l'indépendance. Loin d'être sensible aux conventions de la condition féminine de son siècle, elle ne s'était pliée qu'à celles de sa peinture. Ainsi, elle ignorait délibérément ce que la société semblait vouloir lui infliger. Elle avait 38 ans. Quand elle rentrait chez elle le soir, elle n'embrassait ni mari hypothétique, ni enfant imaginaire. Fourrée la plupart du temps dans l'atelier que son père avait commencé à lui transmettre, elle vouait son existence à l'Art. Le dessin, la peinture habitaient une grande part de son paysage. Elle créait, enseignait, voyageait et exposait depuis des années, et trouvait une certaine satisfaction à mener la vie qu'elle avait choisie. Toutefois, vint un jour où son quotidien commença à lui paraître répétitif. Jamais elle ne peignait la même toile, ni même n'avait le même sujet d'inspiration. Pourtant, quelque chose lui manquait. Une sensation, une lumière qu'elle semblait avoir enfouie au plus profond d'elle même des années auparavant, comme pour la préserver de la dureté de la vie. En son coeur, une cloche de verre, froide, opacifiée par le temps. Il lui arrivait parfois qu'elle se soulève, à peine, juste assez pour colorer ses rêves d'une teinte toute particulière, insaisissable. Elle se réveillait alors avec un poids énorme dans la poitrine, sans souvenir aucun des images de la nuit. Ces événements se répétaient de plus en plus souvent, comme pour lui crier des mots qu'elle refusait d'entendre. Elle cherchait sans sonder, se questionnait sans réfléchir. Cela n'aurait pu durer indéfiniment.
Un jour, son père vint la trouver alors qu'elle peignait dans son atelier.
- Marianne, on vient de porter une lettre pour toi.
Elle s'essuya les mains sur son tablier, et saisit l'enveloppe que lui tendait son père. Sans doute une nouvelle commission. Dépliant la feuille, un bref message s'ouvrit alors à elle.
Quiberon. Dès que possible.
Son souffle se coupa net. Rien d'autre que deux petits mots, qui n'auraient sans doute pu troubler personne d'autre. Son père remarqua sa mine, qui changea subitement.
- Tout va bien ?
- Je-oui, oui, répliqua-t-elle en repliant nerveusement la lettre comme s'il s'agissait d'un message compromettant. Rien d'important.
L'homme tiqua, sentant que le ton de sa fille ne traduisait pas la même chose que son air confus.
- Tu es sûre ? demanda-t-il.
- Oui, oui. Un mandat pour un portrait en province, cela bouscule un peu mes projets. Il faut simplement que je m'organise.
Il accepta ses explications d'une moue approbative, et repartit en posant une main affectueuse sur son épaule.
Marianne tenta de trouver d'autres détails sur le papier. L'écriture ne lui était pas familière, la lettre n'avait pas d'odeur particulière. Son esprit commença à tempêter sourdement. Elle pensait pourtant avoir enterré cette partie de son histoire, avait juré de ne pas rouvrir cette boîte de Pandore qui n'appartenait qu'au passé. Etait-ce Héloïse ? Pourquoi n'avait-elle pas glissé d'indices pour y voir plus clair ? Etait-ce une mauvaise blague, une lettre perdue ressurgie des années après son envoi ? Et, surtout, cela supposait-il que Marianne fasse le voyage jusqu'au presque-bout-du-monde ?
Le feu qu'elle avait passé tant d'années à tenter d'étouffer reprit de plus belle, et la persuada de se rendre à Quiberon au plus vite. Qu'importait qui était l'auteur de la lettre, qu'importait si elle avait été envoyée huit ans auparavant. Il devait y avoir une raison faisant qu'elle l'avait lu ce jour; et les regrets qui laisseraient passer sa chance la rendraient plus amère que les remords de plusieurs jours de trajet.
