Monde III
La planète au trésor
Si tu veux être un homme libre
Entre donc dans le club
On est pas snobs
Tu es veinard, y'a pas d'erreur
Nous formons une brochette
De truands presque honnêtes
3
« Bienvenue à bord du Miranda, moussaillon »
Roch fit de son mieux pour cacher son ébahissement devant la grandeur et la beauté du Miranda. Le pont faisait plus de soixante mètres de long, et les mâts parurent immenses aux yeux de Roch. Une demi-douzaine des membres de l'équipage était perchée dans les cordages et chacun d'eux hurlait des indications qui se perdaient dans l'immensité du ciel.
-Ferme la bouche, moussaillon, dit Snake, hilare. Tu vas avaler une bestiole. T'es vraiment jamais monté sur un vaisseau ?
-Jamais.
-Tu verras, dit Snake, avec un sourire brillant, c'est épique.
Roch n'eut pas le temps de s'étonner du choix du mot. Axel venait d'émerger sur le pont, ouvrant à toute volée une porte que Roch n'avait jusqu'alors pas remarqué. Comme cette première fois à l'arène, il y avait derrière lui un larbin plié en deux, collé à lui, comme son ombre.
-Ah, vous êtes là ! dit Axel.
Son regard s'arrêta sur Roch, mais il ne sourit pas.
-On va pouvoir décoller. Enclenchez les moteurs, mollusques décérébrés ! On se tire de ce ciel.
La rumeur sur le pont s'amplifia – Roch ne pensait pas que c'était chose possible – et bientôt, une douzaine d'hommes s'affairaient en tous sens. On aurait dit un capharnaüm et c'était un miracle qu'il n'y ait aucune collision accidentelle à déplorer. Mais en réalité, c'était un mécanisme bien huilé qui fonctionnait par la seule force de l'habitude et de l'expérience. Ces hommes bougeaient ensemble comme un seul homme. Snake resta à côté de Roch, lui disant que cette fois, il ne participerait pas aux manœuvres, mais qu'il devrait apprendre très vite. Il en profita pour lui parler de la vie à bord.
-Tu peux aller partout où tu veux, excepté dans la salle des machines. Y a que le capitaine qui va là, et il a des passé des gens par-dessus bord pour moins que ça. Ensuite, t'auras pas de cabine. Mais personne en a, à part le cap'taine. On partage des lieux à quatre et on prend des tours pour dormir. Si t'es mal à l'aise, tu peux prendre tes quarts avec les miens ou Scar pour commencer. Maintenant suis moi. Ce que je vais t'apprendre pourrait bien te sauver la vie, alors tu f'rais mieux de pas l'oublier.
Intimidé par le discours de Snake, Roch obéit. Ils se dirigèrent vers le mât Roch aperçut une dizaine de cordes solidement accrochées.
-Ce sont des cordes de sûreté. Tu devras t'en passer une autour de la taille dès qu'on aura atteint l'espace profond. Si t'es pas accroché et qu'il y a une turbulence, tu pourrais passer par-dessus bord, et crois-moi, ce n'est pas une mort enviable.
Roch déglutit et hocha la tête, pour montrer qu'il avait compris.
-Bon. Viens, on va regarder le départ. Je te présenterai aux autres après.
o-o-o
Les premiers jours, Roxas ne vit guère Axel (il n'arrivait pas à penser à lui comme au capitaine Firefly, et en vérité, personne ne l'appelait par son nom). Cela ne le dérangea pas trop, il était trop occupé à essayer de se familiariser avec sa nouvelle vie.
Les membres de Miranda étaient suspicieux voire malveillants à son encontre et Roch se retrouva faire les taches les plus ingrates qui soient : des latrines aux repas à préparer, en passant par le lessivage du pont. Roch ne se plaignait pas : cela le gardait occupé, et Snake l'avait prévenu de son statut.
Le matin très tôt, Roch accompagnait Scar à l'armurerie. Il n'avait jamais touché une autre arme que son épée et le simple toucher d'un taser ou d'un lasergun lui brûlait les doigts. Ensuite, Scar lui montrait ce qu'il y avait à savoir pour survivre sur un vaisseau. Bientôt, Roch grimpait dans les haubans comme s'il avait vécu ainsi toute sa vie.
o-o-o
Vivre sur le Miranda était une expérience étrange et fabuleuse. Roch n'avait pas la moindre idée de la façon dont le vaisseau glissait dans l'espace. Un champ anti-gravité empêchait l'équipage de flotter passer par-dessus bord.
-Que faisiez-vous sur Andoria ? demanda Roch, un matin dans l'armurerie.
Snake releva la tête comme étonné qu'il ait fallu tant de temps à Roch pour poser cette question.
-De l'approvisionnement. H²O, O², vivres…
Roch hocha la tête il avait la nette impression que Snake mentait, ou tout du moins, qu'il ne lui disait pas. C'était sans doute normal, car malgré la complicité vernie que Snake ne cessait de projeter vers lui, ils ne se connaissaient que depuis quelques jours.
Roch songea que l'attitude de Snake et de Scar était sans doute calculée dans le but de mesurer son caractère et d'identifier ses intentions.
Il décida d'agir en conséquence et ne pas leur accorder sa confiance trop rapidement. Après tout, comme l'avait dit Snake, Roch n'avait pas d'amis à bord…
o-o-o
Lorsque l'émerveillement des premiers jours de voyage dans l'espace profond s'estompa, Roch se mit chercher (d'abord de façon inconsciente) la silhouette d'Axel sur le pont. Il le repérait toujours aboyant des ordres, insultant ses hommes, discutant avec son adjoint, un sourire figé aux lèvres. Mais jamais il ne regardait dans la direction de Roch.
Au bout d'une semaine, cela devenait insupportable.
o-o-o
Puis vinrent les rêves.
Les rêves troublants dont il ne se souvenait qu'à moitié au petit matin les rêves d'étreintes et de chaleur, de corps pressés, de murmures et de soupirs dans l'intimité d'une chambre mal éclairée.
Les rêves faits de fantasmes et de réalités, et Axel,adorait son corps et le faisait délirer de plaisir.
Il se réveillait, seul et excité, plus désespéré que jamais.
o-o-o
Roch perdit vite l'habitude de compter le temps qui passait comme des jours terrestres. Dans l'espace, le jour et la nuit n'avaient aucun sens.
o-o-o
Axel arrêta les moteurs du Miranda à quelques heures de vol de Lucrèce. C'était une petite planète riche et commerçante qui était spécialisée dans la vente de diamants et autres pierres précieuses. Pourtant, ces trésors n'intéressaient pas Axel. C'était simplement du suicide que d'envisager de délester Lucrèce de ses gemmes.
Non, ce qui attisait l'intérêt d'Axel, en réalité, c'était la station spatiale commerciale qui tournait en orbite autour de la planète.
-Il s'agit d'un échange de marchandises, expliqua Snake sur un ton si maussade que Roch comprit qu'il n'aurait pas d'autres informations.
Il aurait passé son temps dans l'armurerie ou à exécuter l'une des maudites corvées que tous prenaient un malin plaisir à lui confier, et l'affaire se serait arrêtée là, si Axel n'était pas venu le trouver, un peu avant d'embarquer vers la station commerciale.
Le rythme cardiaque en déroute, Roch mit une seconde de trop à se concentrer sur ce que lui disait Axel.
-… accompagnes ?
Le 'hein, quoi' spontané resta fort heureusement collé dans sa bouche.
-… tu n'as pas vraiment la carrure d'un garde du corps. Tu feras l'affaire. Choisis une arme discrète et rejoins-moi dans cinq minutes.
-Oui capitaine, s'entendit répondre Roch, réalisant que Axel voulait qu'il l'accompagne vers la station commerciale.
Pour la première fois, Roch serait seul avec Axel. Et cette simple perspective faillit faire sortir son cœur de sa poitrine, comme s'il était juste une adolescente amoureuse.
o-o-o
Le voyage jusqu'à la station fut silencieux, excepté les explications et les instructions que lui donna Axel. Rien de personnel, des ordres, c'était tout. (surveille mes arrières, s'il a l'occasion de me tuer, ce vieux lézard n'hésitera pas une seconde. Sois discret, silencieux et tout ira bien.)
Roch se détesta de ne pas trouver les mots qu'il aurait fallu pour parler à Axel. Celui-ci regardait par la fenêtre, le visage tourné, dans un geste évident, qui visait à décourager toute tentative de conversation.
Le trajet parut trop long à Roch, qui en profita néanmoins pour examiner le visage d'Axel de tout son soûl. Il but ses traits du regard, cherchant à se rappeler les ressemblances et les différences avec les visages d'autrefois. (Cette cicatrice, ici, au coin de l'œil, était nouvelle la balafre blanche, jurait avec la peau légèrement mate. Il n'avait pas de tatouages, ceux du premier Axel, sur les joues. Ses yeux verts étaient inchangés et sa bouche immense, toujours prompte à parler et à sourire, était dure et fermée, à faire mal au cœur)
Lorsqu'ils arrivèrent, Axel se tourna ver lui.
- Tu te souviens ce que je t'ai dit ?
La main de Roch se posa sur l'épée solaire, tandis que ses yeux se durcissaient.
- Oui, capitaine, répondit-il.
Son ton parut plaire à Axel qui sourit largement pour la première fois depuis que Roch l'avait revu.
- Super ! Allons-y alors. Je sens qu'on va s'amuser !
Roch pensait qu'il était fort peu probable qu'ils aient la même notion d'amusement (surtout si cela impliquait qu'Axel risquait de se faire tuer), mais il ne put s'empêcher de répondre à l'enthousiasme du capitaine par un immense sourire, parce que, pour la première fois depuis qu'il l'avait revu, il avait l'impression de retrouver son meilleur ami.
o-o-o
Axel et Roch furent accueillis par une alien sublime, à la peau bleue et aux gestes évasés et aériens, à la voix très douce. « Une sirène », glissa Axel à l'oreille de Roch (et il était si proche que Roch sentit son cœur remonter dans sa gorge pour battre douloureusement et très très vite axel, axel¸ semblait crier chaque pulsation).
« Une sirène ? »
Il en avait entendu parler, et avait toujours cru que ce n'était que des contes inventés dans les ports, pour les navigateurs qui avaient trop bu.
« C'est très rare d'en croiser ici. D'habitude, elles sont plutôt du côté de la Galaxie de Pandore. Evite les comme la peste. Des poupées aux dents d'acier, qui te scieraient en un instant si ton attention se relâche. »
Roch déglutit et ne put s'empêcher de s'abreuver de la vue de cette merveilleuse et si terrifiante créature. Elle mesurait près d'un mètre soixante dix de hauts, et était vêtu d'un voile transparent bleue, à peine plus foncée que sa peau. Une cascade de cheveux tombait gracieusement dans son dos et ondulaient comme des vagues à chacun des gestes de la créature.
La sirène les fit patienter dans une pièce ovale et transparente quelques instants avant de revenir les chercher. Sous leurs pieds s'étendaient un gigantesque aquarium qui contenait des créatures aquatiques immenses et multicolores.
« Suivez moi, Monsieur Sharking vous attend, capitaine. Votre… associé peut attendre ici. » dit-elle. Et Roch crut voit le danger, sur l'air qui passa sur son visage, sur le ton de la voix avec lequel elle répondit. Elle était toujours aussi douce, comme du velours qui cachait une lame d'acier, prête à plonger dans une gorge pour la saigner.
« Cette affaire requiert la présence de ce jeune homme, » dit Axel, avec une politesse absolue. Et Roch se remit à respirer lorsqu'il comprit qu'il n'aurait pas à patienter dans la salle aux aquariums avec cette créature.
La sirène émit un horrible sifflement. Roch vit le danger et frémit.
« Suivez-moi, » répéta-t-elle, la voix évanescente, aussi légère que ses gestes. Elle sourit, découvrit ses dents, blanches comme des perles et acérées comme des lames de rasoirs. Puis elle partit d'un pas si léger qu'elle paraissait flotter au dessus du sol à chaque nouvelle foulée.
Roch et Axel lui emboîtèrent le pas. Le sourire malicieux n'avait pas quitté les lèvres ni les yeux d'Axel, et Roch suivit l'homme en se demandant s'ils allaient vraiment réussir à se sortir de là vivants.
L'interlocuteur d'Axel était un alien. Gigantesque, il devait mesurer plus de deux mètres trente de haut. Sa silhouette longue et dégingandée évoquait le corps d'un serpent ou d'un lézard, confirmée par sa figure reptilienne et longiligne : des fossettes étroites, des yeux jaunes, fendues par une pupille verticale et noire comme celle d'un chat.
(Si ce vieux lézard trouve une occasion, il n'hésitera pas à me tuer, avait dit Axel.)
Mais l'entretien se déroula sans heurt, et Roch se détacha bientôt de la conversation qu'il jugea inintéressante au possible. C'était en fait une négociation d'un objet qui était de toute évidence en possession d'Axel (certainement d'une façon fort peu licite) et que le Lézard souhaitait ardemment acquérir.
Ils finirent toutefois par se mettre d'accord et conclurent leur marché par une poignée de main ferme et brève. Roch vit les doigts de l'alien se refermer sur la main d'Axel, qui semblait minuscule en comparaison. Mais Axel ne broncha pas, comme si son associé n'avait pas essayé de lui broyer la main.
Roch crispa sa mâchoire. La sirène les attendait dehors. Ses yeux pâles les fixaient avec un manque d'intérêt flagrant, et elle les reconduisit dans la salle de transport.
Dans la navette, Roch se détendit.
-Cela s'est bien passé, dit-il sur un ton joyeux.
Il se rappela trop tard qu'il était censé s'adresser à son supérieur hiérarchique mais un bref coup d'œil à Axel suffit à le rassurer. Le capitaine lui répondit par un sourire amusé tandis qu'il confirmait le bon déroulement des opérations.
-Comment tu trouves la vie à bord ? demanda-t-il.
Le cœur de Roch se mit à battre plus fort. C'était la première fois que Axel faisait mine de s'intéresser à lui depuis qu'il était arrivé à bord du Miranda.
-Brillante, répondit Roch, en toute sincérité.
Cela devait être la bonne réponse car le sourire d'Axel s'accentua, mangeant tout son visage, éclairant ses yeux verts.
-Ah. Attends qu'on ait droit à un peu d'action. Ca te plaira, assura-t-il.
Ils échangèrent un regard complice et Roch sentit son bas ventre se remplir d'une douce chaleur, comme du chocolat chaud.
- Capitaine ?
- Oui, Roch ?
/mon nom est Roxas, voulut répondre Roch, s'il te plait, dis le, j'ai besoin d'entendre ta voix qui prononce mon nom, comme avant/
- Puis-je vous demander où nous allons ?
- Tu peux.
Roch se sentit mal à l'aise. Mais les yeux d'Axel étaient rieurs.
- Où nous rendons nous ?
- Nous allons vers la planète Hébé. C'est une planète du système solaire Amphytrion, nous y serons dans quelques jours.
- Que cherchons-nous, capitaine ?
Un autre sourire.
- Des trésors et des mystères, fut la réponse, un rien énigmatique.
A suivre...
j'espère que ça vous aura plu, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires :3
