Et c'est parti pour un chapitre avec un Jet lobotomisé!
Chapitre 5 :
Jet nageait dans le reflet d'un ciel bleu-gris. Au dessus et autour de lui, des nuages de brume l'entouraient, lui donnant l'impression que l'eau s'étendait à l'infini. Pourtant, il savait qu'il était dans un lac. Un lac apaisant, réconfortant, aimant. De temps en temps, une lumière jaune apparaissait à l'horizon et filait entre les nuages, en un mouvement circulaire captivant. Jet se demandait si c'était un bateau, ou un feu follet.
Il atteignit la berge et sortit de l'eau. Il chercha autour de lui des habits. Mais il n'y en avait jamais. Il se sentait vulnérable, ainsi nu et hors de l'eau. Il ne pouvait pas retourner vers la ville comme ça. Alors comme chaque nuit, le jeune homme se pencha sur la surface lisse de l'eau, entre les chapes de brume, et chercha ses vêtements dans l'eau.
Alors qu'il fouillait le lac, il entraperçut une silhouette familière sur sa droite, dans l'eau. Une silhouette fine et forte, aux contours flous, avec une tache rose sur le visage et deux yeux dorés magnifiques.
Il s'approcha d'elle, mais elle disparut aussitôt. Comme à chaque fois. Ne restait que son propre reflet, un garçon brun aux cheveux en broussaille, aux longs sourcils et à l'air perdu. Cette image lui semblait étrangère. Quelque chose manquait dans cette bouche nue, dans ces yeux éteints. Quelque chose qui faisait qu'il était lui.
Il plongea à nouveau dans le lac. S'il retrouvait ses vêtements, peut-être qu'il se retrouverait. Et qu'il retrouverait l'inconnu aux yeux dorés...
Quand Jet ouvrit les paupières, le rêve ne s'estompa pas tout de suite. Il continua de flotter dans son esprit brumeux alors qu'il errait dans les rues du cercle inférieur de Ba Sing Se.
Il s'était réveillé ainsi quelques jours plus tôt, contre un tonneau plein de vin. Depuis, il vagabondait de jour dans la ville, empêtré dans les restes de ses rêves de lac et de reflet, buttant contre le vide qui avait rempli son être et aspiré tout but, toute volonté en lui. De nuit, il se perdait dans les brumes de l'eau, évoluant tel un somnambule dans le lac, comme il évoluait le jour dans les ruelles. Il ne savait pas ce qu'il cherchait, et pourtant il cherchait, guidé par cette impression diffuse que quelque chose manquait et qu'en la trouvant il saurait quoi faire.
Mais les jours et les nuits se succédaient, semblables, pleines de néant, comme une seule longue errance. Jet n'en pouvait plus de cette stérilité, de cette vacuité. Il ne voyait plus l'intérêt d'avancer, de s'alimenter, de s'obstiner. Avant il avait cherché la nuit un toit pour dormir. Désormais, il dormait là où le sommeil le cueillait, sous un pont, dans le coin d'une ruelle sombre ou sur un banc.
Un soir de forte pluie, il échoua dans un bar mal famé, avec un long comptoir noir crasseux, quelques lumières tremblotantes et beaucoup d'ombres. Une fille dont la robe émeraude révélait plus qu'elle ne dissimulait s'assit à côté de lui, très près, et entreprit de flirter avec lui. Jet s'étonna de ne pas se sentir attiré par elle. Avec ses formes plantureuses et son air coquin, elle avait tout de ce qui avait pu lui plaire avant. Mais avant quoi ?
Fatigué, Jet se laissa entraîner par la femme dans une ruelle tortueuse, sous la pluie battante. Ce n'est que lorsqu'elle le plaqua contre un mur et posa sa main sur son pantalon mouillé qu'il la repoussa, doucement mais fermement. Il ne savait pas ce qu'il cherchait, mais il savait que ce n'était pas ça.
Son rejet la fit entrer dans une colère intense. Elle siffla d'un air furieux et quatre silhouettes baraquées apparurent entre les gouttes. D'un geste impérieux, elle leur montra Jet et les gorilles se jetèrent sur lui. Le jeune homme tenta de se débattre, mais son corps, affaibli par une errance prolongée, un sommeil agité et des repas trop maigres, ne lui obéissait plus aussi vivement qu'avant. Les quatre silhouettes le rouèrent de coup, et il finit par abandonner la lutte et serrer les dents à chaque fois que l'un d'eux le frappait. La femme pencha vers lui un visage satisfait. Il ferma les yeux, vaincu…
Des cris étouffés lui firent rouvrir les yeux. Une silhouette noire combattait ses assaillants à coups de lames habiles. Le dernier gorille s'effondra sur le sol dans un jaillissement d'eau et de sang, et la femme s'enfuit sans demander son reste, relevant sa robe émeraude pour courir plus vite.
Ne restait plus que la silhouette noire, son sauveur. Celui ci se tourna vers Jet, découvrant un masque bleu et blanc qui lui disait vaguement quelque chose. L'inconnu marqua un temps d'arrêt lorsqu'il vit Jet. Un instant, l'ancien chef des Combattants de la Liberté crut que l'homme masqué allait l'abandonner. Puis l'autre rangea ses lames et tendit une main incertaine vers lui.
Au moment où il saisit cette main salvatrice, Jet se rappela du poster où il avait vu ce masque. Devant lui, se tenait l'Esprit Bleu, un bandit recherché par la nation du Feu, un allié resté jusque là inconnu. Un sauveur inespéré, qui le relevait d'un bras fort.
Ses pensées s'arrêtèrent là car ses jambes s'effondrèrent sous lui et il tomba en arrière, entraînant dans sa chute l'inconnu. Celui ci tenta d'amortir le choc en jetant ses bras sous le dos de Jet. Le masque glissa sur le sol, révélant des cheveux noirs en broussaille, une peau pâle et une cicatrice rose.
L'instant d'après, Jet était étendu dans l'eau, dans les bras de son sauveur, le visages à quelques millimètres des yeux jaunes intenses de l'Esprit Bleu. Devant ces traits nouveaux et en même temps familiers, Jet crut qu'il avait à nouveau sombré dans un de ses rêves. Il caressa une des mèches dégoulinantes de pluie du jeune homme et murmura dans un sourire :
« C'est toi l'homme de mes rêves ? Tu es venu me rendre mes habits ? »
Avant de s'évanouir, Jet vit la joues indemne de l'inconnu rosir et trouva cela très mignon…
Alors?
