19 Mars 2017.

Au pas de course, il bifurqua à l'angle d'une rue et se retrouva dans une impasse à l'aspect crasseux.

20, 22, 24, les numéros des habitations défilaient sous ses yeux. Il s'arrêta brusquement ; flanqué entre deux immeubles branlants et illuminé par les néons verts du bar d'en face, le 26B semblait se tasser dans l'espoir de disparaître du paysage. Malefoy s'avança et tambourina comme un malade contre la porte délabrée, en jetant régulièrement des coups d'œil par dessus son épaule pour s'assurer que personne ne le suivait. En rumeur étouffée, les flonflons du bar remuaient toute la ruelle.

Il s'apprêtait à frapper de nouveau mais la porte s'ouvrit sur son poing levé et la figure de Pansy se matérialisa dans l'entrebâillement. La cigarette au coin des lèvres, elle le détailla de la tête aux pieds.

« Qu'est-ce que tu fous là ? »

« Pas l'endroit pour des explications », lâcha-t-il en sondant la ruelle des yeux.

Pour toute réponse, la jeune fille leva les yeux au ciel et ouvrit la porte avant de monter les escaliers. Il la suivit silencieusement jusqu'au deuxième étage et pénétra dans une grande pièce qui semblait avoir été décimée par une récente tornade. La lumière des néons du bar d'en bas, verte et découpée d'ombres, roulait sur les murs de son appartement, traçait les contour de sa figure.

Ignorant Drago, qui s'était appuyé contre un mur, pantelant, Pansy retourna s'asseoir derrière son bureau, ralluma l'écran de son ordinateur, inondé de messages qui sitôt reçus, chassaient les précédents du cadre de l'écran. Penchée par dessus son bureau, elle saisit un cutter, se pencha sur un journal et en découpa méticuleusement une photo.

« Le prochaine fois que tu débarques comme ça à l'improviste, je t'arrache les yeux », l'avertit-elle sur le ton de la conversation. « Tu sais que c'est la taule, si je me fais prendre ? »

« Je sais. Pardon. »

Elle releva lentement le visage, dévisagea Drago les sourcils froncés, s'attardant sur sa Canadienne en peau retournée. Les volutes de sa cigarette encadrèrent un instant son visage avant qu'elle ne réponde :

« Ça te ressemble pas de t'excuser. Et t'as ton manteau des mauvais jours. Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Drago plongea son visage dans ses mains. Quand il releva la tête, ses traits étaient chiffonnés de fatigue et d'anxiété.

« Pansy, il faut que tu me rendes un service. »

La jeune fille se détourna de son journal, mais garda les doigts bien serrés autour de son cutter. Drago déglutit avec difficulté alors qu'elle lui jetait un regard froid.

« Raconte. »

« J'ai fait une connerie. Une grosse connerie. Moins t'en sais, mieux c'est. Il faut que je me tire d'ici. Que je change de pays. »

Elle haussa un sourcil.

« Je suis pas une agence de voyage, tu sais ? »

« J'ai besoin d'un faux passeport. »

« Ah. »

Elle lâcha sa lame, se releva, et son visage s'adoucit. A peine. Mais il la connaissait trop bien pour ne pas remarquer ce genre de choses, à la longue.

« Repasse demain, vers seize heures. Je te le fais à trois cent, prix d'amis. »

« Non. J'en ai besoin ce soir. »

Elle le regarda, interloquée, avant de croiser les bras.

« Drago, je sais pas si t'es au courant, mais les faux passeports, ça pousse pas sur les arbres. »

Il s'approcha d'elle, baissa le ton :

« Pansy, tu comprends pas. Si je me barre pas ce soir, je vais me faire liquider. »

Elle poussa un long soupir, fit volte-face et, d'un geste sec, libéra les persiennes qui tombèrent en cascade devant la fenêtre en happant les lumières vertes. Elle alluma une deuxième lampe qui envoya des lueurs vacillantes chatoyer au plafond.

« Bon sang, Drago, mais qu'est-ce que t'as foutu ? »

« Je peux pas t'en parler. C'est pour toi Pansy, pour te protéger. »

Son regard sonda un instant le visage du jeune homme, dans l'espoir d'y déceler un quelconque signe lui indiquant qu'il plaisantait. Elle s'attendait presque à ce qu'il éclate de rire, lui confesse que ce n'était rien d'autre qu'une énième mauvaise blague, mais il demeura silencieux, les mains tremblantes. De ses dents, elle saisit l'elastique enroulé autour de son poignet et noua ses cheveux avant d'attraper son perfecto en cuir.

« Bon. Attends-moi ici, je serai de retour dans une heure. »

Il farfouilla dans sa valise, en tira une pochette bien remplie et la lui lança.

« Cent cinquante mille Livres. J'ai besoin que tu me les changes en euros. »

Elle lui jeta un regard noir.

« Je sais pas où tu comptes aller mais t'as intérêt à bien te planquer, Drago... parce que si je te remets la main dessus, je te tue. »

Malgré la peur qui lui bouffait l'estomac, il lui sourit et déposa un baiser sur sa tempe.

« Merci, Pansy. Encore une fois, tu me sauves la vie. »

« C'est devenu une habitude », bougonna-t-elle et avec un sourire, elle ajouta : « Les fils de bourges qui font des conneries, c'est mon gagne-pain, si tu veux tout savoir. »

La porte se ferma sur son air moqueur. D'un doigt, Drago souleva les persiennes pour suivre des yeux la silhouette de Pansy qui découpa la lumière des néons sur le trottoir avant de disparaître dans l'obscurité.

~o~

Le bruit d'une poignée qu'on actionne le fit sursauter. Par instinct, il se planqua derrière une grande armoire, le coeur battant. Il poussa un soupir de soulagement quand il vit apparaître Pansy qui lui lança le passeport et son paquet de billets. Il défit le cordon, les compta scrupuleusement avant de lever un regard suspicieux sur son amie.

« Y a pas le compte. »

« Appelle ça une commission. Je suis ton amie, pas une pigeonne. »

Avec un sourire qu'il tenta de rendre confiant, il la remercia. Alors qu'il s'apprêtait à fermer la porte dans son dos et détaler le plus vite possible, elle posa une main sur son épaule.

« Quand tu reviendras... viens me voir, s'il te plaît. »

Il lui adressa un sourire triste, passa une main dans ses cheveux.

« Je ne pense pas que je reviendrai, Pansy. »

Elle se frotta le nez et fronça les sourcils ; elle faisait toujours ça quand elle se retenait de pleurer. Elle avait toujours fait ça. Son affaire de faux papiers mise à part, elle n'avait pas vraiment changé depuis leur adolescence. Si ce n'est qu'elle avait considérablement élargi son panel de jurons.

« Te fais pas tuer, abruti », parvint-elle à articuler. « Que mon passeport n'ait pas servi à rien. »

« Promis, j'essayerai. » Il ébouriffa ses cheveux sans se formaliser de ses protestations et colla un baiser sur sa joue.

« Merci. Pour tout. »

Sans ajouter un mot, il disparut. Les bras ballants, elle fixa longuement la porte qui s'était refermée sans un bruit. Elle se demanda ce qu'il avait bien pu faire et où il comptait aller, avec son passeport et tout ce cash, elle se demanda s'il reviendrait un jour et comment il survivrait, tout seul, en cavale. Et surtout, surtout, elle se demanda comment elle survivrait, elle, sans lui.

~o~

21 Mars 2017.

Sur sa droite, les arbres passaient à toute allure, défilant en silhouettes floues qui, à peine esquissées, disparaissaient aussitôt de son champ de vision.

La nuit était noire, intacte, sans nuage.

Une nuit d'étoiles. Cygnus, Cassiopée, Bellatrix, Orion. Ils étaient tous là, assistant à sa fuite, brillants de tous leurs feux, comme pour lui dire : rentre à la maison, Drago. Sois un bon garçon, et rentre à la maison. A l'heure qu'il était, ça devait être réunion familiale de crise, au Manoir. Il les voyait d'ici ; Druella, ses ongles manucurés pianotant sur sa flûte de Kir royal, les lèvres pincées, répétant à qui veut l'entendre : j'ai toujours dit que c'était un enfant perturbé. C'est parce que tu l'as trop couvé, Narcissa. Tu récoltes les fruits de ton éducation laxiste. Bellatrix, faisant les cent pas sur les tapis persans, les yeux fous, jurant qu'elle retrouverait Drago et qu'elle l'écorcherait, qu'elle l'écorcherait jusqu'à ce que même Cissy ne soit plus capable de le reconnaître. Lucius, le grand courageux, qui ne dirait rien, les yeux baissés, les mains crispées sur sa canne pour que personne ne remarque les tremblements qui les agitent.

Et Narcissa, blême, le visage haut, les lèvres scellées, le regard planté droit devant elle. Narcissa, le fond des poches remplis de secrets bien gardés. La seule à sauver dans le mélodrame Malefoy qui devait se jouer, là-bas, en Angleterre.

Les mains serrées sur le volant à en faire blanchir ses jointures, il quitta les étoiles des yeux et donna un coup sur la pédale d'accélérateur, comme un doigt d'honneur mental à la tapisserie familiale. Et pour la première fois de sa vie, il eut le sentiment d'être tout à fait libre.

Il tourna la tête une brève seconde pour observer sa camarade de fortune. Appuyée contre la vitre de la voiture, Granger dormait, les bras croisés, les sourcils froncés. Il était forcé de reconnaître qu'elle avait un certain talent pour faire la gueule en toute circonstance. Même en dormant... ça relevait de l'exploit. Druella, qui utilisait chaque centilitre d'air inspiré pour haïr le monde autour d'elle, en aurait été verte de jalousie.

Il aurait bien été tenté de mettre un coup de frein, histoire qu'elle se prenne la fenêtre dans la tête... mais il la préférait de loin endormie. Déjà au lycée, elle avait cette incroyable capacité à lui taper sur les nerfs. Toujours la première arrivée, droite comme un i devant la salle de classe. Et puis, toujours au premier rang, la main levée, prête à poser les huit mille questions qu'elle était capable de débiter à la minute. A s'intéresser à tout, aux cours, à l'histoire de Poudlard, à la météo, à la faune, à la politique, aux marées et aux migrations d'oiseaux exotiques. De la physique quantique à la composition de son dentifrice. Comme si le monde était à ce point fascinant, comme si tout était à sa portée.

Lui, il n'avait jamais rien trouvé de bien passionnant aux choses qui l'entouraient. Sa vie était déjà toute tracée. Le jour où Narcissa avait appris qu'elle était enceinte, elle avait réservé une place dans la prestigieuse école de Poudlard pour la petite chose, dans son ventre, qui n'avait même pas encore conscience d'être en vie. Et onze ans plus tard, Drago avait intégré Poudlard. On lui avait demandé de bien se tenir, de sourire à ses insupportables grand-mères, d'apprendre à jouer du piano, de maîtriser le français comme sa langue maternelle et de se trouver des amis de bonne lignée. Il avait coché une par une toutes les attentes de la Malefoy-Black dynastie, sans rien dire.

On lui avait dit : tu reprendras l'entreprise de ton père, tu construiras un empire. Il avait dit oui, père, oui, mère, comme vous voudrez.

Et c'est là que tout était parti en vrille.

Une chouette traversa la route dans un flash blanc qui le fit dévier de la route d'une brusque embardée, réveillant en sursaut une Granger paniquée, les ongles enfoncés dans les accoudoirs de son fauteuil.

« Qu'est-ce que tu fabriques ? », s'énerva-t-elle entre deux respirations haletantes alors que la voiture retournait lentement du bon côté de la route. Elle lâcha une longue expiration, les yeux clos, avant d'ajouter, plus calmement : « Si tu veux me tuer, fais ça bien, s'il te plaît. Je sais pas, avec du poison, par exemple. »

« Ah oui, tiens, j'y avais pas pensé. Pourtant, c'est la première cause de décès, chez les Black. »

Elle haussa les épaules et, le coude sur le rebord de la fenêtre, elle posa son menton sur son poing, observant le paysage à travers la vitre. Vu l'obscurité, le spectacle ne devait pas être des plus mémorables et de toute façon, elle avait plutôt l'air absorbé par ses propres pensées. Ça avait clairement pas l'air d'être le festival de la joie, dans sa tête. Rien à voir avec la Granger qu'il avait connue, celle qui partait au quart de tour dès qu'il la cherchait un peu, celle qui défendait la veuve et l'orphelin, le poing levé. Celle qui organisait des manifestations pour la protection des chauve-souris en Equateur, plantée au milieu de la cour de Poudlard, un mégaphone dans la main. Elle n'avait plus de flamme, dans le fond des yeux ; juste une sorte de vide béant.

Drago étouffa un bâillement, se passa une main sur les yeux, sentant soudain le poids de sa longue journée peser sur ses épaules et taper contre son crâne.

« On va s'arrêter au prochain hôtel », déclara-t-il en lâchant un nouveau bâillement.

D'un geste nerveux, Hermione se pencha pour vérifier l'heure sur la montre de Drago.

« On peut pas s'arrêter. On est encore trop loin de Nueva Lorca. Si on s'arrête maintenant, je vais rater mon train. »

Le blond haussa les épaules avant de s'allumer une cigarette.

« Ça, c'est pas mes affaires. Je suis fatigué et j'ai pas envie de finir dans un arbre. »

« Laisse-moi conduire. T'auras qu'à dormir pendant le trajet. »

Il haussa un sourcil, la dévisagea d'un air narquois.

« Quoi ? » , s'énerva-t-elle. « Tu crois que je sais pas conduire, c'est ça ? »

Il évita un nid-de-poule d'un léger virage, jeta sa cendre par la fenêtre.

« Oh si, je suis sûr que tu conduis très bien, Miss Parfaite. C'est pas ça, le problème. »

« C'est quoi, le problème, alors ? »

« C'est que je ne te laisse pas ma voiture. C'est tout. »

« Mais pourquoi ? »

« Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? T'as que ce mot-là à la bouche ? » , il tira une bouffée sur sa cigarette, observant du coin de l'œil Hermione. « T'as dû être une enfant insupportable. »

Elle ouvrit la bouche, ulcérée, avant de secouer la tête.

« C'est vrai que toi, t'as dû être un enfant de chœur. En même temps, pas trop le temps de broncher entre les dégustations de caviar et les cours pour apprendre dans quel verre boire le champagne. »

« Dans une flûte, Granger, dans une flûte. Mon dieu, dans quelle famille de sauvage as-tu été élevée ? » , répondit-il avec emphase, l'air faussement outré.

Elle se contenta de lever les yeux au ciel et de se caler de nouveau contre la vitre. Ils roulèrent en silence une trentaine de minutes avant de s'engager dans un minuscule village aux rues si étroites que Drago peina à y faire passer la voiture. Ils contournèrent une minuscule église, traversèrent deux ruelles désertes, dépassèrent une quincaillerie aux vitres sales et une boucherie aux étals vides. Enfin, il se gara sur la parking d'une vieille auberge en pierre, coupa le moteur et prit bien soin de ranger ses clés dans sa poche.

« Bon. On va s'arrêter ici pour la nuit. On part demain à huit heures. »

Hermione jeta un coup d'œil circonspect à la vieille bâtisse qui se dressait devant eux. Une enseigne aux couleurs passées indiquait « L'auberge du port« bien qu'il n'y ait pas de mer à des kilomètres à la ronde. La façade étaient percées de cinq fenêtres et pour une raison obscure, ça fit naître en lui l'ombre d'un mauvais pressentiment. Il évacua un frisson en enfilant son blouson et sortit de la voiture en claquant la portière. Il eut à peine le temps de la contourner que la jeune fille courait pour lui barrer le passage.

« Malefoy, laisse-moi les clés, je vais dormir dans la voiture. »

Il explosa d'un rire si brusque qu'elle eut un mouvement de recul avant de lui jeter un regard noir, les bras croisés sur la poitrine. Retrouvant son calme, il la dévisagea, incrédule.

« Ah mais parce que t'es sérieuse en plus ? »

« Oui. Très sérieuse. »

« T'as vraiment cru que j'étais idiot au point de te laisser les clés de mon seul moyen de transport, ici, paumé au milieu de la campagne ? »

Elle poussa un soupir d'agacement, levant les yeux au ciel.

« T'es complètement parano, mon pauvre. Mais ok, comme tu veux, garde tes clés. Ouvre-moi juste la porte. Je m'installe sur les sièges arrières le temps que tu fasses ta nuit et on n'en parle plus.»

« Mais c'est hors de question, Grangie. Hors de question. Tu serais bien capable d'arracher le tableau de bord pour démarrer avec les fils. »

Elle écarquilla les yeux, choquée, avant d'enfoncer un doigt dans son torse.

« Quoi ? Mais tu me prends pour qui, à la fin ? »

« Pour une fille vraiment, mais alors vraiment pas nette du tout. Pour une fille un rien hystérique qui tente de se faire la malle pour je ne sais quelle raison. Pour une fille assez désespérée pour tenter de monter dans le train sans billet et faire du chantage à son vieil ennemi pour qu'il l'emmène avec lui en Espagne. Le profil type de la fille capable de démarrer une voiture avec les fils et de se tailler en douce pendant la nuit. »

Elle ferma les yeux, se massant les tempes en laissant échapper une espèce de grognement étranglé qui fit décoller une chouette, dans l'arbre voisin.

« Tu vois, ce genre de réaction, ça joue pas trop en ta faveur », ajouta-t-il en haussant les épaules.

Il fit trois pas en direction de l'auberge mais elle s'interposa de nouveau, attrapa sa manche. Leurs regards se croisèrent un instant, elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais se ravisa au dernier moment. A la place, elle se pencha vers lui et murmura, en désignant l'auberge du menton :

« Je crois pas que ce soit une bonne idée de s'arrêter dormir. Encore moins ici. »

« Je vois pas pourquoi tu fais des manières. A deux trois toiles d'araignées près, on se croirait chez Weasley. L'électricité en plus. »

Elle le poussa si brusquement qu'il faillit tomber. Il recula de deux pas, déséquilibré, la regardant avec surprise. D'habitude, elle était capable d'encaisser un peu plus que ça avant d'en venir aux mains. Se massant le torse, là où elle l'avait poussé, il siffla :

« Va falloir penser à reprendre tes calmants, Granger. Je vais pas me taper tout un trajet avec une folle furieuse bipolaire. »

« Tais-toi », grinça-t-elle entre ses dents. « Tais-toi. »

A la lueur de l'unique lampadaire de la rue, il pouvait discerner ses poings serrés, tremblants, et son regard sombre, lançant des éclairs, comme un flash de la Granger passionnée qu'il avait connu au lycée, mais avec quelque chose en plus. Comme une pointe de folie qui menaçait d'exploser.

« Et tu vas faire quoi, si je me tais pas ? Tu vas appeler Potter à la rescousse, c'est ça ? »

Ok, il savait pertinemment que c'était puéril. Que ça ne les mènerait absolument nulle part. Mais ça commençait doucement à chauffer, au fond de lui. Parce que lui aussi, il était fatigué. Lui aussi, il se traînait ses fardeaux. Déjà, il tolérait sa présence imposée, usant tout ce qu'il avait en lui de gentillesse et de patience, mais si en plus il devait subir ses leçons de morales et ses sautes d'humeurs de dépressive en manque d'anxiolytiques, il allait imploser avant d'avoir eu le temps de rejoindre l'Espagne.

Dans le silence de la nuit, ils s'échangèrent un long regard, chargé de haine et de rancœur.

« Arrête, Malefoy, arrête ton petit jeu tout de suite », grinça-t-elle. « Je t'interdis de parler de Harry. Il est plus courageux que tu ne le seras jamais. Et toi... toi t'es juste seul et aigri et pathétique. »

Il se fendit d'un ricanement moqueur qui vrilla le calme. Là. Il sentit la tension monter d'un cran. L'air crépiter entre eux, chargé d'électricité, juste avant que l'orage n'éclate une bonne fois pour toute. La respiration haletante, le souffle court. Les muscles tendus.

« Ah ouais ? Et alors, il est où Potter, ce héros, quand t'as besoin de lui ? C'est pas lui qui t'escorte jusqu'en Espagne, hein. Parce que tu vois, il en a rien à foutre de toi, Granger. T'es seule et personne n'en a rien à foutre de toi. Surtout pas un mec aussi lâche que Potter. »

Il n'y eut pas de signal d'alarme. Granger se jeta sur lui et il roula au sol dans une tornade de boucles brunes. A califourchon sur lui, agrippant son col de toutes ses forces, elle hurla : retire ce que tu viens de dire, retire tout de suite ! Il voulut la déloger d'un coup d'épaule mais elle s'accrocha et le plaqua au sol, son visage juste au-dessus du sien.

« Retire ça ! »

Les joues rouges, les pupilles si dilatées que ses yeux en étaient devenus noirs, la mâchoire crispée, elle répéta, articulant chaque syllabe entre ses inspirations saccadées :

« Re-tire-ça ! »

Il la saisit par les épaules et la fit basculer sur le dos d'un geste brusque, immobilisant ses poignets de ses mains. Elle se débattit en hurlant pour lui faire lâcher prise. Un genou de chaque côté de ses hanches, Drago lui enfonça son coude droit au niveau du sternum, la forçant à se vider peu à peu de son air. Elle continua de s'agiter en criant pendant six secondes, puis le souffle lui manqua soudain et elle laissa ses bras et ses jambes retomber, son visage partit en arrière, cherchant désespérément un peu d'oxygène. Lentement, il relâcha la pression sur son torse, sans toutefois libérer sa prise sur ses poignets.

« C'est bon, t'es calmée ? »

Le souffle erratique, elle le dévisagea sans rien dire. Ses boucles étaient éparpillées autour d'elle comme une marée noire, son visage soudain pâle, soulignant ses joues rougies par l'effort et les milliers de grains de beauté marquant sa peau. Son nez se fronça de lui-même, ses sourcils se rejoignirent.

« Oh, non », pesta-t-il en lui lâchant brusquement les poignets. « Tu vas quand même pas pleurer ? »

Elle tourna brusquement la tête sur le côté, et d'une voix cassée, elle articula :

« Pousse-toi. »

Époussetant son manteau, il secoua la tête avec un long soupir. Toujours à genoux au-dessus d'elle, il ne se décala pas d'un centimètre, croisant les bras.

« Je crois que tu me dois des excuses, la sauvageonne. »

Elle leva des yeux dangereusement brillants vers lui.

« Toi, tu me dois des excuses pour avoir insulté Ron et Harry. Alors disons qu'on est quittes. On continue de s'ignorer royalement jusqu'à la fin du trajet et tout ira bien. Maintenant, s'il te p... »

Un brusque éclair de lumière scinda l'obscurité en deux dans un grincement de porte.

« Je peux vous aider ? »

Une vieille femme était apparue sur le seuil de l'auberge, une robe de chambre en laine ceinturée autour de la taille. A contre jour, ils ne pouvaient apercevoir que les contours de sa silhouettes se terminant par des chevilles si maigres qu'on aurait plus dit deux bâtons de bois plantés dans des chaussures que des jambes humaines. D'un bond, Drago se releva, épousseta les débris de feuilles et de branches qui s'étaient accrochés dans ses cheveux et sur le col de son blouson, puis se dirigea vers la tenancière d'un pas décidé. Elle lui adressa un sourire figé, la main sur la poignée de la porte.

« Oui. On voudrait réserver deux chambres. Loin, très loin, l'une de l'autre. »

Dans son dos, il entendit Granger se relever et les rejoindre. La femme les regarda tour à tour. Son sourire ne vacilla pas d'un pouce.

« Je vais voir ce que je peux faire pour vous. »

Ouvrant plus grand la porte, elle les invita à sa suite et s'installa derrière un vieux comptoir. La pièce était étroite, encombrée de petites tables rondes couvertes de napperons en dentelles, surmontées de vases en verre ouvragé dans lesquels des bouquets violets prenaient la poussière. Drago se retint de froncer le nez. Il détestait la lavande. Ça lui rappelait désagréablement le parfum de Druella et avec lui, les dizaines de repas de famille à couteaux tirés qu'il avait dû subir durant toute son enfance et les coups d'éventails sur les genoux « Tiens-toi droit pour l'amour de Dieu, Drago. Et finis cette assiette. »

Il tenta de faire abstraction de l'odeur en se plongeant dans la contemplation des pots de plantes qui s'entassaient près des fenêtres, leurs feuilles s'emmêlant pour essayer de grappiller la moindre petite trace de lumière.

Le nez dans un vieux cahier, la vieille dame tapota du doigt la date du jour dans un calendrier décoré de chatons jouant avec une pelote de laine.

« Oui. Oui, j'ai deux chambres. »

Drago ne put s'empêcher de hausser les sourcils, sceptique. Il était prêt à parier qu'ils étaient les deux seuls clients de ce boui-boui miteux alors il ne voyait pas bien l'intérêt de vérifier les disponibilités dans un calendrier, qui, de toute évidence ne datait même pas de cette année.

« Combien de temps voulez-vous rester ? »

« Une nuit, juste une nuit. On repartira demain matin, tôt. »

La vieille dame releva les yeux vers eux, le même sourire, inchangé, aux lèvres.

« Et la réservation est au nom de ? »

« Gallo. Edouard Gallo. »

Il sentit le regard de Granger brûler sa nuque mais pour la première fois de sa vie, elle eut la présence d'esprit de la boucler.

« Très bien. Je vais vous conduire à vos chambres. Suivez-moi, je vous prie. »

Elle releva le battant de son comptoir, se fraya un chemin entre eux deux et disparut par une porte au fond de la pièce. Il jeta un coup d'œil à Hermione qui se contenta de l'ignorer royalement pour s'engager à la suite de la vieille dame. Drago l'imita et se retrouva dans un long couloir terminé par un escalier. Hormis l'escalier, le couloir était vide, sans fenêtre, sans porte, laissant une impression étrange, comme si une partie du décor avait été oublié, accentuant la sensation d'étroitesse que Malefoy avait ressenti en poussant la porte.

Sous leurs pas, la moquette bleue de l'escalier lâchaient des volutes de poussière. Ils arrivèrent au premier étage, dans un autre couloir au papier peint tapissé de fleurs d'un autre âge. La vieille dame mena Hermione à la porte de sa chambre que cette dernière prit grand soin de claquer derrière elle.

Cette fille a vraiment un souci, pensa Drago en suivant la tenancière jusqu'au bout du couloir où l'attendait la chambre 109.

Il remercia l'aubergiste d'un hochement de tête et prit congé. D'un coup d'œil circulaire, il inspecta la chambre : un bureau au fond de la pièce accueillait une dizaine de chatons en porcelaine. A côté, une imposante armoire en chêne massif ouvrait deux gigantesques portes sur une penderie et trois placards. Au dessus d'un vieux lit double protégé par un couvre-lit à motifs tournesols, la Vierge Marie le fixait d'un œil désapprobateur depuis son cadre. Drago lui renvoya son regard avant de fermer les rideaux d'un coup sec. Il étendit son blouson sur le lit, sortit un canif de sa poche et de la pointe de la lame, trancha les coutures intérieures. D'un geste expert, il ouvrit sa mallette, en extirpa les liasses de billets et les fourra dans la doublure de son manteau. Nouant les deux extrémités des fils sectionnés, il referma la cache. Il observa le nœud ; ça ne tiendrait pas longtemps, mais ça ferait l'affaire le temps qu'il mette la main sur un kit de couture. Il fourra son manteau sous le matelas, laissa quelques liasses dans sa valise, le reste dans son portefeuille, ré-ouvrit les rideaux de sa fenêtre, régla l'alarme de sa montre sur six heures et se laissa tomber sur son lit. Dix minutes plus tard, il dormait profondément.

~o~

Un bruit étouffé par l'oreiller le réveilla. Il cligna des yeux, lentement, s'étira dans un long bâillement avant de jeter un coup d'œil à sa montre. 6h04.

Les muscles engourdis, il rabattit ses jambes sur le bord du lit, ses pieds à plat sur la moquette. A l'obscurité qui régnait dans la pièce, il devina qu'il faisait encore nuit dehors. Il bâilla une deuxième fois avant de se mettre debout. Soulevant son matelas, il attrapa son manteau, puis sa valise et ouvrit la porte. Il se retourna une dernière fois, pour vérifier qu'il n'avait rien oublié, et jeter un coup au ciel mais les rideaux résolument clos ne lui donnèrent aucune indication. Il se dépêcha de quitter sa chambre.

Arrivé en bas, il déposa sur le comptoir de quoi payer sa chambre. La main dans le portefeuille, il hésita une seconde avant d'ajouter quelques billets pour payer la nuit de Granger. Il lui devait bien ça, après tout. Il poussa la porte de l'auberge et sortit sans bruit.

Dehors, le monde s'éveillait peu à peu. La nuit avait une couleur de matin délavé, les oiseaux commençaient à s'agiter, dans les branches, et une brise fraîche lui ébouriffa les cheveux. Sur le porche de l'auberge, une pointe de remord lui fit ralentir la cadence, mais il s'efforça de l'ignorer, rejoignit la voiture, s'installa sur le siège conducteur et déposa sa valise à côté de lui. Les clés s'emboitèrent dans le contact. Il hésita une seconde encore, imaginant Granger se réveiller le lendemain, seule dans sa chambre, déboulant sur le parking pour le trouver désespérément vide. Le trousseau cliquetant entre les doigts, il peina encore un peu à se décider. Mais il avait déjà assez d'histoires à régler sans devoir en plus se trimballer Granger.

La clé tourna dans le contact. Le moteur vrombit avant de tousser en crachotant une fumée noire. Pestant, il tourna une nouvelle fois la clé, faisant trembler la voiture une seconde, deux secondes, trois secondes...

« J'en étais sûre ! » , s'énerva Granger en apparaissant comme un polichinelle des sièges arrières.

Le cri de Drago se mêla à celui de Granger, dans le minuscule habitacle de la Simca. Ses doigts se cramponnèrent aux volant et par réflexe, il appuya sur la pédale de frein, la voiture cala et il furent tous deux projetés brusquement en arrière, s'écrasant contre leurs dossiers.

La main sur le cœur, il prit une longue inspiration, les yeux écarquillés. Vérifia son pouls, les mains tremblantes avant d'enfin laisser l'air inspiré ressortir. Lentement, très lentement, ses yeux remontèrent jusqu'au rétroviseur dans lequel il croisa les yeux noirs de Granger. Elle ne se donna même la peine d'avoir l'air désolé.

« Mais qu'est-ce qui ne tourne pas tond chez toi, à la fin ? » , cracha-t-il en donnant un coup de poing dans le volant, déclenchant un long klaxon plaintif. « Tu comptais me faire le coup de la folle furieuse sur la route ? Tu te rends compte qu'on aurait fini dans un arbre avec tes conneries ? »

« Ah ! » , s'insurgea-t-elle en le pointant du doigt à travers le petit miroir du rétroviseur. « Donc tu admets que tu comptais te faire la malle sans moi ? »

« Mais évidemment, que je comptais me barrer sans toi ! Tu crois quand même pas que j'allais te chercher des croissants ? »

Ses lèvres se pincèrent, ses sourcils se froncèrent, elle souffla une longue expiration par le nez.

« Tu n'as vraiment... aucune parole. Du Malefoy tout craché. »

Il se retourna brusquement, avec l'envie pressante de lui coller gifle. A la place, il la saisit par la manche.

« Mais est-ce que tu t'entends ? Et tu te demandes vraiment pourquoi j'ai voulu me casser sans toi ? Tu vas finir par nous tuer avec tes délires de malade mentale ! »

« Mais lâche-moi ! », s'énerva-t-elle en le repoussant. « Je te rappelle que c'est toi, qui as fait brûler notre train ! Toi ! On se demande bien qui est le malade mental, maintenant, hein ? »

Le regard abasourdi qu'il lui lança ne la calma pas. Au contraire, elle croisa les deux bras en soutenant son regard. Il se retourna, se laissant aller contre son dossier et plongea son visage dans ses mains. Il avait l'horrible, le terrible pressentiment qu'il n'allait pas se débarrasser d'elle aussi facilement que prévu. Un long silence s'étira entre eux, un long silence durant lequel Drago eut tout le loisir de penser à toutes les façons atroces dont il aimerait voir Granger mourir. Écrasée par une météorite figurait dans le top cinq.

« Et comment t'es rentrée dans la voiture, au juste ? J'avais fermé à clé » , finit-il par demander.

Cette fois, elle eut l'air embarrassé. D'un geste nerveux, elle chassa quelques boucles qui s'étaient coincées dans la fermeture de son blouson avant de s'éclaircir la gorge :

« C'est... je savais que tu allais me faire un coup dans ce genre. J'ai attendu que tu sois couché et je suis directement redescendue ici, j'ai ouvert la portière avec une épingle à cheveux et puis... et puis j'ai attendu. »

Il hésita entre éclater brusquement de rire devant l'absurdité de cette situation et l'assassiner pour la balancer dans un fossé. A la place, il se contenta d'articuler, très lentement, comme s'il s'adressait à une personne particulièrement limitée :

« A la lumière de ces nouvelles informations, on peut convenir d'un commun accord que t'es quand même pas tout à fait saine comme fille, non ? »

« Ecoute, Malefoy », commença-t-elle dans un soupir. « Je ne voulais pas en arriver là. Je suis désolée. Vraiment. Je... les raisons pour lesquelles je suis partie... enfin, je ne voulais pas te mêler à tout ça. Tu connais les chances pour qu'on se retrouve, par hasard, coincés ensemble, toi et moi, dans un autre pays ? Elles sont infimes, inexistantes. Statistiquement, ça frôle l'impossible. Mais voilà, c'est comme ça et on n'y peut rien. Maintenant, que tu le veuilles ou non, je dépends de cette voiture. Et ta valise pleine de billets, ton nom d'emprunt, là, Edouard je-sais-plus-trop-quoi, je suis pas passée à côté, j'ai bien compris ce que ça voulait dire. Alors que ce soit bien clair, tu me fausses encore une fois compagnie et je ferais en sorte que ceux que tu essayes de semer, te retrouvent. Et dans les plus brefs délais. »

Il la dévisagea, sidéré.

« Je comprends pas bien le principe, là. Ça commence comme des excuses mais ça finit en menaces. »

« Je voulais juste mettre deux trois choses au clair. »

Il ravala un juron et sortit de la voiture en claquant la portière. Écrasée par une météorite venait d'être éjecté du top-des-morts-rêvées-d'Hermione-Granger, remplacé par dévorée par une nuée de sauterelles sous les yeux ravis de Drago. Pour se donner quelque chose à faire, il ouvrit le capot, fit mine d'inspecter tout le fatras de tuyaux, de vis et de câbles qui en composaient l'intérieur et dont il ignorait la fonction. Déclarant forfait, il claqua le capot de toutes ses forces et fonça jusqu'à l'auberge. Il poussa si fort la porte qu'elle manqua de se défaire de ses gonds.

« Je peux vous aider ? » , demanda la tenancière avec le même sourire, exactement le même sourire, que la veille.

Il rejoignit le comptoir d'un pas militaire.

« Oui. Est-ce que vous pourriez... »

Il s'arrêta brusquement, dévisagea l'aubergiste de pied en cape, troublé.

« C'était pas vous, hier... si ? »

La vieille femme émit un léger toussotement qui pouvait s'apparenter à un rire, avant de lui adresser un sourire mielleux.

« Non. »

Il la dévisagea une nouvelle fois. Elle était petite, replète, avec de grands yeux qui semblaient sur le point de s'extirper de leurs orbites pour peu qu'elle sourie un peu trop. Mis à part ça, elle portait la même robe de chambre en laine rose et arborait le même sourire excessivement serviable que la dame de la veille.

Évaluant rapidement la situation, il décida qu'il se fichait pas mal de comprendre qui était qui dans cette auberge paumée et enchaîna :

« Bref. Vous pourriez m'appeler le garage le plus proche, s'il vous plaît ? J'ai un problème avec ma voiture. »

« Bien sûr », susurra-t-elle en se déplaçant jusqu'au vieux téléphone fixe à fil qui trônait sous une statuette de Jésus sur la croix.

Elle appuya lentement sur les touches de ses petits doigts boudinés, cala le téléphone contre son oreille sans que son sourire ne flanche d'un millimètre.

« Bonjour, c'est l'Auberge du Port. Pourriez-vous nous envoyer un mécanicien le plus rapidement possible ? Mmh... mmh... oui. Oui. Merci. »

Elle raccrocha, retourna lentement sur son tabouret derrière le comptoir, avec, toujours, ce même sourire qui commençait à agacer sérieusement Drago.

« Ils arriveront en fin de matinée. Peut-être que votre compagne et vous aimeriez petit-déjeuner, en attendant ? »

Malefoy lui décocha le regard le plus noir qu'il avait en réserve.

« Primo, ce n'est pas ma compagne. S'il vous plaît, ne m'insultez pas. Et deuxio, vous venez de me couper l'appétit pour les six mois à venir. »

« Bien », lui répondit-elle avec un rictus crispé, avant de sourire de nouveau.

Il sentit un malaise lui parcourir l'échine et quitta l'auberge sans ajouter un mot, à deux doigts de tout envoyer balader et de défoncer son foutu moteur à coup de pelle, mais il s'arrêta net. Debout devant le capot, les manches relevées, les mains dans le cambouis, Hermione trifouillait les mécanismes de la voiture.
Se postant à côté d'elle, Drago la scruta suspicieusement, les bras croisés.

« Je peux savoir ce que tu fabriques ? »

« J'essaye de comprendre ce qui ne va pas avec la voiture », répondit-elle, sans lever le regard.

« Mes excuses, je savais pas que t'avais fait physique cantique option mécanique au lycée. »

Une main sur le capot ouvert de la voiture, l'autre sur la hanche - la maculant au passage d'une grosse tâche de cambouis - Hermione lui jeta un regard las.

« T'as une meilleure solution, peut-être ? » , lâcha-t-elle froidement. « Non, donc sois gentil, mets les sarcasmes en veilleuse et va voir dans le coffre s'il y'a une boîte à outils. »

Abasourdi, il se contenta de la regarder sans bouger dix longues secondes avant de s'autoriser de nouveau à cligner les yeux. Elle s'était déjà désintéressée de son cas, repartant dans son exploration mécanique, la tête penchée au-dessus du moteur. La carrosserie verte de la Simca luisait dans les premiers rayons du soleil, le clapet juste au-dessus de la nuque de Granger. L'envie de le lui fermer sur la tête le démangea furieusement : un coup de capot et c'en était fini de l'insupportable Miss-Je-Sais-Tout.

Poussant un long soupir, il abandonna l'idée et fit le tour de la voiture pour ouvrir le coffre. Il devait bien avouer qu'il s'y connaissait en mécanique à peu près aussi bien qu'en chant lyrique, et qu'il avait par conséquent autant de chance de réussir tout seul à faire redémarrer la voiture que de finir ténor au grand opéra de Londres.

Il retourna voir Granger, les mains dans les poches et secoua la tête.

« Pas de boîte à outils. Laisse tomber, de toute façon le garagiste arrive en fin de matinée. »

Hermione poussa un long soupir, secoua la tête avant de refermer le capot.

« Tu trouves pas ça un peu bizarre quand même ? Je veux dire, que la voiture ne marche plus, qu'on soit bloqué ici ? »

Malefoy haussa vaguement les épaules.

« Pas plus que de te croiser, toi, dans un train en partance pour l'Espagne. Mais à peu près aussi chiant. »

Elle essuya ses mains sur son jean et traça tout droit pour disparaître au coin d'une ruelle. Sans lui répondre, comme ça. Ses yeux parcoururent le chemin de la voiture, à l'angle de la rue pavée dans laquelle elle avait disparue. Une fois, deux fois. Puis, dans un long soupir, il verrouilla la voiture et prit la même direction qu'elle. En trois enjambées, il l'avait rattrapée. Elle leva à peine le regard, soupira :

« Qu'est-ce que tu fais ? Tu me suis ? Je devrais peut-être m'inquiéter, t'étais déjà pas très sain à l'époque, qui sait ce que t'es devenu entre temps ? » , le parodia-t-elle en reprenant mot pour mot ses paroles de la veille.

« T'as l'air de savoir ce que tu fais et je m'ennuie », répondit-il en haussant les épaules. « D'ailleurs, qu'est-ce que tu fais ? »

Elle tourna au coin d'une nouvelle ruelle, la semelle de ses baskets claquant contre les pavés. Un de ses lacets était défait, l'autre faisait une drôle de boucle.

« Je vais chercher une boîte à outils. Je suis sûre que je peux réparer la voiture moi-même mais j'ai besoin d'une clé à molette et d'une pince multiprise. »

Il la dévisagea avec tout le scepticisme dont il était capable.

« Je sais très bien que tu bluffes, Granger. Je suis sûre que tu sais même pas ce que c'est, une clé à molette. »

« Quoi ? C'est pas un truc pour mettre du vernis ? » , ironisa-t-elle en levant les yeux au ciel. « Bien sûr que je sais ce que c'est. »

Et comme il lui jetait toujours un regard suspicieux, elle se sentit obligée de se justifier :

« Mon grand-père était mécanicien. Quand je partais chez lui, le week-end, je m'ennuyais tellement que j'ai fini par compulser livre par livre toute sa bibliothèque. D'abord les ouvrages sur les vieilles voitures, puis, quand il ne restait plus que ça, les livres de mécanique. Je sais, par exemple, que le modèle de Simca que tu as acheté a un défaut de conception au niveau du réservoir à essence qui se remplit d'air tout seul et l'empêche parfois de démarrer. »

Il plissa un œil, pencha la tête.

« T'as vraiment des délires bizarres. »

Ils débouchèrent sur une petite place ombragée par deux hautes maisons de pierre. Au milieu trois pommiers étendaient leur branches, se rejoignant presque. Granger s'arrêta, légèrement essoufflée, jaugea les deux petites ruelles qui partaient de la place, une à gauche, une à droite, hésita sur le chemin à prendre.

Sans l'attendre, Drago prit le chemin de gauche, sillonna la montée d'un pas rapide, Granger à sa suite. Ils traversèrent un minuscule pont de pierre surplombant un ruisseau couvert de lentilles d'eau, se retrouvèrent sur la place de l'église. Le monument semblait râblé, tassé sur lui-même. Devant la porte, une cinquantaine de bouquets de lavande fanés embaumaient un parfum à la limite du supportable. Drago mit son bras devant son nez, tentant de réfréner l'odeur qui s'insinuait jusque dans les tréfonds de son corps. Ne s'attardant pas, il emprunta une rue dérobée et continua son chemin.

Même sans cette odeur de lavande qui lui anesthésiait le cerveau, il aurait détesté cet endroit. Il n'y avait rien, rien du tout, pas un chat. L'endroit était désert à lui en glacer le sang. Ils arpentèrent deux autres virages avant de tomber sur ce qui devait être la rue principale ; une épicerie, un boucher et une quincaillerie se disputaient la première place au concours des vitres les plus sales.

« Peut-être qu'à la quincaillerie... » , commença Granger d'une voix mal assurée.

Drago l'avisa du coin de l'œil : elle avait l'air aussi mal à l'aise que lui. Bien. D'une certaine manière, ça le confortait dans l'idée que ce village était malsain et que le plus vite il s'en éloignerait, le mieux il s'en porterait. Il abaissa la poignée de la quincaillerie mais la porte demeura définitivement close. Dans son dos, il entendit Hermione jurer.

« Qu'est-ce qu'on fait ? »

Il ne prit pas la peine de lui répondre et donna un coup d'épaule dans la porte, faisant sauter le verrou. La porte s'ouvrit sur une pièce mal éclairée dans laquelle un tas de babioles sans rapport les unes avec les autres s'entassait. Sur des étagères poussiéreuses, du raticide côtoyait des arrosoirs en inox, de la super-glue était entreposée près d'un présentoir à cartes postales. Derrière les étagères, sur le mur du fond, des dizaines de bouquets de lavande étaient punaisés, exhalant leur senteur nauséabonde.

« Je suis pas sûre qu'on devrait... on aurait pas dû entrer comme ça », le sermonna Granger.

« Ils avaient qu'à être ouvert », grogna Drago, étourdi par le parfum harassant des fleurs. « Prends ce que tu dois prendre et on se barre. »

Devant le regard noir de Granger, il déposa un billet de cinquante euros sur le comptoir.

« Là, t'es contente ? Maintenant, t'es mignonne, tu prends ce dont t'as besoin et on se casse d'ici avant que je ne décède. Ah, et prends-moi un kit de couture, si tu trouves. »

Hochant la tête, elle fit deux fois le tour des étagères avant de revenir se planter devant lui, déçue.

« J'ai pas trouvé d'outils. J'ai quand même pris de la colle, de la ficelle et des ciseaux... Je sais pas, au cas où... mais sinon, pas grand chose d'utile. Et ton kit de couture, tiens. »

« Super », ironisa Malefoy en enfournant le set dans sa poche. « Tant pis, faut que je sorte d'ici. On fera avec. »

Ils refermèrent précautionneusement la porte derrière eux et tentèrent tant bien que mal de rebrousser chemin. Ils mirent plus de trente minutes à retrouver la direction de l'auberge, se perdant dans des rues toutes identiques : désertes, inanimées, vides, bordées d'habitations à l'abandon.

Poussant la porte de l'hôtel, ils tombèrent nez à nez avec la tenancière, toujours assise derrière son comptoir, toujours souriant de son rictus mielleux.

« Avez-vous reconsidéré ma proposition concernant le petit-déjeuner ? »

C'était épidermique ; il y'avait quelque chose chez cette vieille femme qui donnait à Malefoy l'envie de l'étrangler de sang-froid. Il voulut décliner l'offre mais son ventre le rappela à l'ordre. Pour tout dire, il mourait de faim. Il n'avait rien avalé depuis presque vingt-quatre heures.

« On va vous prendre deux petits-déjeuners. »

La femme hocha la tête, satisfaite, avant de les entraîner dans une petite cour intérieure ceinturée par des buissons de camélias rouges. Dans le ciel orageux, des nuages noirs menaçaient de déverser leurs averses. Ils s'installèrent autour d'une table de jardin en fer forgé blanc qui crissa sur les graviers.

« Toasts, confiture et café, pour moi. »

La vieille dame acquiesça en se tournant vers Hermione.

« Euh... Pareil pour moi. Enfin, pas de café, du thé. S'il vous plaît. »

« Bien. »

La tenancière se retira avec un sourire. Il n'aurait pas su dire ce qui le dérangeait dans ce sourire mais il y'avait quelque chose, quelque chose qui lui faisait froid dans le dos. Un silence plana un instant entre eux, avant que Drago ne se penche vers elle :

« Jouons à un petit jeu, tous les deux. »

Hermione se recula dans son dossier, les yeux plissés.

« Quel genre de jeu ? »

« Le jeu des suppositions. »

Elle croisa les bras, le regard méfiant :

« Mais encore ? »

« C'est facile, tu vas voir. A tour de rôle, on fait une supposition pour essayer de deviner comment l'autre s'est retrouvé là. »

Nerveusement, elle passa une main dans ses boucles emmêlées, détournant le visage.

« Non. »

Un sourcil relevé, il émit un petit ricanement narquois, une lueur malveillante dans le regard.

« Laisse-moi t'expliquer un petit truc, petit génie. C'est ma voiture qui va t'emmener jusqu'en Espagne. J'accepte bien gentiment de tolérer ta présence, mais ne considère pas cet accès de bonté comme éternel. Je peux t'abandonner dans une station service... » , il claqua des doigts. « ... comme ça. »

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais il la coupa :

« Alors oui, je sais ce que tu vas me dire. Tu vas faire en sorte qu'on me retrouve etc, etc, et tout un panel de menaces bien courageuses façon Gryffondor. En attendant de savoir lequel de nous deux y perdrait le plus, je te conseille de te montrer distrayante. Histoire que j'ai une raison valable de ne pas te semer en route. »

Atterrée, elle le dévisagea avec tout le mépris dont elle était capable.

« Tu comptes me faire du chantage longtemps ? T'as quoi, sept ans d'âge mental ? »

« J'aurais plutôt tablé sur cinq, mais bon, c'est toi qui vois. »

« Je veux pas jouer. »

« Je crois que t'as pas bien compris, je te laisse pas vraiment le choix. T'en fais pas, je vais donner le ton. »

Il la toisa de la tête aux pieds, évaluant son aspect général. Elle était plus mince qu'au lycée, plus pâle aussi. Le visage constellé de tant de grains de beauté qu'on aurait pu croire à des tâches de rousseur. Emmitouflée dans un duffle-coat abîmé, il ne voyait du reste de sa silhouette que ce qu'il pouvait deviner de ses jambes, camouflée par un jean un peu trop large. Baskets bleues aux pieds. Cheveux en bataille, comme toujours. Ongles courts, rongés. Yeux cernés. Pas de maquillage, pas de bijoux, si ce n'est une bague en or.

« T'es dans un sale état », constata-t-il sur le ton de la conversation, ignorant son regard exaspéré. « Alors, alors... Je dirais que tu as quitté l'Angleterre pour aller retrouver un prince espagnol après avoir reçu un mail dudit prince t'expliquant qu'il t'épouserait si tu lui transférais d'abord trois mille euros pour qu'il puisse échapper à un complot visant à lui voler son royaume. Crédule comme tu es, tu lui as viré tout ton argent, as quitté l'Angleterre pour rejoindre ton futur époux sans te rendre compte que l'expéditeur du mail n'était autre qu'un vieux geek boutonneux qui a amassé une petite fortune au dépend de toutes les filles les plus naïves du pays. »

La porte de l'auberge s'ouvrit sur la tenancière, un plateau fumant entre les mains. Elle déposa leur déjeuner sur la table et s'éclipsa. Malefoy prit le temps de sucrer son café, de le remuer et de siroter une longue gorgée sous le regard foudroyant d'Hermione avant de demander :

« Alors ? Combien de vrai là-dedans ? »

« Rien. »

« Dommage. Ça te collait à la peau, pourtant. »

Les doigts pianotant sur le rebord de la table, Hermione le fixait avec la claire envie de lui arracher les yeux. Pour toute réponse, il lui adressa un sourire en coin moqueur.

« A moi », lâcha-t-elle en cessant brusquement de tambouriner la table. « Après deux ans passés à te finir au mauvais whisky dans les bars les plus miteux de Londres, t'as décidé de reprendre ta vie en main, de te trouver une jolie fille assez bête pour se laisser séduire par un mec comme toi mais pas assez pour l'ouvrir trop souvent. Mais, oh surprise ! malgré ton intelligence supérieure, la fille en question en voulait juste à ton héritage. A peine mariée, elle t'a plumé et s'est fait la malle. Déshérité par papa Malefoy, tu t'es retrouvé seul, avec même plus de quoi te payer un verre de mauvais whisky. Désemparé, tu as opté pour la dernière solution que tu avais en réserve : simuler ta mort, toucher l'argent de l'assurance et partir sur les routes en espérant secrètement te trouver un ami, cette chose dont tout le monde parle mais que tu n'as jamais eu la chance de connaître. »

Elle lui rendit trait pour trait son rictus avant de demander :

« Alors ? Combien de vrai là-dedans ? »

La cuillère en suspend sur le rebord de la tasse, Drago la dévisagea quelque secondes, une lueur amusée au fond des yeux. Le vent soufflait dans les camélias, les battant contre les carreaux de l'auberge, leur arrachant des sifflements aigus. Le fond de l'air était glacial mais aucun des deux ne songea à rentrer. La fumée de leur boisson s'éleva un instant entre eux avant d'être balayée par une rafale.

« Pas mal, Granger. Mais pas assez proche de la vérité pour gagner », déplora-t-il en buvant une nouvelle gorgée de café. « A mon tour. Après toute une vie le nez dans les bouquins avec comme seule substitut de vie sociale une discussion hebdomadaire avec la biblothécaire du bas de la rue, tu as écumé désespérément tous les forums SOS-Amitié avec pour mot d'ordre : je suis seule au monde et coincée comme une nonne, que faire ? Voyant que les seules réponses qui te parvenaient s'accordaient pour te dire que tu rendrais un magnifique service à l'humanité en la dispensant de ta présence, tu as décidé de suivre ta vocation de toujours et de rejoindre tes sœurs-du-désespoir au couvent Sainte-Marie-de-la-solitude. »

« Prêt à tout pour un peu d'affection, et après t'être pris plus de râteau qu'il n'en faut pour ouvrir un magasin de jardinage, t'as décidé de te reconvertir en escort-boy dans une maison close bas de gamme du fin fond de l'Espagne. »

« Lassée d'une vie sexuelle aussi morne qu'une belette crevée, t'as enfin pris ton courage à deux mains et tu t'es réservée une semaine dans la maison close bas de gamme où j'offre mes services. »

« Pour ton vingtième anniversaire, sur la centaine de personnes invitées seules ta mère et ton arrière-grande-tante sénile qui pensait qu'on fêtait son anniversaire à elle, se sont pointées. Même Parkinson a préféré simuler son kidnapping plutôt que de devoir supporter ta présence une journée. »

Il ressentit une décharge douloureuse, et une brusque nausée lui assaillit le cœur. L'image de Pansy, seule, toute seule, dans le terrifiant Londres, à traîner dans les bars où ils avaient l'habitude de se rejoindre, à se faire accoster par des pauvres mecs sans intérêt, à tourner en rond, désespérément seule, prit un instant le pas sur tout le reste. Il crispa la mâchoire, la tête soudain lourde, et cracha :

« Et j'imagine que Weasmoche t'a plaqué le jour de ton mariage pour se taper Lavande, la seule fille assez bête pour se laisser séduire par un mec comme lui mais pas assez pour l'ouvrir trop souvent. »

Brusquement, Granger bondit sur ses pieds, envoya valser d'un revers de main sa tasse de thé qui s'écrasa au sol dans une explosion de débris. Les joues rouges, la respiration haletante, elle le dévisagea avec dégoût avant de souffler :

« T'es content, hein ? T'as réussi à taper là où ça faisait mal. »

Les jambes tremblantes, elle se dirigea vers l'auberge. S'arrêtant à mi-chemin, elle fit volte-face et lui jeta :

« En ce qui me concerne, j'espère sincèrement que tu vas t'étouffer avec tes toasts. »

Et puis elle disparut dans un claquement de porte. Soudain harassé, il se leva à son tour, exténué, titubant. Au-dessus de sa tête, les nuages s'étaient réunis en une immense vague noire, prête à déferler sur lui. Pas après pas, il retourna dans l'auberge, monta les marches, l'une après l'autre, la main agrippée sur la rambarde de sécurité. Les fleurs de la tapisserie s'emmêlaient devant ses yeux, roulaient comme dans un kaléidoscope pour se rejoindre puis se détacher les unes des autres. Les murs, eux, tanguaient, tanguaient jusqu'à se retrouver sans dessus-dessous, s'enroulant tout autour de lui jusqu'à ce qu'il ne puisse plus distinguer le sol du plafond. En nage, il vit le numéro 109 bondir sous ses yeux. La porte s'ouvrit dans un grincement strident. Il chancela sur le lit et puis ce fut le noir total.


Hello mes poissons-chats !

Tout d'abord, merci pour vos reviews adorables. N'hésitez jamais à me laisser un petit mot, ça fait un plaisir fou !

Ensuite, comme vous l'avez sûrement remarqué parce que je sais que vous êtes des êtres brillants, ce chapitre commence par un flash-back. A partir de maintenant, chaque chapitre commencera sur un flash-back, histoire d'éclaircir un peu le passé de nos chers Hermione & Drago (normalement, vous devez commencer à avoir la tête pleine de petites idées folkloriques sur leur passé respectif, et je serai ravie de les entendre !).

Du coup, au début, la chronologie des évènements peut paraître un peu complexe et je vous invite à prendre un carnet et un stylo et à noter chaque jour et chaque heure avec un petit résumé de ce qu'il s'est passé... haha ! Je plaisante, hein. Si vous êtes perdu, écrivez-moi un "je comprends rieeeeeen, qu'est-ce qu'il se paaaaasse ?" et je me ferai une joie d'éclaircir tout ça !

Voilà, j'espère que le deuxième chapitre vous a plu, et je vous envoie un milliard de baisers !

LM.


Yoko Sashimi : Mmmh. Quel pseudo délicieux ! Merci mille fois pour tes encouragements ! J'espère que le deuxième chapitre est à la hauteur de tous ces jolis compliments !