Chapitre 8 :
Jet était toujours bloqué dans le lac brumeux. Les lumières s'allumaient et s'éteignaient devant lui, l'eau et le ciel étaient noirs, et son reflet gardait cet air étranger.
Mais ce n'était pas grave. Car à côté de lui, il y avait ce jeune homme magnifique, à la peau diaphane, aux cheveux noirs et aux yeux couleur miel. Et dés qu'il s'approchait de lui, l'eau devenait tiède et bleue, le ciel s'éclaircissait et la brume devenait moins opaque.
Lee plongea en avant et fendit l'eau sombre, dessinant une ligne bleu-clair sur son passage. Jet le suivit sans hésiter, le cœur rapide et le corps redevenu léger.
Le jeune homme le mena jusqu'à la berge, glissant sur la surface avec une grâce hypnotisante. Puis, il sortit de l'eau son corps ruisselant et aida Jet à s'extirper de l'eau pesante à l'aide d'un bras solide.
Lee était désormais devant lui, sans l'étreinte de l'eau pour noyer ses traits. Jet caressa sa silhouette nue des yeux, fasciné par ce corps robuste et élégant à la fois. Il avança d'un pas, attiré par cette beauté lunaire...
Mais Lee rougit et couvrit son corps de ses bras blancs, forçant Jet à reculer et arracher ses yeux à leur contemplation...
Maintenant qu'il était complètement guéri, Jet sentait que son bonheur touchait à la fin. Il n'avait que trop profité de la gentillesse de ses hôtes. Il lui fallait partir et retrouver sa vie d'errance dans Ba Sing Se, sans attache ni but. Leur rendre leur vie tranquille entre oncle et neveu, entre maison louée et salon de thé, sans invité trouble-fête. Et trouver un moyen de les rembourser.
Jet exposa ses projets à ses deux bienfaiteurs lors du dîner, après une nouvelle promenade pleine de bonheur nostalgique,. Mushi s'empourpra d'indignation et lui assura qu'il était le bienvenu ici, qu'il ne leur devait rien et pouvait rester autant de temps qu'il voulait.
Mais plus encore que les mots du vieil homme, ce furent les yeux de Lee qui retinrent Jet. A l'annonce de son départ, ils s'emplirent d'une tristesse et d'une solitude telles que Jet eut l'impression qu'il venait de clamer sa décision d'abandonner le jeune homme.
Il décida donc de rester et de trouver un travail pour payer un loyer à ses deux hôtes. Mushi prépara une double dose de thé au jasmin pour fêter ça, et Lee lui adressa son premier véritable sourire…
Le lendemain soir, Jet fanfaronnait en fixant Lee, assis à l'autre bout de la table.
« Qui c'est qui a été accepté comme livreur et va gagner le double du charmant garçon devant moi ? »
Lee leva les yeux au ciel et Mushi s'esclaffa en tapant sur son ventre :
« Flatteur, va ! Je ne suis plus si charmant que ça ! »
Jet rit de bon coeur :
« Bon, je gagnerai quand même moins que ce charmant garçon ci.
- Ce qui n'empêche pas de fêter cet heureux événement ! s'exclama le vieil homme.
- Non merci, j'ai suffisamment bu de thé pour le restant de ma vie, grogna Lee.
- Oh, mais je ne pensais pas à du thé ! » rit Mushi.
Jet manqua s'étouffer lorsque le petit homme débonnaire sortit une bouteille de saké de sous l'évier. Lee, lui s'étouffa réellement, et Jet dut lui taper dans le dos pour lui éviter l'épitaphe peu glorieuse « Ci git Lee, mort étouffé dans sa propre bave ».
Deux heures plus tard, Mushi, ronflait bruyamment, les joues rouges et le sourire immense. Son neveu l'avait couché sur le côté "par précaution", ce qui avait beaucoup faire rire Jet.
Pour l'heur, Lee râlait sur sa sœur, une jeune fille détestable qui avait fait plein de choses horribles, même si Jet n'aurait pas su dire lesquelles, trop occupé qu'il était à dévorer son interlocuteur du regard pour écouter ce qu'il disait. L'alcool avait coloré les joues de Lee, ses yeux dorés brillaient avec une intensité nouvelle, sa poitrine se soulevait plus vite et plus fort, et ses lèvres encore humide de saké s'éloignaient puis se rejoignaient dans une danse hypnotique.
Alors que Lee racontait une énième anecdote sur sa cadette, Jet suivit une impulsion et plongea vers lui.
Leurs bouches se rencontrèrent et la voix de Lee s'éteignit. Ses lèvres étaient douces et sentaient l'alcool. Jet passa sa langue sur cette peau tendre, goûtant aux parfums mêlés de Lee et du saké. Il poussa doucement en avant et les lèvres s'ouvrirent, délivrant un souffle chaud comme une flamme dans le gorge de Jet. Un frisson d'extase le traversa. Il y avait cette chaleur devant lui, offerte, et il brûlait d'y plonger. Ses mains trouvèrent leur place sur le dos de Lee, sous son habit pour mieux sentir la chaleur de sa peau, et s'efforcèrent de ramener ce corps enivrant contre lui.
Jet s'attaqua à nouveau aux lèvres délicates. Il les emprisonna entre les siennes, les suçotant puis les mordillant doucement avant de les écarter à nouveau pour pénétrer sa bouche. Le souffle chaud et humide lui fit serrer plus fort ce jeune homme plein d'ombres dont il raffolait.
Mais cette fois, ce fut la langue de Lee qui s'aventura vers lui et envahit sa bouche, explorant sa gorge. Elle trouva la langue de Jet et l'entraîna dans une danse timide puis passionnelle. Perdu dans ce ballet sensuel, Jet sentait confusément les mains de Lee sur sa nuque et ses doigts dans ses cheveux, pressants, et toutes ces sensations se mêlaient dans un chaos délicieux.
Lee lâcha un petit gémissement qui envoya une onde de pur plaisir à travers Jet. Puis, comme surpris par son propre son, le jeune homme pâle s'écarta, décollant ses lèvres et son corps de Jet. A nouveau, le froid entoura l'ancien chef des Combattants de la Liberté.
Ils restèrent de longue minutes l'un en face de l'autre, à quelques centimètres de distance, à la fois très proches et très loin, sans se regarder. Jet fixait ses mains qui ne touchaient que le vide, et il sentait encore la peau brûlante de Lee sur sa paume. Il entendait son souffle rapide et devinait sa chaleur, sa moiteur, son arrière-goût de saké, et il ne rêvait que de plonger à nouveau dans ce délice.
Finalement, Lee se leva et partit vers sa chambre. Mais juste avant de disparaître complètement, il murmura d'une voix douce et si faible que Jet se demanda s'il ne l'avait pas imaginée :
« Je suis heureux que tu restes. »
