Note : à titre de rappel : dans ce monde ci, le nom de Axel est « Capitaine Firefly ». Il est appelé Axel lorsque le texte se situe du point de vue de Roch qui ne connait pas son prénom.
Note bis : je me suis lâchée sur les références pourries XD
IV
Je vole, comme un aigle royal…
Je vole au dessus des lois
Ca barde quand je chaparde
La loi veut me faire payer tout ça
Lorsqu'Axel et Roch retournèrent sur le Miranda, ils furent accueillis à grand bruit sur le vaisseau. Snake colla un verre de bière dans les mains de Roch en ricanant.
- Tiens, ça donne du cœur au ventre, matelot.
- Je-je ne bois pas, répondit Roch en essayant de se débarrasser du verre.
- Maintenant si. Allez goûte, je te dis ! Tu vas aimer ça…
Roch goûta. Ce n'était pas de la bière comme il l'avait cru au premier abord. Le breuvage avait un bon goût de miel, mélangé à la saveur forte et amère de l'alcool.
C'était délicieux en fait.
- Savoure, conseilla Snake en voyant Roch boire l'hydromel deux fois plus vite. C'est ma réserve perso. D'habitude on n'a que du tord-boyaux qui pourrait faire des trous dans un réacteur solaire.
- Que fête-t-on ?
Snake partit dans un grand rire. Roch fronça les sourcils, vexé. Apparemment, Snake se fichait de lui.
- Toi, crétin. Ta première mission. Et pour voir le maudit lézard en plus. D'habitude, quand on va voir ce vieux filou, il y a toujours des membres qui grillent dans le processus.
- La chance des débutants, commenta Scar avec un sourire goguenard.
- Des membres qui grillent ? répéta Roch.
- C'est pas joli joli, répondit Snake avec un sourire qui semblait pourtant dire tout le contraire.
L'attention de Roch fut détournée par Axel, qui discutait avec Thestral, (un alien à l'air épouvantable) son second, un verre d'hydromel presque vide à la main. A côté d'eux, le petit bossu toujours collé aux basques du capitaine essayait de se hisser sur la pointe des pieds pour pouvoir remplir les verres des deux hommes. Son entreprise était vouée à l'échec, et il faillit renverser l'entière cruche sur le Second. Thestral le poussa violemment, et lui prit la cruche des mains en l'insultant. Le bossu lui répondit vulgairement, et les deux hommes en seraient venus aux mains si Axel n'avait pas été là pour les séparer.
- C'est qui ? demanda Roch à l'oreille de Snake, les yeux vissés sur le petit homme.
- Bartok, répondit Snake avec une moue de dégoût. Fais pas attention à lui. Il est toujours collé au capitaine. Te fie pas à son apparence, c'est une vraie teigne. Il a pas son pareil avec les couteaux. Il pourrait te tuer une mouche, les yeux bandés, la tête à l'envers. Un sale petit fils de pute. T'approche pas de lui, il te rongera le cerveau s'il en a l'occasion.
- Pourquoi le capitaine le garde ?
- On sait pas trop. Y en a qui disent que les Nains sont des Psy-sensibles. A mon avis c'est juste des conneries. C'est juste que c'est un bon garde du corps.
Le regard de Roch resta longuement fixé sur Bartok. Quelque chose chez ce personnage lui fichait la trouille, mais Roch ne savait pas quoi.
o-o-o
/il rêve. il rêve de mondes dans lesquels il n'a jamais mis les pieds. il est Roch - non, il est Roxas. il a une keyblade dans les mains, et les étincelles qu'elle projette alentour suffisent à éloigner ses ennemis. un coeur s'évanouit dans les airs (monte vers kingdom hearts) et derrière lui, il y a le rire clair d'axel.
il est roxas il se retourne, et son sourire devient immense. à l'ombre des grands arbres, axel a regardé toute la scène.
- brave petit soldat, dit-il. la moisson des coeurs est bonne ?
- plutôt. ce monde est riche.
- tu m'fais faire le grand tour? demande axel.
évidemment, il dit oui. il est roxas, et il ne peut rien refuser à axel.
il rêve. il est Roch - il est de Rosax. son corps ondule contre celui d'axel. la friction de leurs corps réchauffe son ventre, ses veines, et il a envie, envie d'axel, sur lui, en lui, plus vite, plus vite, plus chaud.
il rêve. il est Roch - il est Dorsax et il découvre un monde de crânes riants, et axel ne le regarde plus qu'avec de la colère dans les yeux. il ressemble à un démon quand il force sa langue dans sa bouche et éclate de rire lorsqu'il lui fait mal - mal - mal.
la douleur se transforme en poigne sur son épaule et soudain, elle devient réelle – /
Il se réveilla en sursaut et manqua de tomber du lit. Snake était penché sur lui, le visage à seulement quelques centimètres du sien alors qu'il le secouait sans ménagement.
- Roch ! Réveille-toi.
- Que se passe-t-il ? dit Roch, le cœur battant. Il porta la main à son épaule douloureuse, sonné par ce réveil désastreux.
Les doigts de Snake lui laisseraient sans aucun doute des marques.
- Oui, je suis réveillé, qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il dans un souffle, sans être sûr que les mots sortaient de sa bouche dans le bon ordre.
- Allez lève-toi, dépêche-toi.
Soudain, le vaisseau fut traversé par une violente secousse qui envoya le dos de Roch heurter le mur derrière lui. Snake n'eut pas l'air décidé à compatir en fait, à la place, il sembla devenir encore plus frénétique.
- Allez Roch, lève-toi.
Le cerveau à présent alerte, Roch obéit. Snake ne vérifia même pas qu'il le suivait. Il sortit presque en courant de la cabine.
- Dépêche-toi ! hurla-t-il par dessus son épaule.
Roch attrapa une chemise qu'il enfila avant de suivre Snake en boutonnant celle-ci en courant.
Il rejoignit le pont à toute allure. Quand il arriva à destination, il comprit tout de suite pourquoi Snake l'avait réveillé avec tant d'empressement : le Miranda fonçait tout droit vers un Passage d'astéroïdes.
- Ah te voila, dit Scar en lui fourrant une corde dans les bras. Attache-toi bien, ta survie en dépend, donc on plaisante pas avec ça.
Roch déglutit et obéit. Il attacha la corde au mousqueton qu'on lui avait donné quand il était arrivé sur le Miranda puis Scar vérifia qu'il était bien attaché.
Les yeux de Roch cherchèrent le capitaine et le trouvèrent en train de hurler des ordres depuis le gouvernail. Ses yeux lançaient des éclairs, mais Roch devina sans peine que le capitaine s'amusait comme un fou.
Roch ne put s'empêcher de sourire. Son sourire disparut à mesure qu'ils se rapprochaient du Passage. Son appréhension grandissait. Il se posta entre Scar et Snake et, comme eux, s'accrocha aux cordes de sécurité.
- Ca va secouer ?
- Ouaip. T'inquiète, ça va bien se passer.
Et en effet, cela secoua.
Le Miranda entra dans le Passage. Le bouclier qui était érigé les protégeait des éclats, mais le Miranda fut balancé de tous les côtés. Axel gardait le cap, un éclat dément dans les yeux tandis qu'il guidait son navire hors du Passage. Roch crut que son estomac allait ramper hors de son corps alors que le bateau s'ébranlait à une vitesse qui semblait infiniment trop lente.
A côté de lui, Snake et Scar discutaient comme si de rien n'était, comme s'ils n'étaient pas en train de risquer leur vie dans un maudit Passage d'Astéroïdes.
Le cœur battant à toute vitesse, Roch ferma les yeux et attendit que cela se passe, se fichant des moqueries qu'il ne manquerait pas de recevoir une fois que tout serait terminé.
Soudain, un horrible craquement se fit entendre et une secousse plus forte que les autres fit tanguer le Miranda, le couchant presque à l'horizontal.
Le corps de Roch fut secoué dans tous les sens, et il s'accrocha à la corde du mieux qu'il pouvait. Mais ses doigts lâchèrent leurs prises, et ses jambes plièrent sous son corps. Il roula sur le pont, à toute vitesse et il vit arriver le bord du vaisseau bien trop vite. Il crut qu'il allait se fracasser la tête contre le bastingage. Il ferma les yeux, un cri d'horreur mourant sur sa bouche, attendant le choc.
Il passa par-dessus bord.
Roch chuta dans le vide en hurlant, à s'en casser les cordes vocales. Son corps tombait, tombait lourd comme une pierre, et un haut de cœur le saisit. La terreur effaça tout ce qu'il y avait dans son cerveau. Il ne restait plus que le vide, la chute.
Et soudain, cela s'arrêta, et il continua de se balancer, dix mètres sous le pont du vaisseau. Il se balançait à une telle vitesse, avec tant de violence, qu'il risquait à tout moment de se heurter au vaisseau, et plus d'une fois, il s'aida de ses jambes pour éviter un impact qui n'aurait pas manqué d'être douloureux.
N'ayant pas trop le choix, il regarda autour de lui. Il était encore dans la zone de protection du bouclier. Les astéroïde passaient juste à côté, frôlant la protection, et chaque fois que l'un d'eux ébranlait le bouclier, c'était tout le Miranda qui chavirait.
Enfin, ils sortirent du Passage d'Astéroïdes.
C'était fini.
Il entendit des voix qui l'appelaient, et il releva la tête.
-SNAKE ! hurla-t-il. SCAR ! Je suis en BAS !
-Putain, il est passé par-dessus bord, entendit-il.
Bientôt, les têtes de Scar et de Snake apparurent, dix, quinze mètres plus haut.
-Ce gosse est pas croyable, commenta Snake.
-Aide-moi à le remonter, plutôt, répliqua Scar.
Ils se mirent à tirer sur la corde, hélant d'autres pirates pour qu'ils les aident à remonter Roch. Ils ne mirent qu'une poignée de secondes, et Snake lui attrapa le poignet pour l'aider à se hisser sur le pont. Roch s'effondra, les jambes flageolantes, incapable de bouger ou de penser, encore retourné par ses tours de voltiges.
- Ca va Roch ? demanda Scar.
- Ca, c'est du baptême de l'espace, commenta Snake, un rire dans la voix. T'as appris à voler, dis donc…
- Fous-lui la paix, idiot.
Roch regarda ses mains, tellement crispées sur la corde qu'il n'arrivait pas à les détendre. Ses phalanges étaient livides, vidées de sang, et la rugosité de la corde commençait à lui lacérer les mains. Mais il ne lâcha pas.
-J'étais accroché, dit Roch, sous le choc. J'étais… accroché.
Scar posa une main sur son épaule.
- Oui. Tu peux lâcher la corde, maintenant. Tu ne risques plus rien.
- Je suis tombé, dit Roch, doucement.
- Que se passe-t-il, ici ? fit la voix forte du capitaine.
Scar et Snake se retournèrent comme un seul homme pour faire face à leur capitaine.
- Rien capitaine, fort heureusement. Roch est passé par-dessus bord, durant le Passage. Il est sous le choc.
- Donnez-lui un truc à boire et envoyez le dormir. Je lui parlerai après.
- Oui, cap'taine, répondirent-ils ensemble.
Firefly passa son chemin, allant inspecter l'autre partie du vaisseau pour vérifier qu'il n'y avait pas de dégâts. Il emporta avec lui la vision du jeune Roch, d'ordinaire brillant et souriant, désormais recroquevillé, le visage blanc comme un mort, trempé de larmes de terreur. L'image était dérangeante mais Firefly ne savait pas pourquoi.
o-o-o
Snake et Scar guidèrent leur protégé jusqu'à un lit où Roch s'effondra. Il avait du mal à réaliser que c'était terminé, qu'il y avait un sol sous ses pieds et qu'il était sauvé. Son esprit était resté accroché à la corde, se balançant dans le vide. (Attache-toi bien, ta survie en dépend, avait-on dit.)
Ils lui firent boire du rhum au miel de Hestia, et restèrent sur le lit à côté à parler. Au bout d'une demi heure, le choc sembla passer, et Roch remercia ses deux amis (il pouvait les considérer ainsi, maintenant, n'est-ce pas ?) pour leur aide et leurs soins.
- Je sais que ça fait peur, petit, dit gentiment Scar, mais la corde était bien attachée, tu ne risquais pas grand-chose.
- Je sais. J'ai juste… eu peur. Ca va passer.
- Ouais. Tu verras, dans quelques mois, tu te jetteras dans le vide comme ça, juste parce que c'est fun. Peut-être pas quand on traverse un Passage d'astéroïdes par contre, parce que, ça craint un peu quand même.
Roch laissa échapper un rire incertain et finit le verre.
- Merci pour ça.
- Baptême de l'espace, ça se fête.
- Ca vous est déjà arrivé ? demanda Roch.
Les deux compères échangèrent un regard.
- Scar a failli y passer l'an dernier. Il est resté deux mois dans le coma. On a failli ne pas le remonter à temps.
- Et Snake s'est fait éclater la tête contre le bord lors d'une attaque.
- Carpe diem, ajouta Snake. Célébrons chaque jour qui passe et qui ne nous a pas tués. Le capitaine veut te voir quand tu auras retrouvé l'usage de tes jambes.
- Le capitaine veut me voir, répéta Roch.
- C'est ce que j'ai dit, oui, répliqua Snake en roulant des yeux.
o-o-o
Roch frappa à la porte du bureau du capitaine. Il n'y était encore jamais allé.
-Entrez.
Roch poussa la porte, curieux de voir l'endroit où Axel passait tant de temps.
-Ah, Roch. Remis de tes émotions ?
-Oui. Merci, capitaine.
Le bureau était très sobre. C'était une pièce petite et circulaire, qui donnait à la cabine où Firefly dormait. Une carte des galaxies couvrait un mur. Il y avait aussi des étagères remplies de bric-à-brac, de gadgets et de trucs qui brillaient, et une bibliothèque débordant de bouquins. En passant, Roch aperçut quelques titres (L'Art de la guerre de Sun Tzu et A la conquête de l'espace par R.L. Stevenson). Il aurait voulu pouvoir les examiner avec plus d'attention – une bibliothèque pouvait apprendre tellement de choses sur quelqu'un.
Axel était assis derrière un gigantesque bureau tout aussi en désordre que le reste de la pièce.
- Vous vouliez me voir ?
- On m'a dit ce qu'il s'était passé.
- Je suis passé par-dessus bord.
- Tu es blessé ?
- Non.
Axel lui sourit.
- J'ai connu des hommes qui ont appelé leur mère la première fois qu'ils ont dû traverser un Passage. Tu as fait preuve d'un sang froid et d'un courage remarquable, Roch. Je voulais juste te dire cela.
- Merci, capitaine.
- Tu prendras ton tour dans deux heures.
- Merci capitaine, répéta-t-il.
En sortant il aperçut Bartok, adossé contre le mur dans l'ombre, qui le fixait de ses petits yeux jaunes.
-Tu veux apprendre à voler, gamin, ricana-t-il. Tu t'y prends de la meilleure façon. Attention toutefois à ne recevoir aucune aide. Ce genre de choses peut s'avérer parfois fatal.
Roch hocha la tête. Cela ressemblait à une menace, ou peut-être un avertissement.
-Merci, dit-il. Je crois.
Bartok lui sourit. Il lui manquait des dents, ce qui rendait sa grimace particulièrement effrayante.
o-o-o
Il devait exister quelque part, écrite dans le marbre, une loi de physique qui disait que les ennuis ne viennent jamais seuls. Aussi, Roch n'aurait pas dû être surpris quand quelques temps plus tard, ils furent attaqués.
Son tour de garde allait commencer, quand Hawk-Eye, coincé derrière les écrans de radar, hurla qu'il recevait un signal et un signal qui n'annonçait rien de bon. Le Silver Crow fonçait sur eux, les ayant clairement repérés. Au cours de ses missions et de ses errances, le Miranda – et plus particulièrement Axel – s'était fait de nombreux ennemis. Le Silver Crow en faisait partie.
Roch avait déjà entendu parler du Silver Crow, aux informations. Mais c'était comme lorsqu'il entendait parler de l'explorateur Jim Hawkins, c'était ailleurs, et lointain. Des informations qui n'avaient pas vraiment d'impact sur sa vie quotidienne. Et voilà que le Miranda était sur le point de croiser la route du célèbre vaisseau du capitaine Methos Radcliffe.
Roch réalisa que c'était sa vie à présent. Quand il avait signé, il n'avait pas vraiment songé qu'il pourrait se retrouver dans un de ces vaisseaux qui faisaient trembler la flotte de la FI, et dont les crimes faisaient la satisfaction des journalistes, grappilleurs de faits divers scabreux et sanglants.
Snake l'entraîna dans l'armurerie et lui donna un gunlaser et son épée solaire. Il le prit par l'épaule, durement, et le guida ensuite vers l'avant du pont.
- Reste avec Firefly et protège-le.
- Quoi ?
- C'est pour ça qu'il t'a engagé, tu te rappelles ? Parce que ça fait longtemps qu'on a pas vu quelqu'un qui bougeait comme toi. C'est comme si t'étais né avec une épée dans la main, Roch.
- Ca ira, vous ?
- Ce n'est pas mon premier combat. Reste avec le capitaine.
Roch inspira et hocha la tête. L'adrénaline et l'excitation se disputaient dans ses veines et il courut jusqu'au bureau de Firefly. Axel venait de sortir, Bartok sur les talons. Il s'arrêta pour regarder Roch. Il avait deux épées à la main, et il avait retiré son long manteau noir. Il était encore plus beau que dans les rêves de Roch.
Protège-le, avait dit Snake.
Roch n'avait pas besoin qu'on le lui dise. Il savait déjà qu'il était prêt à faire n'importe quoi si cela signifiait qu'il pouvait protéger Axel.
Snake l'avait averti de la tendance d'Axel à se mettre dans des situations impossibles. L'information était inutile, Roch aurait pu la déduire de lui-même. (Axel avait toujours eu un talent pour se mettre dans des situations improbables. Il y avait eu cette fois, lorsqu'ils étaient perdus dans un désert à quelques lieues d'une ville sublime à moitié ensevelie sous le sable, ils s'étaient retrouvés entourés de Sans Coeur, et ils n'avaient dû leur survie qu'aux propriétés guérisseuses de la Keyblade de Roxas. Roxas avait cru qu'ils allaient mourir, et il avait copieusement fait comprendre son inquiétude à Axel, qui les avait tout deux mis en danger parce qu'il était incapable de penser aux conséquences de ses actes. Cette tendance le suivait dans toutes ses autres vies, et l'avait conduit sur l'échafaud, lors de leurs premières retrouvailles.)
Il n'y avait pas vraiment de raison pour qu'Axel ne change.
Se détournant de ces souvenirs désagréables, Roch se planta aux côtés de son capitaine. Axel n'avait pas une seule fois fait mine de le reconnaitre pour ce qu'ils étaient. Il n'y avait aucune chaleur complice, aucun sourire rien que pour lui. Son meilleur ami était un étranger et Roch commençait à se dire qu'il ne se souvenait vraiment pas. Peut-être qu'il devrait essayer de le faire se souvenir, mais il n'avait aucune idée de la façon dont il pouvait procéder. La première fois, ils rêvaient tous le deux, de choses étranges (la cité où il ne faisait jamais jour, et des glaces à l'eau de mer, partagées en haut d'une tour). La seconde fois, ils s'étaient souvenus au premier regard.
Cette fois, Axel faisait partie de Roch depuis toujours. Toute sa vie avait tourné autour de cet espoir (le revoir de nouveau). Et Axel ne se souvenait pas de lui. Il le traitait avec une distance polie. Roch n'était que la dernière recrue du Miranda, un garçon un peu effacé, mais sympathique, dont les talents d'épéiste pouvaient se révéler utiles. Et ça faisait mal-mal-mal. Axel n'était plus là.
- Ca fait beaucoup de choses en peu de temps, commenta Axel à côté de lui, faisant soudainement revenir Roch à la réalité.
Les yeux de Firefly riaient et Roch ne put s'empêcher de sourire.
- Vous avez des ennemis inquiétants, capitaine.
- Ce n'est pas grave. J'ai de quoi me protéger, n'est-ce pas ? répondit-il avec un clin d'œil
Le cœur de Roch remonta dans sa gorge et il sourit faiblement, incertain de sa propre voix.
- Sans aucun doute, capitaine.
Les intentions du vaisseau ennemi étaient assez évidentes. Il se dirigeait droit vers eux, et ne faisait pas signe de ralentir. Roch crut un instant qu'il n'allait pas s'arrêter, et qu'il allait foncer sur eux. La taille des deux bâtiments étaient à peu près la même; mais Roch n'avait pas spécialement envie de voir ce qu'il se passerait si un tel impact se produisait.
-Ils vont s'arrêter.
-Oui.
Ils tirèrent d'abord.
-C'est plus un avertissement qu'une réelle menace, dit Axel à son intention.
-Que veulent-ils ?
-S'ils peuvent, nos armes et nos provisions. Mais majoritairement, ils veulent juste me tuer.
-Vous tuer ? répéta Roch, les yeux écarquillés, devant le ton désinvolte dont Axel parlait d'une menace de mort sur sa personne. Comme si c'était une question négligeable, à peine plus importante que le temps qu'il faisait sur Andoria.
-Comme tu l'as dit, Roch, j'ai des ennemis inquiétants, dit Axel avec un sourire.
Il n'avait pas peur, c'était évident, et Roch décida que c'était parce qu'il était complètement inconscient, et fou, et Axel.
Leurs ennemis arrivèrent à monter à bord sans trop de difficulté (c'était même effrayant la facilité avec laquelle ils parvinrent à atteindre cet objectif).
Lorsque le premier d'entre eux arriva pour se jeter sur Axel, Roch se servit de son épée la première fois pour faire mal. Après qu'il eut fait couler le sang pour la première fois, son esprit se ferma, et Roch n'était plus qu'un corps en mouvement qui bougeait pour protéger Axel. Du coin de l'œil, il vit qu'un homme, qui se tenait à la poupe du bateau, les visait avec son flingue. Sans réfléchir, Roch se jeta sur Axel, l'aplatissant au sol. La déflagration lui rasa la tête et il sentit presque les poils de sa nuque roussir avec la chaleur.
La déflagration suivante ne les atteint jamais. Quand il releva les yeux, il constata que Bartok s'était occupé du tireur.
Ils restèrent allongés par terre, la respiration courte, choqués, incertains que le danger soit réellement passé. Brusquement conscient de la proximité du corps d'Axel, Roch se redressa. Son cœur rata un battement, quand Axel lui saisit le poignet pour l'attirer vers lui. Ils restèrent à se dévisager.
-Merci, Roxas, dit Axel.
Roch s'étouffa.
Mais juste avant qu'il n'agrippe les épaules d'Axel pour l'enfermer dans une solide étreinte, il réalisa que les yeux et la voix d'Axel étaient chaleureux et sincères, mais quelque chose dans le langage de son corps n'était pas là. Il ne le reconnaissait pas, réalisa Roch. Il ne savait pas qui Roch était. Même si celui-ci venait de lui sauver la vie, même si celui-ci était prêt à faire n'importe quoi pour lui, Axel ne le reconnaissait pas.
Il ne se souvenait pas. S'il ne les avait pas retrouvés à présent, il était peu probable que les souvenirs d'Axel lui reviennent un jour. Cette prise de conscience lui coupa les jambes, et il eut l'impression qu'il avait avalé du verre pilé, qui tranchait lentement et douloureusement l'intérieur de son corps. Il ne se souvenait pas. Pire que cela, il ne se souviendrait pas.
Merci Roxas.
Roch avait donné son véritable nom à Axel la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. Entendre Roxas dans la bouche d'Axel était délicieux.
Et même si ce n'était pas avec la même chaleur qu'avant, même s'il manquait ce sourire et cette chaleur qui n'était que pour lui, Roch savait qu'il ne pouvait déjà plus se passer d'Axel, peu importe combien ce vide le faisait souffrir.
Même si ce n'était pas ce que Roch voulait vraiment, il devrait apprendre à se contenter du respect et de l'amitié d'Axel.
Et il faudrait que ce soit assez.
A suivre...
n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires.
J'espère que ça vous a plu. Et joyeuses fêtes à tous.
