Note : je dois un immense merci à Myrylaa qui m'a fait découvrir la Planète au Trésor et qui donc du coup, est indirectement coupable pour cet arc ci ^w^ Un grand merci pour son aide et ses précieux conseils ^^ merci aussi à tous les revieweurs des chapitres précédents.

Disclaimer : je le confesse, j'adore les pirates. Je me suis servie de plusieurs sources pour créer cet univers. La planète au trésor m'a servi de base, mais les éléments d'intrigue ont été alimenté par la (génialissime) série de Joss Whedon, Firefly et la série Doctor Who (notamment la saison 5 de Steven Moffat). Et comme toujours avec moi, Monsieur Pratchett n'est jamais bien loin.

J'en ai fini avec mes blablas. Bienvenue dans ce nouveau monde, et bonne lecture.


Monde III

La planète au trésor

Si tu veux être un homme libre…

I

Toi qui crois que la terre est ronde
Tu ne te doutes pas une seconde
Que ton histoire pourrait changer…


Roch s'étira en baillant. Il jeta un coup d'œil endormi à la petite horloge trônant sur la table de nuit près de son lit. Le jour était sur le point de se lever, cela ne faisait que quelques heures qu'il dormait. Il soupira, se leva et alla prendre une douche. Lorsqu'il revint, il écarta les volets holographiques qui montraient un sublime paysage marin pour vérifier ce qu'il savait déjà : à savoir que le temps ne s'était pas amélioré et qu'il pleuvait toujours si dru qu'il était impossible de voir les alentours.

Le climat de la planète Andorian était en général très clément. Le ciel était bleu et limpide durant une bonne partie de l'année. Mais deux mois par an, les éléments se déchaînaient et la pluie tombait sans s'arrêter pendant plusieurs semaines. Une fois, la saison des pluies avait duré trois mois et malgré les hauts pylônes sur lesquels étaient construites la plupart des maisons, de nombreux foyers avaient été détruits par la tourmente.

Peu découragé par la tempête qui faisait rage au dehors, Roch s'habilla et sortit de son coffre une épée soigneusement rangée dans son étui. Il l'examina un moment avant de la poser sur son lit. Ceci fait, il s'inspecta dans le miroir et réajusta son col blanc. Le miroir lui renvoya l'image d'un garçon de dix-sept ans, de taille moyenne, avec des cheveux blonds embroussaillés de façon improbable et des yeux bleus et clairs.

Une image qui n'avait pas changé une seule fois depuis qu'il avait été, un jour lointain, Roxas. Roxas avait fait partie de lui toute sa vie. Il y avait longtemps qu'il avait appris à ne plus se poser de questions, et de simplement accepter qu'il était un peu différent des autres. Il se souvenait.

Il ne lui restait plus que quelques minutes avant d'être en retard. Cela ne le perturbait pas plus que cela, car il savait que peu importe qu'il soit en retard ou en avance, Médéa, la vieille harpie qui tenait le restaurant où il travaillait allait de toute façon lui hurler dessus – sa manière de se tenir, sa façon de s'habiller, le manque de clients, le trop plein de clients, son incompétence, et pourquoi pas, le temps qui faisait. Roch avait fini par développer une habilité bien pratique : si bien que les propos racontés ne lui arrivait plus qu'en sourdine, si bien que seules les informations intéressantes lui parvenaient. Si encore il y en avait.

o-o-o

La journée de travail fut aussi morne que d'ordinaire. Il n'y avait guère plus que des habitués, car les étrangers et les touristes désertaient la planète à ce moment là de l'année.

Il servit des omelettes de Mandragore à la famille de lézards qui se pointaient tous les jours à midi et demi, aussi ponctuels que le coucou d'une horloge. Toute la journée fut une succession de verres et de plats servis plus ou moins repoussants selon les clients.

Lorsque le soir arriva, Roch en avait marre et il s'éclipsa aussi vite que possible, dès que la harpie eut le dos tourné.

o-o-o

Le soir tombé, trois à quatre fois par semaine, Roch se rendait en surf solaire à l'extérieur de la ville. Il devenait alors Clef, l'un des meilleurs escrimeurs d'Andorian. Il affrontait des combattants venus de partout, et repartait très souvent les poches pleines des gains des combats. Cela faisait plus d'un an et demi, maintenant et si au premier abord, sa jeunesse avait fait ricaner ses adversaires qui s'étaient attendus à lui faire mordre la poussière, il avait maintenant acquis une solide réputation. Des gens venaient des quatre coins de la galaxie pour se battre avec lui ou pour simplement regarder le tournoi.

Iqbal, l'organisateur avait vu cela comme une aubaine et avait profité de la notoriété de Roch pour se remplir honteusement les poches. Mais Roch ne s'en souciait plus. Il ne payait plus les frais d'inscription affreusement élevés du tournoi illicite. Et il n'était pas rare qu'il reparte avec un cadeau de l'un de ses admirateurs (comme le fourreau dans lequel il glissait son épée). Quand l'un de ses admirateurs était particulièrement amical, il arrivait que Roch se retrouve à salir les draps d'un hôtel de passe (à plus forte raison si l'inconnu avait les yeux verts).

o-o-o

Cette nuit-là ne fut pas différente de la précédente.

Il avait trois combats. Il les remporta tous avec une aisance qui fit enrager son second adversaire un alien deux fois plus grand que lui. Mais ce que l'alien avait en taille et peut-être en muscle, Roch l'avait en rapidité et en technique. Et en trois vies de pratique intensive de cette noble arme. Roch aimait la chaleur du sabre luminaire dans sa main. Chaque fois que les épées se croisaient des étincelles jaillissaient, et la chaleur rappelait à Roch ce qu'il ressentait lorsque la Keyblade apparaissait dans sa main.

Roxas avait été un combattant accompli qui ne perdait jamais un seul combat. St Jean de Rosax pratiquait l'escrime depuis qu'il savait marcher, et sa dernière incarnation, Dorsax était également une fine lame. Parfois, Roch avait l'impression d'avoir plus de deux cents ans, et trop de souvenirs pour en forger de nouveaux.

Mais il fallait avouer que dans certaines conditions, ses talents passés étaient bien pratiques.

Il n'était pas rare qu'il se fasse aborder après un tournoi. Aussi ne fut-il pas surpris lorsqu'un homme s'approcha de lui à la fin des combats. C'était un humain de taille moyenne. Il avait la peau pâle, et des yeux noirs enfoncés dans leurs orbites, un nez un peu trop fin, une bouche mince. Il n'avait rien de notable à part qu'il portait au coté une épée et qu'il dissimulait vraisemblablement une arme à feu sur lui. Il avait un tatouage au poignet qui représentait une salamandre.

-J'ai beaucoup entendu parler de toi, Clef. Je suis heureux de constater que tu fais honneur à ta légende. J'avoue que je ne m'attendais pas à ce que tu sois si jeune.

-Ouais, je m'entraine beaucoup, dit sèchement Roch.

-Je ne voulais pas te heurter. (Il n'ajouta pas petit, ce qui était assez étonnant pour être noté). Viens je te paye un coup à boire.

o-o-o

Le type était marin.

Il vivait sur un vaisseau solaire onze mois par an, et avait vu tant de choses que Roch peinait à croire qu'elles existaient.

-T'as déjà pensé à louer tes services ? Avec un talent comme le tien, tu trouverais facilement un employeur.

Roch y avait pensé. Il avait même déjà reçu plusieurs offres. Mais cela ne l'intéressait pas.

-Et naviguer ? Crois moi, y a rien de plus beau que le ciel à perte de vue et les étoiles qui ne s'éteignent jamais.

-J'ai pas les moyens, grimaça Roch.

L'homme eut un rictus qui devait être un sourire.

-On sait jamais. Tu te bats demain ?

-Oui.

-Alors à demain, Clef.

Comme il tournait les talons, Roch réalisa qu'il n'avait aucune idée de comment ce type s'appelait.

Le soir dans son lit, il rêva de supernovas en fusion.

o-o-o

Le lendemain, comme il retournait à la taverne de Médéa, il avait complètement occulté de sa mémoire le souvenir du marin qui l'avait abordé la veille. Il servit les clients, endura les humeurs noires de l'irascible vieille femme.

Il prit son temps pour se rendre à l'arène clandestine qui abritait leurs combats. De tels tournois étaient strictement illégaux pas seulement à cause de l'argent qui passait de mains en mains, mais aussi en raison de la sécurité qui laissait franchement à désirer. Roch avait vu plus d'une fois le sang couler, et des hommes rester à terre sans bouger, tandis que d'antiques droïdes médicaux s'affairaient à leurs côtés. Mais cela ne dérangeait pas vraiment Roch : d'une part parce qu'il n'avait jamais fait partie de ces hommes à terre, et d'autre part parce qu'il estimait que la compensation pécuniaire qu'il recevait valait largement les quelques risques courus.

Andorian était un monde scandaleusement pauvre, où un dixième de la population vivait comme des roitelets, dans l'opulence la plus absolue, tandis que le reste crevait de faim. Gamin, Roch avait traîné dans des bandes des gamins qui volaient dans les marchés pour survivre. Sa mère était morte en dépit de ses efforts pour tenter de lui prodiguer ce dont elle avait besoin.

S'il avait pu s'en tirer, c'était parce que l'ami de sa mère, Monsieur Bucks, qui l'aimait beaucoup, l'avait présenté à la vieille harpie. Il avait proposé de prendre Roch avec lui, mais Roch avait furieusement refusé. Non pas que la générosité de Monsieur Bucks lui échappe mais c'était surtout qu'il avait plein de gamins à sa charge et Roch ne voulait pas lui ajouter un fardeau (et il soupçonnait que Bucks lui avait offert son hospitalité suite à une promesse faite à sa mère, en dépit du fait qu'il n'avait sûrement pas les moyens de nourrir une bouche en plus). En outre, à part la mère de Roch, ils n'avaient pas grand-chose en commun.

Roch aspirait à la liberté et aux grands espaces – et il rêvait de trouver Axel.

Souvent, il se demandait ce que Axel était devenu. Peut-être était-il fils de roi sur une planète éloignée et exotique, ou cracheur de feu sur Mandragore. Ou pilote. Ou magicien. Peut-être était-il un gosse des rues, comme lui.

Roch espérait qu'il était heureux.

C'était bizarre d'aimer quelqu'un qu'il n'avait jamais vu. C'était bizarre de connaître quelqu'un qu'il n'avait jamais rencontré, autre part que dans ses rêves et ses souvenirs. Pourtant il connaissait Axel. La couleur de ses yeux, le son de sa voix, la façon dont il riait – cela n'avait jamais changé, pas une fois. Sa manie de faire des obsessions de tout ce qu'il faisait, sa loyauté indéfectible. Axel, entier et improbable, un peu honnête, un peu égoïste, un peu canaille.

Axel.

Il aurait donné n'importe quoi pour le retrouver.

Cette fois, se dit Roch, cette fois ce sera différent.

Comme Acsel autrefois, Roch avait la certitude qu'ils se rencontreraient encore.

o-o-o

Le premier adversaire ne dura pas cinq minutes. A son air condescendant lorsqu'il vit Roch, ce dernier comprit que ce serait facile. C'était toujours plus facile quand on le prenait pour un arrogant petit bâtard, qui n'avait pas sa place dans l'arène. Cela arrivait de moins en moins, mais Roch s'amusait toujours de voir leur surprise lorsque leur épée luminaire volait de leurs mains, traçant un sillon de fumée dans les airs et qu'ils se retrouvaient à terre, sans avoir eu le temps de comprendre ce qu'il leur arrivait.

Le deuxième fut un peu plus coriace mais ne fut guère une source d'inquiétude. Le dernier était féroce et vicieux. Pour la première fois depuis longtemps, Roch dut faire appel à toutes ses ressources pour esquiver et parer les coups. La garde de son adversaire était parfaite, et le combat dura si longtemps que le bras de Roch commençait à l'élancer. Plus tard, il devrait s'avouer que la victoire n'avait été du qu'à un coup de chance. Mais peu importait c'était une victoire quand même et Roch faillit s'effondrer sur le sol sous les sifflements de la foule. L'adversaire se releva. Il était humain, grand et imposant. Il avait quelques années de plus que Roch et son visage était barré par une grande cicatrice qui lui glissait le long du visage. Certainement un mauvais coup d'épée. Lorsque Roch lui tendit la main pour l'aider à se relever, l'homme la prit sans hésiter.

Puis, à la surprise de Roch, il l'empoigna par l'épaule et le guida vers les gradins où Roch reconnut avec surprise le type qui l'avait invité à boire un verre la veille. Fronçant les sourcils, Roch se tendit tandis que le marin les accueillait en souriant.

-Venez, venez. Allons discuter autour d'un xérès. Je peux pas parler sans alcool, ajouta-t-il pour la forme. Au fait, moi c'est Snake et lui, c'est Scar. L'un des meilleurs combattants que je connaisse, dit-il avec un clin d'œil à l'adresse de Roch.

o-o-o

Pour la deuxième fois, Roch se laissa guider jusqu'au bar le plus proche. La fréquentation était douteuse mais Roch était habitué à ce genre de bouges il était venu se sustenter dans ce genre d'endroits plus d'une fois lorsqu'il était gosse.

Scar et Snake formaient une sacrée paire. On aurait dit deux frères, deux siamois. Ils échangeaient des railleries, finissaient les phrases de l'autre et semblèrent plus d'une fois près à en venir aux mains. Cela faisait longtemps qu'ils se connaissaient. Roch imaginait sans peine que voyager plusieurs années avec les mêmes personnes pouvait produire cet effet.

-Je leur ai parlé de toi, hier soir, dit Snake. Ils ne voulaient pas me croire, alors Scar s'est inscrit ce matin pour se battre contre toi.

Roch haussa un sourcil. D'ordinaire, les combats étaient planifiés deux semaines, voire trois semaines à l'avance. Iqbal lui avait même confié une fois que certains réservaient des mois à l'avance pour se battre contre lui. Il paraissait fortement improbable que Scar puisse s'inviter comme cela.

-On a de l'influence. Et de l'argent, expliqua Snake devant la surprise de Roch. (Son sourire était un peu inquiétant et dévoila une dent en or).

Roch songea que cela n'expliquait pas tout.

-Il pourrait y avoir une place pour toi sur notre bâtiment, dit Snake.

Roch sentit ses yeux s'agrandir, sa gorge se serrer. Une boule se forma dans son estomac.

-Je t'ai déjà dit que j'avais pas d'argent.

-Tss. T'occupe pas de cette ça, moussaillon. Ca t'intéresse ?

Roch ne réfléchit pas.

-Bien sûr.

Scar roula des yeux.

-Y a quand même un ou deux détails qu'il devrait savoir.

Snake le coupa d'un geste.

-Allons, Snake. Quel gosse n'a jamais rêve d'être un pirate ? (avec un sourire entendu, il ajouta à l'adresse de Roch) Le capitaine viendra te voir demain.

-Je combats pas demain.

-Maintenant si, affirma Snake.

Ce ne fut que lorsque les deux compères furent partis que Roch réalisa l'ampleur de ce qu'ils avaient dit. Il pourrait y avoir une place pour toi, sur notre bâtiment. Le capitaine viendra te voir demain. Quel gosse n'a jamais rêvé d'être un pirate ?

Cette nuit là, Roch ne dormit pas.


(à suivre)

(j'espère que ce chapitre (et nouveau monde) vous a plu ! Le chapitre suivant est bien parti. je devrais pouvoir le publier d'ici quinze jours. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires.)